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VOYAGE DANS LA NOUVELLE-GRENADE

Texte et dessins par M . A . di Lattre.

I. — Kl TabUilo. Manière dont les Tojafeurf sont portésâ dot d'homme deiis les eavirons de Puto.

Un foyageiir frinçais» peintre et naturaliste» M. de Lattre» a bien voula nous commnniqaer le récit d*ane excursion qoll a faite en i8A6 dans les parties les moins connues de la Noofelle-Grenade. Nous empruntons à ce récit quelques fragments , et nous y ajoutons des dessins inédits tirés aussi du portefeuille de M. de Lattre.

La relation du Toyagenr commence à Pasto» petite Tille de • la NouTeUe-Grenade, située dans ime fallée ièrtile. M. de Lattre y fut parfeitement accueilli par le gouTemeur, TéTèque et le commandant de la garnison. Lorsqu^U eut annoncé le but de son voyage qui était scientifique, révêque lui offrit de fidre Teulr d*un petit village indien » du nom de Sant-Iago, vingudnq Indiens , ainsi que le curé de cet endroit , don Fernando , qui voudrait bien lui servir de guide au moins pendant les premiers Jours. L*offre de l'évêque fût acceptée avec empressement L*on expédia dans le même Jour un courrier k Sant-Iago, qui n'est qu'à trois Journées de Pasto. Le i*' mars» le curé de Sant-Iago , don Fernando» entra cbex If. de Lattre » suivi de vingt-dnq Indiens presque sauvages» parmi lesquels était une Jeune femme.

« Les vingt-quatre hommes, dit M. de Lattre, n'étaient pas de grande taille ; aucun ne dépassait 6 pieds 3 pouces ; mais ils avaient des membres vigoureux et de belles figures ; leur chevelure était longue et uoire ; elle sert à les garantir de la pluie , car ils ne portent aucun genre de coiffure : les hommes mariés étaient distingués par un petit ruban bleu, bordé de rouge» entourant le haut de leur tète» ruban tricoté par leurs femmes, qid ne manquent Jamais de le renouveler lorsqu'il est usé ou perdu. Quant aux femmes, elles portent un coUler en perles de verre rouge et bleu» enrichi de gnnds morceaux de nacre. Ce collier leur est donné par leur mari le Joiir de leur union. Elles portent aussi des boucles d*oreaies an perles rouges qui ont la forme de poires et sont terminées par un gros coquillage. Leur costume consiste en un grand morceau d'étoffe dite lienso, qui a deux onvcriurcs pour ToMeXVI.— JiTiLi.tT xS;8.

passer les bras, et qu'elles attachent à la ceinture pour former la Jupe ; elles en drapent la partie supérieure avecgodt.

I his, La SiUa; maoiôre de porter les Yoyageiirs dans le Quindiù. La couleur de cette race d'hommes est une teinte neutre :

ÎU

MAGASIN PITTOKESQUE.

ils ne sont ni rouges» ni noirs, ni mulâtres. Ces vingt-quatre hommes et la femme sinstallèrent sous une galerie, devant ' ma porte , y prirent leur repas et s'y livrèrent au sommeil. Je Uai connaissance avec k curé qui partagea mon dîner, et il fut convenu entre nous que le lendemain, au petit jour, nous organiserions le déport des Indiens qui devaient porter les caisses et tout le bagage. Le lendemain , à six heures du matin, dix-huit Indiens partfrent» en eflet, chargés des provisions nécessaires pour un mois, et de tous les objets indispensables pour Teipédition. Le curé nonmia trois caporaux qui devaient commander les autres , et en même temps soutenir au besoin leiir courage, H Tut ronvenu que celle avantgarde nous altendraU à ^ni-fa^, i^iilage habité par la |^upai i û'mtte eux, U ne restai! dont: avec nous que six Indiens ei une fedunïe^ les quatre plus rùbtistes furent désignés pour me servît, lortifa^ serait nécessaire, d'eslriveros ^ c*esl-àdire pour me porter tour k tour sur le dos, attaché comme le représente ia gravure. Le quairiÈme devait être employé au Aervice de cucaurû^ e'esi-à^re h porter la nourriture du jour , ei le dernier *^trt etiaigé de lout ce qui aurait rapport au coucher; ci^lui-ci esl ixonimé le camero; enGnta femme n'eut d'amre oûice qu« de ^oritàv une grande cage I waat» partîmenl», contiîn^inî de» poules ei des poulets.

En sorlanl de l^aio, on peut voyager à cheval jusqu*à deux lieues ïiuvJmD. Le 3 mari.. M, de Laiire et le curé montèrent donc k chevaL Mais les nwites iOBt affreuses, et il fallut plus de dnq heures pour atteindre fe irtilage de Laguna.

Ce viliage^4UILdeLattre,«st ainsi nommé parce qu*il est b&ti (près 4*mi lac d*une €l!endue immense peuplé de dawtoi iott tapfirs, aabnaui qui recherchent le voisinage de Teau et 8*y Jettent fréquemment quand ib sont poursuivis. U est Impossible de marcher au bord de ce lac, qui est entouré de bois épais, et d*une végétation telle que les tapirs seulement peuvent y pénétrer.

Les gens de la po$ada où je m'étais arrêté, apprenant qat j'étsÉs k la recherche d*animaax, m*en citèrent un que Ton voyait, disaient41s, de loin en lotai dans le lac ou dans les entons et dont souvent on rencontrait les traces qui indiquaient un animal plus gros que Téléphant ; selon leur description , il serait couvert d*un pelage semblable à celui du chameau, et aa Ibroe serait remarqual>le« Un homme du village assura qu'ayant senti un jour les traces de cette monstrueuse bête , fl avait rencontré un ours qu'elle venait de mettre en piècek II prétendit toutefois que cet animal est herbivore (i).

(x) L'histoir» d'uo ndauil gigantesque, couvert d'une épaisse toison et habitant les hautes régions de U Cordillère , n*a pas cours seulement dans la province de Pasto ; elle est également reçue dans une prvvince voisine , celle de Popayan. Dans cette dernière, Tanimal est désigné sous le nom de Pinchaque ou Pari' chique f mot qui lienifie, dans la langue des Indiens du pays, fantôme, spectre, loup-garou. Voiei ce qu'on trouve à ce sujet dans le t. T des Méinoires dta savants étrangers ( Mémoire pour lervlr à l'biitoire du tApir, par M. le docteur Roulin) :

« Cet aniEaalp dont ptrlent souvent certains Indiens voisins de Popa^atit cii^te^ suiviut eux« dans les montagnes par lesquelles leur vallée csi bornée du o6lé de l'est. Il est pour eux un objet de QTiinle et de respect à là fiais; car, mêlant à la religion chrélieime qu'îli professent aujourd'hui des souvenirs de leur andenne reU^bn , lU ci oient que rame d'un de leurs chefs est patate dsoi le pmcbaqué, et penKnt, quand celui-ci leur apparaît ^ q^Hl vient avertir ses descendants d'un malheur qui les mcnafie* Quand qetie appirition a lieu, disflBt^li, o^ast k la chute du )our, ou métue à U naît dose, le plus souvent s^ tk lisière à'%m boU daus 1 1^411 el ràfbimal rentre bientôt avec Un grand hndt; il ne se montre point en tous liens, et quand on le voit, «Teet oommvnément près du paramo de PoUndara , haute montagne à dent lieues du volcan de Puracé. » Les rapports des ludiens étant conCérmes sur toiu ces points dt ne différant que rebtivemeut à la taille du piudiaqué , que les plus modérés font grand cumme un cheval tandis que d'autres lui donnent une hauteur démesurée , quelques habitants de Popayau se persuadèrent que rexisteuce de cet aniioal était réelle, et ne désespérèrent pas de •« le procurer. Guidés par les Indiens du irilla|« |« plus

Le 5 mars , nous quittâmes ce dernier village de la partie civilisée de la Nouvelle-Grenade. Un de mes Indiens fit de moi le ballot le plus commode pour lui , sans s'inquiéter de la douloureuse et fatigante position qu*il me donnait , et U me chargea sur son dos comme im commissionnaire charge tme malle. Un des estriveros du curé le traita de la même manière* et nous parûmes sachant qu'à Tavenir notre route ne serait autre qœ celle des tigres et des ours à travers les bois. Cette manière de voyager est désignée par le nom deiabliUo^ k cause de la petite planchette sur laquelle on est assis , et qui , en espagnol , se nomme tabla , beaucoup moins commode que celle nommée silto, chaise bnite sur laquelle on s'asseoit, et que l'indien charge aussi sur son dos. Ce moyen de transport est en usage dans plusieurs partfes de FAmérique du Sud pour les passages diAcUes (i) ; il serait koprah

voisin du paramo, plusieurs chasseurs *panrinrent, en gravMSant'4 travers les bois dont le flanc de la montagne est couvâ^ iwqtt^à la partie nue. Là ils trouYèrent, près du sommer, de noéifireiues iMdées de neuf à dix pouces de largeur, et , dans nu eodvoit ou il paraissait que plusieurs de ces aoimaui. avaient tiè)ourué , des amas de crottes dont quelques-uues, dii>on, n'avaient pas moins de eieq pouces dans leurs plus grandes dimensioas. Les duassenn étant rentrés dans le bois vers l'eqn^ les pas semblaient se diri^^er^ un de leurs guides qui s'était écarté de a troupe entendit psrtoi lies branches un grand bruit , qui ne pouvait provenir, disâit-il , que d'un animal gigantesque. Bnftn l'an des chaleurs ayant trouvé accrochée à l'acérée d*'an arbr^ , à plus de huit pieds de terre, une touffe de poils longs Vt brunâtres, jugea qu'ils avaient été laissés par un animal qui passait sous cet arbre «t qui ne devait pas avoir moins de huit à neuf pieds de haut.

On envoya à Bogota plusieun de ces crottes qui avaient été trouvées dans le paramo, et Tauteur du Mémoii*e eut occasion de les examiner : il y découvrit des débris de Frailejon (Espeletia) et de Chusfue (Nastus chusque) , plantes qui font partie de la nourriture du Tapir des Cordillères , et tout lui sembla prouver que c'était en effet à cet animal qu'il fallait les rapporter.

• Les h^ces dé piedii mesurées par les chasseurs étaient mus doute très-grandes, dit M. Roulin ; mais j*ai vu sur des terrains résistants, et humides seuletnent à la suHlKe , des empreintes qui n^avàiem guère ihoins d'un eospan, ear le pied du tapir, divisé en phifienrs doigta, s'élargit en pressant : or, ai Ton songe que sur le sommet de ces montagnes, presque toujours enveloppées de nuages, le terrain est imprégné d'eau , souvent tremblant comme dans les tourbières et matelassé k U surfiice d'une couche intriquée de mousses et de racines de petites graminées , on concevra comment un pied déjà très-grand peut laiaver une trace beaucoup plus grande encore. On ne pourrait donc rseu ccmchtre de la dimension des foulées, relativwnent à la taille de l'animal, qu'autant qu'on aurait en outre mesuré la longueur du pas , obser»tion qu'aucun des chasseurs ne songea à faire, et qui les eût sans doute détrompés.

» Quant au poil trouvé sur l'arbre à hait pieds au-dessus du sol, il n'avait pas été Uissé par un tapb, cela est certain ; il n^appartenait pas non plus à un singe , comme le faisait justcflacnt observer l'auteur de la relation de l'expédition , car ces animawi, très-sensibles au froid, ne s'élèvent jamais à une telle hauteur dans la .montagne ; mais ce pouvait être le poil d'un ours, puisque ces animaux sont communs dans la Cordillère; et comme ils montent souvent aux arbres , ils peuvent laisser de leur poil à une hanteur quelconque.

«On voit, dit en terminant M. Roulin, comment un graad nombre de signes , tous vrais en eux-4nèmes , venant se grouper autour d'im premier dit grossi par la frayeur, ont dû confirmer chez les Indiens la croyance à un être tel que le Pinchaque. m

(t)Tfous donnons p. a 33 une figure de la siîla et de la manière dont le voyageur y est assis. Cette chaise est extrêmement légère et ne pèse pas plus d'une Uvre , y ooasqpns le consshiet que le porteur se place sur let reins. Les deuk bretelles et la sangle firontaie , au Ueu d'être foites de cuir qui se roulerait en corde une fois ramolli par la sueur du porteur, sont des lanières d'êcorce souple déuchées de la tige encore jienne d'uue malvacée arboreseeute. Les montants de la chaise sont les tiges d'un palmier nain; le siège est formé de planehMtes de bambou. Il est probable que la fotme de ces sUlas varie un peu suivant ki localités. Nous avons figuré ici celle dont ou hut usage dans la mof- Ugne du Quindiu, qui sépare las deux villes d'ibagué et de Cartago, villes situées, la première dans la vallée de la Magdalena, la seconde dans celle du Cauca. Fendant l'été, les voyageui-s peuvent se rendra à dos de mulet d'une ville 4 l'autre i

ticable dans le pays que j*avai9 à parcourir, où rindien a besoin de loui son aplomb , d'une grande force , de beaucoup d'adresse , et de réduire autant que possible le volume et son fardeau.

Mon costume se composait, ainsi que la graviure le représente (voy. pi. ï), d'un simple caleçon en laine, d'un cbapeaa en feuilles de bananier et fabriqué à Sebundoï , d'un manteau de paille travaillé par les habitants de Mocoa; mes sandales étaient en cordes. Je ne devais pas être ainsi fort garanti du froid, et cependant j'avais à franchir un volcan dont le plateau etit élevé à plus de 10 000 pieds au-dessus du niveau de U mer , et battu presque constamment par une neige (oodoe et on vent furieux, si glacial que souvent il tue les Indiens. Aussi ont-ils soin d'étudier le del : lorsqu'ils Jugent qu'A y aura temporal rien ne peut les déterminer h se mettre en route. Les mois de mal« Juin » juillet et août sont les plus dangereux de l'année.

> Le curé et moi , nous étions suivis des êstriveros non occupés, de la femme portant la cage à poules, du camero et du cûcaura; les hommes cheminaient à travers des bois éphieux qi|i disaient couler le sang de mes jambes nues , lorsque je viç on pont long de 12 pieds, formé d'un seul arbre dégagé de ses branches, et sous lequel coulait un torrent rempli de pierres aigu&, profond de 15 pieds eaviron (voy. pi, II). Je Hs quelques observatfons à mon portetu- qui me répondit que uou» eu rencontrerions beaucoup d'autres plus longs ; et , sans plus tarder, il se mit à passer sur ce pont eu vrai équilibrtote, après m'a voir cependant recommandé de ne pas bouger el de fermer les yeux si j'étais par trop effrayé; je les lins ouverts sans être plus rassuré. Nous continuâmes notre route, rencontraut h chaque instautde nouvelles difficultés que sur* montaient mes esiriveroé avec une adresse égale à leur force, et enfin nous arrivâmes sur le plateau du volcan où il tombait alors une ploie une accompagnée d'un vent qui fut con^ sidéré par mes Indiens comme no mcUa (pas méchaut). Cependant Je souffris du froid en cet endroit plus qu'en Russie dans le mois de janvier. Aussltât arrivés sur le plateau , mes Indiens arraciièrent des feuilles avec lesquelles ils se couvraient les oreilles. Je remarquai ces feuilles, elles étaient laineuses et chaudes ; je ne manquai pas de profiter de l'expérience de mes compagnous. Nous marchâmes pendant envhron huit heures, passant quelquefois dans des ravins de roches tellement étroits que mes genoux étaient écorchés : la nuit me surprit sur ce plateau glacial , moins heureux que le curé qui m'avait dépassé. Le cucauro et la femme avaient suivi don Fernando. Je n'avais donc , pour compagnons dans cette triste nijdt, que mes eslriveros et le camero. Nous moiuions de faim et nous étions à moitié gelés. Je fis couper une grande quantité de feuilles et de fleurs, semblables à celles qui me garantissaient les oreilles ; j'en fis faire six tas, et la pluie ayant cessé , je fis allumer quatre grands feux pour nous réchauflTer et pour éloigner les ours et autres animais dans ia saison des pluies, la route, interrompue sur une multitude de points par de vtstes et profonds bourbiers, devient presque impraticable pour les mules , de sorte que les marchandises se transportent k dos de bœuf ou à dos d'homme -. c'est oette derntère mouture , il en coûte de le dire , que choisissent jtresque exclusivement les vojageurs un peu aisés. Cela les expose, au reste, à quelques incouTénients , témoin ce qui arriva k nn habitant de Cartago , qui était si pesant qu'on n'avait trouvé qu'un seul carguero capable de le porter. Cet homme étant venu une fois à Ibagué pour une affaire qui devait l'occuper deux jours, y fiit retenu plus de deux mois parce que son carguero en arrivant tomba malade , et ne put repartir avec sa charge qu'après être complètement rétabli. Si le pauvre porteur était mort, notre ^os homme se fût peut-être trouvé banni pour toujours de sa ville natale* Aujourd'hui, c'est-à-dire depuis deux k trois ans, le «hemin d'Ibagué à Cartago est praticable en toute saison poui* le^ bèl^ de somme; mais on n'a. pas obteau ce résultat saus avoir eu à iUliBontqr bien des résistances ; les porteurs, presque tous naUfi de Cartago^ s'opposaieut à ramélioraiion de la route, disant qu'on leur enlèverait aiu^i leurs iiio)eiis dVxi&lence.

maux féroces que nous pouvions redouter; puis mes Inc^epi firent bouilUr de l'eau dans laqtielle ils nairent de ta ûrbiQ de mais, seule nourritm'e à notre dispo^tion. Je distribuati' entre nous ce que contenait encore ma bouteille d'ea»:4ie-vie« • Après nous être bien chauffés, chacun de nous s'enterra ,c|aiiij les feuilles qui nous tinrent lieu de matelas et de couvertures. Nous passâmes ainsi la nuit. Par reconnaissance, j'emportai avec som quelques-unes de ces fleurs et de ces feuilles. Les professeurs du Muséum d'histoire naturelle ont constaté que cette plante était une espèce nouvelle et voisine de l'J^spektia grandiiflorcL Ou potutait utiliser ces feuilles dont le duvet, vu au microscope, ne diffère de celui du coton que parce que chaque filanient a des nœuds de distance en distance comme le bambou: au toucher, ce duvet a ouelque chose de plus soyeux que le coton ( voy. pi. III )•

Le 6 mars, nous poursuivîmes notre cheiB^ dans la direction de Sant-Iago. \ peine avions -nous marché une demi-heure que la végétation avait déjà entièrement changé d'aspect. Nous descendions et nous notts trouvions à l'abri des vents froids. A la vérité, la marche était difficile et eût été impossible si, pendant la sécheresse, les Indiens n^avaient eu la précaution d'abattre une grande quantité d'arbres qu'ils avaient placés à la suite les tms des antres , et sur lesquels ils marchaient. Piusieiurs fois nous traversâmes des ponts faits d'iu seul arbre de 20 à 30 pieds, sous lesquels se trouvaient des précipices, et toujours avec le plus grand bonheur; un des Indiens porteurs de malles ne fut pas aussi heureux : nous le trouvâmes la jambe cassée et tombé à côté de son iardeau. U fut relevé par mes eslriveroi qui le portèrent jusqu'au vittage en abandonnant )a maUe où était ce qjse je possédais de plus précieux.

A trois heures nous arrivâmes à une élévation d'où l'on apercevait le village, et ce ne fut cpi'alors que je vis aussi des oiseaux , les cotingas , qui ewsent pu être tués poi^ servir de nourriture ; jusque-là , les oiseaux-mouches avaient seuls voltigé devant nous. Il ne nous restait plus qu'une rapide descente. En entrant dans le village, je vis à ma droite une espèce de remise que l'on me dit être l'église^ puis une place au milieu de laquelle était plantée une croix ; le curé se délassait dans un hamac devant la porte de son habitation , il était arrivé à onze heures du matin et avait couché sous un rancho{i). Il n'y avait que trois Joursque j'avais quitté Pasto et j'avais déjà besom de repos ; les cordes qui avaient servi à m'attacher m'avaient causé des enflures au-dessus des chevilles ; mes jambe's étaient écorchées à viL SantrIago est habité par 250 Indiens ; leurs maisons sont oonstruiles en bambous sur lesquels ils appliquent de la terre, le çlimal de cet endroit nécessitant un abri plus complet que dans les pays de tierra caliente; l'unique pièee qui fornie k nudson n'a que la terre pour parquet. Au miliea est le feu entouré de quelques pierres qui servent de bancs ; la fiunée sort par les angles du toit qui sont à jour. Autour d'une partie de cette pièc^ se trouvent des espèces de bancs en bambous qui servent de lit à la famille ; dans un cobn deux bâtons sont placés en travers pour servir de perchoir atix pouies; dans un autre, gambade ordinairement im sUige ; le troisième est réservé pour la place des sarbacanes au-dessus desquelles se trouvent les flèches et ie poison, et enfin dans le quatrième coin on place les ])oteries ; dans toute la j^ce on voit courir les cochons d'Inde dont les Indiens sont friands ; deux ou trois chiens maigres et hargneux gardent cette habitation ses trésors.

Ce village est construit sur tm plateau des GordUlères des Andes, et on y cultive du mais, nourriture ordinaire des ba-

(i) Le Rancho est un petil toit couvert en feuilles qu« l'on dresse en arrivant au gite afin de se préserver du serein de la uuit ou de la pluie. Dans ce cas , on rétablit sur un terrain un peu en pente , que l'on entoure par les parties supérieures d'un petit fossé, afin de préserver la portion de terrain sur laqualle on couche de l'irruption des eaux.

biCiBls. Quant aaglbierfls n*om que levmaiio, petite espèce deœrf qui y est abondante; ils tuent ces animaux avec des flèches longîies d^environ 30 centimètres, qu'ils lancent avec la sarbacane et qui partent à' plus de quatre-vingts pas ( voy. pi IV), Taus les samedâf, les Indiens de Sant-lago Imt ime pro-

cession où ils chantent en chœur des prières composées dans leur langage primitif; le curé ne prend point part à celte cérémonie. Le pays est administré par trois alcadea nonnes par les habitants.|Le premier alcade est toujours un vkillafd; il porte pour signe de son autorité une canne en Jonc avec d'or.

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