‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 40 sur 314 · DIGUE DU GRAND BASSIN DE LAMPY · texte numérisé non relu

DIGUE DU GRAND BASSIN DE LAMPY

Voy., sur Riquet, la Table des vingt premières années.

Dès l'année 1539, sous le règne de François ^^ deux commissaires avaient été chargés de rechercher s'il serait possible d'établir, dans le Languedoc, une communication artificielle entre l'Océan et la Méditerranée; cependant, toute la gloire de ce gigantesque projet doit bien revenir au seigneur de Bonrepos, Pierre-Paul Riquet, et le monument commémoratif qui lui a été élevé dans la montagne Noire par Louis XIV n'est que la juste récompense du bienfait dont cet homme d'un esprit vraiment supérieur a doté la France.

Après» une étude exacte du système hydraulique de la partie du Languedoc dans laquelle il voulait opérer, Riquet fut conduit à prendre la montagne Noire pour base de son canal, parce que cette chaîne, au point où elle se termine, c'est-à-dire prés de Sorèze et de Revel, offre dans ses versants, et dans un rayon assez court, les sources d'un grand nombre de torrents. La topographie et le système des eaux de cette chaîne désignaient le Sor et le Lnudot au choix de l'auteur du canal du Midi ; mais ces deux rivières ne pouvant être utilisées qu'autant qu'on leur creuserait un lit artificiel pour leur donner la direction convenable , le Sor fut pris à l'endroit où il débouche dans la plaine du côté du nord , et une chaussée , construite prés du moulin de Pont-Crouzet, fit entrer ses eaux dans une rigole dite Rigole de la plaine. Une autre rigole fut creusée dans la montagne même, au sommet des contre-forts qui séparent les unes des autres les rivières du côté sud. Comme le Sor, les ruisseaux d'AIzau, Lampy, Beirnassonne, etc., furent barrés par des chaussées accompagnées presque toutes d'épanchoirs à fond destinés à rejeter les eaux superflues dans les lits de ces torrents. Le canal de dérivation qui réunit ces différentes rivières, et qu'on appelle Rigole de la montagne, a 3", 247 de large et environ un mètre d'eau en profondeur ; son développement en longueur dépasse 30 kilomètres; presque partout il est creusé dans le granit ou dans la couche de terre assez mince qui le recouvre.

Au-dessus de Saint-Ferréol , sur le revers méridional de la montagne Noire, est le bassin de Lampy, où aboutit la rigole après un développement de i 3 721 mètres. Ce réservoir, construit en vue d'alimenter le canal de Narbonne (embranchement Du canal du Midi), avait éfé projeté, dans le principe, pour subvenir aux besoins du grand canal; mais l'emplacement de Saint-Ferréol fut préféré, et le bassin construit dans ce dernier endroit fut jugé suffisant. Une allée sablée mène à la maison du garde, sur une terrasse dont la vue embrasse la belle nappe du réservoir (773 mètres de long sur 584 mètres de large) et ses rives verdoyantes. Au premier coup d'œil, on reconnaît que le problème à résoudre était de retenir les eaux dans cette partie du vallon et de les diriger ensuite vers la rigole : on établit, en l'appuyant sur les rochers qui resserrent le vallon, une digue de barrage longue de 116 mètres à son couronnement et de 68 mètres à sa base, avec une hauteur de 16 mètres, et l'on contint son parement extérieur par des contre-forts en maçonnerie. Pour que la manœuvre des eaux fût rendue facile, on divisa la

(*) C*esl .Swift, Tautear de Gulliver, qui se plaint ainsi des inconvénients d*une petite maison de campagne que Slieridan lui avait prêtée, et qu'on nommaH Quilca. — Voy. les Opuscules humoristiques de Swift , traduits par Mou de WaiUy.

hauteur de 16 mètres en quatre parties de 4 mètres, et, à ces intervalles, on pratiqua des voûtes de 974 millimètres de hauteur sur une largeur égale, disposées en sautoir les unes au-dessus des autres, et fermées avec des vannes; puis on divisa le parement intérieur de la chaussée en retraites de i™, 298 de largeur contenant des escaliers par lesquels on pût descendre jusqu'aux vannes pour les lever plus facilement; on pratiqua quatre retraites semblables, et, comme le talus du parement intérieur est de 27 millimètres pour 324 millimètres, l'épaisseur de la chaussée à son sommet se trouva réduite à 5™, 29.

Ce barrage de Lampy, remarquable par la hardiesse et la beauté de sa construction , laisse peut-être à désirer ^ous le rapport de la solidité ; pour empêcher les infiltrations à travers la maçonnerie, il aurait fallu'^faire un terrassement en terre glaise entre les deux murs, tandis qu'on s*est borné à la maçonnerie de moellon à bain de mortier. Malgré les infiltrations et les dégradations qub en sont résultées, les réparations faites de temps en temps à cette digue ont jusqu'ici suflTi à la maintenir.

Le volume d'eau que contient le bassin de Lampy est de 3698 000 mètres cubes, c'est-à-dire environ le tiers de celui du réservoir de Saint-Ferréol. U est alimenté par le Lampy, une rivière, et par le Lampillon, un rivulet. On le vide^n une dizaine de jours; mais comme il paraît qu'on

n'a pas souvent besoin de ses eaux , on le vide très-rarement, tous les deux ou trois ans. Nous avons parlé plus haut du bel aspect que présentait sa nappe transparente, vue de la terrasse qui avoisine la maison du garde; ses rives se découpent en petites anses ombragées de chênes et d'ormeaux à travers lesquels on aperçoit des allées habilement et pittoresquement dessinées. Malheureusement les environs sont monotones et tristes; partout la montagne, — en granit commun dit granit à gros grains, — montre ses épaules nues, tachées de quelques touffes de bruyère.

A 907 mètres au-dessous est le Lampy-Vieux, bassin de passage, qui reçoit les eaux du Lampy-Neuf, lesquelles se joignent ici à celles de la rigole d'Âlzau. Le bassin du vieux Lampy est en grande partie comblé par des atterrissements successifs; mais il paraît que tel qu'il est, il remplit encore sa fonction, qui est de conduire et de régler les eaux du réservoir voisin dans leur distribution au travers de la rigole. Il s'écoule à volonté par un aqueduc construit sous la digue de son plan.

La rigole, après avoir touché au Lampy-Yieux, reprend sa course pleine de méandre^ verdoyants et tranquilles comme ceux d'un jardin anglais. Elle s'arrête d'abord dans le réservoir du Conquet, qu'elle remplit, jetant le superflu de ses eaux dans le Sor; puis elle s'arrête encore a\i Plo

Digue du grand bassin de Lampy, près de Saint-Ferrëol, sur la montagne Noire. — Dessin de Léo Drouyn.

de la Jasse, à 3 522 mètres du Conquet. Le Plo de la Jasse est un point de la montagne Noire qui sépare les versants des deux mers ; à gauche, les eaux coulent dans l'Océan; à droite, elles se déversent danila Méditerranée. L'administration y a établi une maison de cantonnier, près de laquelle passe la route de Revel à Carcassonne : en traversant cette route et en s'éloignant de quelques pas dans la direction du sud, on peut, lorsque le temps est clair, jouir d'un magnifique point de vue sur la plaine et

sur les Pyrénées. A 3 380 mètres du Plo de la Jasse est le hameau des Cammazes, et à 6 kilomètres de ce hameau est le bassin de Saint-Ferréol, où se jette la rigole, après un parcours de 31641 mètres, c'est-à-dire de près de huit lieues.

Ce grand développement, les obstacles de toutes sortes nés d'une contrée montagneuse, donnent une haute idée des difficultés que Biquet a dû vaincre pour mener à bonne fin ce merveilleux ouvrage.

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