‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 30 sur 185 · LE SOLDAT DE LA LOIRE · texte numérisé non relu

LE SOLDAT DE LA LOIRE

Il revient, le corps épuisé, le front sondenx, le regard pensif. Les trois chevrons qui marquent sur sa manche vingtquatre années de guerre, la croix qui brille à sa poitrine, ne mettront point de baume sur ses blessures: la plus récente, celle qui le prive d'une mahi, n'est pas la plus cruelle; il a vu l'étranger en France, et des compatriotes l'ont traité de brigand. Que deviendra-t-il, aujourd'hui que le pays n^a plus qu'à pleurer sa gloire? Où trouvera-t-il une retraite pour ses vieux jours, dont les longues fatigues, les humides bivouacs, les plaies mal cicatrisées, son cœur brisé surtout, vont bâter la venue ? Pauvre soldat mutilé I plus de ces ordres du jour dont la magique éloquence lui faisait franchir les monts, traverser les fleuves, braver les glaces du Nord, les ardeurs du Midi ! Ses rêves, ses espoirs sans bornes, ses souvenirs glorieux, avenir, passé, tout s'est enseveli à Sainte-Hélène; il survit à son espérance , à sa foi, à son amour ; son drapeau a roulé dans la poussière, son général se tord dans les fers de l'Anglais , et sa patrie gémissante semble le désavouer.

Ces pensées lui rongent le cœur, assombrissent son regard ; et pourunt tout a refleuri : les arbres se festonnent de feuilles nouvelles, les marguerites, les boutons d'or émaillent les prairies, l'onde frissonne le long des gazons qu'elle brode de fugitives perles, comme au jour où U s'éloigna le chapeau chargé de rubans aux brillantes couleurs; comme au jour où son cœur flottait entre les regrets de Tenfant et les riantes

Ulosions da oomcriu Alors aussi quelques larmes mouillaient ses paupières; mais il les renfonçait Taillamment: mille rêves enivrants se jouaient à travers leur prisme matinal; Tor des épaulettes, la pourpre du ruban d^honneur, le reluisant éclat du sabre, les sourires et le coup d*œil scin-

tillant des jeunes filles, toute cette poussière diamantée qui Tascine les regards de la jeunesse, paraient son horixon de décevants arcs-en-ciel.

Mais, voilà la barrière où sa mère le quitu ; sa mère qu*il ne retrouvera pas plus que ses illusions flétries ; les unes sont

Dessin inédit de Cliarlet.

enterrées sur ce champ de bataille quMl ne nommera Jamais, Tautre gii sous imberbe du cimetière.

Ses genoux plient, et pourtant il se h&te; les deux petits guides qui le précèdent accélèrent le pas. Us étaient venus Tattendre à la traverse qui accourcit la route ; ce sont les enfants de sa sœur. L'atnée a voulu se charger de son fourniment. Il n*a pu résister à ses .prières, à sa grâce ingénue ; elle est si fière de Taider ! à peine s'il s*est pu défen-

dre du bambin qui prétendait lui enlever son fusil. A chaque fois que la petite blonde tourne vers lui son œil humide , il se sent amollir le cœur. Tous deux Tont reconnu ; son uniforme leur était familier, ils en avaient chez eux Tirnage ; ils savaient le numéro du régiment : Chers petits, se dit-il, ils ont le cœur de leur mère l Et les souvenirs du foyer domestique où tant d'affections le bénissaient s'élèvent peu à peu autour de lui. Il revoit, comme dans un nuage, le clocher de Téglise

où il fut baptisé, le champ que sa main féconda, la vieille maison, la grande cheminée et la veillée rieuse r la fenaison, la moisson, la vendange, les joyeuses récoltes d'automne se déroulent devant lai , et sut ce fond paisible et varié se détache la douce figure de sa sœur.

Elle était jadis si folâtre, si gaie! pour elle il inventait des jeux, dénichait des oiseaux, faisait courir sur l'étang un sabot devenu navire. Comme elle pleurait quand U paHii ! que de fois elle lui fît jurer de revenir ! Il ne peut se la figuref femme, mère, retenue chez elle par son dernier-né, et il avance, perdu dans des pensées qui n'ont plus rien d'amer. Tout à coup son noitif à demi prononcé, le fait tressaillir : des bras l'enserpenl, le pressent; c'est elle I LtS tengues années d'intervalle s'ertacenl, le soldat est rede^ëiitt iè frère, le pays, l'ami, cl retrouve soudain toute Ifflë ♦!€; ancienne et nouvelle S la fois.

Sa placé ati foyer est le fflHWèure ; i^êSlàfHÈ j^dftit avec ses armes, le lullnent, le héfèéfJlent et l'anilMiJi Mh à tour. Mais ils ne sont pas seuls à èHtShreT le yélétUR ; il ii'eH point devenu, tdrtime il se le disJf ( d^ns son aiJfôi^, im iftèrme, un oisif, une charge. Non, (M; il est lë &Hs<ii\ iil village, il en est l'historien, le conletif; Cegi M pi fèlie ce coin de terre avec le reste du monde, fl ÛH èhi feHëhetifà comment en Allemagne on fait fermeftl^f fe fehi jWdf fe Rendre plus sain et plus agréable aux beslialiii ; Il di{ à\ï Htiiiib comment on thii^ lé bétail en Suisse. Il à ffel fcfcèltèl de fftfftiage pour la la!i^^rë: Eût i\h stérile rochéf ft déë un ^f^fibble semblable à fcèlul qii'll a vu près dii fthitt ? è1 thàqirf ë^P ; |)lanté en uft grossièl pÉnkr rempli de' fëff è'; est tûtniê^ àH Md du trou ijtiè crètr^è le pic dans là f^tlië: H è'nsëignè' 4 féftdre rargllë ttofhà compacte , et , cMM êh iaMhii , se' SëH dei torrèfifei dé l'Hiver pour charrier fë fefttè làl où ii ferêfiisera le terrdîrt; Ht ses rf^fe le chlHiitm 6^tff < d'alrbre en arbre' ; l'cspalie^ frIlèH* è« bhihva^ àt Miëë • ef les caïeui dé jdcînthesj itàm h là îâ^bti de iè Mhhde, Hhx doublé leurs fleura.

U ëk\i ië«d le cmur Hi^éFÉi fhaudiss^nt l'étranger àièfc de terrlbfë* Ittil^fÇtdliôns ; è1; éàHè ies redis, chaque p^js qu'il a pa<-fc6rtrtf èê hibnitt ^b&i d'îrfttiablëi traits, il faconlè comfflëfîf HH bfa^e tûtàni ë^agtitfl «e jeta au-dèva<ié dd sabre ^«1 «^è'fi^I^aî( à6ri pm: il ^ mHeni d'avoir éié bien {frflté tiki m ^aysari âdtrichlèrt àùûi lè^ filles étâlèiil si accèfrlè^ 1 U aècènttiè gàièliiènt àti plal^htefies éfchdtigées ûiëH té» hérHbiiiàk: Là ii^iitt ii%Hk 9 Napléâ ; 1 propos de Wi&itbm, le fell rire étfti^rc; LéJ Cosaqtieà éùimémeâ tiè' èoril pus l6us de si xtiMÛhxi gdrçoÏÏà ; aux àtariipostes ils fra(tefhiî5aîent i^ki le Françslii; qui àouvent leuf payi la goutté âvîWi de \mt fllstritirtèf dè^4oup^ de im ; el l'Atfgiais lui-tf<ènië, érbjèt de ^ ^^Idcttbè U plds fiivétéréé,- eb blèâ| ii en tt tonnh pltià d'dh èh i>6rtt<gal qui était bravé horiiiiië au fond, et de boii fcœtir qudqh'ttn taniinel oi^uellleux. — Qu'il a fumé ^' fel^ aièc déi Allemands de toutes les nuancée I — 11 se s>odliè'bdf^ lOfigiemps dft bon Saxon Qdl l'hébergea, du Prussien qui, à Ce funeste i-èiour de Russiéj lùl dotitià tfhë chaude capote de drap ; et s'il èà tierit 9 «al ^dë^èllë âtec le bourgeois de Grunhau^n qdl prétendait biettre le ^oût ^ de son vin dit crO att-dèsstiâ du botKJtiet telotttë de nos meilleurs bouriof llë$^ \\ mMik i^df dhique vengeance de pouvoir lui Ht^i tttt terre du tîn Été m km tiHH mi devenues ses haine^î ^À stml tB él^arigerà abbfeff ^feJ i 11 àemble que les hommes de tous les pays soient ses frères ; le drapeau qui s'élevait en face du sien fut son seul ennemi.

U a vécu vingt-quatre ans de la poésie de la guerre : il comprend aujourd'hui la poésie de la paix. 11 est poète à sa manière ; car être poète, ce n'est pas ranger des mots siur deux lignes dont les extrémités vibrent d'un même son ; c'est éveiller par sa parole un écho dans le sein des autres , c^est dérouler des images sous leurs yeux, faire palpiter leur cœur, humecter leurs paupières, enfin c'est accorder les Ames en élevant leur diapason.

Ëh bien 1 qui est plus poète que le soldat rentré dans ses

foyers, lui qui fait vivre ceux qui Pentourent dans d'autres climats , sous d'autres cieux , qui multiplie leurs émotions \ qid a l'art de doubler leur existence avec ses souvenirs 7

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