‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 109 sur 185 · UN TRIOMPHE A ROME · texte numérisé non relu

UN TRIOMPHE A ROME

U n'est pas inutile de rapporter quel fut le triomphe d'Aurélien , dit l'Histoire Auguste , car il fut des plus beaux, r

A ce triomphe , l'on vit troi» chars royaux : celui d'Odenat qiU étai* garni d'or , d'ai-gent et de pierreries ; un autre cliar tout aassi beau dont le roi de Perse avait f^il présent à Aurélien ; et un tmisième que Zénobie avait fait (aire pour son entrée à Itome, en quoi elle ne fut pas tiom|)ée , car elle y entra effectivement sur ce char , mais TaUicue et captive. Aurélien lui-tnême était dans un char traîné pr quatre ceils ; c'éiait un prés(!ut du roi des Gotlis. Aurélien enU'a ainsi au Capitule et immola les quatre cerfs à Jupiter.

Il était précédé par vingt éléphants et deux cents aoimaox sauvages apprivoisés de Libye et de Palestine : Aurélien eu ût tout de suite présent à divers particuliers pour que le fisc ne fût pas grevé par leur entretien. U y avait déplus quatre tigres , des girafes , des élans , et d'autres animaux pareils, et de plus huit cents paires de gladiateurs et les captifs des motions barbares.

f4iis on voyait les Blcmyes, les Axumites, les Arabes hevfeux, les Bactriens, les Ibères, les Sarrasins et les Perses, ^ Ums portaient des préseièis divers.

Pmîs venaient les captife {Mh$ , Alains , Uoxolans , Sarmates^ l^'rancs, Suèves, Vandales, Germains, les mains liées derri^e le dos, et avec eux les Palmyréeus et les Égyptiens rebelles.

On conduisit aussi à ce trionipbe dix femmes que l'on avait prises en habits d'homme; elles coaU>attaient iiarmi les Ooths : l'écriteau que l'op portait dexiii^t elles disait qu'elles éuient de la race des Amazones; ç^ m |M»rtait desécriteaux devant diaque nation. 11 y avait eu beaucoup de ces femmes-là de tuées.

Puis venait Tetricus revêtu d'une ehiamyde écarlate ; sa tunique était jaune , et ses braies é^k^X à ta manière des Gaulois. U avait avec lui son fils qu^ av4| «omnié empereur dans les Gaules.

Puis venait Zénobie elle-même^ ehargée de |^rreries et de chaînes d'or que l'on soutenait autour dV^^

puis venaient les couronnes d'or de çkm^ ville, chaînées de Mires éminents, puis le peuple romain, |e^ drapeaux des collèges et des forts, les chevalier* cnlravié^i les ndiesses royales , l'armée , le sénau 11 était un pe^ Irisle de voir les sénateurs à la suite d'un triompiie ; mais ib tyoutaient beaucoufk ^ sa pompe. Entin Aurélien n'arriva qu'à ^uf heures au C4|Hiole et lûen tard au palais.

Ves joiurs suivjM»ts on donna au peuple des jeu3^ «énlqoes et d^ cirque, des citasses, des combats de ^Udiateivf» et des naujy(àachies«

^Af^CS SILElfCIEOSE^

Tu te lèves le walln , m iVn vas dans ki vallée ; de tout côté s'étend «» hf^Vi, ciel d'un azur limpide.

Tu ne sais pas que , pendant que tu dormais , les nuages qui viennent de disparaître ont versé sur la terre une pluie abondante.

ilélas ! combien de pauvres êtres qtil le malin montrent un visage tranquille et qui toute la nuit ont pleuré 1

J. KOKltNEB.

MÉMOIRES DE GIBBON

Suite. — Vo\ez |)ag. i5x, 195.

La seule personne en Angleterre que j'eusse une vériubic impatience de revoir était ma tante Porten, cette tendre surveillante de mes premières années. Je courus avec empressement vers sa maison , et la soirée y fut employée à des effusions de joie et de confiance. Ce n'était pas sans un peu de crainte et une sorte d'effroi que je voyab approcher le moment d'être en présence de mon père, aion enfance, pour dire la vérité, avait été négligée à la maison; la sévérité de ses regards et de ses paroles à notre dernière séparation était encore présente à ma mémoire , et je ne pouvais me faire aucune notion exacte de son caractère , ni de Paccueil qu'il me réservait. Mais ils furent l'iui et l'autre beaucoup plus agréatiles que je ne pouvais Tespérer. 11 me reçut en homme cl en amL Dès notre première entrevue , toute coulrainle entre nous fut bannie , et depuis , nous avons toujours vécu ensemble dans te^t ternoes (U'. ki même aisauce et d^me politesse égale. Il applaudit au succès de mon éducation ; chacune de ses paroles et de ses actions était une expression du plus cordial attachement ; et notre vie se serait passée sans nuages, Digitized by V^OOQIC

MAGASIN PITTORBSQUE.

fti Kon économie eAt été |Ht)port{onné€ I n Mimt » ou sa fortniip ft sen di^sirx. Pendant mon abnence, il avait prte poor seconde femme Misa Dorolliée Pallon, qui m'avall élé présemée nous le jour le plus défavorable. Je considérais ce second mariage comme an effet de son mécontentement, et JVtalH disposé ft balr la rivale de ma mère. Mais toutes ces Idée» se trouvèrent bientôt être autant de chimères « et le montiire prétendu était en réalité une femme aimable et de mérite. Je ne pas pati, dèn la première vue, ne pas lui trouver du jugement, des connaissances et desformende conversation agréal>les. Après quelque réserve de ma part, la confiance et l^amitié devinrent réciproques; et ma<lame Ciibbon n*ayanl point d^enfant , nous adoptâmes plus aisément les noms tendres et les sentiments de mère et de fils. J^eus une liberté entière de m>n rapporter à mon goât on à ma raison pour le choix dn séjour, de la société et des amusements ; mes courses n'étaient bornées que par les limites de notre tie et celles de la dépense que je pouvais faire. Quelques faibles efforts furent foits pour me procurer une place de secrétaire d'ambassade , et je n'élain pas éloigné d*un projet qui m*aurait ramené sur le continent. Madame Gibbon, non sans quelque apparence de raison , m*exhnrat à prendre un appartement au Temple , et à consacrer mon luisir à IVtude de^ lois. Je ne saurai» me repentir d*avoir négligé son avis. Sunsl^alguillon de la nécessité, peu d*lionimes ont le courage de se Jeter à travers les épines et les buissons de ce sombre labyrinthe. La nature ne m*a pas doué de cette élcNfuence sûre et hardie , qui commande au tumulte du barreau; et je me serais probablement éloigné des ti-araux littéraires, sans obtenir la réputation , ni m^élever à la fortune de Tavocat qtd réussit Je n*avais pas besoin d'appeler à mon aide la régularité des devoirs d'une profession. Gliacun de mes jours, chaqne heure, étalent agré«iblemeut remplis, et je n'ai jainali connu , œmme un si grand nombre de mes compatriotes , Tennui d'une vie oisive.

Des deux années qui s'écoulèrent antre mon retour en Angleterre, et mon entrée dans la milice du llampshlre , je passai environ neuf mois à Londres, et le reste à la ?amp«igne. Il y a dans une capitale des ressources et des plaisirs accessibles à tout le monde. Elle est elle-même un spectacle étonnant et perpétuel pour un oeil curieux ; et tous les goAts, tons les sens, peuvent se satisfaire par la variété des objets qui s'offrent dans sa vaste étendue. Toutefois je me trouvai comme étranger au milieu de cette ville immense et inconnue ; à mon entrée dans la vie , je ftts réduit à quelques tristes parties de famille , et à quelques relations éparses , qui n'étaient point celles que j'aurais choisies de mol -même. Les amis de mon père dont je tirai le plus d'utilllé furent les Mallet M. Mallet a tra nom parmi les poètes anglais. Je fus introduit par son moyen cbes iady llemy, qnt son flge et ses infirmités retenaient ches elle. Ses dîners éuient choisis ; le soir, sa maison était ouverte à la meilleure compagnie des deux sexes et de toute nation; et la préférence qu'elle donnait aux manières, à la langue, à la littérature françaises, ne m'était point désiigréable ; mais mes progrès dans les sociétés anglaises étaient laissés en général à mes seuls efloru ; et ils étalent faibles et lents. Je n'ai point reçu de la nature, ni de Part, les heureux dons de confiance et d'insinuation qui ouvrent les portes et les cipurs; et 11 ne serait pas raisonnable de me plaindre des conséquences naturelles d'une enfonce maladive , d'une éducation étrangère, et d'im caractère réservé. Pendant que les carrosses roulaient sur le pavé de Bond-Street (i), j ai passé bien des soirées solitaires dans ma duunbre avec mes livres. Un soupir vers l^ansuine interronftpait quelquefois mes études; et à l'approche du printemp» je renonçais sans regret au bruit et au mon ventent vafw de la luule sans société et de la dtMiipation sant plairifs. Dans chacune des %ingl-cinq années de mon séjour 4

(i) liM qui ait à lom ét u es que Is me aalnl-HoDoré est à

Undres, la pers|ieclive s'éclaircit pou I peu; et ce Ubleàu défavorable appartient plus parliculièreiuenl aux premiers temps qui suivirent mon retour de Suisse.

La résidence de mon père en llampnhire , où , parmi un grand nombre d'heures rapidement écoulées ;j*en ai piissé quelques-unes bien longues , était Buriton , près de Rtersfield, à un mille de la route de IHinsmoutb, et à la distance facile de cinquante-huit milles de L.ondres. (Jne vieille habitation en ruines avait été convertie eu une maison comnùide et moderne ; et si elle n'offrait rien à la curiONité des étrangers , elle laissait peu de chose à désirer à ceux qui l'habitaient. La place n'était pas heureusement choisie, à l'extrémité du village et au pied de la colline ; mais l'aspect des terrains adjacents était gai et varié ; les hauteurs dominaient sur une belle perspective; et la longue suite de bois suspendus en vue de la maison n'aurait pu être embellie davantage peutêtre par la dépense et par l'art. Mon père cultivait tout son bien par lui-même, et tenait en outre quelque chose de plu/ à ferme. Profils et pertes compensés, celte terre suiDsai^ à son aisance. Son produit fournissait à l'entretien de noar4>re de gens et de clievaux, que le mélange des ouvriers ei des domestiques de campagne augmentait enc(»re. Daiis V intervalle des travaux, l'attelage favori, une couple de h^eayîx chevaux bien assortis, était mis au carrosse. L'écono^mie de la maison était réglée par le goût et la priitlenc^ de madame Gibbon. Elle tirait vanité de Télégance des dl^n<»rs d'occasion qu'elle donnait. Ainsi je passai tout à coup de la sale avarice de madame l>avilliard , à l'abondance jotfrnalii^re et à la propreté d'une table anglaise. Comme mon aféjour à Buriton était toujours volontaire, l'accueil et les adieux étaient également agréables ; mais les plaisirs ordiuaireli de la campagne n'étalent pas len miens dans cette retraite^* Jamais mon père ne put me communiquer ses connaissancc^s et son goût pour les soins ruraux. Jauiab je ue tenais un ft|sil ; raremer^ je montais à dieval ; et un banc à l'ombre, où ute retena'^nt longtemps les plaisirs solitaires de la lecture f u de la r^iéditaiioo, était le but ordhiaire et le terme peu /listant 'Je mes promenades pliilosophiques. J'occupais k la nWilson vji appartement agréable et spacl< ux; la bibliotlièq^.e attenante fut bientôt regardée comme mon domaine parli/:ulir jr ; et je puis dire avec mérité que je n'étais jamais molny »e^i^ que quand j'étais laissé à moi-même. Ma seule plainte et je la retenais pieusement , naissait d'une gêne oblige/.n.té mise à la libre dispasilion de mon temps. Mais l'habifln^e de me lever de bonne heure mettait toujours en sûrc/.é une portion sacrée de la journée; et une studieuse indii^trje dérobait et mettait I profit tous les moments épars qu/|i^ savait saish-. Cependant les heures de famille du déjer,|.^er, du dtner, du thé et du souper, étaient exactes et yiv^ues. Après le déjeuner, madame Gibbon comptait sur fn/ société dans son cabinet de toUette ; après le thé, mon ^^-g i^ réclamait pour la conversation et la lecture des nr.r .^ei-s nouvelles ; et au milieu dNiu travail intéressant, on t/jr /faisait souvent descendre pour recevoir la vlsite.de quelques voisins désœuvi es. Leurs dîners et leurs visites exigcaleo'. „„e fâcheuse réciprocité; et je redoutais en particulier 'i* ^j temps de pleine lune , destinés d'ordinaire à nosexcufs» ^ns les plus éloignées.

En recevant mon 'pr emier quartier, j'en appliquai la plus grande portion k trie , besoins en livres. Je ne ptiis oublier la satisfaction avec. I; ^,„.||e j'échaiig.ai un billet de banque de vingt livres pour f |„gi v„tuuies des Mémoires de l'Académie des inscri|it'io» j»; et II n'aurait pas été facile de se procurer par un a^ut f^ emploi de la même somme nn fonds si étendu et si d'or j||,|c d,. piafsirs iniellecluels. Dans le temps oé Je fréquent. ^\^ \^ p|„^ assidûment celte école de littérature anciem^r ^^ y^jçi comment j'exprimais mon seulliiient $\ir cette collée^, jq,j savante et variée qui , depuis 1759, a doublé en volumr % ^ niais non pas en mérite : « Une de ces sociétés qtd on» w Heux immortalhté lx>uis MV qu'une ambition souveq^. pert ^tdeuse aux hommes, commeuçait déjà nf^Pftp^

chesqui réunissent la justesse de l'esprit, raménilé et Péruditlou ; où Ton voit tant de découvertes, et quelquefois ce qui ne cède qu'à peine aux découvertes, une ignorance modeste et savante (1). » La suite à une autre liwraiêon.

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