‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 268 sur 314 · LA PUÉDICATION DES ENFANTS DANS L'ÉGMSE DE L*ARA-CŒLI · texte numérisé non relu

LA PUÉDICATION DES ENFANTS DANS L'ÉGMSE DE L*ARA-CŒLI

A BOME.

La Préilication des enfants dans l'église de l'Ara-Coeli. — Dessin de Worms, d'après M, de Goubertin, TOMB XXX. — Novembre 186Î. ^

On conserve à rtonie , dans Téglise de rAra-Gœli , une figure de l'Enfant Jésus, le Sacro Baniinno, faite, dit-on, d*un morceau de bois du mont des Oliviers, sculpté par un moine franciscain, La légende ajoute que l'artiste s'étant endormi, saint Luc lui-même descendit du ciel et peignit la sculpture. Le « Sacro Bambino » est couvert de pierres précieuses et de bijoux. Le peuple lui attribue le pouvoir de guérir miraculeusement les maladies invétérées. On le porte chez les malades dans une très-vieille voiture qui ne sert qu'à cet usage. Pendant la semaine de Noël, qui est sa fête particulière, il est exposé publiquement sur une espèce de petit théâtre représentant la crèche. Là, suivant un très-ancien usage, les enfants italiens viennent, chaque jour de la semaine de Noël , entre une heure et quatre, réciter, devant la figure miraculeuse , des sermons et des homélies appris par cœur. Il est vraiment curieux de les voir haranguer la foule des fidèles avec cette pantomime méridionale et cette accentuation italienne qui ont un cachet d'originalité si particulier chez les enfants. La singularité du spectacle n'est peut-être pas d'abord très-édifiante. Pour le forestière nouvellement arrivé à Rome, il y a bien quelque chose d'étonnant et même de pénible dans ce divertissement de l'Ara-Cœli , qui semble parodier les choses sîiintes. Sur cette scène artificiellement éclairée, de grandes poupées parées d'oripeaux éclatants figurent la sainte Vierge, saint Joseph, quelquefois les rois mages apportant leurs présents au divin Enfant. Les trois rois sont en général coiffés de diadèmes extravagants, de grosses perles, de colliers monstrueux et de verroteries imitant les diamants et les bijoux. Sur leurs bras en osier on voit des cassettes fort ridicules, et de petits pages, des «< négrillons » qu'on ne saurait regarder sans rire, portent la queue de leurs manteaux. Les artistes qui fabriquent ces puppini ont à cœur de leur conserver des expressions et des attitudes grotesques. Le fond de ce tableau en relief est un paysage fait avec de vrais petits arbres sur lesquels brille une énorme étoile traînant une queue de comète.

Il est assez dilHcile de se rendre compte de ce qui se passe dans l'esprit des nombreux spectateurs qui erapÛssent l'église. Le sens naïf et tendre de cette fête de l'enfance paraît les loucher.A l'heure de la prédication, le pubfic est attentif et grave. Les auteurs des discours montrent quelquefois beaucoup de tact dans ces Iqçons adressées par la bouche d'un enfant à l'orgueil des hommes. « J'ai toujours vu, nous dit un témoin, un foule compacte de tout âge et de toutes conditions se presser autour de la tribune de l'enfance, et j'ai surpris plus d'une fois des traces d'émotion sur des visages ridés et dans des yeux près de s'éteindre. Le petit orateur semble souvent pénétré luimême de ce qu'il enseigne , et sa mère , accroupie sur les marches, écoute, regarde avec émotion, toute prête à secourir la mémoire du petit orateur, et heureuse de son succès. » Ce sont les instituteurs qui préparent cette fête et ce triomphe à leurs élèves les plus dociles, à titre de récompenses et d'encouragements.

LES CHERCHEURS DE CRISTAL

SECOND RÉGIT

Suite. — Yoy. p. 326, 334, 338, 346, lU

Et en effet, je commençai la terrible ascension. Quoique j'aie couru bien des périls dans ma vie, jamais je n'ai ressenti pareil trouble. J'étais comme un homme éperdu. N'importe, je monte; mais il fallait toute ma force pour monter. Les garçons m'aidaient un peu; je me collais contre la paroi ; j'aurais brisé la pierre dans mes mains si ce n'avait pas été du granit. Â moitié route, le pied me

manque , je me trouve suspendu par les bras : un frisson me court dans les cheveux, mais je tiens bon. N'ayant point lûché prise, je finis par me rattraper. Alors, redoublant d'efforts, j'atteins le haut du roc et je m'y étends avec mon fardeau. J'en avais assez, la tête me tournait; je craignais de tomber en arriére si je me tenais sur mes jambes. Quelle histoire, mon Dieu! quelle aventure! Je frissonne rien que d'y songer.

— Alors, bois un coup pour te remettre , dit Jacques Balmat en lui versant du vin.

Marie Coutet suivit son conseil et reprit :

— Au bout de quelques secoodes, il n'y paraissait plus; les jeunes gens soutinrent le voyageur, et nous commençâmes à descendre pour aller trouver M. Forbes. Inquiet de ma longue absence, il fermait son carton, s'apprêtait â me chercher, quand il nous découvrit sui* la glace. Je ne lui apportais pas d'eau, mais son vin, son pain et son jambon furent très-utiles au personnage malavisjé, qui tombait de fatigue et de besoin. C'est égal, il avait trop souffert, surtout de la peur; quand les aliments lui eurent rendu quelque force, il demeura comme hébété. Je doute que sou esprit soit jamais redevenu bien lucide, car un homme si imprudent devait avoir la t6te faible.

— Mais il me semble que tu n'es guère plus circonspect, dit en riant Jacques Balmat, puisque tu avais eu la témérité de descendre près de lui. Je n'aurais pas voulu être à ta place. Je conçois qu'un pareil tour de jongleur t'ait donné* la chair de poule, que le souvenir même t'en soit pénible; mais au moins ton casse-cou d'Amérique ne t'injuriait, ne te menaçait pas. Un Écossais, l'année dernière, avait envie de me tuer, pendant que je suais sang et eau pour le tirer d'un mauvais pas. Il m'appelait brigand, voleur, assassin. J'ai eu de la patience, je te le garantis.

— Pourquoi ne le forçais-tu pas à se taire?

— J'avais beau dire, il criait comme un furieux ; il prétendait que je l'avais attiré dans un piège, afin de le dépouiller. Heureusement personne ne l'entendait. Il avait voulu partir le malin pour traverser le col de Balme et aller à Trient, Je lui avais représenté que le temps ne me paraissait point favorable. Sur les bois , sur les glaciers, dans tous les vallons et dans toutes les gorges traînait une vapeur lourde, un brouillard de mauvais augure. La vallée de Chamouny seule était encore libre, mais je prévoyais que la brume y coulerait des hauteurs et s'y réunirait peu à peu , comme dans un bassin. On ne pourrait alors marcher qu'à travers un nuage opaque ou sous des torrents de pluie. Mon Écossais, M. Dunlop, n'admettait point cette conclusion. Il prétendait, au rebours, que la chaleur ferait monter sur les pentes les bataillons de vapeurs, qui semblaient y camper comme des troupes ennemies, et que le soleil finirait par en avoir complètement raison. Notre course se terminerait sous. le ciel le plus pur.

— Vous voulez absolunjent partir? lui dis-je.

— Sans aucun doute; indiquez-moi les beaux sites; je veux dire en Angleterre que j'ai vu les beaux sites.

— Vous n'aurez qu'à ouvrir les yeux pour les voir, ce n'est pas difficile ; mais je vous conseille de prendre un parapluie. Croyez bien qu'il vous sera nécessaire ; je doute même qu'il vous suffise.

— J'ai.une autre opinion ; vous, faites ce qui vous plaît.

— - Moi? Je me soucie bien de la pluie! Je barbote làdedans comme un canard. Fermez votre sac et mettonsnous en roule.

M. Dunlop termina ses apprêts, et, n"* ayant point de parapluie, ne jugea pas à propos d'en acheter, puisqu'il comptait sur le beau temps. Je mis en sautoir la courroie de son havresac, puis nous quittâmes l'auberge on, pour

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niieux dire, l'hôtel royal deTUnion. Je ne pouvais rn'empêclier de sourire, quand je regardais mon amateur sans qu'il eût les jeux tournés vers moi. Quelle drôle de t^^le! Sa longue figure blême, aux joues ridées verticalement, f offrait çâ et là des nuances lie de vin. Ses cheveux blonds, tirant sur le roux, se distinguaient à peine de sa chair; ses sourcils presque blancs couronnaient un œil d'un bleu si fade que la prunelle semblait Tncolore, ou peu s'en fallait, ] quand le jour rêclairait en plein. Ce maigre personnage portait un petit chapeau rond, de forme écrasée, un habit à longue queue et un manteau sur le bras, pour se préserver de la pjuie. Dans une ceinture de cuir, il avait passé deux pistolets, destinés »^ le défendre contre les loups et les ours. Il prononçait l'anglais d'une manière si bizarre que je ne comprenais pas la moitié de ses paroles, et prononçait plus mal encore la langue française, sans compter qu'il se trompait souvent de mots. Ces circonstances ne me promettaient pas un dialogue intéressant.

Au début , notre voyage fut assez agréable. La tenture de vapeurs qui drapait à mi-côte presque toutes les montaj^nes, par-dessus laquelle on voyait leurs pitons noirs et leurs blanches coupoles se det>siner vivement sur un ciel du plus beau bleu, formait une décoration magnifique. Mais bientôt ce que j'avais prédit arriva. Les nuages glissèrent : l'espace demeuré libre entre leurs croupes floconneuses alla se rétrécissant. Ils finirent par étendre un voile grisâtre sur nos têtes ; derrière ce voile, le soleil pale et triste semblait endormi dans les cieux. Il ne tarda point à s'effacer complètement.

— ^Eh bien! qu'en dites-vous? demandai -je h l'Écossais. Croyez-vous que le temps va se mettre au beau?

— J'en suis sûr,

--Vous en êtes sûr? Que pensez-vous donc de ces nuées qui badigeonnent le ciel comme si la couleur grise était à la mode?

— Oh! la chaleur les pompera bientôt. Allons toujours.

- Ça m'est égal ; nous terminerons notre course à la nagé. Savez-vous nager. Sir?

— Plaisantez-vous, guide? Je n'aime pas la plaisanterie. L'Angleterre .a la plus grande marine du monde. Moi, je nage comme un bloc.

— Comme un bloc de pierre, ou comme un bloc de bois?

- By god! je voulais dire comme un phoque.

— A la bonne heure.

Que les Français nomment aussi veau marin.

De sorte que vous nagez comme un veau marin?

Oui.

Ce ne sera pas de trop ; vous allez voir.

El sans ajouter une syllabe, je pressai le pas. Les nuées devenaient de plus en plus épai^es, de plus en plus ternes. >i'ons marchions depuis une heure, quand une pluie fine commença! M.. Dunlop fit semblant de ne pas s'en apercevoir : je ne souillai mot. Depuis quelque temps déjà nous montions entre les deux forêts de sapins. L'air se rafraîchissait ; par moments, un vent froid, qui soufflait des glaciers, agitait l'océan brumeux à travers lequel nous cheminions. La bruine s'était changée en pluie positive , et elle tom-^ bait avec une abondance croissante. Au bout d'un quart d'heure, nous étions trenipés.

— Oh! oh! il pleut, dit l'Écossais.

— Vous croyez? lui repartis-je. Faut pas y faire attention.

— Il pleut énormément fort. Attendez im peu , que je mette mon manteau.

- Ce ne sera rien. Le soleil dissipera les nuages. Vei^ midi, nous aurons un temps superbe.

— Oui, c'est mon opinion.

— Alors ne nous inquiétons pas de (juelques gouttes d'eau.

iMais l'averse augmentait. Au milieu du col, l'Arve grondait, écumait avec fureur. Quand nous passions sous un sapin, toutes les branches nous versaient par leur extrémité un filet d'eau. En face de chaque ravin, de chaque rigole, de chaque couloir latéral, un torrent se précipitait en flots bourbeux vers la rivière, comme s'il craignait de n'y pointarriver. Tous les cent pas, nous rencontrions devant nous un de ces courants, où il nous fallait marcher , et comme ils s'épandaient au hasard, sans être maintenus par aucun obstacle, ils inondaient souvent un espace considérable. Nous piétinions à l'envi au milieu des eaux ruisselantes. On eût dit que le ciel voulait non-seulement noyer, mais déti*emper la terre, la convertir en masse limoneuse. Les coups de vent qui déchiraient les nuages, qui les roulaient en formes fantastiques,. glaçaient nos vêtements sur notre corps. L'herbe courte des pAturages était devenue tellement glissante que nous avions peine à nous tenir debout, et que nos bAtons ferrés nous étaient indispensables pour ne pas tomber.

— Guide, la pluie me gêne beaucoup, dit enfin M. Dunlop. Je ne veux plus marcher dans cette rivière. Les cailloux et le sable emplissent mes souliers.

— Dame! si vous aviez mis comme moi des guêtres de cuir, elles auraient préservé votre chaussure. Mais ne vous inquiétez pas : dans une heure, nous aurons un temps magnifique.

— Ce n'est plus mon opinion.

— N'importe; avançons toujours ; il fait trop humTde ici pour y causer à notre aise.

— Je voudrais bien, mais je ne puis pas avancer, dit M. Dunlop; les cailloux me génent,'rae blessent, me mettent au supplice. En voilà une promenade!

— Alors il faut vous asseoir sur cette pierre, ôter vos chaussures et les secouer.

— Oui. Oh! la mauvaise pluie, hy god! la mauvaise pluie! The devil take it,

. La suite à la prochaine livraison.

Il y a deux grands remèdes contre les maux : l'accoutumance pour le vulgaire grossier, et la méditation et la prévoyance pour le sage. Chauhon.

BQYER.

Le mulâtre Jean-Pierre Boyer naquit dans la ville de Port-au-Prince, capitale de la partie française de l'Ile de Saint-Domingue, aujourd'hui Haïti, d'un blanc et d'une négresse affranchie, le 28 février 1776. Il se distingua sous Beauvais, général roulAtre, au fort Bizoton, lors de la défense de Léogane contre l'Angleterre. Quand le vieux Toussaint, qui déjà songeait à rendre la reine des Antilhs indépendante de laraétropole, eut provoqué la guerre contre le mulâtre Rigaud, qui personnifiait dans la colonie la France, Boyer combattit vaillamment sous ce dernier, comprenant avec son illustre chef que le but de leurs efforts ne devait point consister dans la brusque indépendance de Saint-Domingue, mais dans un essai aussi sérieux que possible de la liberté et la consolidation des nouveaux droits.

Cependant le général Rigaud, malgré tout son courage, toute son intelligence, fut vaincu par les menées de Toussaint, et forcé de se retirer en France, pour laquelle il avait combattu jusqu'au dernier moment, suivi de Boyer et de Pétion, qui de\int plus tard le premieV président de la république haïtienne.

Lorsque l'expédition contre Saint-Domingue eut été résolue par le gouvernement consulaire, le général Rigaud et ses frères d'armes présents en France lurent appelés à en faire jpartie. Boyer y figura avec le grade de capitaine, et s'y fit remarquer en mainte occasion par son intelligence des affaires et ses qualités militaires. Mais des qu'à la suite de la soumission de Toussaint-Louvcrture, le général Leclcrc fut soupçonné de vouloir le rétablissement de l'esclavage, Boyer, suivant en ceci l'exemple de Pétion , abandonna le camp métropolitain pour aller se mettre à la tête des noirs.

La lutte recommença plus implacable que jamais. Aux horreurs d'une guerre sans merci allait s'ajouter la fièvre jaune. Elle s'abattit sur l'armée française, composée. en grande partie des vieilles bandes de la république , et la décima. Le général Leclerc fut une des premières victimes du fléau. Rochambeau lui succéda dans le commandement en chef. Malgré les incontestables qualités militaires du nouveau général, mî|lgré les héroïsmes sans cesse renaissants de nos soldats, l'expédition ne put résister au soulèvement général des mulAtrcs et des noirs. Force fut à Rochambeau de capituler, et, le 30 novembre 1803, après neuf mois d'une lutte efl'royable, le nègre Des-

Boyer, ancien président de Haïti. — Médaillon de David d*Ângers.

saline plantait sur le sol haïtien, couvert de cinquante mille cadavres des plus courageux soldats de la France, le drapeau de sa race.

Parvenu au pouvoir absolu sous le litre de Jacques I", empereur d'Haïti, Dessaline, oubliant son passé, se mit à gouverner avec une cruauté sauvage. Ses anciens compagnons d'armes, Pétion, Gérin, Yayou, Boyer, jurèrent sa perte. Ils lui dressèrent une embuscade où il tomba, tué d'un coup de fusil, le 17 octobre 1806.

Pétion, élu président d'Haïti érigée en république, éleva successivement Boyer au grad^de colonel et de général de division, et lui confia le commandement de Port-au-Prince. Boyer défendit victorieusement cette place contre Christophe, l'un des généraux noirs de Toussaint et de la guerre de l'indépendance, qui, dans le nord de l'île, ayant la ville du Cap pour capitale, s'était fait proclamer roi sous le titre de Henri i«^

A la mort de Pétion, le sénat, par un décret du 30 mars 181^, nomma Boyer président d'Haïti. H apaisa, l'année suivante, la révolte du noir Goman, pacifia la Grand'Anse,

pénétra'dans le royaume de Christophe ea 1820, après le suicide de ce monstre, le réunit à la république, prit, en février 1822, possession de l'ancienne partie espagnole de Saint-Domingue, et devint ainsi, «à cette époque, l'arbitre suprême de la plus belle île de l'archipel des Antilles. l\ s'exprimait en ces termes, dans une proclamation à s#8 concitoyens : « Haïtiens, le pnvillon national flotte sur tous les points Je l'Ile que nous habitons... Sur cette terre de liberté, il n'existe plus d'esclaves, et nous n'y formons tous qu'une même famille dont tous les membres sont liés n jamais entre eux. »

La prise de possession de l'est d'Haïti par Boyer fut un coup d'audace et d'habileté. Si , à la tête de vingt mille hommes, il n'avait pas précipité sa marche, il eût rencontré les Français à Santo- Domingo, et eût été contraint d'en faire le siège; car, pendant qu'il y pénétrait, l'amiral Jacob parvenait à la presqu'île de Samana et y débarquait des soldats. Boyer se hiUa d'envoyer sur ce point une division de l'armée haïtienne. A la vue de ces forces, l'amiral Jacob acquit la certitude que l'occupation de Santo- Domingo était un fait accompli, et appareilla* pour les îles du Vent.

En 1825, à la suite de diverses expéditions, l'indépendance de l'ancienne partie de Saint-Domingue fut reconnue par le roi Charles X, moyennant une indemnité de 150 millions de francs. Mais, à défaut de payement , les choses devaient être rétablies telles qu'elles étaient avant 1825.

L'acceptation de l'ordonnance de Charles X à des conditions si onéreuses répandit dans la république haïtienne un mécontentement qui se manifesta par des conspirations, dont la plus redoutable fut celle de 1829, que dirigeaient les généraux les plus influents d'Haïti. Boyer, avec son habileté ordinaire, sut conjurer tous ces orages, et parvint à maintenir la tranquillité dans son petit État, car, sous la dénomination de président, il était, à vrai dire, souverain quasi absolu. H reconnut qu'Haïti ne pourrait payer la forte indemnité qui lui était imposée; il obtint du gouvernement français qu'il traitât avec le sien de nation h nation. MM. las Cases et Baudin, plénipotentiaires du roi Louis- Philippe, arrivèrent à Port-au-Prince en 1838. L'indépendance d'Haïti fut de nouveau reconnue solennellement, sans indemnité aucune, par un premier traité, et par un second traité, simplement financier, Haïti s'obligea à payer h la France la somme de 60 millions de francs , en trente ans, pour indemniser les anciens colons de la perte de leurs propriétés.

De la haute position oi\ il se trouvait à partir de 1822, Boyer ne sut tirer aucun bien réel. Il se servit de son pouvoir lion pour travailler à l'éducation matérielle et morale de ses concitoyens, mais au contraire, pour composer un sénat à sa dévotion, et ne plus respecter l'indépendance de l'autre chambre. Plusieurs des membres de cette assemblée en furent exclus dès 1822, à la suite d'une prétendue conspiration d'un certain Félix Darfour, lequel fut impitoyablement mis à mort comme coupable d'avoir adressé à cette même chambre une pétition qui censurait le gouvernement du président d'Haïti. Disons cependant à l'avantage de Boyer qu'il ne craignit point, en face des nations esclavagistes, de donner asile aux hommes de couleur proscrits de la Martinique en 1822. Plus tard on cessa de présenter au corps législatif le compte réel des recettes et des dépenses; on lui contesta toutes ses prérogatives; toutes les bases du gouvernement étaient sapées. Les abolitionistes d'Europe, amis d'Haïti, adressèrent des remontrances sur le tort que cette conduite faisait h la cause de l'aboUtion de l'esclavage. Loin de les accueillir, Boyer les fit combattre par un de ses affidés, Beaubrun-Ardouin , sénateur, dans une lettre rendue publique en 1842. Tant de fautes préci-

pilèrent sa ruine. La partie la plus éclairée de la population forma, dans le Siiii, une association défensive; et, menacée par les commissions militaires, seule justice que pratiquait alors le président, elle prit les armes. Personne n'entreprit la défense d'un gouvernement désormais condamné, et Boyer fut obligé de s'embarquer au Port-au-Prince avec ses principaux conseillers, Inginac, Borgclla et autres. Il n*y eut pas toutefois de sang répandu, et Ch. Hérard fut appelé au gouvernement de la république.

Après quelques années de résidence à la Jamaïque, Boyer

se rendit à Paris, où il vécut dans la plus profonde retraite. Il y mourut le 9 juillet 1850.

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