VICTIMES ET MARTYRS
Ne laissons pas même au scepticisme la ressource de dire que tontes sortes de caubes ont eu leurs martyrs. Martyr
DE L'ÉTUDE DBS ANIMAUX DOlIBSTIQUESi
( Premier trlicie.}
La zoologie est peut-être, de todtëftleS seiebces, celle dont on s'est le mohis occupé jusqu'ici au pohitde vuedéé à^tillcations, et l'on peut en dobher deux raisons. La première, c'est que cette àcience est éflCbrë peu avfliitée : éHe fie fah pour ainsi dire que de naître, et dafis sob développement, ainsi qu'on le voit dans le déVeloppeiiiént dé toutes les autres, les applications doivent être naturellement lé dernier thiit. Aussi peut-on dire que le peu de connaissances pratiquée qui appartiennent à son dodialne, loin d'être ddt ftux travaux des savants , les a au contraire précédés de longtempé. La seconde raison, c'est que la plupart des applications qui sont à faUre de cette science ke rapportent aux animaux doniestiques. Or ces aniniaux n'ont guère été étudiés que par les agriculteurs, c'est-à-dire en dehors du point de vue sctënUfique proprement dit. Les soologistes de profeësiob, loin de les rechercher, les ont plutôt éloignés de leurs cadres, comme n'étant propres qu'à en troubler la régularité ; et c'est ce qui se conçoit sans peine, car ces adres étant fondés sur le prhicipe de la fixité des espèces, et les animaux domestiques étant un perpétuel démenti à ce principe puisqu'ils pi-ocèdeat tous de celui de la variabilité, il ne pouvait être agréable aux auteurs de donner la place qu'elle aui-alt méritée à cette vivante négation de leurs systèmeà. Aussi dans lés dassiflcations les plus accréditées, celle de M. Cuvier par exemple, voit-on les animaux domestiques simplement rejetés à là suite des types sauvages comme tm appendice à peine sensible. Buflbn seul fait une glorieuse exception à cet égard parmi les naturalistes. Les animaux domestiques odt reçu dans son immortel ouvragé le premier ttibg. Loin de ^'appliquer à les tenir dans l'ombre^ H les a mis en lumière pardessus tous les autres ; mais c'est ce qui lui était penbis sans risque de se compromettre^ car Ibln dé à'enlërmer dans le principe de la fixité des espèceé, ce grand naturaliste considérait les animaux comme susceptibles de Varier indéfiniment d'une génération à l'autre suivant les circonstances, ce qui est précisément le cas des animaux dotnestiques.
C'est en considération de ces idées générales que M. Is. Geoffroy SaiDt-Uilaire, digne héritier de son Illustre père, s'est depuis longtemps appliqué à tourner toutes les reftSources de la science vers les animaux domestiques. Sbn érudition, jointe aux expériences, malheureusement trot> limitées , qu'il est possible de faire dans la ménagerie du Muséum, lui en fournissait plus qu'à tout autre naturaliste tous les moyens ; et cette année la Jeunesse studieuse Tu vii avec plaisir inaugurer ce que l'on pourrait nommer la réhabilitation des ahlmaux domestiques , en leur consacrabt le premier coure sciehtifique dont, en dehors de l'agriculture, ils dient jamais été le sujet. Nous essayerons de communiquer ici à ho^ lecteurs les principes qui sont comme le fondeibcnt de ce cours et dont l'exposé a rempli la première séance.
La classification des animaux utiles à l'horbme doit naitireiiemenl chercher sa base non &krA la constitution de ces animaux mais dans l'homme lui-même. 11 faUt lés classet' d'après le genre de leur utilité, et disposer les ^upes suivant le degré de cette utilité. D'après cela, le premier groupe renfermera les animaux les pln8j-))Me^g Ttiomme , lesqu^i^
sont ceax dont 11 tire parti poor alléger son traTail sur la terre, comme le cheval, le chameau, le chien, le chat, le foret, le plfieon memager, etc. : ce sont les auxiliaireê. U second groupe contient les animaux qui fournissent à Thomme des prodoits propres à le noorrir, soit du lait, soit d'aotres séi^rédons, soit de la diair, tels que le bœof, le mouton, le cochon, le lapin, le coq, le canard, les carpes, les abeilles, etc. : ce sont les alimentaires. Le troisième groupe est celoi des animaox qoi fournissent des produits à Tindustrie, comme le ▼er à soie, la cochenille, etc. : ce sont les industriels. Enfin le quatrième groupe réunit tous ceux qui, sans aucun service réel, servent seulement au plaisir de Thomme, soit par leur chant, soit par Télégance de leurs formes, soit par l'éclat de leurs couleurs : le serin, le faisan doré ou argenté, le cyprin <le la Chine, etc. ; on peut les comprendre sous le nom d'oceesêoires.
Celte classification, semblable du reste sur ce point à toutes les classifications, n*a rien d'absolu. U s'en faut qif on paisse décidément attribuer chaque animal à un groupe plutôt qn*k on autre. Ainsi le bœuf, qui appartient aux auxiliaires, n'appartient pas moins aux alimentaires; le mouton n'est pas seulement alimentaire par sa chair et par son lait, il est industriel par sa labe ; et le cygne, qui est industriel par son duvet, n'est pas moins recherché comme accessoire pour le plaisir des yeux.
On peut même faire à cet égard une remarque générale, c'est que tout animal qui appartient i^ l'un des groupes supérieurs appartient en même temps à quelqu'un des groupes inférieurs. En effet, les auxiliaires s'étant naturellement multipliés au plus haut point à cause de la grandeur de leur utilité, on s'est trouvé conduit en raison de leur profusion à en tirer tous les partis dont ils étaient susceptibles, soit comme alimentaires, soit comme industriels; et le bœuf en est un excellent exemple, car après avoir commencé par être surtout auxiliaire, puisque la religion, comme on le voit dans les anciens monuments de l'Inde, défendait de se nourrir de sa chair, il est devenu, comme on le voit chez nous, alimentaire et auxiliaire au même titre, tandis qu'il n'est plus qu'alimentaire en Angleterre, et que dans les immenses prai» ries de l'Amérique, où l'on n'utilise que sa peau, il n'a plus rang que parmi les industriels. Il est évident d'ailleurs qu'il n'y a pas un auxiliaire qui ne soit susceptible de nous servir comme alimentaire ; et si la mode ou certains préjugés sont cause que cette condition n'est pas satisfaite dans tous les pays, du moins la logique conduit-elle à ce qu'il y soit toujours fait droit quelque part, comme on le voit par l'exemple du chien et du cheval, dont la chair est fort goûtée chez certains Asiatiques. Le mouton oiTre un autre exemple de cette variabilité. Les anciennes peintures de l'Egypte nous montrent cet animal servant aux travaux de l'agriculture comme le bœuf, qui, s'y trouvant Incomparablement plus propre, a fini par le dépMséder tout à fait, Dans l'Inde toutefois, aujourd'hui encore , la chèvre et le mouton servent comme auxiliaires, car ce sont eux qui dans les monugnes sont employés au transport si considérable des laines de Cachemire. U en est à peu près de même du lama et de l'alpaca. Avant l'arrivée des Européens en Amérique, ils étaient la seule bête de somme qu'on y connût: aujourd'hui ils partagent le travail avec les ânes et les chevaux , et il est possible que ces derniers qoi valent bien mieux finissent par réduire les premiers à ne plus être entretenus que potu* leur chair et leur toison. En on mot, la classification éunt fondée sur l'usage de l'homme, et cette base n'éunt point fixe puisque cet usage varie sdon les pays et selon les temps, U est cuir que •008 ce pohit de voe également la ciassificaiion ne saurait être absolue. Les quatre groupes qu'elle présente pKMsèdeut bien en eax-mêmes one certaine fixité, mais les espèces qui tes composent doivent nécessahrement varier selon les pays •t selon ici temps.