DE LA RICHESSE MINIÈHE DE LA FRANCE
Premier ariîclo .
Si Ton devait juger, par les apparences, de la richesse métallique recelée dans notre ten'iloirc, ou croirait qu'elle ne consiste qu'en fer et en diarbon. Le dernier relevé publié par l'administration des mines porte une production annuelle de li% 000 000 quint, métr. de combustibles minéraux, et d'environ k 400 000 q. m, de fonte de fer ; tandis qu'en regard de cette somme imposante , on ne voit que 3 000 q. m. de plomb, 3/jO de cuivre, 28 d'argent : ce n'est rien.
Pour se convaincre que ce n'est rien, il suffit de mettre ce misérable revenu en regard de celui des autres nations de l'Europe. Au lieu de nos 3 000 quintaux de plomb , l'Allemagne en produit 131 000 , l'Espagne 300 000, l'Angleterre 330 000. Au lieu de nos ZUO quintaux de cuivre , l'Espagne en produit 5 000, l'Allemagne 35 000, la Russie ^0 000, l'Angleterre 300 000. Tandis que nous ne produisons pas un kilogramme d'étain, l'Allemagne en produit 3 000 quintaux, et l'Angleterre 56 000. Enfin, parallèlement à nos 28 quint, d'argent , il faut en mettre 220 pour la Russie , ^50 pour l'Espagne, et 720 pour l'Allemagne. Ces chilTrcs parlent plus haut que tous les discours, parce qu'ils parlent avec une pré-* cision décisive*
Ne croirait-on pas qu'il faut accuser la nature d'avoir fait, en vue de la France, une exception à la constitution générale du territoire européen, au point d'avoir écarté de cette région tons les minerais, pour les concentrer, au contraire, dans les régions d'alentour î Grâce à Dieu , cette pensée, que les apparences semblent si bien légitimer, n'a pourtant pas le moindre fondement Le sol de la France n'a pas été fourni moins libéralement de mines métalliques que de tous les antres genres de bien. La pénurie h cet égard ne vient pas de la faute de la nature , mais de celle de l'homme. Les trésors existent, mais on ne s'applique point, comme il le faudrait, à les sortir de leur enfouissement. A l'égard de la plupart des métaux, notre sol est dans des conditions analogues à celles de la Saxe, du Hanovre, de la Bohème, de la Hongrie, de la Suède , de la Russie , même de l'Angleterre ; et cependant, 'tandis que ces États trouvent dans leurs mines une branche d'aoïlvité si féconde , les nôtres dorment dans l'abandon , et Vsû pomrait croire , sur ce que nous ne les travaillons pas, jque nous n'en avons pas. L'occasion s'est déjà présentée , Mans ce recueil, d'attirer l'attention sur l'appel fait sur ce ippint à l'industrie française, dès le dix-septième siècle, par une
femme généreuse et digne d'tm meilleur sort (1). Revenant à ces vues si solides et trop longtemps négligées, l'administration a fait compléter par ses ingénieurs le tableau général des mines de la France dont le dix-septièmê siècle n'avait pu avoir qu'un aperçu; et la publication de ce document semble un premier pas vers une organisation plus sage de la ridiesse métallique. 11 nous est Impossible d'entrer ici dans le détail des divers gisements que, soit les affleurements des filons, soit le souvenir des anciennes exploitations dont ils ont été le théâtre, font dès aujourd'hui reconnaître, et qui évidemment sont loin d'être les seuls que la France contienne ; mais le simple sommaire de ce que nous possédons suffit pour donner convenablement à penser, si on le compare au sommaire si court de ce que nous produisons.
D'après le document publié, nous connaissons aujomd'hui en France /i5 mines de cuivre, 60 de plomb, 105 de plomb et argent, /i8 de cuivre et argent, 6 d'argent, 6 d'étain, i!i5 d'antimoine, 17 d'or, 6 de mercure, 1/i de zinc, 28 de manganèse, 2 de chrome, 7 de cobalt, 2 de nickel, 2 de bismuth, 10 d'ai-scnic. C'est un total imposant. Tout compris, avec cette belle possession de plus de ZiOO mines, nous ne produisons annuellement qu'une valeur brute de 1 500 000 f. On peut affirmer qu'il y aurait lieu ù retirer au moins cent fois davantage. Dès lors sortirait donc du sein de nos mines une valeur digne d'être comptée dans le revenu général de la France, et d'autant mieux que ce ne serait pas seulement une augmentation de richesse, mais une augmentation d'indépendance à l'égard de l'étranger.
Quelles sont les causes d'un abandon si funeste aux vrais intérêts du pays? L'histoire en est longue, car ce sont des causes nombreuses, complexes, difficiles a analyser dans leur détail. Dans leur plus grande généralité , elles se réduisent pourtant assez simplement à ce que la législation des mines en France ne s'est trouvée ni dans les mêmes conditions qu'en Allemagne, où les gouvernements ont pris à leur charge la direction des travaux , ni dans les conditions de l'Angleterre , favorisée par une plus grande abondance de combustible et de capitaux, ainsi que par un esprit d'association industrielle plus actif. Il s'ensuit que, par une position qui nous est propre, nous n'avons eu ni l'avantage que les mines d'Allemagne trouvent dans la protection forte et intelligente de la puissance publique, ni celui que les mines d'Angleterre trouvent dans l'instinct commercial des particuliers. Abandonnés à nous-mêmes dans cette industrie si délicate, nous ne pouvions manquer de faiblir, et c'est ce qui nous est arrivé. Ce sera le sujet d'un autre article*