UNE CUISINE
Cette Cuisine, malgré la présence obligée de deux figures humaines, n'est qu'un prétexte à peindre ce qu'on appelle « la nature morte. » La salle est vaste et bien éclairée : ce
n*est pas là une de ces cuisines de pauvres bourgeois où tout est en révolution quand il faut recevoir deux ou trois convives, mais bien plutôt celle de quelque grand seigneur ou de quelque gros financier, qui sait son monde et aime la bonne chère. La table, quoique en chêne épais, a l'air de ployer sous le faix dont le peintre l'a chargée à dessein pour faire une exhibition plantureuse de volailles et de poissons de toutes sortes. Toutes ces choses sont appétissantes à l'œil des spectateurs, et peuvent faire commettre
eu
à plus d'un le laid péché d'envie. Ici. les deux principaux ri'gnes de la nature, régne animal et régne végétal, sont splendidement représentés ; c'est le véritable temple du dieu Gaster, et rarchichancelier Cambacérés, une des illustra-
tions de la table, ne devait pas en avoir une plus spacieuse et mieux garnie. Les personnages que l'artiste a cru devoir y introduire ne sont pas non plus des cuisiniers vulgaires, et nous les supposons dignes des importantes fonctions aux-
fjnelles ils paraissent se livrer, avec la haute sérénité qu'elles exigent : ce sont les véritables disciples de Vatel; mais il est à croire que si la mai'ée venait à manquer, un jour de gala, ils n'imiteraient pas volontieftj le trop héroïque exemple de leur maître.