CLAUDE GELÉE, DIT LE LORRAIN
OtJ CLAUDE LORRAIN.
S'il était dans ma destinée de vivre longtemps séparé de la société des hommes et du spectacle de la nature , je ne souhaiterais, pour conjurer le sombre démon de la solitude, que de posséder deux tableaux, l'un par Raphaël, l'autre par Claude Lorrain, assuré que je serais, en les regardant tour à tour, de ne pouvoir jamais douter un seul instant ni de l'immortalité de mon âme ni de la grandeur de Dieu. Quel cœur si malheureux, en présence de ces œuvres d'une vérité sublime, ne se sentirait s'ouvrir à de nobles sympathies pour l'hnmajiilé et s'épanouir dans une douce confiance en l'auteur de cet admirable univers I Comme Raphaël a aimé et cherché k beau dans les traits et les formes de la figure humaine Claude Ix)rrain a aimé et cherché le beau dans la vaste étendue de la création. Nul avant lui , nul depuis , n'a peint avec autant de charme exempt d'exagération et de manière, avec autant de sereine et calme puissance, les grâces de la terre , les lointains sourires des horizons , la pure et splen-
(f) MaHame àq Beausolcil, 1843, p
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dide lumière da ciel» le solennel balancement et Timmensité des mers.
Du consentement des maîtres « Giaode est le premier des paysagbtes. D*où vient cependant qae sa renommée est si loin d'égaler son génie? C'est, il faut le dire, que l'art du paysagiste ne saurait prétendre à la popularité ; c'est que , pour la plupart des hommes , la vie ne se manifeste bien visiblement que dans l'expression des passions humaines. La foule qui se presse au Louvre devant le péle-mèle sanglant d'une bataille ou les angoisses d'un naufrage ne jette qu'un regard disirait sur le tableau d'une campagne paisible. Tandis que des groupes de spectateurs 'toujours nouveaux s^expliquent bruyamment la querelle des Romains avec les Sabins ou le
crime de Clytemnestre » onse chefi^-d'œuvre de Claude res«plendissent alentour solitabres : d'heure en heure seulement quelque amateur s'approche avec respect* s'appuie sur la barre, contemple lentement, puis se retire à regret, et comme avec efibrt, sans regarder ailleurs, de peur de rien dissiper de ce trésor d'impressions délicieuses et pures qu'il emporte en son ftme enchantée.
Et n'en estait point demème dans notre vie? L'activité fié* vreuse des villes, nos intérêts, nos passions, nos plaisirs, les^ événemenu tumultueux , d'incessantes rumeurs , sollicitent , attirent , occupent notre attention , nous absorbent « nous captivent , nous tiennent haletants , aflbirés , toujours en re«r tard de repos et de loisir ; et c'est à peine si» de loin en loin, {
|p.K|ÉKyrVLE« CO»
r.mtmtÈ, st.
Musée du toiiTre. — Le Débarquement de Cléopâtre, |i«r Claude Lorrain.— GrtTure par Wiesener^
nous nous surprenons à lever im instant nos yeux vers les magnificences dont le ciel est pour nous vainement prodigue, et qui , éternelles dans leur changeante beauté , se déroulent nuit et jour en silence sur nos têtes. C'est ainsi qu'insensiblement nous perdons la curiosité , l'intelligence et l'amour de la nature. Si vous conduisez hors des maisons, au milieu des plus beaux sites, cet homme justement célèbre par son éloquence et son esprit , il regarde sans voir, demande ce qu'il faut admirer, s'ennuie et s'attriste de ce vaste silence ; il soupire , se détourne , et supplie qu'on le ramène en toute hâte à sa tribune et à ses livres. Pendant ce temps, loin des cités populeuses , les pâtres , sur les cimes des Alpes ou des Pyrénées, insouciants de toutes ces agitations où se consume notre vie, promènent en paix devant eux leurs longs regards mélancoliques, et, dans de simples chants, dans de naïves et touchantes mélodies, expriment à leur manière leur sentiment intime et profond des grandeurs infinies de la création. Comme ces pâtres, Claude avait appris dès son enfance, dans les champs de la Lorraine où il était né , à aimer et à comprendre la nature ; on pourrait dire qu'il ne connut point
d'autre mère : orphelin avant l'âge de raison, il errait sous les arbres, dans les prairies, au penchant des collines, seul. le plus ordinairement muet et en apparence insensible à son malheur; ceux qui le rencontraient ainsi le plaignaient comme un être privé des dons de l'intelligence. Comment auraient-ils deviné l'alliance secrète qui dès ce temps se préparait entre le gdnie de ce pauvre enfant qui s'ignorait lui-même et l'invisible beauté, la grande âme de l'univers? Plus tard, à Fribourg, un de ses frères, graveur sur bois, Tinitla, dit-on^ aux éléments de l'art. Un autre parent , marchand de den-« telles , le conduisit à Rome , où , sans se laisser décourager par la misère , il commença d'étudier la peinture avec une sérieuse ardeur. A l'exception de deux années passées à Naplcs dans l'atelier d'un paysagiste nommé Godefroy, il demeura dans Rome jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Vers cette époque il rev'mt en Lorraine, et y fut chargé de peindre â Nancy l'architecture de l'église des Carmélites. Mais l'Italie le rappelait à ejle : il se sentait entraîné par l'irrésistible ln« fluence que cette terre privilégiée des arts exerce sur presque tous les artistes qui l'ont une fois visitée; il retourna donc 4
MÂOA^ïN HTtdttlîSQUE
8fai!ë: dh a fé^hfC (fâé^, éstiis ià prMèrè jéuness^Vi' a^^tè éf^ i¥ltfuHf ^ir ik- nécëiàftl? a^x frjitaox teft i^u!i VM^jèfréë éârtft l#oi&iâ«9 (Pirîf jîiiijMer i iaa&i cette d^cdhlrféiieè.qttl iie fëMI ^aUleiirS ^oë ieridré (ite admirable èticëré lé i'âfe dëVèfo^{»Hfieht dé ifiûlii e^hfé-, Rê i^së st1^ âfictnié trâdfUoti certaine : c'est une de ces an^me^ ^tté \*m âccè^rté parce qtj'ël^ à^ii^Rt,'ëëd9 sfftfiifrtoier d'où elfes flentiént 11 p&fklf lirtiettk ethUi ^cre, (»i#s Ffdme^ il ffat le éerViteKif et Véim k un fdW d« peintre AùéuMe Ta^. Cette c6ridl«o«i irif»ièui% m le retffrt lonttèmfxj la ih^rt dtit côntHbtter sail) ddtîtë â reèiretenir daii^ deé habîtttde^ 9é eonit^afnte, d^èvài^tà^, dé défiatieeide hH-inêHie qtié Véû eatâétëri^, avec une injuste dureté , en écrivant de lui dans les biograpltîes que c'étaji un homme igQûr.int et inculte.
tgatintm! O sublime îgnorauc<?! Combien d'érudilS ses COÉ**Tïtji*Jfalrif iiiiraiont eu avaniage à échanger contre elle, s'il e^i êU pr>8âïbte 4 tout leur ^vcilr l
tecultc I Qm signifie ce moi appliqué à l'auteur de tant d'aditiîrîi!>i(*3 ti^itTrf^f Si je vols un arbre qui ploie sous le fali^^ l#rt(ïi et hmn friiliït» si^ fût-il élevé de lui-même tlBflj^ un 6 tcfntrée tMwrle avec 1p aeTil aide de Dieu, irai-Je dire ^tt'li Bi \iifH\k^ ? N\*Ht-ce [ii\ii un véritable abus de réserver ^r* rjittïISfîritlIoTis frhomm*»5 instruits et d'esprits culiWi% fil f «Hît.qii] ont pàH'n' (ilusiears atinéesde leur
j(jtW^s>' j [-Kitics dea école:* t II est so^tt des collèges et W€h sari mêmft «ujotirdiiÉiî de isr^nds sots et de fiers ignorants \ .t(* f-^ ft^r^n qiCùtt a essayé ilfi cultiver ces ésprtts-Ià ; nilld Je :]a'llâ ne se mai point laissé faire.-
J^tîftqui^s jj '[tmiû pèserrms-nous ririSlrbctiofi èk la valeur tlc^t hifiîldieS I iU si f^iis$k*s balanc«^à ? La scienèé ^ un livre itfttllllii Mil f^s plus pirands fmfTims ne connàlsséftl, hélas I qui 6M PW dé |yf^4'!t, tX! qttet tiroit refnsez-ibns le savdif h mn% *(»*! ft(^ tf*ifkïrtt Oïl nr pf uvrrir polht épèlér au* tiièmes pDge^ que nôihi Vnii<ï m%v!î, lire It^s ^meieiis Iwétes, vous Hfs Vf n^re« (Kirci^ qti*fi?t ont adnilfahkrfteni déêtii ta ttaiurë e< rjulla vdim ront hit cafrf|»ffndrf ei airfler; dbii : j*jèn de uifeilt \ Malt lui , CJaude , le pauvre hothm; fkm-séttièmerii a sAvatI Hrè la uniure ellè-tn^me mus dfèlr È^Mh d'ànctiM po^te pfïttr ÏÀ compreiidre et l'aimer, mais il Vi ûétdië aW*rt tideif mpr|l.^ nn%si îiarmonieusemettl h VOS féitx ^e ThéocHi<* oti VMie tén\ peinte & vos oreille*-
EnU'ndfttit plus généreuseiixent la vraie Science, U réelle sufkéfiof It^ dé l^spril. Que de Jtigf uterits il y adrîiit à rëlbriTii?r si queltjue jmir les hommes^ meîtaul de côté la diflérettcé des ItabiU el Ici* pnjlenltans du laTij;,ige, se mesuraient sincèrement à la quantité des connaissances acquises , au développement utile .des faevltés, à kr sdUdité et à U forcé de la raison 1
Ce que l'on, rapporte sur la méthode de travail particulière à' Claude prouve encore d'utje manière très -remarquable cômbifh il y avait en lui de sensibilité poétique et de puissance intellectuelle. En Italie , on le voyait se promener» pendant des^ journées entières , dans les campagnes ou sur les rivages dë.Ia mer. Il ne dessinait point, il ne parlait point ; il ré|;av^ait. De retour à son atelier, il prenait sa palette, et, a\èc calpie , sans bésitatioti, il faisait apparaître comme par eh'cbarilemént &ùr la toile le tableau que, dans ces silencieuses côiitempralions , Il avaût peint au fond de son âme. Etcerlajiis biographes de s'écrier, avec un naïf étoanement # a que Cfaude ne peignait point d'après nature 1 »
PEUT TRAITÉ SUR LES PETITES VERTUS (i)»
• Quelles sont les petites vei'tus? Elles sont nombreuses ; en voici rémunération abrogée : Certaine indulgence qui par-
,(ij Extrait du livré de. Jcan-Bapttste Rcbcrti, né 1« 4 mars 17 19 à.Biissaoo, professeur d« pliiio$Qj>hî*« à Bologne, ihort m
dbiiiie téi^ fan^ d'awrtâ, hiki qtrdn dé liaisse'se i^oaiéttH un semblable pardon pour soi-même ; Certaine inattention > voftmitaire fOur'iM pai s^a^reeftftr de diéfàvtf stfltoits,- bien oppdsëe atD riiërHe ladieux de'débouf rtr cedx ^ui^ont cécbési^ Certshie tiempasilon qtâ's'diyprdphrie les p^liieédes mvlbeitre«rx pour les adonèlr, et certaine fiiieté qui s'approprie tes • joies des hef tf e d t pmr les accroître ; Oertaine 6out>lesse d'es-* t prit qui adopté sans résiftairee ce ^n^H y a dé judldeax dans : les idées d'iiit «om^gnoti oti d^une compagne^ quofiqulon ne- Tait pas d*a'b9rd Senti, et qbi par cbnséqdent applaudit sarts : envie â ses dëcèrtivertes ; Certaine sefflcltade qid prévient les > besoins des autre» pevr leur épiri^er la peine de les sentir et l'hunAlation de .demander assistance; Certaine libéralité de cœur qui fait toujours tout son possible pour obliger, et qui, lors même qu'elle fait peu, voudrait pouvoir beaucoup ; . Certaine aiïabillté tranquille qui écoute les importuns sans ennui apparent , et instruit les ignorants sans reproches pénibles ; Certaine urbanité qid , dans l'accomplissement des devoirs de la politesse , montre , non pas la dissimulation gracieuse des gens du monde , mais une cordiaUté sincère. Toutes ces choses, et bien d'autres semblables, appartiennent à l'exercice de ces vertus que je voudrais définir. En somme, c'est l'afiabUité, la condescendance^ la simjyiicité, la mansuétude, la suavité dans les regards, dahs les actions, dans les manières, dans les paroles.
lies petites vertus sont des vertus sociales , c'est-à-dire extrêmement utiles à quiconque vit dans là société d'êtres raisonnables. Elles seraient superflues daîiS dés ct'nlitès habitant avec les bêtes fauves et les oiseaux des ÏMê,
Partout od 11 y a quelque échange de services nécessaires, et par suite de paroles et de signes ^ èès vertus trouvent leur place. Il est sûr que sans elles ce petit moddë oft notiè tjvons tae peut être bien gouterné , èi ^iie les fàrhillés sddt dans <m trouble et une désolation inévitable»: Sàhê elles àfi perd la paix domestique , le premier de nos S(^dla#etf éiils àii miiicd des peines et des calamités qui noitt aflhgeni dans la Vallée ténébreuse de nôtre pèlerinage. Oh I Irf ttiîllheuf'eilSé Waison que celle ttft l'ttn ne faltaticun cas de Mf exercice! t'arenfà etéhfantt; frèrëà et Sœurs, frtaltre^êé serviteurs, tout èsi dans la disèéirdè.
Otiartd]^ Jïarcours m rdès de la ville,- ^|tidHd je prisse dèvarif certaines iriaisons oft je èaJs les éSfyMts è'ft Itiraiilte h raison de dissensidfts Inléi-iettrés, fi nàe vient erttle de fjosel" mie Inscriptiori sur letirs fatjades ; déjà mên^è Je l'écNs, je la ^rave dans ma pensée; L'instrlpIIOti h n'effacé*' Jamais , et h lire on entrant et en sortaiit pat WliÈ les çttis qtd les habitent , est tirée de saint Paul et comprise en deux mots : Support mutuel, ' • ' :
La négligence à remplir ces devoirs délicats qui tiennent aux. petites vertus est une source, en.plus d'une circonstance, de scandales graves. et de haines <JlerncIlcs. Celui qui est au ] fajt de l'histoire du monde sait qiie des événements iiupol-. tants sont nés des plus petites causes : d'une éiinccllc isod- . vent sort un incendie. Elle est faraeiise par ses suiics, ta Inlie '. qu'excitèrent entre deux ministres d'État romis>ion d'un titre et une signature placée trop haut sur une lellrc. Une. paire de gants donnée à propos et une tasse de Uié ou un .^ verre d'eau renversé sur une andriemie ont eu beaucoup de part dans les grands événements de la guerre qui a ouvert le dix-huitième siècle.
Mais sans lire l'histoire , sans entrer aucunement dans la. politique, nous pouvons observer les mœurs privées de noire l temps. Nous trouverons qu'une causerie indiscrète, qu'un* silence imprudent , qu'un oubli de politesse a quelquefois ; donné naissance entre les personnes les plus étroitement liées ' à d'interminables procès, â des démerhbremcnts funestes de patrimoines, à de ruineuses séparations de corps. Trop sou- ' vent je me suis trouvé présent à de violentes et longues dis- , pûtes où l'on se déchirait cruellement , parce qu'une nouvelle donnée par l'un avait tifgtltJga^lijF^G'©'^^^ ^
IIAQASINPITTORESQUE.
bien de personj^es ge (ouf, m ^iff^ d'^nneor d*Gf))t^ir une fui aveu^e ^ iqul cp qu'^lle« i-^cqafpni » k tout ç^ qu'ellj^ ^écnvenil Dap» Ici^f esprit^ (tre |c pronier ^ji^ <¥)^raQt di^ oouvelle^ fcivolç^ 4p I4 fjlle qp^de |^ sr^viA^, p'^t iu)e jparqAte f}p p^i^ifce j8f< de (ÎH^^ tf'Çspriti pt^'pn «^ tvqi|lrte . pojir ceti<? i^jiç fliftUo^'iQj) , i^|>p4. il #flr?U si /a^te ^ «e leuir d^p» J|2 q^ime.nir pplq|\e j|ç^ dejRQfl^ R«4UP!> venu». * Le* ppfM^» ve^lfis sqa\ d^ yertw» ikl-jd)fi di5 tçjir d»»ger. Leur f^rpt^ P4ît 4e Jevç petUeiwc W0W. BlWe ne .90aMN|s I^fueuse», pi^rcp qu'i^iU^ ne »*e;ierçeiit que «or d^ ol^i^is j^ii im|X)rUai^; elles se pratlq^en; p^e^ue f^n» VQUS donner la réputatioq de vertueux , et le mon^e les m%^ pto qu'il ne les fidmlre. Le pardon d'une pOensis grave peut encore hunxainement être chose glorieuse , mm celui d'une peiiie injure n'excite pas l>din9iratiop. A rUi$olentqui vous frappe sur Hueiouje « vous préseatex doucement Tautre joqe, . voilà une fiction évangéliqu^ qui paraîtra inerveijleuse ; piais le silence siir la pi^ain mfi|a$iroile qui J>rpuii)!e notre chevelure » qui di^range no^ v^t^nents, ou n'en tiendra aucun compte. Elles i^e sopt i|ofiC pas , les petites vertus , exposées à la vaipe gloire , qui n'a t'jea h voler là au Ton ne iait jpontre de riep. Celui qui est prissent u'iR^Qoit squvent pas pourquoi on a dit une parole , et il ne peut javoir pourçioi on en- a omi$ QPe autre ; il ne péoèlrf pi|8 jusqu'^ la pensée pour y lire que la manière de voir esl diUiéreQte ; il ne pénètre pas jusqu'au œur ppur y sentir que l^ffection est contraire. D'ailleurs uqs petites vertus se pratiquent §ouvent avec unp tplle vitesse que la vaine gloire n'a ni le moyen ni le temps de les saisir au passage. Un coup d'cBil, un g^slt, ua .mou., et r^cte de vertu est fait.
Les petites vertus s'exercent presque à contre-cœor ; car gardons-nous de croire qu'elles se pratiquent entièrement lorsqu'on rend service « qu'on iiit amitié à une personno^aimable et ain»ée : on suit alors plutôt l'inclinatioB naturelle et le sentiment de l'amitié. Leur exercice plus véritaUe est de supporter les déplaisants et les ingrats « quoique au fond du cœur nous sentions frémir toutes nos petites passions. Dans leur pratique , il est un peu permis de feindre ^ e'est-à-^lre de laisser passer un début d'a^teniioUt ua manque d'égards, uue marque de mépris , comme ^ noua étians sans ftenx et sans oreille^ ; d'avoir le calme sur le visage quand k trouble est dans le cœur» un langage froid quand les sentiments i>ouiIlonnent ; de garder le silence absolu quand on est le plus vivement excité à crier. Mais le soin qu'il faut surtout recommander est de conserver, dans cette grande contrainte, des manières si naturelles que rien ne perce au dehors de ce qui se passe à l'intérieur. Ëniin la patienoe veut pour sa perfection qu'on ne voie pas se lever ou du moins le condenser sur le front uu seul nuage de tristesse. Dan^ le monde vous aurez entendu dire en matière de toilette que, pour la coiffure et le vêtement, la perfection consistait à cacher la fatigue dùs longues heures et les conuraintes de l'arty en affectant un air libre et dégagé ; et en matière de vertu, je vous dis, moi» que cette aisance si difficile est aussi le dernier point de la perfection.
Les petites vertus sont des vertus usuelles, c^est-à-dlre d'un usage fréquent et quotidien , communes à Umtes les époques et i toutes les conditions de Ifi vie. Certaines vertus, ou du moins quelques-uns de leurs acitf, sont rares et comme de réserve. La vie du grand nombre ^*entre nous s*éceide sans qu'une offense édatfmte nous perce le cour, sans qu^unc noire calomide nous jette dans Thif^mie. Assurément ^ul qui attendrait des épreuves aussi rudes ppur exercer sa patience attendrait trop longtemps. Voilà pourtant une de œs illusions de plusieurs personnes vertueuses : eUes rêvent des cas extraordinaires de vertus extraordinaires; elles en nourrissent leur ima^^tioa , et la promènent sans repos au milieu de ces magnifiques aventures. A force de se peindre la vota , elles se regardent con^mc vertueuses , et , passimt de nOée au ffit, elles pensent être arrivées à la perfection.
Les petitj^: vertu* sont 4'H>98^ n9i»r«e«leQient:dafi3 itotei l^ conditloq^ de la docilité 1 mais aussi à toutes le^ éppqueade la >:i^ à (Qu§ |e« jAiirs dfi l*^i»Pée» ^ toute» ka heuv^ du jour. I| e^t difl^pUe i4e proposer uPQ^siiuaAioftoù'éeiiait eoDdé, au i|ioii^pwd«gftt un Iftipp» n«ti)ble« twit eaertica de ituelqu^utie 4'eAti^ eUe^uÂlDsl, po«ir ep donnefl un seulexeinpletèo poitiira tû^ pe pas donner ^aumône, ^uftadtatgent^. nais«»i|»iui^ra jtO{ijcior9 j^ te^user d*une manière: vautneonet e'est^«dkalla refusgsenhommedtfuxeticoiqpatissaBt :; ^c^
BIfTÏT-BIJOO ^7 IWJfppiWM^. a
L'usage i)arbaredt livrer aux lyêtesiescaudamnésà HMtftt qui ^vait été adopté par plnsiepTs peuples de l'anûq^ilté, entre autres les Juifo et les Romaii]^ , a été^ excusé paf' te motif ahigulier, que confier ^ des animaux l'exécudon des iiautes œuvres, c^était supprimer de fait foffict du bourreali, qui ravak la dignité humaiaa et èat toujours noté dUnfaniAe pair l'opinion publique. $o«s Tempéreur ¥ftlentinlen ^ deux jQunes ourses étaient devenues fameuses dana^ ee rôle de bourreau. Far ironie « le peuple appela l^e Fetlt^Bijou et lîautre famocence. On fut tellement satisAiit surtout d'iàkif^ oencc, que Pon voulut lui accorder une récompense publique: on la p^ta sur une UMDUgne et on lui donna la lfl>erié. Mais le séjour des bois n'apaisa point sa soif de sang humain : elle descendit dans la plaine et attaqua des bergers qui la tuèrent en se défendant.
ALEXANDRE B(U)KaNIART.
L'histoire rangera M. Brongn{art parmi ces ^mines glorieux dont le génie s*est allumé djins ks agitations fécondes de la Révolution. 11 éuit de cette ménK>rable période de 1770, si extraordhiaire par les naissances précieuse qui ^y sont en quelque sorte concentrées* Élève de rËcoie ^s mines de Paris, àts 1790 il fit un voyage mioéralogique et technologique en Angleterre, et, à son reteur, il fut atteché au JanUn des Plantes comme préparateur de chimie. Lorsque toute la jeunesse de France s'ébranla pour couvrir la frontière, M. Brongniart, qui avait profité des loisirs que lui laissaient ses foncUoas pour prendre ses hiscriptions à TÉcole de médecine , fut aiuché comme pharmacku à l'armée des Pyrénées. Son séjour dans ces montagnes ne fut p^ perdu pour la science, non-seulement par les observations géologiques qu'il put y recueillir, mais plus encore parce que ses habitudes du pays lui permirent, au risque de sa vie, de sauver Broussonnet , qi|i , menacé par la persécution , cherchait à gagner TEspâgne par la brèche de Roland , passage si bien connu de tous les géologues. Mis en prison pour ce délit glorieux, il ne fut rendu à la liberté qu^après le 9 thermidor; et à pdne revenu à Paris, il se vit chargé, malgré sa jeunesse, du cours d'histoire naturelle à TÉcole centrale des QuaUre- Nations. C'est là , dans ce briUaat layer, que sa carrièffe acheva de se décider. A l'époque de l'organisation de rtiat-> versilé, c*est à lui que fut confié k soia de composer na traité élémentaU'e de minéralogk , et il s*en acquitta de vut* nière à satisfihre non-seulement aux conditions du moment ^ mail à laisser à ses successeurs un modèk de tous les temps.
Si disttngttée que fût d^à k carrière de M. Btoagniartt dk a*était encore qu'à son aurore : c'est k concours de M. Cuvkr qui dev^t en déterminer k splendeur. Goanne presque laaa iea hommes émiaenk dt cette époqae» M. Broagokrt ae s'était point borné à 9a ^écklité ; k médecine l'avait mil sur la voie de la soelogiet où U était 4éjà qoaaapar ua tra^ vail sur les reptiles , demeuré classique ; tt si c^t un signe du génk que de savoir imposer des imais nouveaux , H n'a pas manqué à M. Broagakrt, oar ks aoms de Saurieasr de Batrackas, etc, qui sont aujourd'hui d'un usage vulgaire i viennent de lai» ainsi que k classification de oes anhnaux«
Hère amabilité de son caractère, le rendaient merveilleusement propre à une communauté d^études avec M. Guvier« et rien n'est assurément plus méritoire pour lui que d'avoir si bien associé son nom & celui de son illustre ami , que non-seulement il en est inséparable, mais que la part qui lui revient 9 pour avoir peut-être semblé à Torigine moins éclatante» ne sera pourtant pas, aux yeux de l'histoire, jugée inférieure , étant même le fondement de.ce qu'il y a d« plus grand dans les découvertes particulières à M» Cuvier.
On entend que nous voulons parler des ossements fossiles da bassin de Paris. M. Cuvier, appuyé sur les principes nouveaux dont il avait enrichi l'anatomie comparée, s'était mis dans l'esprit de restituer les animaux dont les débris se sont conservés dans les dépôts de nos environs ; mais, comprenant que sa lâche, pour être sans lacune, demandait qu'outre les animaux , les dépôts dans lesquels leurs restes sont ensevelis fussent déterminés également , et ne trouvant pas dans ses éludes anlérieures les connaissances minérabgiqucs nécessaires , il avait appelé M. Brongniart , qui , tout en s'hannonisant avec lui par son savoir zoologiquc et la précision de son esprit , le complétait si excellemment par son habileté de géologue. Il venait juslement d'en donner une belle preuve en introduisant duns la science, el conune il a toujours fait, de la manière la moins ambi-
Brongiiiarl.— Diaprés un médaillon par Da\id d'Angers.
tieuse , un de ces principes féconds dont les développements constituent des voies nouvelles : en étudiant l'Auvei-gne , il avait signalé comme formés dans l'eau douce des terrains dont les coquilles avaient été reconnues par lui pour appartenir aux espèces qui vivent dans les fleuves. C'était un pas tout nouveau , et immense en tliéorie , comme intronisant l'étude des circonstances de la formation des terrains au moyen de l'étude intermédiaire des circonstances de la vie chez les contemporains de ces terrains. Ce qu'il y a de plus fln dans l'étude des ossemenu fossiles, ce n'est pas d'avoir reconnu qu'il avait existé dans nos pays des animaux différents de ceux qui s'y rencontrent présentement, différents même de ceux qui se trouvent dans toute autre partie du globe ; ce n'est même pas d'avoir déduit de la nature de ces animaux, eu vertu du principe mis en avant par M. Brongniart dans ses Considérations sur le terrain d'eau douce àe la Umagnc , que le climat de la France avait dû être plus chaud dans ce& temps reculés qu'aujourd'hui ; ni même ,
ce qui touche plus particulièrement encore à M. Brongniart , d'avoir introduit la méthode de définir des terrains d'après les débris organiques qu'ils contiennent : c'est d'avoir con* staté qu'à mesare que l'âge des couches minérales se rapproche du nôtre, les animaux qui y sont ensevelis se rapprochent de plus en plus des types les plus élevés de l'ordre actuel. Voilà le principe capital de la paléontologie, et ce n'est que par l'étude minutieuse du système de superposition des terrains qu'il pouvait être mis en lumière. Au lieu d'avoir simplement découvert de nouvelles espèces d'animaux, ce qui n'eût fait qu'ajouter au catalogue du règne animal quelques curiosités de plus, l'esprit humain, grâce à cette heureuse intervention de la géologie, s'était enrichi d'un principe philosophique des plus puissants. 11 n'y a pas besom d'attendre Tarrêt de la postérité pour vohr que ce sont là de ces conquêtes qui immortalisenL
On comprend assez que notre but n^ saurait être d'analyser ici tous les travaux de M. Brongniart. Pendant près de soixante ans, il n'a pas cessé un seul jour de s'appliquer. Ses repos étaient des voyages , toujours profitables à la science. En Suède et en Norvège , il posait les bases de la classification des plus anciens terrahis fossilifères ; en Italie , il scrutait dans le sein des volcans la physiologie de la terre ; dans les Alpes, d'un regard aussi hardi qu'assuré, il pénétrait l'âge de ces.^ommets sublimes qui ont semblé si longtemps les contemporains de la création , et, fondé sur l'autorité de ses principes, il les ramenait à l'époque de la craie et des terrains tertiaires , à l'admiration générale des géologues , empressés de se jeter à sa suite dans cette voie*
La science n'était pas la seule occupation de M. BrongniarL Depuis 1800, il était directeur de la manufacture de porcelaine de Sèvres; c'est dire que les beaux-arts et la tedinologie se disputaient aussi son esprit C'est par un magnifique ouvrage consacré aux arts céramiques qu'il a terminé sa longue et laborieuse carrière, rejoignant ainsi ses débuis, qui s'étaient faits par un Ingénieux mémoire sur les émaux. Ou a déjà parlé dans cet ouvrage de la galerie qu'il avait fondée à Sèvres : c'est encore là une de ces idées bien inventées et qui sont assez fortes pour être suivies. Ce n'est pas seulement l'industrie du potier et du verrier qui méritent d'obtenir ainsi de la munificence du gouvernement les honneurs d'un musée spécial* Toutes les industries devraient avoir le leur, et non-seulement pour s'en glorifier, mais pour fournir une multitude de documents aux fabricants, aux géographes, aux archéologues. Si jamais une telle pensée se réalisait , on n'oublierait pas que le premier exemple en a été donné par un Français qui sut être , comme Bernaixl de Palissy, potier et géologue.
S'il est vrai , comme la religion nous l'enseigne , que Pintelligejice ne soit que la moindre partie de Pliomme, il faudrait, polu* le couronnement de cette esquisse, que nous fiis^ sions en état de représenter le caractère de celui qui en est l'objet. C'est à ceux qui ont eu l'avantage de vivre dans sa familiarité à justifier, par des touches intimes, cette réputation d'aménité, de désintéressement, de bonté, qui, plus encore que son éclat scientifique, lui servait d'auréole, et, de près ou de loin , lui retenait les cœurs de ceux qui l'avaient une fols connu. Bien que n'ayant eu avec lui que de trop fugilils rapports, celui qui rend ici à sa mémoire cet hommage anonyme n'oubliera jamais les instances et les prévenances dont, sans aucune recommandation, sa jeunesse fut honorée, il y a plus de vhigt ans , par cet homme généreux , toujours si disposé à faire place aux autres autour de lui. Aussi, entouré d'un cercle d'amis qui était, avec sa famille, sa plus belle richesse , a-t-il traversé la vie , bienfaisant et amio comme un heureux flambeau l
BOREAUX D'ABONNEIIEIIT £T DE VERTE,
rue Jacob, 30, près de la rue des Pelits-Augusthis»
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