DU PRIX DES JOURNÉES EN FRANCE
Noui avons déjà donné ailleurs quelques évaluations, empruntées à^ivers économistes, relativement aux dépenses et aul salaires de la classe ouvrière en France (voy. 18A0, p. 79). Depuis cette époque le gouvernement a publié des documents ofltolelé qui fournissent des données précieuses et nouvelles d'où sont extraits les résultats qui vont suivre.
M. de Qérando, dans sdri traité De la bienfaisance publique, avait considéré le prix de la journée des terrassiers payé par l'administration des Ponts fet Chaussées, comme le minimum du salaire que peut gagner un travailleur valide en France. Celte opinion nous paraît fondée, si on l'applique aux outrieti auxiliaires que celte administration emploie, concurremment avec les cantonniers , aux réparations les plos tirgentes des routeà empierrées, ainsi qu'aux terrassements et menus ouvrages.
Or, le compte final des dépenses faiteis par le mhiistère des uavaux publics renferme, depnîs deux ans, le prix moyen de la Jourùéè des Cantonniers et des ouvriers auxiliaires, par département et poor l'en^mble de la France. On ne s'en est
pas rapporté, pour établir ces chiffres, à des appréciations individuelles qui pourraient être fautives. Ils sont les résultats d'éléments authentiques, qui figurent dans les pièces d'une comptabilité apurée et qui atteignent ainsi une exactitude tralment mathématique. Ces éléments sont : d'une part le nombre de journées , soit de cantonniers, soit d'ouvriers auxiliaires; d'autre part , les sommes qui ont été payées pour ces journées.
Les résultats finaux, ^pour la France entière, pendant l'année 18^5, sont résumés dans le petit tableau que voici :
Nombre total Pd« niojrp d« IM»Ifn«Uo« de la claM» d'oavrien. de journées. la Jottrsée.
l^ ElfcPLOTlU SUR LIS PA&THS DI ROUTU ROYALIS AVEC CBAOStlES PAVÉn.
Cantonniers 17.2725 2 f. 96 c.
Auxiliaires 54 348 2 f. a3 c.
2* EmPLOTÉs sur lis parties de ROUTIi ROYALES avec CUAUSAÉES EMPIERREES.
Cantonniers 4 068 7o5 x f. 52 c.
Auxiliaires x 435 443 1 f. 32 c.
La différence entre la quotité des salaires afférente â chaque espèce de chaussées s'explique facilement. En effet , c'est aux abords des villes et surtout aux environs de Paris, là où la main-d'œuvre est la plos chère, que se trouvent presque toutes les chaussées pavées.
Pour avoir une moyenne exacte entre les salaires ci-dessus indiqués, il faut évidemment faire entrer en ligne de compte les nombres de journées auxquels ib s'appliquent; ou, en d'autres termes , diviser le total de la dépense par le total des journées de diverse nature. Ces deux nomtffes sont, respectivement 5 731 221 journées et 8 600 067 francs ; d'où résulte une moyenne de 1 fr. 50 cent par journée.
Ce chiffre parait de nature à représenter très-exactement le taux moyen des salaires journaliers en France, comme donnant un intermédiaire entre loi salaires des artisans et des cultivateurs, des habitants des villes et des habitants des campagnes. Il a été adopté dans Patria pour l'évaluation du produit brut dâ à l'industrie manufacturière. On y a seulement ajouté, dans cet ouvrage, une plus value de moitié, soit 75 cent, par jour , pour un cinquième de la population ouvrière , composé d'ouvriers choisis, de chefs d'atelier, etc.
En laissant de côté les chaussées pavées, qui ne prennent pas plus d'une journée de main-d'œuvre, pendant qu'on eji consacre vingt-quatre aux chaussées empierrées , on trouve les résultats suivants :
Départements où le salaire des cantonniers atteint le taux le plus élevé.
fr.
Seine 2,5x
Seine-et-Oise 2,07
Bouche s-du-Rhône . . • 1,99
Seine-Iuférieure 1,91
Isère 1,84
fr.
TaudoM 1,83
Marne 1,79
Rhône 1,78
Seine*et-MarQe 1,7 5
Eure. ... 1 1,74
Départements oé le salaire des ouvrifrs auxiliaires atteint le taux le plus élevée
fr.
fr.
Seine 2,35
Cher . 2,22
Corse 2,19
Seine-et-Marne 2,00
Rouches-du-Rbône . . . 1,8 5 Rhône x,85
Seine-et-Oise '• x»84
Deux-Sèvres 1,84
Vaucluse 1,79
Marne 1,71
Nièvre x,7x
Seine-Inférieure .... 1,69
Départements où le salaire des cantonniers est le moins élevé.
fr. fr.
Morbihan 1,21 Sartbe i,33
Gers x,22 Mayenne x»33
Indre-et-Loire x,23 Ille-et-Vilaiue i,35
Côtes-du^Nord x,24 Tarn • x»36
Basses-Pyrcnées. .... x,26 P*»y-<^]5^yf)V V::i'00^
Deux-Sèvres 1,27 y
Départementi où le ialaire des ouvriers auociliaires est le moiM élevé,
fr. fr.
ArUgt lyoo Tarn 1*09
IforLîbaii • • 1,00 Gers 1*10
Côles-du->Nord x^oi Finistère i»ix
Dordogne x,o3 Tarn-et-Caronne .... ffis
Aude. i,o5 Moselle t»i4
Le taux de la maia-d'œaTTe varie donc dans dies limites assez étendues lorsque Ton passe d'un département à un autre. L'accumulation des travaux sur certains points détermine presque constamment un renchérissement dans ce taux. Les grandes entreprises d'utilité publique que le pays a mises à exécution depuis 1833 ont dû exercer une influence dans le sens de Taugmentation. Mais il y a aussi d'autres causes locales assez efficaces pour que l'augmentation ne soit pas toujours en raison directe des grands travaux exécutés. Cest ce qui ressort des chiffres que nous trouvons encore dans Patru. Dans la période décennale de 1833 à iSàZ il n'y a eu que seize départements où Ton n'ait pas constaté d'accroissement sensible. Dans les soixante-dix autres départements cet accroissement a varié depuis 3 jusqu'à 50 pour cent. Ceux où il a été le plus fort sont les suivants :
AMgment.
pour itfO.
pour 100.
Indre
Meurthe. . . .
Boucbes-du-Rh6ne
Corse
Loir-et-Cher. . .
Manche ....
Lot-et-Garonne .
Haute-Marne. .
Nord ....:.
Seine
Maine-et-Loire. .
Yaucluse. . . .
C'est ne pas exagérer, sans doute, que de coter à 15 ou 20 p&ur cent en moyenne l'augmentation générale du taux des salaires de 1830 à 1848.
Les renseignements que nous venons de donner sont, sans aucun doute, les plus exacts et les plus récents que l'on ait recueillis en France sur le taux de la journée de manœuvre, par département. Ils concordent d'une manière remarquable, en général, avec ceux que l'on trouve dans le rapport au roi sur l'exécution de la loi relative aux chemins vicinaux pendant l'année 1841, par le ministre de l'intérieur. Le prix de 1 fr. 50 cent, est indiqué dans ce rapport (le dernier qui ait été publié) comme le taux moyen de la journée de terrassier ou de manœuvre. Cette exactitude dans les chiffres que nous sonunes à même de contrôler, est de nature à nous faire accueillir comme dignes de confiance d'autres chiffres fort intéressants que nous trouvons dans le rapport cité. Il s'agit du taux moyen auquel est payée la journée de travail des bêtes de trait et de somme, telles que chevaux, mulets, ânes, bœufs et vaches, et des véhicules eux-mêmes, comme voitures à deux et à quatre roues. Voici les principaux résultats que l'on peut en tfrer :
Départements où le prix de la journée de cheval est le plus élevé.
fr. fr.
Loiret • • • • 5,oo Lot-et-Garônne 3,5o
Nord. ..«.'.••,. 4^00 Seine^et-Oise • 3,5o
f'her 3,66 Lozère 3,4©
Doubs 3,64 I>ère 3,a5
Ain 3,5o
Départements où le prix de la Journée de cheval est le moins élevé.
fr. fr.
Côles-du-Nord j,oo
Manche 1,00
Aveyron i,a5
Morbihan i,3o
Finistère i,38
Dordogne , . 1,40
Aude. i,$o
Corrèze
Creuse
Gironde
Ille-et- Vilaine )i»5o
Loire-Inférieure . . .
Var
yaucluse
Voilà donc huit départements où le taux moyen de la journée de cheval est de 1 fr. 50 cent D'un autre côté, parmi ceux où le taux de cette journée est le plus élevé, immédiatement après l'Isère, on en trouve douze où ce taux est de 3 fr. En outre, il y a quatorze départements où il varie de 2 fr. 60 cent à 2 fr. 60 cent. On peut donc considérer le prix de 2 fr. 50 cent, comme représentant à peu près, en moyenne, la valeur de la journée du cheval en France.
Sans entrer dans les détails relatifs, aux autres journées, il nous suffit de dire que les taux moyens paraiasœt être les suivants:
fr. fr.
Mulet. •' • 1,75 Tache i,iS
Ane • 0,75 Toiture i deux rones . . 1,00
Bœuf i,5o à quatre roues • i,So
Nous n'établirons pas de rapprochements entre des frits hétérogènes, et nous ne croirons pas que la dignité de l'homme ait à souffdr de ce que le salaire d'un manouvrier soit égal au prix de la journée de travail d'un bœuf, à peine le double du prix de la journée d'un âne, inférieur à la journée d'un mulet, et pas beaucoup plus de la moitié de la journée d'an cheval. Cela n'a rien de plus humiliant que de voir le loyer d'une machine à vapeur, c'est-à-dire d'un agent de travail purement mécanique, monter à un taux plus élevé que le salaire du mécanicien qui la dirige. Mais nous déplorons que les conditions économiques au milieu desquelles nous vivons maintiennent 4 un taux si bas les salaires , unique moyen d'existence d'un si grand nombre de nos concitoyens. Nous le déplorons d'autant plus que Ton ne paraît pas être prêt encore pour une meilleure organisation du travail et pour une plus juste répartition de ses fruits : de sorte que certains économistes érigeant le fait en principe ne nous accorderaient même pas, si nous les en croyions, la triste satisfaction de répéter qu'il y a quelque chose à faire. Mais il existe là une question d'ordre social d'une importance majeure dont il faudra bien s'occuper sérieusement tôt ou tard. Car ce n'est pas résoudre un problème que de le déclarer sans solution ; et il n'y a d'insolubles que les questions dont les termes impliquent contradiction,. ce qui ne nous. parait pas exister icL