‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 59 sur 314 · LE TOMBEAU DU GÉNÉRAL FOY · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DU GÉNÉRAL FOY

Ceux qui ont vécu sous la restauration ne sauraient passer sans être émus devant ce tombeau. Ils se souviennent de leur consternation lorsque, le 28 novembre 1825, le bruit de la mort du générai Foy se répandit de Paris dans toute la France. « Cent mille citoyens, dit M. de 6arante, suivirent son cercueil. Ce n'était point l'empressement d'un vain esprit de parti , recrutant la foule par les passions. Les sages amis du pays, les hommes graves, les partisans les plus modérés de la liberté, marchaient, dans

ce deuil, avec une émotion aussi religieuse que la jeunesse enthousiaste ou l'opposition la plus exaltée. Une souscription fut ouverte pour doter ses enfants qu'il laissait sans fortune; elle s'éleva à prés d'un million. Partout on voyait soA buste et son portrait. Un monument lui fut élevé, t David d'Angers , alors à l'apogée de son talent, voulut exécuter la statue qui devait surmonter ce tombeau. Il y représenta Foy dans l'attitude de l'orateur, mais avec un costume idéal, contrairement au système hardi qui a donné à beaucoup de ses œuvres un caractère si saisissant de vérité. L'illustre citoyen n'est vêtu que d'une sorte de

Tombeau do général Foy, au cimetière du Père-Lachaise. — Architecte, IL Léon Vaudoyer; sculpteur, David d'Angers (*}.

manteau. A ses pieds, une épée et une couronne civique rappellent sa double gloire sur les champs de bataille de la république et de l'empire, et à la tribune sous la restauration. Deux bas- reliefs figurent le génie de la guerre et celui de l'éloquence; deux autres, le général en Espagne et à la tribune ; un cinquième est une esquisse de ses funérailles. La plupart des contemporains du général Foy ont disparu ; de grandes révolutions nous séparent des nobles débats où il défendait la liberté avec un accent de conviction si énergique et si sincère; des flots de passions nouvelles ont passé sur celles qui enflammaient son âme gé-

néreuse : son nom reste vivant et respecté. L'opinion publique n'est, en somme, ni injuste ni ingrate : s'il lui arrive souvent de murmurer trop bas ses mépris, ceux qui feignent de ne pas les entendre doivent bien pressentir ce qu'elle réserve à leur mémoire en voyant l'hommage éclatant qu'elle persiste à rendre aux hommes qui ont servi la France avec un cœur dévoué, une conviction inébranlable, et un désintéressement qu'aucun soupçon n'a jamais pu atteindre.

I') Œuvres complètes de P.-J. David d'Angers, lilhographiées par Eugène Marc, son élève. — Paris, Haro, éditeur.

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