MARGUERITE ROBERVAL
Marguerite Roberval dans une Ue déserte,
En 1542, le sieur de Roberval, homme aventureux et hautain , eut mission de conduire, vers les terres d'Ocheiaga, en Amérique, avec le titre de vice-roi, une colonie de douze cents hommes, parmi lesquels s embarqua sa propre nièce , sous la conduite d^une vieille gouvernante nommée Bastienne qui Favait élevée en Bretagne.
Sans que le vice-roi en fût instruit, Marguerite de Roberval avait contracté une union secrète avec un jeune gentilhomme que son rang mettait à Tabri de la vengeance du lieutenant de François ^^ Roberval apprit cette circonstance durant le voyage. Ne pouvant passer sa colère sur un personnage bien en cour, dont il avait à Ton XXX. — DscEMBRE 1862.
redouter le crédit, il la fît tomber tout entière sur sa nièce. Par son ordre, on débarqua l'infortunée jeune femme sur une tle complètement déserte, h trente-six lieues environ du continent; terre où Ton ne voyait que des sapins et peut-être quelques érables. Dans le souvenir des matelots qui avaient servi de ministres à cette terrible exécution, le lieu d'exil prit le surnom d'î/c de k Damotselle (*).
(*) Alphonse le Xaintongeois , dont on connaît Texactitude, la de* signe sous ce nom. —Voy. également Thevet, Cosmographie; puis le Grand Insulaire, du même, manuscrit de la Bibliothèque de la rue Richelieu.
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L'époux de Marguerite la suivit dans son exil. Le pou- Soir de Roberval ne fut pas assez grand pour empéclier le jeune gentilhomme de donner, comme il le devait , cette marque de dévouement à celle dont il avait causé la perte. Il mourut bientôt, le malheureux; la vieille gouvernante, qui n*avait pas voulu abandonner sa maltresse, succomba également. Marguerite vécut ainsi dans une complète solitude pendant plus de deux ans ; elle était devenue d*une merveilleuse habileté h la chasse, et, durant les premiers temps de son séjour sur Tile déserte, elle tua de sa main plusieurs ours.
Après ces deux ans, auxquels il faut ajouter cinq mois passés moins douloureusement, et qu'on doit compter pour compléter la durée de l'abandon de Marguerite , des marins bretons qui s'en allaient à la pèche vers Terre- Neuve la sauvèrent ; ils avaient remarqué les feux que la pauvre exilée allumait chaque soir sur la plage pour attirer vers elle quelque navire.
Marguerite, revenue en France, se garda bien de rester en Bretagne, où elle eût pu tomber de nouveau entre les mains de Roberval ; elle se rendit dans le Périgord, et ce fut là qu'André Thevet, le cosmographe de Henri II, apprit la suite de ses malheurs dont il est devenu l'historien. (*)
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES