SOMMAIRE DE LA SCIENCE EN
Les observations et découvertes les plus remarquables en 1862 ont été les suivantes :
Astronomie. — -Passage de Mercure sur le soleil. L'apparition de comètes et la découverte de nouvelles planètes télescopiques entre les orbites de Mars et de Jupiter ont apporté à l'année leur contingent ordinaire sans aucun caractère saillant.
Les deux faits astronomiques principaux de 1862 consistent dans l'observation de nébuleuses variables et dans la découverte du compagnon de Sirius.
On avait déjà remarqué le changement de forme de la grande nébuleuse d'Orion; Celte année' on a constaté la disparition totale et la réapparition de plusieurs nébuleuses.
Le déplacement insolite de Sirius, la plus belle étoile de rhéraisphère boréal, avait fait soupçonner depuis longtemps sa liaison avec un autre corps céleste invisible; cette prévision de la science Vest réalisée. M. Clark, astronome de l'Observatoire de Cambridge (États-Unis), a eu la gloire d'observer le premier le compagnon de Sirius. Après plusieurs tentatives infructueuses, il a été revu en France par M. Chacornac, avec le grand télescope à miroir de verre argenté de M. Foucault. Il consiste en une étoile relativement très-petite , qui se trouve éclipsée par l'éclat extraordinaire de Sirius.
Ph\s\qve. -— Paratonnerres. M. Perrot a montré, par des expériences très-nettes, l'utilité de remplacer les paratonnerres à pointe unique par des paratonnerres à pointes multiples.
Combustion des poudres à feu dans le vide, M. Blanchi a prouvé par expérience que la poudre ordinaire, le fulmicoton et la poudre fulminante elle-même, brûlent dans le ^ide avec une lenteur extraordinaire, à peu près comme l'amadou dans l'air.
Vitesse de la lumière. Par un perfectionnement de sa
(M Voy. la séfie des articles intitulés : la Science en 48G1 et
méthode déjà expérimentée il y a dix ans, M. Léon Foucault a obtenu une mesure qu'il croit exacte à V500 près, remplaçant le nombre 308 millions de mètres par seconde de M. Fizeau, par 298 millions. M. Léon Foucault croit pouvoir ainsi corriger la^distance du soleil à la terre admise aujourd'hui ; mais cette conclusion sera prématurée tant qu'on n'aura pas prouvé que la lumière se propage avec la même vitesse dans l'air que dans le vide.
Chimie. — Effet des mycodermes dans la fetmentation acétique. M. Pasteur a prouvé par une série d'expériences que la fermentation acétique tire son origine des végétaux microscopiques désignés vulgairement sous le nom de fleur de vinaigre, qui se développent à la surface des Uquides alcooliques en s'assimilant l'oxygène de l'air, contrairement à la fermentation alcoolique qui résulte d'un autre végétal microscopique dit levure, qui prend son développement au milieu d'un liquide sucré.
Métaux. Le Ihallium, nouveau corps simple déjà entrevu par M. Crookes, a été obtenu en lingot par M. Lami , professeur de physique à la Faculté des sciences de Lille. Il donne une raie verte spéciale au spectroscope de MM. Kirchhofif et Bunsen ; c'est un métal brillant et mou , ayant beaucoup de ressemblance avec le plomb.
On a découvert , dans le minerai de platine, un autre métal nouveau , dont les propriétés se rapprochent de l'étain. Il n'a pas encore reçu de nom.
Formation d'hydrocarbures par lare électrique. Cette découverte mémorable, et d'un grand intérêt pour la chimie, appartient à M. Berthelot. Il y avait eu cependant quelques précédents. En 1849, M. Archereau, en produisant l'arc électrique dans l'eau, en avait dégagé un corps manifestant, au dire de M. Dumas, l'odeur caractéristique de Yaldék]ide. En 1859, M. Morren, doyen delà Faculté des sciences de Marseille, avait produit des hydrocarbures sous l'influence électrique , en mettant le gaz hydrogène en contact avec les charbons de la pile. Néanmoifls à M. Berthelot revient l'honneur d'avoir institué Texpérience qui produit de la façon la plus nette un hydrocarbure gazeux parfaitement défmi, V acétylène.
MÉDECINE. — Substitution de l'acide carbonique à l'éther et au chloroforme comme agent anesthésique. Pendant longtemps l'acide carbonique a été considéré à tort comme un gaz délétère : c'était un effet dû à l'oxyde de carbone qui l'accompagne souvent. D'après les expériences de M. le docteur Ozanam, l'inhalation de l'acide carbonique est tout aussi efficace que le chloroforme pour déterminer l'insensibilité neneuse, et n'offre pas le même danger.
La science est la lumière de l'entendement, le guide de la vérité, la compagne de la sagesse. Cette vive lumière, qui nous charme en elle , ne lui est pas donnée seulement pour réjouir notre vue , mais pour conduire nos pas et régler nos volontés. Bossuet.