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LES STALLES

DU CHŒUR DE LA CATHÉDRALE d'uLM.

Le Munster ou cathédrale d'Ulm (Wurtemberg) est riche en œuvres d'art belles ou curieuses. On peut citer, parmi les plus intéressantes, les stalles en bois sculpté qui garnissent , sur deux rangs, chaque côté du chœur. Notre gravure représente une des stalles du rang inférieur à droite et un des passages qui conduisent aux stalles du second rang. Le siège est, comme on le voit, relevé et appuyé contre le bois qui sert de dossier «\ cette stalle et d'appui à celle qui est placée immédiatement au-dessus. Les stalles supérieures sont surmontées d'un dais élevé , richement sculpté et découpé à jour, et couronné par un grand nombre d'aiguilles et de clochetons. Tous ces ornements sont conçus et exécutés dans le style fleuri de la deuxième moitié du quinzième siècle; les détails, partout variés, sont fouillés avec un soin extrême; mais le dessin n'a ni beaucoup de caractère ni beaucoup de grâce; la sculpture manque un peu d'accent. Ce n'est donc pas par ce côté purement ornemental que les stalles de la cathédrale d'Ulm sont remarquables et méritent leur réputation : ce qui leur donne un aspect vraiment nouveau , et les rend dignes de l'attention des connaisseurs, ce sont les figures de ronde bosse et de haut relief, œuvre d'un artiste de grand talent, qui font partie de leur décoration. Le sculpteur Georges Syrlin , dont on lit le nom gravé sur ces stalles, en trois endroits, paraît avoir été inspiré, dans la composition générale de son œuvre, par une pensée tout h fait propre à cette époque de la renaissance , en mêlant ou, pour mieux dire, en subordonnant la représentation des poètes et des sages du paganisme à celle des jn^es, des rois et des prophètes de l'ancienne loi, des apôtres et des confesseurs de la nouvelle, et les figures des sibylles antiques à celles des saintes femmes de la Bible et de l'Évangile. Les bustes en ronde bosse des poètes et des sages païens, à droite; à gauche, ceux des sibylles, placés, comme on le voit dans la gravure, sur l'appui des stalles du premier rang, se font face de chaque côté des degrés qui conduisent au rang supérieur. Des banderoles portent les noms de Secundus, Quintilianus, Seneca, Ptolomaeus, Terentius, Cicero, Pythagoras. A côté de ces personnages, l'artiste s'est représenté lui-même, tenant une couronne de laurier; il a de même figuré, en fece, le portrait de sa femme à la suite des sibylles, dont les noms sont également gravés dans le bois. Au second rang, sous les images sculptées en haut relief au dossier de chaque

stalle, on lit les noms des personnages de l'Ancien Testament; à gauche, Isaïas, Ézéchiel, Ainos, Jonas, Samson,

David, Josua , Hiob, Tobias, Daniel, etc.; à droite, Hulda, Lea, Sara, Ruth, Abigail, Regina Saba, Elisabeth, Ber-

Stalles dans le cbœur de la cathédrale d*Ulm. — Dessin de Lancelot.

saba, Suzanna, etc. Le dossier de la stalle qui occupe le milieu de ce rang, de chaque côté, a pour ornement, au lieu d'une figure humaine, l'aigle impériale, avec les armes

de la ville. Enfîn, dans le couronnement du dais sont représentés en très-haut relief et presque en ronde bosse, d'un côté, les saints Damien, Etienne, Georges, André,

Pierre, Paul, Jean, Thomas, Matlhiea, Laurent, etc.; de l'autre, les saintes A nastasie, Marthe, Marie-Madeleine, Agnès, Ottilie, Dorothée, Marguerite, Ursule, Lucie, Cécile, Elisabeth, Waldburga, et, aux deux extrémités, les saints médecins Côme et Luc. Toutes les têtes, d'une exécution lai^e et franche, ont un caractère extraordinaire de vérité, et par l'examen des types que l'on retrouve encore vivants dans le pays, aussi bien que par les costumes, qui sont ceux du temps où le sculpteur vivait, on est assuré qu'il ne cherchait pas bien loin ses modèles. On pourrait critiquer dans les personnages qui décorent le dais un peu de maigreur et de sécheresse, et cette recherche des détails qui amoindrit souvent, dans les ouvrages des anciens artistes de l'Allemagne, des figures d'ailleurs admirables de vigueur ou charmantes de grâce et de naturel.

L'inscription gravée derrière la première stalle du second rang, au midi : Georg Syrlin 1460 iticepit hoc opus, et celle qu'on lit au dossier de la dernière stalle du même rang : Jorg Syilin 1474 complevit hoc opus, indiquent en quelle année l'artiste commença son travail et quelle en fut la durée, il paraît qu'il dépassa quelque peu la limite qu'il s'était fixée, car, d'après les comptes qui ont été conservés, il devait tout achever en quatre années.

Ce Georges Syrlin appartenait à une famille de huchiers ou sculpteurs en bois qui avait pris rang, vers 1430, parmi la bourgeoisie d'Ulm, ville impériale alors riche et puissante par son commerce. En ce temps, il n'était pas rare de voir l'art sortir de la pratique du niétier, et d'habiles ouvriers, devenus des artistes distingués, passer journellement de l'œuvre où ils trouvaient leur gagne-pam i'i celle qui satisfaisait une plus haute ambition. Georges Syrlin , qui est compté parmi les sculpteurs les plus éminentsde l'Allemagne au quinzième siècle, n'était, comme son père et son aïeul, qu'un huchier menuisier, c'està-dire qu'il faisait les travaux dont se chargent aujourd'hui les sculpteurs on bois employés par nos fabricants de meubles. Il construisit et sculpta, en cette qualité, une chaire destinée à l'empereur à son passage à Ulm , en 1473. On raconte que, mécontent de quelques procédés des magistrats de sa ville natale, il s'éloigna, se rendit à Vienne, où il tomba dans la misère. Il mourut dans cette dernière ville, ou, selon d'autres, à Ulm, peu de temps après y être revenu. Son fils, qui s'appelait Georges comme lui, héritier de son talent, n'aurait pas été plus heureux, s'il fallait en croire un récit évidemment légendaire. On prétend que les moines du cloître de Blaubeuren, en Bavière, pour qui il avait sculpté d'admirables stalles, lui auraient crevé les yeux, afin qu'il ne pût désormais se surpasser lui-même et donner à d'autres la gloire de posséder son chef-d'œuvre. Le second Syrlin exécuta aussi plusieurs ouvrages pour la cathédrale d'Ulm. On attribue, au surplus, au père et au fils plus d'une œuvre d'origine incertaine, uniquement parce qu'on ne les juge pas indignes de leur talent.

Trois choses sont primitivement contemporaines : rhomme, la liberté, la lumière. Maxime des Celles.

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