FEMMES PEINTRES
Premier article.
Portraits de femm4»s peintres, peints par elles-mêmes.
Les portraits de femmes artistes peints par elles-mêmes ne sont pas une dos moindres cnrios(tés de la belle collection que renferme la galerie des Offices , à Florence (1). Si Ton excepte qiielqnes-unes de ces artistes , entre autres Angellca KaufTmann et madame Lebrun, les originaux de ces portraits
(i) Tovez , sur ta collection des portraits des Offices, 1847 , p 385.
ToMa XVI.— OcTOBRp». r84».
sont peu connus en France ; et pour se former une idée du talent et des œuvres qui peuvent recommander ces femmes habiles à ta postérité , on consulterait vainement nos plus vastes collections biographiques. Aussi espérons-nons que nos lecteurs trouveront quelque intérêt aux dessins et aux notices que nous nous proposons de mettre successivement sous leurs yeux.
Ati sommet de cette première composition , le dessinateur
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a placé , par déférence sans doute , le portrait de la princesse impériale de Bavière, Marie-Anloinelle , veuve de l'électeur Prédéric-Gtirisiian de Saxe, On sait qu'elle avait un talent d'amateur qui eût fait honneur à plus d'un peintre ; mais jusqu'ici nous n'avons trouvé aucun document digne de la publicilé sur les œuvres de cette princesse, qui paraissent n'être point sorties de^ palais. Nous avons été plus heoreux dans nos recherches sur les deux artistes dont les portraits sont k droite, Giovanna Fratellini et Rosalba Cariera^
Gio vanna Fratellini naquit à Florence en 1666 ; le Bomde son père était Giovanni Marmocchini CortesL Ijorsqu'elle était encore enfant , son onde Lazzera Ceccatclli , qui avait une charge à la cour, l'ayant conduite un jour aa palais, la grande duchesse Victoire fut ravie de sa gentillease, de son esprit^ et voulut qu'elle fût élevée près d'elle s elle la confia aux soins des clames de sou .service. Giovanna reçut une éducation variée , et profita rapidement des leçons des maîtres émiuents que lui donna sa protectrice : die devint Mirtoiit excellente dessinatrice et bonne musicienne^ Ce fut sous la direction du iK Uippolyte Galantioi qu'elle apprit l'art de la miniature. En même temps, Anton Dumenico Gabiaui lui fit continuer ses études de dessin et de peinture à l'huile. A dixhuit ans elle épousa Giuliano Fratdlini. Vers ce temps , le célèbre peintre de pastel Domenico TempestI, qui était aoasi graveur sur bois, revkt de Paris où il avait étudié l'art «ous Robert HlanteuU ; Gérard Edelinck avait été aMsi son maître. Giovauiu apprit de lui le pastel ; eUe f'exerça ensirîte dans la peUiture en émail. Elle parvint à une graïKie réputation dans ces diver» genres. On conserve un registre ok elle inscrivait les noms d^ toutes kt perponnes dont elle fit 1^ portraits : sur cette longue liste figurent les plus grands noms de l'Europe. Elle exécuta en miniature , pour le grand duc Cosme lit, des sujeU sacrés : le Bapttoie, la Cène , le Crucifiement , Saint Antoine de Fadoue et Jésus entouré de séraphins, .Saint Gaétan recevant Jésus des mains de la Vierge. En pastel elle lit diflérentes copies de TAnnondation du Bronziuo ; à Thuile, uue copie d'un Eeee Homo du Barocdo. Pour le prince Ferdinand elle composa en miniature une Madeleine au désert, une Lucrèce, le Jugement de Paris, des Vénus , et dilléreuta autres sujets mythologiques ; pour le priuce Borghese , eu miniature , l'Ange et le jeune Tobie ; pour le eomte de Lorenzo llagalotll , im grand émail où est figuré un pian déuillé de l'Angleterre entouré des armes de ce royaume. On cite parmi ses pastels deux belles ikKxhanales , et quatre ovales oà sont peints des jeux de petits amours. Eiie a (ait ks portraits des plus belles dames Ooreu- Unes et sicnnoises » de nobles étrangères , de quelques célèbres cantatrices, de musiciens et d'acteurs renommés.
Pour donner une idée de toute la variélé et de toute l'activité du talent de Giovanna, il (andrsnt encnre indiquer toutes les délicates œuvres sur émail ou sur ivoire qu'elle fit pour les joyaux que portaient alors les dames nobles.
Elle fut appelée a Bologne pour y faire le portrait de Jacques Stuart , fils de Jacques il, et ceux de sa femme Marie- Clémentine Sobieski et de leurs enfuits. A Venise elle lit le portrait de l'électeur de Bavière.
On doit citer séparément son tableau à l'huUe représentant le corps du grand prince Ferdinand exposé sur un catafalque dans le palais Pitti , entre deux rehgieux agenouillés (1713).
Giovanna Fratellini avait un fils qu'elle aimait passionnément Elle lui avait enseigné la peinture. On possède de lui les portraits au pastel de Giuseppc Vanni, orfèvre, et de Tommasinn , nain et bouHÎMi de la cour de la grande princesse. Vers la lin de 1729 , Lorenzo FratelUni mourut k l'âge de quavanle ans; ce fut la fin du bonheur de Giovanna. Ni la fortune , ni les consolations que lui prodiguèrent ses amis et la cour ne purent adoucir sa douleur. Elle ne put survivre kwgtcmps k son fils, et mourut ie Itt avril 1731.
Le poni%it suivant est celui d'une artiste vénitieime.
Rosalba Cariera , dont Giovanna Fratellini fut la contemporaine, l'amie et l'émule.
Bosalba Cariera est née en 1675. Son père, Andréa Cariera, et sa mère, Alba ForestI, étaient orii;inaires dcCbioggia, petite ville située à environ vingt-cinq milles de Venise. Andréa Cariera était chancelier des actes officiels de la république. Dans ses loisirs, il aimait ù dessiner, ilosalba, encore enfant , l'observait avec attention tandis qu'il travaillait, puis se retirait dans sa chambrette et y traçait des dessins, sans autre cooieil qne son imagination. Son père devina dans ce.t jeunes esaais un goût véritable, et il pria un peintre vénitien de quelque r^utation alors, Giovanni Diamanliiii , de donner à aa fille des leçons. Sous ce ma!ii*e , llosalba fit dc:( progrès rapides et exécuta im ^graud noipbre de copies de tableaux célèbres. De nouvelles fonctions 'dont fut revêtu son père l'obligèrent k le suivre dans le Prioul , et elle y continua d'étudier avec ardeur soit la nature , soit les œu vrcs d< s maîtres dana les villes et les châteaux. Plus tard , son père obtint à Venise une place qui lui |>ermit de fixer sa demeure en cette ville. Dès ce moment, Uosalba se trouva dans les circonstances les plus favorables pour perfeoiionncr son talent Elle s'exerça dans le genre de la miniature et elle y acquit quelques succès. Ses portraits et ses compositions 5ur des tabatières en ivoire appelèrent sur elle, vers 1698, l'attention des connaisseturs et des peintres. liOrsqu'en 1700 , la guerre troul>la rUalle, des étrangers riches et pui.^san:s, attirés à Venise, recberdièrent les miniatures de Rosalba et les répandirent ensuite dans toute l'Europe. Elle entreprit aussi avec le même auecès la peinture au pastel. En 17o9, Frédéric IV, roi de Danemarit/ séjourna à Venise, et voulut être peint en miniature par Hosalba. Charme de son habileté , il lui commanda un grand nombre de copies de ce portrait 9 et, de plus, les portraits des douze plus belles dames de Venise. A la suite de ces tiveurs souveraines , l'atelier de Bosalba fut i^té successivement par tous les princes qui venaient dans la ville , entre autres par le prince électoral de Saxe, depuis Auguste lil île Mognc, Pélecteur Cliarles, duc de Bavière, le prince de MedUembourg, etc.
En 1719 1 Rosalba et sa aœnr Giovanna, qui était son élève, vinrent k Paris avec ie peintre Antonio Peilegrini, leur cousin. Rosalba y fut pariaitement accueillie k la cour, fit les portraits des princesaes du sang et 6^$ personnages les plus célèbres. De France elle passa en Allemagne avec ses compagnons de voyage, et peignit toute la fdmille Impériale de Vienne. Ihi is elle revint k Venise après avoir peint k Modèue la famille du duc 11 serait trop long de nommer tons les rois , {^rinces et princesses dont Rosalba fit les portraits. On cite parmi ses miniatures les pins célèbres une figure symbolique de Thiver, Jet le ponrait d'une de aes amies, llarma Capitanio , portrait qu'Auguste lit envoya cliercher de Dresde par courrier, et en éciiange duquel il fit présent à l'artiste d'une bourse de lôO sequins et d'un magnifique service en porcelaine. Roaalha parvint ainsi k une vieillesse heureuse : elle était riche, célèbre; en 1747, à l'âge de soixante-douze ans, elle fut atteinte de cécité, et malgré tous les. essais de l'art pour la guérir, elle resta dans cet état , plus malheureux encore pour un peintre que pour tout autre, jusqu'en 1757 où elle mourut. Les dernières années de sa vie furent signalées par ses actes nombreux de bienfaisance , et furent entourées d'honneur et de respect.