‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 60 sur 314 · IJN SERMON AU DIX-SEPTIÉME SIÈCLE · texte numérisé non relu

IJN SERMON AU DIX-SEPTIÉME SIÈCLE

Une r4)iaire du dix-seplième siècle, par Lepaulre. — Dessin de Chcvignard.

Ce qui frappe d'abord les yettx dans la gravure que nous reproduisons, c'est l'abondanOd des chapeaux; jamais on ne y\i tant de têtes couvertes dans une église. Nous espéppfls rencontrer quelque dissertation savante, in-folio,

sous ce titre : « Des chapeaux au sermon » ; elle nous aurait expliqué la raison d'un usage qui choquerait aujourd'hui toutes les convenancjes. Mais, en tout temps, qu'on jiiftme la modo ou qu'on Ia vante, quand oHe régne, on

la subit, même dans les lieux consacrés au culte; voilà ce que démontre assez le témoignage authentique de cette gravure d'après le célèbre architecte et dessinateur Lepautre, qui assurément ne se serait pas permis de représenter ses contemporains si peu respectueusement couverts dans une église , si tel n*eût pas été l'usage à Tépoque où il a fait ce dessin. Il y a autant de faiblesse à fuir la mode qu'à Taccepter, dit la Bruyère. Laissons-la donc passer et disons quelque chose des sermonnaires au dix -septième siècle ; nous viendrons ensuite aux auditeurs.

Tout a été dit sur l'admirable éloquence des Bossuet , des Bourdaloue , des Fléchier, môme par ceux qui en parlent sans les lire; mais les prédicateurs ordinaires, médiocres ouméme mauvais, qui attiraient aussi la foule, sont plus ignorés que les contemporains de Démosthèncs et de Cicéron.' Il ne manquait assurément à la chaire chrétienne ni prêtres instruits, ni moines convaincus. Mais le goût des prédicateurs était souvent détestable, et Fénelon donne une idée de ce qu'on avait à reprocher à beaucoup d'entre ils Dialogues sur l'éloquence. Un prént le jugement de Salomon , met ces î du roi: « Taisez -vous, taisez -vous, le je crois, vous n'avez jamais étudié ;rs pour savoir bien plaider ! » Un aue Louis Xni , prêchait en France avec nfant prodigue cette apostrophe : « argentier!... ô faux apothicaire! que se et de sucre parmi tant d'aloès 1 re ! quel fils ! tout bon ! 6 tout mauune vie de porc; il avait vécu goulue et sert un animal très-goulu. » Le rivant, dans l'exorde d'un sermon sur re l'éloge du chien de David , ne s'aîer son sermon en quatre points, selon iens? Les dogues d'Angleterre étaient nàtins rappelaient ces prédicateurs qui chaire; dans l'espèce desèichons, on lés de cour; enfin, il n'y a de bons ;s et lui-même: De pareilles plaisanpnraitre bien fades les pointes de l'abbé nt Richelieu : « Quand Jésus -Christ, a manie du ministre pour la tragédie, de la croix la pièce de notre salut ! ... »

igrammes Boileau tourmenta le pauvre r)d

nal avait dit en latin Taise aux sermons de Cotin.

Il ne compte rien, ni le vin ni la chère,

Si Ton n'est plus au large assis en un festin Qu'aux sermons de Cassagne ou de Tabbé Cotin.

Cependant Cotin a des auditeurs; comme Cassagne, il est de l'Académie; mieux encore, aumônier de la cour. Pourquoi serait-il condamné au silence ?

Et que sert à Cotin la raison qui lui crie :

N'écris plus, guéris-t^i d'une vaine folie!

Qui méprise Cotin n'estime point son roi...

Les prédicateurs disciples du cardinal de Lorraine et des moines ligueurs avaient préparé par leurs violences l'édit de Nantes. Voici le portrait de l'un d'eux ou d'un de leurs maîtres, tracé par Etienne Pasquier : « Prédicateur boute- feu, cornet de guerres et de supplices et de tueries , homme qui , à proprement parler, n'est pas de la religion de Jésus- Christ, mais de celle de Saturne, et qui, dans le fond, pratique ce que les prêtres de Carthage pratiquaient anciennement en l'honneur de ce faux dieu. Ils lui immolaient des hommes et s'imaginaient que sa religion demandait de telles victimes. »

La Bruyère critique « }es citations profanes, les froides

I allusions, le mauvais pathétique, les antithèses, les figures outrées, et ces divisions si recherchées, si retournées, si remaniées et si différenciées » , artifices auxquels n'échnp* pait pas le père de la Rue. Après les grandes renommées,

I le père Séraphin , capucin , est à peu près le seul qui fût exempt de ces défauts. Laissons parler la Bruyère':

« Le discours chrétien est devenu un spectacle. Cette tristesse évangélique qui en est Tàme ne s*y remarque plus : elle est suppléée par les avantages de la mine, par les inflexions de la voix, par la régularité du geste, par le choix des mots, et par les longues énunieraiwns. Depuis trente années on prête l'oreille aux rhéteurs, aux déclamaleurs, aux énuméraleurs. On court c€ux qui peignent en grand ou en miniature; on n'écoute plus sérieusement la parole .sainte ; c'est une sorte d'amusement entre mille autres; c'est un jeu où il y a de l'émulation et des parieurs. L*on fait assaut d'éloquence jusqu'au pied de l'autel, et en la présence des mystères. Celui qui éèoute s'établit juge de celui qui prêche , pour condamner ou pour applaudir, et n'est pas plus converti par le discours qu'il favorise que par celui auquel il est contraire. »

Moins abondant que ces orateurs qui ont toujours, « d'une nécessité indispensable et géométrique, trAs sujets* admirables de vos attentions », nous n'avons annoncé que deux points, le sermon et l'auditoire; passons au second, qui nous servira de péroraison ; car il nous ramène à notre exorde, sur les modes d'église.

41 Je ne doute point que la vraie dévotion ne soit la source du repos; elle fait supporter la vie et rend la mort douce : on n'en tire pas tant de l'iiypocrisie... De quoi n'est point capable un courtisan dans la vue de sa fortune, si, pour ne pas la manquer, il devient dévot?...» Or, « la mode presse, il est dévot... Le courtisan autrefois avait ses cheveux, était en chausse et en pourpoint, portait de larges canons ; cela ne sied plus ; il porte une perruque , l'habit serré, le bas uni, et il est dévot : tout se règle parla mode. Celui qui depuis quelque temps à la cour était dévot, et par 1^, contre toute raison, peu éloigné du ridicule, pouvait- il espérer de devenir à la mode?» C'est pourtant ce qui arrive ; et qu'on regarde la gravure : ne voit- on pas ces beaux fils, habilement drapés dans leur manteau , regarder,

à l'abri d'une perruqde blonde ,

tout autre chose que l'état de leur àme? Celui qui s'est réfugié derrière la chaire et s'appuie contre une boiserie, à l'ombre d'une colonne, savez-vous ce qui l'occupe? H a vu à l'église « un soulier d'une nouvelle mode, il regarde le sien et en rougit; il ne se croit plus habillé : il était venu au sermon pour s'y montrer, et il se cache; le voilà retenu par le pied dans sa chambre tout le reste du jour.» Le faux dévot, et j'ai peur qu'il n'y en ait dans le nombre, «évite une église déserte et solitaire; il fréquente les temples où se fait un grand concours; on n'y manque point son coup, on y est vu. » On y est vu , et par les vrais dévots , qu'on indigne , et par les faux , qui échangent im sourire comme les augures antiques. On y est vu par « les femmes qui fleurissent et qui prospèrent à l'ombre de la dévotion : qui pourrait n'en être pas édifié? Elles sont dévotes et on est dévot. »

Que ne trouverait-on pas à dire sur les femmes c qui ont leur chaise au sermon vanté, qui recueillent des notes sur des sujets qu'elles n'entendent point, et qui, armées d'iinp théologie mondaine, prêtant ^ la raison le masque de la rébellion et de t'hérésic, opposent un malveillant dédain aux innocentes causeries, tuent le charme de nos salons anciens, et rompent tout lien d'esprit entre les deux sexes? La scission est de jour en jour plus accusée, plus profonde. » Sitôt qu'un homme intelligent, instruit, et qui pourrnit

Si

être écouté , se hasarde en dehors du dernier spectaele ou de la dernière composition #u dernier musicien, un silencer^ ioiprobateur se fait autour de lui; il touche à l*arche sainte.

Entendez le dernier mot de la Bruyère : « Que deviendront ces modes, quand le temps même aura disparu? La vertu seule, si peu à la mode, va au delà des temps. »

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