LE TONNEAU DE DIOGÈNE
Diogine. — Tiré d'un bas-relief de la villa Albani , dtssiné dans le t. II des MoDuments ioédiu de WinclLelmaDD.
Rien n'est plus populaire que le tonneau de Diogène , et cependant rien n'est plus faux que l'idée dont ce nom oblige l'imagination de se payer. On rit de ce peintre flamand qui
avait représenté Ulysse avec une pipe : on est , à la rigueur, aussi bien fondé à rire da tant de peintres qui ont représenté l'illustre cynique dans ce tonneau cèrdé. Diogène ne vivait pas dans un tonneau ; il vivait dans un pot. C'est ce dont kt pierres gravées antiques font parfaitement foi. Toute l'erreur vient de ce que les traducteurs ont jugé à propos de rendre le
Sépulture d'un Indien Coroados. — D'après un dessin de Debret.
mot de vase ft vin par celui de tonneau. Mais les tonneaux , comme on le sait par le témoignage de Pline, étaient d'origine gauloise. Les Grecs et les Latins enfermaient leur vin dans des amphores, qui ne sont autre chose que de grands pots, souvent sans base, qui s'enterraient dans le sable des caves. U était donc tout naturel que Diogène, voulant se procurer pour demeure ime grotte , mais une grotte mobile, eût fait choix d'un vase de cette espèce. Leâ monuments montrent même, ce qui est bien dans son caractère , qu'il avait poussé la recherche de la sUnplidté jusqu'à en prendre un fêlé et devenu impropre an service des liquides, mais très-su (Osant pour le but du philosophe qui était uniquement de s'abriter des intempéries.
Ce même ustensile dont Diogène faisait la demeure du sage, certaines peuplades du Brésil en font la sépulture des personnages glorieux. Quelque étrange, et l'on peut même dire, à cause de nos usages domestiques , quelque peu respectueux que cela puisse paraître, on empote les morts pour donner à leurs restes un asile honorable , et après les avoir enfouis dans la terre , on pose par-dessus le couvercle qui devient ainsi la pierre du tombeau. Ces vases singuliers , contenant les corps des cheCs réduits en momies, avec leurs armes et leurs ornements de parade, se rencontrent au pied des grands arbres, sur les rives du ParaTba , dans la tribu maintenant civilisée des Coroados. Nous en donnons une flgure d'après le Voyage au Brésil de M. Debret, trouvant quelque curiosité à ce contraste bizarre avec la pierre grecque.
BUREAUX D'ABONIIEMEIfT ET DE VENTE,
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SCtNIS DE LA VIE ORIENTALE.
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Une Caravane arabe près d'une fontaine.— D'après le tableau de M. Chacaton.
Ea Orient, où Ton peut voyager longtemps sans trouver an peu d'eau , et où la provision môme que l'Arabe porte dans des outres est souvent corrompue par l'excès de la chaleur, une source est un don du ciel. Mahomet n'a fait que rendre fidèlement le sentiment universel de son peuple souffrant de ces éternelles ardeurs du soleil , quand il a repréacnlé le jardin du Paradis arrosé par « des fleuves et des fontaines distillant une eau limpide, suave et froide comme la neige fondue. »
Les fontaines arabes, fraîches et ombragées, sont le théâtre de quelques-unes des scènes les plus pittoresques de la ▼ie orientale. En Algérie , les sept sources de Beni-Menad, qui s'échappent des rochers sur la plage de Sidi-Yakouh, dans on espace de deux à trois cents pas, sont regardées comme le lieu de rendez-vous des génies , esprits des eaux. Chaque semahie les musulmans et les juifs qui sont aflcciés de maladies opiniâtres leur sacrifient , pour obtenir la santé , quelques Yictimes : des bœufs, des moutons, des chevaux, des poules noires ou blanches. On voit encore aux fontaines de fieni-Menad des Arabes exaltés qui se croient possédés des génies, et qui , agitant un tambour de basque, se livrent à une danse appelée djeddeb , jusqu'à ce qu'enivrés par cette agitation immodérée et magnétique, ils tombent dans une ^rtc de catalepsie. Des nègres à barbe blanche , des négresses remarquables par leur haute stature , sont les sacrificateurs et les pythonisses de ces sources célèbres.
Ou retrouve à la fontaine du désert la bucolique orientale, la vie simple des premiers di^es. Aujourd'hui encore l'Arabe BOiiiade, guerrier, pasteur et agriculteur comme l'était Jacob, poae sa tente sous les palmiers de l'oasis, et s'établit le posmmmar et le gardien de la fontaine. Ses fils font boire les troupeaux; ses filles, à la Uille souple, aux formes gra-
T«n XTI. — Mars 1848.
cieuses, portant sur leur tête i'ampliore antique conmie Rachel et Dinah , viennent puiser l'eau ù la source , pr^s de laquelle les enfants nus sautent comme l'écureuil dans les palmiers. Pendant ce temps, le chef de la tribu échange a\cc la caravane la toison d'or des brebis , le beurre frais , le lait de chamelle, l'hospitalité sous l'ombrage, et jusqu'à l'eau de la source , contre la toile , les armes , le Ubac , les dattes , le millet e| les ornements de verroterie qui servent , dans leur opinion, à rehausser la beauté des femmes, ou à les garantir des elTets du mauvais œil et des ensorcellements.
C'est encore près de la fontaine située hors des portes d'une ville , que les nombreux voyageurs se donnent rendez-vous pour se former en caravane. Les Arabes , couverts de leurs bournous de laine blanche qui renvoient les rayons du soleil» font provision de marchandises pour payer l'hospiuiité du désert ; le voyageur européen , qui traverse les zones brûlantes pour étudier la nature orientale , quitte , dans Pembrasure d'une mechrebich ( fenêtre en grillage ) , son vêtement incommode et revêt un caleçon de toile blanche et une longue chemise bleue que serre une ceinture de cuir. 11 se rase la tête et la couvre du tarbouch (bonnet rouge de Fez). Les facteurs noirs achètent pour le repas de leurs maîtres la farine, les oignons, les lentilles, le piment, et pour la nour* riture des bêtes de somme l'orge et les fèves cassées ; les esclaves remplissent les sacs, chargent les bagages et le bois dont la flamme épouvante durant la nuit les hôtes féroces du désert et assure la sécurité de la station. Quelques chameaux sont accroupis , d'autres plient leurs iou^rues jambes et s'abaissent pour présenter leur dos au voyageur qui se met en selle. Ailleurs le chamelier s'incline, et son épaulé fournit un marche-pied à la femme arabe aux doux yeux bordés de coliul , qui cache sa taille dans J
le milayeh^MB7>
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teaQ)»et son visage sous le borko (voile). Mais déjà les guitbés (sacs) sont pleines et bien fermées ; le chef de la caravane s'élance sur son dromadaire de l'Afrique orientale, fin, alerte et plein d'ardeur, qui va Tamble, le trot et le galop. Les esclaves te placent- sur les chameaux qui doivent les porter deux à deux ; les guides arabes, vêtus d*un caleçon de toile, d'une robe de bure sombré, improvisent leur chant simple et mélancolique pour prendre congé des cités. La caravane s'ébranle, elle marche, elle entre daiis le désert. D'abord, c'est la savane Inculte thaïs boisée , les vallées verdoyantes, ombragées par les Iccuer'oft et lés mimosas, où voltigent , vers le soir, les tourterelles et les cardinaux. Viennent ensuite les solitudes iminenèet ëÙ Iteil sUit le vol des perdrix grises^ des pigeons saiif âges et de Phlrondelle du désert, où apparaissent l'autruche gigantesque , la girafe légère , la gazelle bondissante et les ihigrations de poules sauvages et de bœufs aux longues cornes; A ces solitudes animées succèdent les steppes arides , flues, fhimobiies, mornes, que le mirage transforme parfois ^ pAj^sagèâ (illFècoupés de lacs scintillants ; puis c'est la ^ainë Ah iiall^è dé granit ou de marbre, les monts déchar- AééllcHhfbhdtiit éiëihents d'une nature informe, dont les &aB8i cA^ërh^tti téperbûlènt ddHà le silence des nuits le rudsIéméHl dé 1& libune^ le ihladietHeht de la hyène ^ dh la u^i-essè él dtl chacal. Là caravaHé enfin touche aux v^gUes étërhéiiél éè kihieà brûlahts que le vent du sud-est agite H rMoteféIte MAI ceilé, et où il élhiëfl toute trace htimalnë; Qbidéé piF les i^ilotes, la caravâiié comniëhce la traversée , affrbhtaHl \i iàt%be, ia Soîf dans U&é athiosphèt-e embrasée, les Béddbih^i pirétes du dé^rt, et lé ftchamsin furieux qui souïêve ]ust)ue datii ses profôndeuFs l'Océan de l^u sur lequel IttFj^t ci ei là Une ile dé verdufë que féconde la source du ikk^t. C'est le défiari d'une edraVane qui a fourbi I M. GhA^ %Mn le sujet du tableau dont nous donnons une esquisse. La f érllé él ié mêHlë Et cette composition ont été remarqués et appréciés à l'une des dernières expositions du Louvre.
Les vices moraux peuvent augmenter le nombre et l'intentité des ibâladies Jusqu'à un point qu'il est impossible d'assigner ; et réciproquement, le hideux empire du mal physique peut être resserré par la vertu jusqu'à des bornes qu'il est tout aussi impossible de 6xer.
Joseph ds Maistri , Soirées.
Bornéo.
DESCAlPTIoif. — HISTOIRE, — PRODUCTIONS VÉGÉTALES. — RICHESSES MINÉRALES.
h plus dé 10,700 kilomètres (2/t50 lieues) au nord-est ié tkoè rivages Méditerranéens, en droite ligne, sous Téquatetir ttaétné, ft'éténd 111e de Bortiéo. Elle occupe le centre de Mte région kharitime où s'élèvent Soumàdra, Java, Flores, Tllllbr, leè MolUqueï , Gélèbes , les Philippines, pays où la nature semble avoir prodigué ses plus rares merveilles.
Loràque les Européens abordèrent sur la côte septentrionale de 111e, ils l'appelèrent Bornéo, d'après le nom Brouni ^U'on donnait et que l'on donne encore à sa ville principale, et que les habitants font dériver de Barni, bravo. Les Malais li Comment Poulo-Knlamantâne (Tiledu kalamantâne, fruit acide très-commun dans ses forêts).
Si l'on veut considérer l'Australie ou Nouvelle-Hollande comme le dernier et le plus petit des continents, Bornéo est évidemment la plus grande et la première des lies du globe. Ses rivages od\ 3500 kilomètres (800 lieues) de développement» et Éf superficie i qui est de 71000 000 d'hectares, dépasse ainsi celle de la France de près de 20 000 000 d'hectires ou d'un tiers.
Le sol est riche , varié , remarquable par les contrastes. Ici , des chaînes aux pics élevés s'étendent , entre de vastes
plaines , d'une extrémité à l'autre de 111e , en suivant à l'intérieur une ligne semblable au profil des côtes. Quelquefois la moptagne, avec ses sommités bleuâtres et ses roches inclluées, domine immédiatement le rivage. Le plus souvent le rivage est plat et couvert par nne longue 2one de mangliers verdàtres entre lesquels se Jouent les vagues, et qu'il serait imprudent de traverser, car la mort y est dans l'air et pour ainsi dire derrière chaque arbre, dans ia flèche empoisonnée des sauvages.
Quatre mers baignent les rivages de l'tlé : là mer de Java, au nildi ; la mer de Soumâdra , h l'oiiést ; la ther de Chine , au nord ; et la mer de Célèbcs ^ à l'est. Qùâti-é grandeè pentes leur envoient, des hautes terres du centre, les eaux Versées par lés pluies diluviales de la zone torride, et que protège contre l'actioii solaire l'ombre épaissç, des forêts. Le Kapouas de l'estf avec son long delta et ses 700 kilomètres de cdurs^ est un tieuve imposant ; la rivière de Bornéo est trèè-belle ; celle de Bandjar-Mashigli a été surnommée le Torrehl d'a^ bondance.
Bornéo i de liiêiiié qiie ta plb|iart des terres voisines î fat occupée dan^ l'origine par des noirs auxquels sont vendi se mêler ëhsuite des hommeà de race différente qui semblent âvoti- hiï dlst)araitré les premiers; au moidi en ^htHdè partie. Ces jieupîes, auxc^dels on dohile généraleniéhi le mïà dé batàki ; s'appellent liussl Moirô\itt à l'est dé bbrnéd { biadjôUs à Rôti, tdaani ia nord-ëèt. Eii dernier lieti , lei Afàlais, mohléd sur leurs prahos (bâtiments légers )< lé sont établis en domlnateUilt sui> idttléâ les cùlës ; et ti'bht laissé aut indigènes indépendante qdé lés parties Ihâccessibles de l'intérieur.
Les chefs de ces États malais , comme les prhices de l'Indë; prennent le nom de radjahs.
Ce fut en 1520 ^dé les Ëttrdpééns &ë faiobtrèrent pour la première fois devabt ces rivages éloignés ; les marins de l'expédition de Magalhaens (Magellan), remontant la rivière de Brouni , s*arrêtèrent devant cette ville. Dans la première moitié du dix-septième siècle , les Portugais formèrent des établissements sur différents points de la grande lie ; mais quatre-vingts ans ne s'étaîent pas écoulés que les Hollandais les avaient expulsés de presque partout. D'autres marchands vinrent aussi s'abattre sur celte belle proie ; et en 1704 les Anglais essayaient déjà de se fortifier à Bandjar-Masingh. A quelques dlzahies d'années de là une circonstance fortuite les mit à même de rendre un signalé service au sultan de Soulou» qui leur céda tous les' rivages nord-est de Bornéo dont il se trouvait maître depuis peu de temps. Mais c'était là une possession toute fictive : l'Angleterre dut se borner à s'établir sur une petite île voisine de ce domaine insaisissable, appelée Balambangdne , encore fut-elle bientôt obligée d'abandonner cette position à la suite d'un de ces événements tragiques si communs dans l'histoire des colonisations.
Un soir de l'année 1776, la garnison solitaire de Balamban* gâne venait de voir se terminer dans l'ennui une de ces journées si longues des tropiques , lorsqu'une troupe de Uoloans (indigènes de rarchtt)el de Sotdou), commandés par le datou Tétingh, homme influent parmi eux, débarqua près de l'établissement, marcha silencieusement, surprit les avant-postes et pénétra dans l'intérieur du fort, où elle massacra une partie de la garnison. Satisfaction fut demandée au sultan, qui nia toute participation à cet acte, et le fort fut abandonné.
de Broanl 1^ !n?esti da gouvernement de Saraouak, la pro- ▼io€e la plus éloignée au sud-est, mais H a encore cédé à TAngleterre une position qui commande l'entrée de la rivière MF laqudle on remonte à sa capitale : c'est Poulo-Labouâne, ce qui veut dire Hle de TAncrage. Cependant il faut reconnaîtra que c'est encore la Hollande qui domine à Bornéo, auUnt par la grandeur de son influence que par l'étendue de ses possessions. On peut considérer toute la partie occidentale comme lui appartenant , et elle exerce une suzeraineté trèspositive sur Tétat de Bandjar-Masingh.
Bornéo doit à sa sit^tion , au centre même de la zone tropicale, une fécondité sans égale. Tous les palmiers de TOrient, le cocotier, le nipa, Tafek, le sagoutier, etc., y abondent , et ao-dessus de la plaine humide s'élèvent bien haut , dans les airs, ces grands joncs de Téquateur, le bambou, la canne, le nardos, le roUng (rotin) qui nulle part. ailleurs n'est aussi beau. L'amande d'un bel arbre, appelé Kanari, fournit une bulle à manger délicieuse, et la côte occidentale e^t la limite sur Test du FunU uncatus, qui donne cène gomme astringente, appelée gulta gambir. Les arbres de cette famille sont extrêmement nombreux & Bornéo, et c'est de là qu'a été apportée la gutla perca^ introduite récemment dans l'industrie, oà elle parait rivaliser avec le caoutchouc Dans les districts du sud-est fleurit le MelaUuca leucodendran, duquel on extrait l'halle précieuse de kayar-pontl, spéciflque puissant contre le choléra. Le poivre y croit à l'état fauvage et on le cultive aussi bien à Bandjar-Mashigh qu'autour de Bornéo. La cannelle, la casse odoriférante viennent en profusion fers Kimannis. En aocun lieu du monde le camphrier ne croit avec autant de perfection que dans les districU de llaioudoa et de Paltâne. L'ébène, le dammor, l'arbre à sang de dragon, se voient partout , ainsi que le cotonnier et le caféier, auxquels on prête d'ailleurs peu d'attention. A Manille, le cacao de Soulou est préféré & celui de l'Amérique du Sud. A ces arbres se mêlent , dans les forêU, le kayou bouleâne, le tcbina , le minUngore , le luban, le bois de fer, tous propres à la charpente et à la menuiserie. Le pin abonde dans la baie de Maloudou, le tek à Soulou. Les dilTérents arbres fruitiers qui enrichissent et ornent les campagnes de rinde, croissent ici avec la même splendeur, avec la même variété. Ge sont le dourian , le mangoustan • le rambouttn , le proya , le tchabi , le katchang , le timon , le dIJambou , le knibâne, outre le nsipka ou djak, le umarinler, le pampleiBOusse, l'oranger, le citronnier, le plantain, le bananier, le melon, l'ananas , le grenadier, etc. Dans les Jardins, on cultivé tous les légumes.
Il est proba|)le que l'on découvrira des éléphants à Bornéo; on y trouve le rhinocéros, le buffle, le sanglier, les chèvres, les porcs , mais pohit de lions, de tigres, de léopards, de loups, de renards, d'ours , de chacals ; les chevaux et les chiens y sont d'imporution récente. Une grande variété de shiges peuplent les bois ; la plus remarquable est celle de Porang-outang.
L'ornithologie, autant qu'elle nous est connue, est peu variée ; mais les hisectes sont sans nombre, et les abeilles déposent au sein des forêts une quantité de cire si considérable qu'elle constitue un des grands articles du commerce indigène. Sur les rivages de ces mers, l'hirondelle dite Salangane (J7trundoescuUnta) construit, avec une substance mucilagineuse assez ressemblante au vermicelle , ces nids dont les Chinois sont si friands ; des populations entières n'ont pas d'autre industrie que d'aller les recueillir sur les rochers de Bornéo. Chaque nid vaut 3 fr. Le fond de la mer, du cap Ounsang Jusqu'à BasUan , n'est pour ainsi dire qu'un banc d'huttrcs à perles de la plus belle espèce : elles abondent aussi dans la baie de Maloudou. Sur les bancs de corail vit cette holothurie , appelée par les Malais iripang, qui, étant séchée, ressemhtle à une vieille et épaisse semeUe de soulier, substance que les Chinois ont en grande es.time , et qui est un article dimporution fort productif.
Les richesses minières de Bornéo sont plus reniarau^Ulfis encore que celles de sa surface. Nous avons sou9 les yem; une carte de l'Ile sur laquelle un employé du gouye^n^n^iU hollandais , M. Gronovius, a indiqué les riches alluvions re» connues dans la partie occidentale de llle, et on peut dirç.| sans exagération , que toutes les rivières y coulent sur des lils de platine , de diamants et d'or. Ce dernier métal existe aussi en grande quantité à Kouti , Passir, Bandjar-Ma^gh, Tampasouk, Mangidora. a Pour exploiter convenablement les mines du royaume de Soukadana, il me faudrait, disait le radjah de Pontianak, plus d'un million de Chinois.» Cette terre est une terre à diamants comme le Brésil. Au mont Landa, qui donne les plus beai^x, il n'est pas rare d'en trouver de 20 à 30 carats. Le sultan de Matan possède une de ces gemmes précieuses qui est regardée comme la plus grosse du monde ; elle n'est pas taillée ; on estime qu'elle vaut environ sept millions de francs. Le niont Kinel-Baoulou et la région voisine contiennent tant de cristaux de roches , que l'une des chaînes en a pris le nom de montagne» de CriUaL Les veines d'étain de Saraouak sont aussi riches que celles de Banka. H y a dans le Monpava de très-riches mines de cuivre, et le fer du Matan est égal au meilleur fer de Suède. Enfln les Anglais ont trouvé le charbon de terre à Poulo- Labouan , et sur les bords de la rivière de Boraéo.
Toutes ces richesses ont été jusqu'ici imparfaitement exploitées ou complètement délaisséies. Cependant les mers dt. Boraéo baignent les rivages de la Chine : la célébrité de ces inépuisables mines a franchi l'espace , et un grand nonrt>re de Chinois ont émigré vers cette terre privilégiée , à laquelle ils ont apporté leur intelligence, leur industrie et leurs bras. Il y en a depuis longtemps à Sambas , Monpara , Pontiandt, et ils forment la population presque entière de Montrado.
Pendant que les Dayaks cultivaient la terre au sein de leurs forêts , et que les Chinois exploitaient les mines , le Malais , habitué depuis longtemps aui^ danger^ de la mer, poussé par son caractère courageux et entreprenant, est allé s'établir sur les côtes nord-ouest et nord-est de son Ile, visà-vis de cette route qui , par le détroit de Malakka, mèhe les riches marins d'Europe en Chhie, au Japon, aux Philippines. Le long de cette vaste étendue de côtes, chaque port est devenu un nid de pirates hardis dont l'exemple a été suivi par les habitants de Soulou , de Ma^dunao , de Pasir^
La crainte inspirée par ces pirates , h réputation détestable des populatiops de l'intérieur propagée à dessein afln de les soustraire au oontsK^t des Européens qiti eussent pu les engager à briser )e joug, les efieu d'un climat redoutable pour les hommes des zones tempérés , toutes ces causes se sont pendant bien longtemps opposées à ce que l'Ile de Bornéo nous fût connue. Aux navigateurs des dix-septièmç et dix-huitième siècles , nous devions un tracé assez boû de l'ensemble des côtes , qui depuis ont été , sur qudques points , levées avec plus de précision par MM. F<>kke et Kolflf, par M. Vhicendin-Dumoulin , attaché à la dernière expédition de Dumont-dlJrville, par le capitaine Belcher, le commandant Keppel et M. James Brooke. Bfais la plupart de nos cartes n'offrent encore dans l'intérieur que de rares détails dessinés de la manière la plus imparfaite. Celle que nous donnons ici est la seule oiï l'on ail jusqu'à présent tenté de coordonner les nombreuses données acquises à la sfite des explorations les plus récentes.
Le premier voyage qui nous ait fenrai des reifetgnemeats précieux sur l'intérieur de Itle est celui de Georges MulUr, inspecteur général des établissements hollandais à Bornéo, il avait déjà parcouru ime très-grande partie du bassin du ICapouas de l'est, lorsqu'U fut assassiné; c'était vers 1833. Les résuluts des découvertes de Pintrépide voyageur ont ^uls défrayé les dessinateurs géographes dans leurs velléités d'exactitude, bien que ce ne soient pas les seuls que k seidiee ait acquis. Un Anglais, M. J. Dalion, qui a résidé en 1828 dans le pays de Kouti, a communiqué à M. Tassin des renieigue*
ments diaprés lesquels ce dernier a donné une carte qui nous a permis de tracer le cours de la rivière de Kouti, jusqu'à une grande distance de son embouchure, bien que nous pensions quMl y a peut-être quelque exagération dans les distances diaprés lesquelles ce dessin a été fait. Nous avons eu commoDicatioD d'un document précieux par Texactitude avec
laquelle 11 est rédigé, autant que par retendue det r^gioiis qu'il embrasse. On les doit à un royageur parent sans doute de Tinfortuné Georges MuUer , et qui se nomme le docteur Salomon Muller. Cette carte, datée de 18iSi5, indique qu'& cette époque il avait , dans la partie sudrest de Bornéo , remonté le cours entier de la ilvière de Bandjar-Masingh,
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