LES GRANDES AMPHORES
Choix de vases conservés à U manu&cturc de Sevrés (i).
Malgré Tcxquise délicatesse de certaines poteries , de tous les produits de la céramique il n'en est aucun qui frappe plus les yeux que les grands vases. Plus ces coques d'argile nous semblent frêles et légères , plus nous admirons qu^elles puissent soutenir de vastes dimensions ; et nous nous étonnons plus encore de la main qui a su mouler ces colosses que de celle qui a su imprimer à la terre les ornements les plus travaillés et les contours les plus uns.
La construction de ces grands vases n'exige cependant pas toutes les ressources d'un art développé. Ou sait qu'il en existait dans les Gaules aussi bien qu'en Grèce cl en Italie ; et bien qu'il soit rare de découvrir de ces monuments dans leur entier, il suffît souvent du moindre morceau pour déduire de sa courbure la proportion du tout. Il s'en est rencontré Jusque dans les cavernes, avec les débris les plus anciens de l'industrie humaine dans nos contrées. Le musée de Sèvres possède un fragment venant du département de Vaucluse , qui indique un diamètre de i°*,25 et environ une hauteur d'homme. En Auvergne, du en a trouvé qui indiquent une talUe encore supérieure. Enfin» en 1838, près de Gap» on a découvert d'un seul coup quatorze jarres du même genre, d'une hauteur de 2",30, En Italie cl en Sicile, il n'est TuMi XVI.— AOUT 1848,
pas rare d'en rencontrer de 2 mètres ; on en a même trouvé de cette même taille sur le territoire de Carthage, qui, d'après les inscriptions, remontent au second siècle avant notre ère. On conçoit que ces vases se soient d'autant mieux conservés que l'usage était de les enterrer pour y mettre le Tin ou l'huile qu'ils étaient destinés & contenir; quelquefois même ils servaient de citernes.
Ces vases ne se font point sur le tour, et par conséquent leur fabrication a pu précéder l'invention de cet appareil si ingénieux. Aussi en voit-on jus({uc chez les peuples sauvages. Daniell, dans son Voyage en Afrique, a donné tous les renseignements désirables sur la manière dont on les construit chez les Uottentots ; et nous avons sans doute là un exemple de ce qui a eu lieu à cet égard cliez les autrds peuples dans la plus haute antiquité. C'est aux femmes que ce travail est confié , et elles élèvent ces jarres jusqu'à 2",50 de hauteur. Ce sont des constructions qui ne sont pas moindres que celles des huttes. On les fait simplement sécher au soleil , et on y enferme le grain après les avoir élevés sur un pied de bois pour empêcher l'humidité du sol d'y pénétrer. Au Brésil on
(i) Voy., sur li mamifacJurc de Sèvres, x839, p. 8g.
MAGASIN PITTOHESQUÏ.
en trouve d'à peu pr^s analogues, mais en poterie cuite, qui ont servi pour les sf^pullures des iincirns cliefs du pays; et sur les bords de l*Ohio on a déterré des fragments qu^ (pdiquent des vases d'une capacité au moiim é^S^ l^w!^^ ^ ^ Asie, près de Caklienlu on en fabrique qui ont jusqu'à 3 q^t, de baul sur 2 de diamètre. Ce que uous avons dit des Uo4« tentoli$ montre ass<*z quHl n'y a ià auciuic difficulté sérieuse. Eu France, nous avons plusic'urs usines daus lesquelles on fabrique dt; ces graudes jarres ou cuviers; mais les liabitudes de la population n\i\ demandent cepca:iant nulle part d'aussi gigantesques que ci^ux que nous venons d'indiquer. Dans les départements de la Haute- Vienne, de TA Hier et du l»uy-de- Dôme , on sVn sert en guise de baquets pour la lessive , et Ton s^contenie généralement de leur donner 1 mètre de diamètre et environ 1 mètre de hauteur. Nos départeiâcnts de rOuestetdu Midi l'ournissenl é);alcment à la consommation locale (\es produits du même genre. On les fabrique dVne manière beaucoup plus ri^gulière que ne le font les UottentoLs ol>8ervés par Daniell ; mais au fond le procédé est toujours le même. La base du vase une fois posée, on éu4»lit par-dessus un premier bourrelet de terre circulaire e^ forme de boudin, sur celui-ci un second d'un diamètre u^ peu plus grand, et ainsi de suite jwiqu^ l'entier acIièvemeaL Osn unit ensuite tous ces bourrelets ensemble, tant à Fintéfieur ^u'à Textérieur, à l'aide de la main. On laisse sécUer, ^iei ^ enfourne et Ton soutient le feu pendant douze ^i^re^ ' En Italie, surtout en Toscane, on iabrique <|ç ç^J|arres ^ o^t jusqu'à 3 mètres de diamètre. On les noffap;^ c^fo fj^^ le SiennoLs et orcio dans les environs de f kuence. On s'efi sert pour couaerveir ^ XM)^ ^ k'^Ht^ MN» c^^ en t^p«^ae que les giands yases ont aujourd^ui ^ plus de foveur. Q« les nomme <tf»<^a< , et ou les fabrique dans divenea py^o^ vinces, mais surtout dans le royaume de Valence. Le masi^ de Sèvres en possède une de 3".9 de hauteur sur |"',6 dç diamètre. Elle est d'une contenance de k 197 litre»; mais II s'en faut qu'elle soit de la plas ij^rM^ l#lle. On en patsède à Grenade qui st-ryeub de cUerne% ^ ^t la coif^ieuance est double de celle-ci. G'es^ <^YiiH:pm^i^^ 1% li^adil^ de^ ^mr pborcs antiques qui s*est ainsi conservée , ek le procéiié de fabrication n'a peut-être que fort peu varié depuis l'époque des Uoniaius. Il parait que le nom de iinajas a été introduit par les Maures , et que le nom latin tTamphora s'était conservé dans IfS usages du pays jusqu'au tteizièiue siècle. L^e poids de ces pièces énormes n^st guère que de *iOO kilogr., et leur prix n'est pas trop considérable, car il n'est que d'un franc par arrobe , c'est-à dire par douze litres et demi de contenance. Un vase comme celui de Sèvres ne vaut done qu'envuon 3U0 francs, ce qui est vraiment peu pour une pièce si gigantesque,
, Dans la gravure qui précède cet article , nous avons fait réunir quelques-unes des plus curieuses pièces de ce genre, tant antiques que modernes, qui aient été réunies par M. Urongnlan dans la uiagniiique collection de Sèvres , sur laquelle nous aurons encore plus d'une fois à revenir.