LES DEUX HAIES
— Père, oh I voyez combien ces deux petits domaines sont différenu à la vue I Ici , la seule clôture est une haie de lilas qui éule déjà ses grappes rougissantes et dont le parfum embaume le chemlw ; là , au contraire , une triste haie d'épines noires se dresse rigide, et dépouillée , menaçant le regard de ses aiguillons.
— Oui , enfant; mais ne vois-tu pas derrière les lilas des arbustes brisés, des platcs-lwndes en friche, des gazons foulés , undis que derrière la haie d'épines noires tout est en ordre, tout verdoie, tout prospère ?
— Pourquoi en est-il ainsi, père?
— Parce que les lilas ont laissé passage aux vagabonds et aux troupeaux repoussés par la clôture d'épines.
— Alors il faut préférer celle-ci 7
— Kon-sculement pour nos champs, mon flls, mais pour nous-mêmes, car notre vie ressemble ^ ces domaines; qui ne Veut autour de soi que des fleurs reste exposé à tous les ravages dé la passion ou du hasard , et chacun de nous, pour défondre les trésors de son àme, a besoin souvent , hélas ! d'une haie d'épines noires l
CONSEILS Sun L'ÉTUDE DES SCIENCES PHYSIQUES 00 NAtUnELL^S.
Les hommes qui s'occupent des sciences physiques on natnrelles sont souvent consultés sur le choix des livres élémentaires les plus propres à Initier dans l'une ou l'autre de ces sciences ; mais comme elles ont toutes une étroite con- ' nexion entre elles, celui qui aborde une science sans avoir aucune idée des autres rencontre à chaque pas des difficultés désespérantes. Nous pensons donc que daiis une éducation bien dirigée on pourrait , dans l'espace de quelques années , donner à un jeune homme de seize à dix-neuf ans des idées fort justes sur le monde physique en lui mettant successivement entre les mains une série bien clioisie d'oùv^agt» élémentaires. Cette étude serait néanmoins stérile et sans résultat, si elle n'était accompagnée de démonstrations. L'élève cl le maître doivent s'elTorcer ensemble de voir dans la nature les phénomènes décrits dans le livre. Ici encore on se heurte contre un préjugé fort répandu. La plupart des personnes s'imaginent qu'on ne peut rien apprendre si l'on n'est pourvu de tous les moyens d'investigation qui entourent le savant livré à ses expériences ou à ses recherches. Elles confondent les moyens indispensables à celui qui veut approfondir ou avancer la science avec ceux qui sont sufDsanls pour en connaître les éléments. -
On peut acquérir des notions d^slronomie sans habiter un observatoire ; un belvédère et une sphère céleste suflisenL Avec un baromètre et quelques thermomètres on se rend compte des phénomènes les plus importants de la météoro^ logie. Pour la géologie, les carrières creusées dans les collines qui nous entourent; pour la zoologie , les animaux les plus vulgaires ; pour la botanique, les plantes de nos jardins et de nos campagnes sont des livres toujours ouverts dans lesquels nous pouvons épelei' k*fi principes de la science. Ce ne sont pas les sujets d'étude qui manquent , c'est l'esprit d'observation , c'est cette tttention soutenue qui découvre, poursuit et analyse un phénomène dans toutes ses parties. Notre éducation, d'abord exclusivement littéraire, nous fait méconnaître la véritable méthode scienlilique. En littérature ou ou histoire le livre est tout; lire c'est apprendre. Dans les sciences le livre est un traducteur inûdèle ou incomplet de la nature , ou plutôt c'est la nature qui est le livre, et la lettre moulée n'en est que le commentaire. Ahisi donc des Irai tés de zoologie et de botanique sont des guides destinés à nous indiquer des êtres qui ne peuvent être connus que de celui qui les a vus, et restent toiyours inconnus de celui qui s'est Ijonié à en lire la description. Dans ces derniers temps on a clierché à remplacer les objets naturels par des flgures qui les représentent. C'est un progrès , car le dessin reproduit les formes que la parole est inhabile à peindre. Néanmi ins la vue de l'objet lui-même est toujours indispensable , car la (iî^urc n'est qu'une image plus ou moins Adèle ou défectueuse de l'objet.
i^es professeurs qui se livrent à renseignement des sciences physiques et naturelles s'étonnent souvent de la répugnance que semblent éprouver les élèves à s'instruire par les yeux. Elle s'explique d'autant moins qtie c'est la manière lia phis facUe, la plus agréable , la plus if5|»^f^i^l§ i^^glîS^Î)^^^
notions acquises de cette manière sont claires, vraies et restent gravées dans la mémoire ; celles qni nous viennent par la voie détournée des livres sont fausses, confuses et s'effacent bientôt. Il faut donc accuser ici hautement cet esprit de routine, force d'inertie morale en vertu de laquelle Tesprit continue à se mouvoir dans la même voie et la même direction , quoique le but soit complètement changé et déplacé. L'élève qui quitte les lettres pour aborder les sciences physiques passe pour ainsi dire d'un milieu dans tm autre. Ce n'est pas à dire que ces premières études soient inutiles ; elles sont au contraire indispensables : même dans l'âpre recherche de la vérité, la délicatesse des sentiments, la clarté de l'expression , l'élégance et l'élévation du langage sont des auxiliaires dont le manque se fait sentir dans toutes les œuvres du savant qui n'a Jamais cultivé les lettres. Ce serait donc méconnaître notre pensée que de supposer un seul instant chez nous l'intention de présenter l'étude des lettres comme inutile ou même nuisible à celle des sciences. Cette thèse absurde n'est • point la nôtre ; seulement nous insistons sur ce poiut , que le but et les méthodes diffèrent comme les facultés qui sont mises en jeu, suivant que l'on s'applique aux lettres ou à l'étude du monde physique. Ces prélimhiaires posés, nous indiquerons ici quelques ouvrages élémentaires formant une série à l'usage de ceux qui veulent acquérir des notions générales, mais exactes, sur le monde physique.
J. Herschel. Traité d'astronomie, traduit de l'anglais par
M. Coumot.