TON
f je vériuble bon ton a toute l'apparence des pitu aimables venus ; il en est , pour ainii dire , l'ornement et |a grâce ; Il prête à nos habitudes, I nos manières, à notre langage, l'expression d*une âme hoble et élevée « d'un esprit libre , Indépendant, d'un cœur bienveillant et généreux ; il proscrit sévèrement tous les ridicules de l'amour propre et de la personnalité. L'homme de bonne compagnie tâche dans le monde de paraître s'oublier lui-même , et ne vouloir êu^ rappelé que par rattcnlion des autres à l'idée de son propre mérite : il évite tout ce qui lient de raiïcctalion.
\jet bon ton peut exister dans la société la plus bornée, »a plus intime, au sein du ménage le plus simple.
L'heureuse sensibilité, la grande justesse de lact dont certaines personnes semblent avoir élé douées en naissant , une éducation simple, mais libérale et soignée, peuvent suffire pour donner dans toutes les situations jieiaWe^ igi ize y ^
kt pins obscures comme dans les plus brillantes , la Cicillié 4'observer et de saisir également les rapporu les plus déliés, les confeoanoes les plus délicates de la nature des choses , de œUe des kiées, et de celle de leurs signes ou de leur exr pression la plus pore et la plus naturelle.
Combien il est aisé d*aToir dans son ton et dans ses maniées la noblesse et Télévation convenable , à celui dont i*ânie ne fot jamais souillée par aucune «(TectioD vile , par aucune démarche humiliante , par aucune action ignoble , par aucune conduite méprisable !
Quelque simple ou quelque isolée que puisse avoir élé la condition d*un homme , sera-l-on Jamais blessé du ton de son langage et de ses manières, si son âme ne s*est jamais nourrie que de hautes pensées, si, sans sortir de sa solitude, i| n'a cessé de vivre avec les meilleurs esprits de son siècle, avec les plus grands génies et les plus nobles caractères de Tantiquiié 1
Le meilleur ton est celui qui ne trahit les usages, et, si i'ese m'eiprimer ainsi, les Idiotismes d'aucun eut, d'aucune condition, d'aucune manière d'être par qui la dignité naturelle du caractère de i'Iiomme et de sa deslhiation puisse être plus ou moins sensiblement altérée.
Ce qui peut intéresser généralement n'est pas dWdinaire ce qui nous hitéresoe le plus, diacun en particulier : mais ce sera toujours dans le monde ce qui paraîtra du meilleur ton, ce qui ne peut manquer de l'être en effet. C'est par celte raison que le mot qui porte sur le rapport le plus général , n*est pas toujours le plus vrai , le plus sensible , mais il est au moins le plus noble ; et, par conséquent, c'est aussi celui qui doit appatlcnlr le plus sûrement au langage convenu de la boune compagnie, où l'on voit relever souvent de petites choses en les associant à quelque grand intérêt, en dissimuler de grandes en les confondant adroitement avec quelques objets d'une légère importance, exagérer avec grâce ce qui, sans cet artifice, ne serait pas assez remarqué, atténuer , afTuiblir de même ce qui risquerait de l'être trop.
On doit éviter tout ce qui donnerait l'air d'être trop occupé de soi-même et de ses aises particulières.
Il y a des hommes personnels qu'il faut plcmdre encore plus qu'on n'a le droit de les blâmer : ce sont ceux qui le sont par une sorte d'imbécillité de caractère ou d'imagination, dont l'esprit a trop peu d'activité pour s'occuper d'autre chose que de ce qui les frappe fortement , qui ne sortent guère ainsi du très-petit cercle de leurs propres intérêts, de leurs propres convenances , dont l'imagination lente et paresseuse ne leur présente Jamais que les sentiments ou les impressions de leur propre individu, qui se trouvent, pour ainsi dire, dans l'impossibilité physique de s'identitier avec ce qui les entoure , de se Ggurer seulement avec quelque vivacité ce qu'ils éprouveraient eux-mêmes, s'ils étaient & la place des autres. J'ai connu des hommes de celte trempe qui ne manquaient d'ailleurs ni de sens, ni de culture, ni même de bonté. Mais ces hommes auraient encore mille fois plus d'esprit, de droiture et de bonté qu'ils n'en ont communément , qu'on ne les trouverait pas moins d'un commerce fort pénible.
Le plus faux calcul que font les hommes personnels, c'est qu'en s'attachent au seul intérêt de leur propre existence, ils resserrent encore le cercle déjà si borné par lui-même d*une si frêle et si fugitive existence ; ils en rendent le aenthnent moins vif, mohis doux, le dessèchent et le refroidissent. Ce n'est qu'eu existant dans ce qui nous entoure, dans nos semblables et pour eux comme pour nous, dans ravenhr et dans le passé comme dans le présent, que nous pouvons étendre, animer le senUment de notre propre existence, et lui donner une puissance plus réelle , plus agissante , plus expansive ; c^est par l'oubli de soi-même que le cœur se prépare et les plus heureux souvenhrs et les plus douces espérances.
Si les hommes personnels pouvaient se douter de tout ce que ce caractère leur fait perdre, ils seraient tentés souvent
de se plaindre comme ce flnaacier qui disait : Nom auire$ pauvres riches ; Us dicaient avec bonne foi : Nous autres pauwes psrsofmels!
EXTRAITS PIVKRS*
— Est-il un mortel assez malheureux pour n'avoir jamais éprouvé ce diarme d'un calme céleste, d'une conliance divine qui suit le sentiment de notre devoir, lorsque, après de longues incertitudes , sa puissance irrésistible vient tout & coup fixer nos irrésolutions et décider notre conduite 7
— La seule affection qui ne nous trompe jamais, c'est l'amour de l'ordre éternel, du seul vrai beati , qui n'existe que dans la pensée de l'être suprême , et dont le sage ne cesse de poursuivre et d'adorer l'ombre divine dans tous les objets, dans toules les relations qui peuvent en offrir quelque empreinte ûdèle , quelque reÔet aussi sensible que mystérieux.
— Il n'est point de louange dont nous soyons plus flattés que de celle où nous reconnaissons l'empreinte Gdèie du caractère de celui qui nous l'adresse ; et plus la urempe de ce caractère contraste avec le ton habituel de la flatterie, plus cette empreinte nous la rend précieuse. C'est ainsi qu^une louange brusque ou chagrine nous plaît souvent mille fois davanuige que l'éloge le plus doux, le plus aimable ou le plus ingénieux.
— On trouve des gens dans le monde qui, ne pouvant se vanter d'autre chose , ont le courage de se vanter du mal qu'ils n'ont pas eu le courage de faire , dans la flatteuse espérance qu'on sera plus disposé à les en croire.
— La chaleur de beaucoup d'ouvrages peut se comparer à Tédat emprtmlé des platiUles, Il n'en est qu'un très-petit nombre où l'on trouve le feu scintillant des itoiks^ ces traits primitifs d'une lumière propre à leur subsuince.
— Nos idées et nos sentiments, nos habitudes et nos manières dépendent nécessairement de la diversité des rapports dans lesquels nous avons vécu depuis notre enfance. Il est difûcile que notre sensibilité, notre esprit , notre langage ne prenne pas en quelque sorte le caractère et la teinture des objets qui nous occupent habituellement. Nous sommes tous un peu comme ces insectes qui ae colorent des nuances de la feuille sur laquelle ils sont destinés & vivre.
LE M ARÉOGRAPUE.
La direction hydraulique du port de Brest a fait construire dans les eaux de Saint-Servan Soiidor (SaUit-Malo), à l'embouchure de la Rancc, un puits maréomètre.
Ce petit édifice a élé élevé dans le but de Êidliter l'étude des marées et de faire l'application d*un histrument inventé par M. Chazallon , ingénieur hydrographe de la marine , et exécuté avec une grande habileté par M. Wagner, mécaniden è Paris.
Le maréomètre est une tour octogonale de 5 oiètres de largeur à sa base , et de a*,50 à son couronnement , ce qui lui donne une forme légèrement pyramidale. Elle repose sur un fond de roches. De la base au couronnement on compte dix-huit assises de pierres, hautes chacune de 60 centimètres. Le couronnement est à une hauteur telle qu'il puisse dominer les plus hautes marées ; celle de 1865 , qui fut de plus de 13 mètres , serait resiée au-dessotis de plus d'un mètre et demi. Un puits de i'",50 centimètres d'ouverture , mis en communication avec la mer, traverse la tour dans toute sa hauteur, et vient aboutir au plancher d'une chambre contenue dans le petit pavillon qui la termine. La figure A en donne le plan. Un pont suspendu de 19 mètres de longueur, établit la communication entre la terre et la rive opposée de la vieille cale de Saint-Père.
Le maréomètre, au point de vue de la construction , îsi% autant d'honneur à *'lo8^nîcurpai^^^|g ^a ffonçn le plai^^
MAGASIN PITTORESOlîfi.
M. Dchargne, quà celui qui on a dirigé la consiruclion , le conducteur de première classe, M. Maduron. 11 est bâli en granit du Labcr, près de Brest. Ce sont les mômes carrières qui ont donné le piédesUl de Tobélisque de Louqsor. Tous les malcria ux avaient élé préparés à Pavancc et ont été transportés sur les lieux au moyen d'expéditions régulières : aussi la tour fut-elle élevée comme par enchaniemeut.
Quant au maréograplie , inslrumeut placé ù Torifice du puits , et avec lequel sont déterminées à certaines heures toutes les hauteurs de la marée , en voici la description que la figure B rendra plus facilement intelligible. C'est d'abord un cylindre (1) placé horizontalement sur un fort bâti ou cadre en fer qui en supporte l'axe. Une feuille de papier est appliquée et parfaitement tendue sur ce cylindre. La barre transversale (2) qui surmonte le cylindre supporte un petit chariot (3) armé d'un crayon , et qui se meut de manière que pour tracer des lignes droites sur le cylindre , il suffirait d'avancer ou de reculer le chariot.
Un mouvement d'horlogerie (U) placé à l'une des extrémités de l'axe du cylindre lui imprime un mouvement continu.
Le chariot qui doit dessiner sur le papier, au moyen du crayon , les courbes représentant les oscillations et hauteurs de la marée à toutes les heures du jour, opère de cette manière. Il est entraîné vers le puits (5) par un fil qui y plonge (7), et à l'extrémité duquel on lixe un flotteur obéissant à tous les mouvements de la surface du liquide, tandis
qu'il est maintenu par un autre fil qui , du côlé opposé , fait contre-poids au moyen d'une petite masse équilibrée, placée dans la partie inférieure de la botte de l'horloge. Ceci est l'explicalion la plus simple du mécanisme. Mais dans le maréomèlre que nous avons sous les yeux il n'en est pas ainsi , parce que les marées sont trop fortes à Saint-xMalo pour qu'on pût les avoir telles quelles sur le cylindre : on s'est donc borné à ne les obtenir que réduites au dixième. Le fil à été dès-lors divisé en deux parties distinctes : celle à laquelle tient le flotteur s'enroule autour de la grande roue ; celle qui fait mouvoir le chariot, à une autre roue beaucoup plus petite placée à côté et en arrière dans notre dessin (6), laquelle ramène les mouvements de la grande à n'être que le dixième de ce qu'ils sont effectivement.
Supposons maintenant le maréomètre en moavemenl. Lorsque la marée atleind une hauteur quelconque , celte hauteur se trouve indiquée sur le papier du cylindre par un point , et comme le cylindre se meut sans cesse , on finit ainsi , au bout de vingt-quatre heures , par avoir une suite de points dont l'ensemble dessine la courbe indiquant les différentes hauteurs de la marée durant ce môme espace de temps. Nous avons indiqué cette courbe sur la surface du cylindre.
M. Chazailon espère , au moyen d'une nombreuse série de courbes semblables, découvrir la loi qui régit les marées de détail sur les dilTérenls points des côtes de l'Océan , do la Manche et de la Méditerranée.
aM.dfii.
Le Maréographe, à remhouclitirc de la Rance.
. Le maréomètre est placé sous les roches de la cité, dans un rentrant sud, qui le met ainsi à l'abri des mauvais vents.
Dominé par un fort si vaste , si puissant , que 2 000 hommes s'y trouveraient à l'aise et s'y maintiendraient longtemps, il fait pendant à cette belle tour de Solidor, aussi vieille que le^ annales de l'histoire bretonne et cependant aussi solide que le granit qui la forme.
Vu de la rade, le maréomètre se confond avec les maisons de Saint-Servau, si renommées par leurs gracieux alentours; il semble s'appuyer sur lu belle église de Sainte-Croix. Vu de terre, il se dessine de toutes parts sur un horizon que termioeot les premiers mamelons entre lesquels coule le fleuve, et qui ont noms In Brillnnlais, la Vicomte. Troquentin, le
Richardais. Au milieu des eaux s'élèvent ces fameux rochers les Bizeux, piles naturelles au moyen desquelles on reliera un jour les deux rives de la Uance par un pont stispendu , semblable à celui qui a été jeté par-dessus Fribourg (voy. 1835, p. 195).
La Uancc, dont la profondeur est quelquefois de 16 mètres au niveau des plus basses marées, offre d'ailleurs, de toutes parts, des perspectives ravissantes.
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