MEISTER
Jacqaes-Henri Meister, fils do Ihéolo^eii Jetn-Henia Ifeister, dit le Maistre « est né & Zurich ea 47Aa. 11 avait étudié d'abord la théologie, son Intention étant de se vouer aux fonctions ecclésiastiques. Un écrit qu*il publia, sans se nommer, sur VEsprU dei religion$ , excita contre lui quelques critiques sévères : il s'adonna dès-lors à la philosophie et aux lettres.
Meister est un écrivain moraliste qui n*est guère connu et apprécié que d'un petit nombre de personnes. Il serait difficile de lui assigner une place distincte dans les lettres , et nos rédacteurs de catalogues seraient réduits probablement à le placer parmi les polygrtphes. En Angleterre, on le rangerait dans la classe des littérateurs que Ton y appelle les esêayêles: c'est une dénomination consacrée pour désigner les auteurs qui traitent des sujets variés de littérature et de morale, sans affecter de les approfondir, et en se réservant toute liberté sur la forme et l'étendue des développements. Ce genre, trèscultivé et avec succès chez nos voisins , paraît plus facile qu'il ne l'est réellement : il séduit , il trompe ; peur y réussir de manière à être remarqué, il faut unir à une vaste lecture des qualités rares, l'imagination, la délicatesse, l'esprit, l'originalité, le style, et avant tout un grand bon sens. Chaque essai doit être en lui-même, dans son cadre étroit, une œuvre complète , où l'on montre sous des aspects nouveaux des questions presque toujours anciennes. On peut dire que Montaigne est le premier des essaystes modernes ; et il est très-probable que la critique littéraire anglaise e emprunté ce terme an titre même du livre de notre immortel compatriote. La Mothe Le Vayer doit être aussi compté parmi nos meilleurs essaystes. Parmi ceux du second rang, on ne refuserait point sans injustice une place notable à Meister.
Quoique né en Suisse , Meister est certainement un écrivahi français. C'est en effet à Parb , où il a vécu de 1770 à 1789, qu'il a composé ses écrits le plus souvent cités. Au commencement de son séjour dans la capitale, il fut gouver* neur ou précepteur d'un jeune homme dans une famille riche. H fréquentait les philosophes , et , sans Jamais avoir laissé s'affaiblir en lui les principes religieuic qu'il avait puisés dans sa première éducation , il se lia d'amitié avec Diderot et Grimm dont il devint le secrétaire. A ce dernier titre, il prit une part importante à la rédaction de la Correspondance qu'en général on atiribue uniquement I ees deux écrivains ; les cinq derniers volumes sont presque entièrement écrits par lui. Il est aussi l'auteur de la traduction des Œuvres de Gessner que l'on a souvent attribuée à Diderot. De retour en Suisse , Il se consacra aux affaires publiques. Il publia en 1808 un Mémoire sur le gouvernement fédératif de la Suisse , et M nommé par Napoléon membre d'une commission chargée d'étudier et de faire adopter l'acte de mé« diation. Il refusa , dtt reste , des fonctions supérieures que ses concitoyens lui offrirent , préférant continuer, dans une vie paklMe et modeste, ses travaux littéraires. Il entretenait des relations fondées sur une communauté de nobles sentiments aveu M. et madame Mecker, avec madame de Siaél et avec Charlotte de Ualler. « Un an avant sa mort , dit un écrivain suisse « il composa un petit ouvrage Intitulé : hi Dtrnien loiiirs d'im makiâe octogénaire. L'amour de Dieu, celui de la patrie, le bonheur domestique , et toujours la culture de son intelligence , le rendirent heureux à l'âge où, le plus souvent, tout dépéril en nous, et par cela même tout semble changer de nature autour de nous. Il mourut en 1886 , encore aimable , et bénissant sa compagne et ses amis. »
Les ouvrages de Meister les plus estimés sont : ses Lettres snr l'imagination (179/^) ; les Essais sur l'homme , dans le monde et dans la retraite (i80à); Euthanasie , ou mes derniers entreliens sur l'immortalité de l'àme (1809); Sur la vieillesse (1810); les Heures, ou médiUtions religieuses (1816
ou 1817) ; les Mélangea de philosopbie, de morale et de lit* tératore ( 1822 )• Dans presque tous ces écrits , Meister se montre surtout préoccupé du désir de donner des conseils pratiques pour la conduite de la vie : c'est surtout par celle tendance morale qu'il nous parait digne de ne pas tomber dans l'oubli; aussi croyons- nous utile de lui emprunter quelques fragments , afin de le faire aimer, s'il se peut , de nos lecteurs eomme nous l'aimons nous-même.
CONTRE L*BVlfl>K
La vie paraît quelquefois longue , encore plus longne à l'ennui qu'i la douleur. Ce singulier état de malaise est le plus souvent causé par l'espèce d'incertitude dans laquelle nous laissons errer nos désirs et notre volonté. Le plus sûr moyen de s'en délivrer, d'échapf^r également aux tourments de rinquiétude comme à ceux de l'ennui, c'est de se proposer non-seulement un but général dans le plan de toute sa conduite, un but digne de sa destination, de ses forces, de ses talents, des rapports où l'on se trouve placé par la nature ou par la fortune ; mais de plus encore , s'il est possible, un but particulier dans l'emploi de chaque journée , et pour ainsi dire de chaque heure , sans aucune attache cependant ni trop sti'icte ni trop minutieuse. Quand notre imagination sait où s'arrêter, elle chemine d'un pas plus sûr et plus égal; elle est moins disposée à divaguer, à se perdre , tantôt pour vouloir aller trop vite et trop loin , tantôt aussi pour aller trop lentement et se distraire mal à propos sur sa route.