‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 250 sur 314 · SUR LES MONUMENTS CELTIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES MONUMENTS CELTIQUES

Voy. p. m,

• Mon cher ami,

Je lis dans un article de votre Magasin de mai dernier (Qtteh sont les plus anciens monuments qui aient date I certaine?) le passage suivant :

1 « ,., tes &îivî»qts donnent uno fabuleuse vbillesse mi^

monuments qui, d'abord nommés celtiqties, se sont retrouvés dans le monde entier , notamment au Mexique et dans l'État de New-York. Cromlechs, dolmens, menhirs, ont cessé d'être attribués aux druides; ils semblent appartenir à une race primitive qui aurait , à une époque inconnue, couvert le globe, depuis l'Europe et l'Asie jusqu'au nouveau monde... A ces vestiges étranges se rattachent probablement les haches de silex ovales , grossièrement aiguisées, qu'on rencontre souvent dans nos rampagncs, sans compter le reste de la terre habitée. »

Permettez-moi quelques observations sur ce sujet intéressant et obscur.

Ces monuments ne peuvent plus être exclusivement attribués aux Celtes : c*est incontestable. Mais s'ensnit-il qu'ils ne doivent leur être attribués nulle part, pas même chez eux? Ceci est autre chose.

Doit-on les rattacher à l'époque de ces grossières haches de silex qu'on rencontre dans nos campagnes comme ailleurs?

S'il s'agit des haches les plus grossières, de celles qui se découvrent dans les terrains d'un Age géologique où les animaux des zones tropicales vivaient dans nos contrées, s'il s'agit de cette humanité primitive dont M. Boucher de Perthes a retrouvé les vestiges longtemps contestés, on peut répondre résolument : Non ; cela est impossible. Le maniement et le transport des masses énormes et innombrables de Carnac, de Locmariaker, d'Abury, de Stone- Henge, supposent non pas quelques pauvres sauvages ébauchant les premiers instruments de la vie humaine , mais des populations nombreuses et puissantes, suppléant à rinsuffjsance des procédés scientifiques par l'emploi de milliers de bras, et procédant à la manière des Égyptiens et des Assyriens. II n'y a pas la moindre trace ni la moindre «probabilité que de telles populations aient existé en Occident avant les Celtes.

î Si l'on veut parler des haches de pierre d'un tout autre Age, c'est-a-dire du commencement des âges historiques, elles n'appartiennent pas exclusivement aux Celles; mais ils en avaient et en conservèrent Tusage assez tard comme armes et concurremment avec les haches de bronze (on ne fouille guère une de leurs mardelles sans en trouver), et ils les conservèrent jtisquà la fin comme symbole religieux ; il n'est peut-être pas un tombeau celtique où ne se rencontre la hachette de pierre dont ils avaient fait le signe de rimmortalilé ; c'est là le sens de la fameuse formule gallo-romaine : Sub asciâ.

Les monuments appelés druidiques ou celtiques, on peut le conjecturer avec quelque vraisemblance, appartiennent originairement à une civilisation dont on ressaisit aujourd'hui les vestiges dans l'Asie centrale, et peuvent avoir marqué un premier Age de cette civilisation antérieure A la création du grand art architectonique à Memphis et à Babylone. Cette civilisation d*une race coiischite et chamitiquo fut la première initiatrice des Celtes comme des autres peuples aryas; il est certain qu'elle transmit aux druides primitifs, en Asie , le symbolisme rehgieux, dont le grand serpent, image de l'inlini, était Tcmblème, cl il est probable qu'elle leur transmit également, ainsi qu'aux ancêtres des Hébreux , l'usage des monuments en pierre brute. On en rencontre de tout à fait analogues aux nôtres dans l'Inde et dans d'autres régions où ont dominé les Couschites.

La conclusion de tout ceci me paraît être que ces constructions extraordinaires ont été communes aux Celtes et a d'autres peuples, et que celles qui existent dans nos contrées leur appartiennent bien réellement, et non à une race hypothèliqiie et sans doute imaginaire.

Un dernier argument à l'appui de cette opinion. Les

anciens sont d'accord pour nous représenter les druides comme un corps de savants et de philosophes mystiques tout a fait analogue aux mages, aux brahmanes, aux prêtres d'Egypte. Commeilf admettre que cette puissante corporation n'ait eu'absolument rien à elle en fait de monuments et de lieux consacrés, et qu'elle ait fait, pour ainsi dire, le nid de sa religion et de ses rites dans les constructions abandonnées d'on ne sait quel peuple oublié ; qu'elle ait fait ses temples avec les cercles de pierre laissés par ces inconnus, ses tombeaux avec leurs dolmens, etc.? Car on ne -niera sans doute pas que les cromlechs aient servi de lieux d'assemblée, et les dolmens, cx)uverts ou non couverts, de tombeaux aux Gaulois! On ne conteste pas l'évidence.

A vous de cœur.

Henui Martin.

P.-S. J'ai reçu dernièrement des renseignements précis sur plusieurs cromlechs et dolmeus importants qui existent en Algérie, et dont la forme ne diifére en rien des monuments de France et d'Angleterre. Est-ce l'œuvre des anciens peuples libyens, ou des armées gauloises au service de Carthage? Cette seconde hypothèse semble difficile à admettre ; néanmoins , dans l'Aourès, sur les sommets duquel apparaissent maints cercles ou ellipses de pierres, on a trouvé une hache en granit gris-bleu de Cherbourg, inconnu dans l'Atlas.

Page 1