‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 62 sur 314 · ELEVATION VERS DIEU PA» LA NATURE · texte numérisé non relu

ELEVATION VERS DIEU PA» LA NATURE

Suite. — Voy. les Tables du t. XXYIl, 1859.

Le soleil s*était couché, et sur le bleu de Torient les étoiles apparaissaient peu à peu. Rejetant les voiles de lumière sous lesquels il se dérobe pendant le jour, l'univers se révélait et m*appelait à plonger dans ses sublimes profondeurs. Pénétré, comme je le suis toujours, par l'effet de cette grande scène, je me sentais saisi d'un immense regret de n'élfe point uni en ce moment avec tous mes semblables dans une commune pensée d'admiration et de prière. Quelle puissante instigation de la nature à nous incliner tous ensemble à mesure que nous entrons dans l'ombre, et à vénérer l'Éternel dans la splendeur de ses œuvres! Mais combien d'hommes, môme en Europe, qui, n'apercevant dans le ciel qu'un semis confus d'étincelles, le contemplent d'un œil indifférent, sans attacher plus d'importance aux globes innombrables qui le remplissent qu'aux gouttes de rosée qui brillent le malin à la surface des champs ! Tant il est vrai que nulle grandeur matérielle n'est capable de nous émouvoir si l'intelligence ne marche en avant et ne nous donne le signal et la mesure !

Pour nous-mêmes, qui n'ignorons pas que ces légères scintillations sont les témoignages adressés à nos organes par les soleils lointains, quelle différence dans l'impression que nous cause la contemplation du ûrmament, si nous tenons tous ces astres, comme on l'a -fait si longtemps sur la foi des apparences, pour des foyers immobiles, ou si, les jugeant d'après les déterminations de la science moderne, nous les voyons, malgré leur illusoire fixité, se précipiter en réalité les uns autour des autres avec une vélocité dont nos projectiles les plus rapides n'approchent pas! -Cette seule notion suffit pour nous transformer de fond en comble ♦'aspect du ciel. A sentir rouler et s'entre-croiser ces masses colossales , la paix que faisait la nuit dans nos cœurs se dissipe, le vieil édifice s'évanouit, remplacé par le jeu terrible des soleils et de leurs planètes; et l'âme, arrachée an repos des ténèbres, se laisse aller avec un vague effroi, et en invoquant la tutelle de Dieu, dans l'insondable tourbillon au sein duquel flotte la terre.

Et cependant, qu'est-ce que l'agitation de tous ces mondes si oii la compare u l'agitation du fluide qui les entoure? Quelles fluctuations prodigieuses remplissent sans désemparer ces vastes étendues? L'univers n'est qu'un océan peuplé d'îles errantes, et les canaux qui divisent cet archipel infini sont, aussi bien que les lies ellesmêmes, dans une plénitude perpétuelle de phénomènes de tout genre. Combien y en a-t-il de ces phénomènes et des plus admirables peut-être, qui nous demeurent absolument étrangers, parce que nous ne sommes pas doués des organes qui nous seraient nécessaires pour en avoir conscience 1 Nous ne sommes clairvoyants, et dans les plus étroites hmites, qu'à l'égard de ceux qui suscitent en nous la sensation de la lumière ; et pour bien d'autres, avertis seulement par les inductions de la science, nous sommes dans la même condition que les aveugles, qui connaissent l'existence du jour, mais sans se faire nulle idée des magnifiques révélations qu'il prodigue. Au lieu de ce simple rideau semé de points brillants auquel se réduit pour nous la perspective de l'univers, quelle innombrable et inimaginable diversité de tableaux n'y recueillerait pas celui qui, en promenant ses regards sur le ciel, serait en état d'y saisir et d'y analyser tant de subtils courants qui , sans se contrarier ni se confondre, ne cessent de s'y répandre dans tous les sensl Ne serions-nous même en relation qu'avec les courants qui produisent la lumière, quelles prodigieuses informations n'en recevrions-nous pas sur ce qui s'accomplit dans les

autres mondes, si notre vision n'était retenue dans les limites auxquelles notre humble nature nous condamne ! Mais les torrents de lumière que précipitent continuellement sur nous les astres qui nous environnent traversent nos yeux en n'y laissant pour toute impression que d'imperceptibles piqûres. Nous n'avons moyen ni de discerner les rayons particuliers dont ces faisceaux complexes se composent , ni de reconnaître les changements qui s'y effectuent d'un instant à l'autre par les changements des objets distincts dont ils émanent. Au delà des horizons de la terre, rien ne se montre qu'en bloc, et matériellement nous ne valons guère mieux que le ver de terre qui , entouré des riantes floraisons de la prairie, se borne à y distinguer entre l'ombre et le soleil. Une seule chose nous élève audessus de lui, c'est de soupçonner du moins cette plénitude dont nous ne jouissons pas, et de nous sentir la puissance de demander à Dieu de. nous élever un jour à un degré d'organisation supérieure, afin que nous puissionsjouir alors plus complètement qu'aujourd'hui des merveilles dont est pénétrée dans toute son étendue la substance de son univers.

Tout en suivant ces pensées, je regardais Sirius qui venait de se lever, et je me mis à songer à la révolution qui avait dû se passer à sa surface, lorsque, au lieu de la nuance rouge que lui connaissaient les anciens , il avait pris le ton blanc sous lequel il nous apparaît aujounrhui. Je voyais sous cette modification , si minime à notre égard , un accroissement correspondant dans la puissance cab)rifique de ce lointain soleil, et j'en déduisais par analogie les conséquences qui avaient pu en résulter dans son économie et dans celle des planètes qui doivent l'entourer. De quels mouvements extraordinaires, de quels changements dans la proportion des continents et des mers, dans la géographie des espèces végétales et animales , même dans leur organisation, de quels déplacements de peuples, voire de renversements d'empires, n'aurions-nous pas été les témoins si nous avions eu des yeux d'une délicatesse suffisante ! Ces tableaux ou d'autres tableaux du même genre sont venus à nous en effet; et il est incontestable que le faisceau de lumière qui frappe en ce moment notre vue nous en apporte encore d'analogues, car si nous savions lui faire subir une amplification télescopique assez développée, nous les y verrions immédiatement apparaître. Donc ils y sont; l'éloignement, en'atténuant la vivacité de l'irradiation, n'a pu déterminer l'évanouissement d'aucun des rayons particuhers qlli la composent, et tous les détails que contenait le flot de lumière à son départ de l'astre y sont restés. S'ils nous échappent, c'est la faute de nos yeux et non pas celle du phénomène..

Circonstance étrange toutefois ! la lumière mettant dix ans pour venir de Sirius jusqu'à nous, ce n'est donc que dix ans après leur accomplissement que nous aurions pu voir toutes ces révolutions se produire ; de même que le changement de coloration qui les résume pour nous ne s'est, en effet, témoigné à nos ancêtres qu'avec un pareil retard. C'est ainsi que, dans un autre ordre, le coup de canon qui se fait entendre à cinq lieues de distance met les auditeurs en présence d'une action qui est déjà terminée depuis une minute au lieu où elle est née ; si bien que ce qui est ailleurs dans le passé est pour eux dans le présent. La loi est universelle, puisque aucun mouvement n'est instantané. L'éther lui-même, malgré sa légèreté, ne propage ses ondes que graduellement, et, pour mettre en communication les astres que la distance sépare, il veut du temps. Courrier fidèle, la lumière ne se lasse point; mais ses relais ont chacun leur durée.

Qu'elle aille ou qu'elle vienne, sa vitesse est toujours la même, et ce qu'elle met de temps pour venir de Sinus à nous, elle le met aussi pour aller de nous à Sinus. Si notre soleil venait à varier à son tour, l'accroissement ou la dimi-

nution de son éclat ne serait donc vu non plus de ce monde lointain qu'après un laps de dix ans ; et si ce monde lointain est habité par des êtres assez délicatement constitués pour être en état de nous distinguer sur notre chétive et obscure planète, il leur faut aussi ce môme intervalle pour que les événements qui se produisent en ce moment parmi nous frappent leurs yeux. Ils ne nous voient jamais que dans le passé , et les mouvements auxquels ils assistent actuellement en tournant leurs regards vers nous sont précisément ceux auxquels nous assistions nous-mêmes, il y a dix ans, à pareil anniversaire.

Il existe donc, grâce aux lois de la lumière, une telle relation entre les choses de l'espace et celles du temps que, pour remonter dans les grandeurs du temps, il suffit de s'éloigner dans celles de l'espace. Au lieu de ncTus transporter sur Sirius, transportons- nous sur un astre situé deux fois plus loin, et, en regardant la terre, nous découvrirons ce qui s'y faisait il y a vingt ans. Choisissons des stations de plu^ en plus reculées, et nous nous élèverons dans l'échelle des âges aussi loin que nous le voudrons, et au delà même de l'étabUssement des premiers hommes au sein des antiques forêts. De même pourronsnous, en ouvrant nos aUes en sens inverse, redescendre à volonté; nous verrons la noire fourmilière de l'Egypte, charriant sous la verge des intendants ses blocs de pierre et bâtissant patiemment ses pyramides ; nous apercevrons la ville de Priam, et le fougueux Achille refoulant les rangs des Troîens ou traînant autour des murailles le corps ensanglanté d'Hector ; nous suivrons les Perses sur le Bosphore, et nous distinguerons Alexandre remuant avec sa poignée d'hommes toute l'Asie. Athènes, Rome, Jérusalem,. nous contemplerons, comme si nous étions vos contemporains, le spectacle de vos rues et de vos places publiques. Sur la colline sainte, aux portes de la ville, l'ouvrier dressera familièrement sous nos yeux cette croix étonnante secrèten^^nt destinée à tant d'éclat ; nous serons les témoins du juste, nous suivrons son dernier regard vers le ciel , et nous pourrons observer dans toutes ses phases l'action qui partira de son sépulcre vide pour envahir peu à peu toute la terre. Pas un détail ne nous échappera si nous nous imaginons assez clairvoyants, et nous resserrerons l'histoire dans une aussi étroite mesure que nous le voudrons si nous nous imaginons assez rapides. Les siècles, à notre appel, comparaîtront devant nous en toute vérité, comme présents, dans les moindres accidents de leurs annales ; et, maîtres de l'espace, nous pourrons nous dire maîtres du temps.

Ma vie, ma pauvre vie, qui me semble se perdre derrière moi à mesure qu'elle s'écoule, subsiste donc en réalité jusque dans ses dernières minuties. Pas un de mes gestes, pas un de mes regards qui, en naissant, ne se soit gravé dans la lumière et qui n'y soit encore ; et si Dieu le vouLiit, en me conduisant par la main dans les champs de l'espace , il m'y ferait ramasser pas à pas tous mes jours évanouis. Je me retrouverais h mon premier sourire dans les bras de l'être charmant et bon qui fut ma mère; je me verrais dans mon enfance recevant de ce tendre et vigilant protecteur, avec l'usage de la parole, mes premières leçons ; je me suivrais dans les vicissitudes des écoles et dans les voyages où mon éducation s'est achevée, et, une fois rangé parmi lés hommes, se reproduiraient à mes yeux les vivants tableaux de mes amitiés, de mes épreuves, de mes labeurs ; et dans ce magique miroir de moi-même, pas une de mes déterminations, hélas! pas un de mes torts ne m'échapperait. Les voloqtés les plus secrètes ne finissentelles pas, en effet, le plus souvent par aboutir à quelque action qui les trahit? et ne sont-elles même pas toujours accompagnées de contractions déterminées du cœur ou du

cerveau, dont le fluide éthéré s'empare, fût-ce dans l'ombre, et qui dès lors se perpétuent indéfiniment dans son sein? Ce n'est pas seulement avec les objets en lumière que ce fluide universel est en «apport; il baigne jusque dans l'épaisseur de leur substance tous les corps, pénètre aux endroits les plus sombres pour y saisir dans sa merveilleuse élasticité le contre-coup des vibrations de la chaleur, de l'électricité, et bien d'autres peut-être qui, pour être imperceptibles à nos sens, ne portent pas moins dans l'immensité les implicites témoignages dont ils sont dépositaires. Les ténèbres ne sauraient donc mettre un seul instant notre existence â couvert, et il n'est pas une retraite où nous puissions nous estimer matériellement seuls avec nous-mêmes. Nous avons beau nous envelopper et faire silence, le corps auquel notre vie est liée ne cesse déparier malgré nous, et, d'écho en écho, l'éther qui l'environne répercute indéfiniment ses paroles. Cache-toi au fond des bois, lâche et honteux meurtrier, pour y commettre ton forfait; attends même, si tu le veux, les voiles de la nuit ; tu te crois invisible , mais l'univers est ton témoin, et si tu laves le sang, sache que la tache est déjà dans le ciel ; elle s'y étend d'heure en heure , et transmet ton crime à tous les mondes !

Mais y a-t-il Réellement sur les astres qui nous entourent des êtres assez finement organisés pour apercevoir d'aussi loin ce qui se passe parmi nous? Il est permis de le croire , puisque rien ne limite la perfectibilité possible des organismes, et qu'il n'est pas à présumer que la constitution des habitants de la terre soit le derni^ mot de l'industrie du Créateur. Que d'inégalités sur notre planète même , dans l'aptitude que présentent à l'égard de la lumière les diverses espèces qui s'y rencontrent , depuis la myopie des mollusques jusqu'au regard de l'aigle., plus encore , jusqu'à celui de l'astronome armé des puissants instruments à l'aide desquels il commence à scruter les mystères du ciel ! Comment ne pas admettre que cette gradation, interrompue sur notre globe, conformément au rang subalterne qu'il occupe dans l'univers, reprend ailleurs sa continuation? Celui qui voudrait réduire les plans de la nature aux observations qui peuvent se faire ici-bas ne serait-il pas comparable au zoologiste qui , ayant étudié la faune d'une île ou d'un canton, prétendrait renfermer dans le mêpfie cercle le surplus des continents et des mers? Loin d'être en droit de légiférer sur récheile des êtres', il ne se douterait seulenœnt pas de la portée de cette immense expression. La voie une fois ouverte par le principe de la multiplicité des mondes, celui de leur hiérarchie devient en effet irrésistible. Dire qu'il existe au delà de notre globe une multitude sans nombre d'autres globes, c'est dire qu'il y en a dans cette multitude de plus parfaits que le nôtre, et dès lors le domaine du possible, quant à la sensibilité physique des êtres qui animent ces mondes, devient indéfini. . Laissons même le possible et ne nous attachons qu'au certain : le certain , c*est que tous les témoignages dont il s'agit, qu'il y ait ou non des témoins pour les percevoir, existent inconteçtablement. Toute vie qui s'écoule, à mesure qu'elle s'écoule, s'inscrit d'une manière permanente dans les vastes capacités du firmament. Non-seulement tous les hommes que, depuis tant de siècles, la terre a vusjialtre, marcher et mourir, ont là leur histoire particulière, mais la foule innombrable des animaux qui les a précédés et qui pullule encore autour d'eux y a la sienne également. Les légers voyages qu'exécute l'abeille de fleur en fleur y sont virtuellement dépeints avec la même exactitude que les étapes de sang et de feu des conquérants, et les correspondances les plus secrètes y sont dans le même jour que les inscriptions grandioses gravées au front des monuments. La lumière, qui de notre sol se réfléchit inces-

sarament dans l'espace, y poursuit sa route en emportant avec elle, sans rien omettre, tout ce dont elle s'est imprégnée à son passage, et jamais archives n'ont été classées avec plus de méthodei^ue ces archives d'en haut, où chaque siècle est rangé dans sa zone, que, d*abîme en abtme, le siècle suivant pousse éternellement devant lui. C'est là ce qu'on peut nommer la vraie lumière historique, qui ne peut ni faillir, ni faiblir; et il ne faudrait, pour Tobliger à se traduire en tableaux, que la soumettre ft un appareil convenable, car tout est disposé, en ce qui concerne la nature, pour que rien ne manque à la perfection de ces photographies rétrospectives.

Nous ne nous faisons donc qu'une idée tout à fait incomplète de l'essence des astres tant que nous les bornons aux sphères pesantes qui les constituent primordialement, sans y ajouter ces prodigieuses auréoles dont ils sont environnés, et dont les grandes ondes ne cessent de courir à l'infini, toutes chargées des éléments lumineux de leur histoire. A quelque développement qu'elles arrivent, l'espace ne leur manque pas, car elles en jouissent toutes en commun; elles s'y croisent et s'y traversent l'une l'autre perpétuellement satis éprouver aucun trouble de leur concours, chacune, grâce à la subtile constitution de l'éther, rayonnant en paix dans son indépendance et son étemelle limpidité , comme si ello était seule dans l'univers. Quelle complexité cependant et que de services divers en chaque point! Quelle richesse de mouvements dans cette légère substance si longtemps méconnue parce qu'elle ne pèse ni ne résisté] Complément admirable de la matière pondérable, c'est elle qui transmet et qui conserve tout ce qu'accomplissent, au moyen de celle-ci, les innombrables habitants de l'univers. Tout ce qui s'est produit dans l'ensemble de la création depuis l'origine des temps s'y est empreint et y demeure. Toute âme y a son compte, et le jour où il le voudrait, Dieu pourrait 1q lui mettre physiquement sous les yeux, et lui faire toucher en un clin d'œil la série entière de son passé. Ne peut-on dire que c'est là le livre de vie? Loin d'être une fiction de la théologie, ce livre est la réalité même de l'univers. On n'en saurait imaginer aucune de plus incontestable ; et s'il nous plaît de l'entrevoir, tout incapables que nous soyons de lire dans ces pages sublimes, nous n'avons qu'à lever les yeux vers le ciel et contempler ses scintillations.

Telle est la forme sous laquelle doit s'offrir aux regards de Dieu le système général de l'univers. Où les astronomes ne voient que masses et orbites, il ne voit que splendeur et vérité. L'abîme est pour lui un tissu de figures dans lequel les choses qui ne sont plus brillent du môme éclat que celles qui naissent , et il y embrasse d'un seul coup d'œil tout le passé en même temps que tout le présent. Tout y est à jour, la trace du crime comme celle de la vertu; et les siècles ont beau s'accumuler, leurs plus énormes entassements ne savent rien couvrir, pas même le léger froissement fait en passant au brin d'herbe : leur transparence est infinie. Chaque être, dans ce magnifique ensemble où les rayons de tous les mondes se réunissent, est en quelque sorte au centre d'une immense auréole, où tous les détails de son existence , bons 6u mauvais , sont reproduits, et le jugement de Dieu qui s'y appuie n'en est que le sublime résumé. Et qui sait même s'il ne se crée pas, dans le cours de l'existence, au contact répété de ces ondulations continuelles, des affinités spéciales avec telle ou telle contrée de l'univers, où l'âme se sentirait spontanément entraînée à l'heure de la mort par l'effet d'une attraction déterminée par elle-même à son insu, l'avenir s'ouvrant ainsi pour chacun où chacun a frappé de préférence tandis qu'il vivait !

Yous n'f^vez sans doyte pas besoin, Dieu tout-puissant,

de ces témoignages extérieurs pour nous connaître et vous décider à notre égard , vous qui voyez et gardez toutes choses en vous-même dans une profondeur métaphysique dont aucun phénomène n'approche. Intimement uni comme vous l'êtes à toutes vos créatures, il leur est impossible non-seulement d'accomplir la moindre action, mais de former le moindre désir ou la moindre pensée, que vous n'en ressentiez immédiatement le contre-coup, et en vous rien ne s'oublie, comme rien n'est imprévu. Votre mémoire, aussi bien que votre prescience, est infinie, et il ne serait pas moins téméraire de vouloir donner raison de l'une que de l'autre. Mais, tout en respectant ces insondables mystères d'une intelligence dont vous avez seul la clef, il nous est du moins permis de chercher à nous faire uife idée lointaine de la multiplicité et de l'immanence de vos souvenirs, et aucune image n'est plus propre à nous aider dans cet effort que l'image même de l'univers chargé dans ses immenses capacités, ainsi que nous venons de l'entrevoir, de tout le passé et de tout le présent. Élevonsnous donc à le contempler du même point de vue d'où vous devez le contempler vous-même, et jouissons, à votre exemple, de la conformité qui existe entre la véridique lumière dont toute votre œuvre est imprégnée et le splendide savoir qui constitue votre essence : les flambeaux de la nuit ne sauraient nous faire une plus haute leçon.

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