‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 100 sur 185 · II. — Passage d*iin torrent (Nouvelle-Grenade · texte numérisé non relu

II. — Passage d*iin torrent (Nouvelle-Grenade

Il y avait sept jours que J'étais à Sant-Iago et personne n'avait encore voulu se charger d'aller chercher la malle abandonnée dans le bois ; le motif du refus était qu'elle pesait vingt livres de plus que le poids flié par eux comme maximum : ces hommes, n'éprouvant aucun besoin, ne travaillent que lorsque ce qui leur est proposé leur platt, ou qu'ils ont envie de satisfaire leur passion malheureuse pour la boisson. Le curé m*assura du reste qu'il me serait facile d'envoyer im homme de Sebundol et que nul ne toucherait à cette malle, quoique, à la connaissance de tous, elle renfermât des objets précieux.

Le 15 mars , accompagné de don Fernando , je quittai Sant-Iago dont Je ne puis comparer la riche végéution qu'à celle de Coban dans l'Amérique centrale : dans les deux pays la pluie dure dix mois de l'année. A 5 heures nous entrâmes dans Sebundol, village plus populeux que Sant-Iago. Le curé qui habite tour à tour les deux villages me mena dans son presbytère, composé de deux petites chambres dont les murs sont en terre ;^ un tabouret en bois , une petite table et une banquette en bambou qui servait de lit , en formaient tout l'ameublement. Je disposai mon petit hamac de campagne' dans une des chambres, et m'y installai pour quelques Jours, décidé à ne pas aller plus loin sans avohr la malle restée derrière moi. Un homme vigoureux consentit en effet à l'aller chercher , et quatre Jours après il me l'apporta. Pour ce service il n*exigea de mot que deux haches, deux couteaux et une glace, le tout représentant une valeur de 25 francs environ.

Les Indiens de Sebundol, comme ceux de Sant-Iago, font

des poteries, des écuelles et des baquets de bois pour lesquels ils n'ont d'autre instrument que la hache ; ils vont vendre ces objets de leur industrie à Pasto d'où ils rapportent de l'eau-de-vie, du sel, etc.

Le 20 mars arriva un jeune officier de la république. Manuel Garasquillo, suivi d'Indiens qui portaient des marchandises. Son voyage avait pour but de chercher de l'or et des pierres précieuses. Il fut convenu entre nous que notre départ de Sebundol n'aurait lieu que le 28 mars. Ce jour-là notre escorte, composée de trente-deux Indiens, se présenU devant le curé pour recevoir sa bénédiction. Don Manuel et moi , après avoir embrassé l'excellent don Fernando , nous nous mimes en route.

Les difficultés de route commencèrent à deux cents pas du village , lorsque nous eûmes dépassé une case nonamée Ghaqueta. A partir de ce point il n'y avait plus espohr de rencontrer un seul habitant jusqu'à Mocoa. Le silence de ces grandes et magnifiques forêts n'éudt interrompu que par le huriement des: tigres, ^^ scrl> des shiges et des perroquets, et le frétillement des serpents que l'on rencontre en très grand nombre de ce côté. Le condor y est beaucoup plus rare.

Un jour, étant seul au bord de la rivière débordée de Patoyaco , avec un Indien qui me servait de domestique , et poursuivant un channant petit oiseau nbuveau pour moi, de la famille des manaquins , je mis presque le pied sur im serpent à sonnettes qui annonçait, la gueule ouverte, de masvaises intentions. à mon égard , j'en étals d'ailleurs si près qu'il m'eût été dÛBdle de bouger sans mettre le pied sur des branches qui l'eussent probablement touché ; la ]

me commandait donc d*agir comme il m'était déjà arrlTé dans beaucoup de drconatances semblables : je saisis ranimai avec la main par le cou; il m^entoora aossitOt le corps et me serra si fortement qall suspendit ma respiration ; Je fis signe à nn Indien pour qa*il vtnt & mon secours , mais au lieu d'approcher il prit la fuite et Je ne le revis Jamais ; pendant environ im quart d'heure , Je luttai avec cet aidmal qui me pressait prédsément à Tendroit où se trouvait mon flacon contenant le poison qui devait lui donner la mort ; enOn Je parvhis à saisir la petite fiole, Je l'ouvris et J'en versai quelques gouttes dans la gueule béante de l'animal qui mourut aussi tôL

Ce poison si actif qui donne une mort instantanée n'est autre qu'une forte infusion de tabac dans de l'cau-de-vie.

Lorsque mes Indiens me virent apporter ce serpent et qu^ls eurent appris de quelle manière je l'avais tué, ils expiim^cnt une grande surprise ; dès ce jour ils eurent pour moi plus de respect ; chaque matin ils sollicitaient ma bénédiction; ils me plaçaient dans leur estime au-dessus de don Manuel Garasquillo, qui avait certainement plus de force et plus d'énergie que moi, mais qui n'avait pas encore eu l'occasion de faire connaître son courage.

Le k avril nous pass&mes le Patoyaco sans accidents , et nous nous dirigeâmes vers la rivière de San-Franciscoyaco devant laquelle nous dûmes camper de nouveau. Avant d*arriver à cette rivière, nous eûmes à franchir trois montagnes si escarpées qu'il nous fallut, pour les gravir, faire usage de nos mains presque autant que de nos pieds ( voy. pi. V ) ; mes porteurs en ces endroits me devenant , comme ou le |)ensc bien, parfaitement inutiles.

Nous passâmes ensuite succcasivcment les rivières de Titango et de Ninayaco, couchant tantôt sotis des grottes naturelles, Unt6t sous des ranchos construits à la hilite,ct vivant dé grappes de mais rôties sur des charbons, ou bouillies.

Plus nous avancions, plus la nature était admirable ; nous

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