‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 77 sur 314 · LE BAS MEUDON · texte numérisé non relu

LE BAS MEUDON

Le bas Meudon est une riante oasis de la campagne parisienne, bien aimée des artistes et des rêveurs. La Seine y coule tranquille , en suivant les'méandres capricieux que lui ont tracés en cet endroit deux ou trois îles de peu d'étendue, mais non sans poésie. Les bateaux à vapeur ignorent cette route que connaissent si bien les canots, et suivent l'autre bras du fleuve, en descendant ou en remontant ; ils s'ensableraient dans ce petit canal vaseux « abandonné depuis longtemps aux herbes aquatiques. M. Français a introduit, dans son paysage, un seul acteur et quelques comparses. L'acteur, c'est un peintre qui, séduit par la beauté du site, s'est installé gaiement sur la berge verdoyante, a planté son parasol, a ouvert sa boite à couleurs, et s'est mj^ aussitôt à l'œuvre. Les comparses sont des canards glissant sur l'eau, qu'ils rayent d'argent et font étinceler au soleil, en poussant de petits cris de reconnaissance et de béatitude qu'on n'entend pas assuré-

(») Voy. Callières, Hiit, de Matignon, — 0. Desnos, 1/êm. hist. sur Alençon et ses seigneurs. — Masseville, Hist. somm. de N€n-'^ mandit» — Delalande , Hist, des guerres de religion dans le dé^ parlement de la Manche. — Mém. des antiquaires de Normandie, t. Vlll. —Œuvres du comte Rœderer, t. Vil. —Etc.

ment, mais que rien n*einp6cbe de deviner; et cependant la joie de ces pauvres palmipèdes devrait être plus contenue en face de Ttle, où point entre les arbres une maison-

nette de pécheur dont la cuisine s'allume en ce moment, dans Tattente des promeneurs mis en appélit ; par bonheur, soit ignorance, soit philosophie, ce qui n'est pas toujours

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aussi opposé qu*on le croit, ils continuent â nager avec la même tranquillité, avec la môme confiance, sans songer au couteau que déjà le restaurateur aiguise.

La Seine, en cet endroit, coule avec une gracieuse nonchalance; à voir ses nombreux petits remous qui font tournoyer et sombrer des flottilles de feuilles mortes, il semble

qu*eiie se plaise autour de ces iles si pittoresques et qu'il lui coûte d'aller mêler ses flots silencieux aux flots tapageurs qui les attendent au pont de Saint- Clond pour leur faire escorte jusqu'à la mer. Les herbes sauvages poussent dru sur la berge ; elles ne sont foulées que rarement par les piétons, et leur doux tapis reste vert jusqu'aux derniers jours de Tété.

Un des arguments dont on se sert contre la Providence m'en paraît un très-fort en sa faveur. On objecte que les orages et les tempêtes, les saisons improductives, les serpents, les araignées, les mouches et autres animaux nuisibles et incommodes, ainsi que beaucoup d'autres choses de même espèce, trahissent une imperfection dans la nature, parce que la vie de l'homme serait beaucoup plus facile sans cela ; mais la Providence se voit clairenaent dans cette disposition. Les mouvements du soleil et de la lune, et, en un mot, le système entier de l'univers, autant que les philosophes ont été capables de les découvrir et de les observer, sont au plus haut point de perfection et de régularité. Mais partout où Dieu a laissé à l'homme le pouvoir de porter remède par la.pensée ou par le travail, il a mis les choses en état d'imperfection dans le but de stimuler l'activité humaine, sans laquelle la vie stagnerait, ou plutôt même ne pourrait pas du tout subsister. Cnris acuuntur martalia corda. Swift (*).

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