PLAINTES D UN LOCATAIRE
Pas plus d'une serrure et demie dans toute la maison.
La clef du jardin perdue.
Les bouteilles vides impossibles à nettoyer.
Très-peu de verres, et tous fêlés.
La maison neuve tombant en ruine avant d*étre finie.
Un gond de la porte de la rue brisé , et les gens forcés de sortir et de rentrer par la porte de derrière.
La porte de la chambre à coucher du mattre pleine de grandes fcDtes.
Le garde-manger laissant entrer tant de vent qu'il souffle presque les chandelles.
Le lit du maître menaçant chaque nuit de s'effondrer sous lui.
La petite table disjointe et brisée.
Les couloirs ouverts au-dessus de sa tête , par lesquels tes chats passent continuellement dans le garde-manger et accomplissent des vols pour lesquels un d'eux a été jugé, condamné et exécuté par le glaive.
La grande table dans une condition fort chancelante.
Dans toute la maison une seule chaise sur laquelle on puisse s'asseoir, et encore est-elle bien malade.
Impossible de se procurer le moindre morceau de mouton dans le pays.
Absence de lits, et émeute à ce sujet parmi les domestiques jusqu'à ce qu'on en ait fait venir de la ville.
Un manque remarquable de tous les ustensiles les plus communs et les plus nécessaires.
La grille de la chambre à coucher des dames brisée au point de devoir être enlevée, ce qui les a forcées d'être sans feu, la cheminée fumant d'une façon intolérable ; et une vieille houppelande employée à intercepter le vent de la cheminée, sans quoi elles seraient mortes de froid.
Un messager envoyé à un mille pour emprunter un vieil entonnoir cassé.
Des bouteilles bouchées avec de petits morceaux de bois et d'étonpe, au lien de liège.
Pas un ustensile pour le feu , excepté une vieille paire de pincettes qui voyage dans toute la maison , et est employée aussi à tirer la viande du pot, faute d'une grande fourchette.
La broche, tout épointée à chercher du bois dans les fondrières, déchire la viande.
28 avril. Ce matin, la grande porte de devant tout ouverte, allant et venant de tout son poids sur le gond d'en bas, qui se serait brisé si le maître n'était venu par hasard à son secours.
Deux infernales pointes de fer se dressant sur le bois de lit du mattre, ce qui le met en danger de se casser le tibia lorsqu'il se lève et qu'il se couche.
Un trou, dans le plancher de la chambre des dames, menaçant à toute heure de rompre quelque jambe.
Deux grands trous dans le mur de la même chambre, juste au chevet du lit, et l'un d'eux précisément der-
(*) Traduit d^ rallemand par M. Frédéric Sœkuée.