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LE CERCLE FRANÇAIS A ROME

Salle de lecture du Cercle Français nouvellement fondé à Rome.

On peat juger, par les eaux-fortes de Gallot et par les tableaux de Moïse Yalentin , da genre de vie que menaient en Italie les peintres français au commencement du dix-septième siècle. En compagnie de tous les condottieri d*épée, de plume on de pinceau dont la Péninsule fourmillait alors , nos compatriotes italianisés hantaient d^habitude les cabarets, et, disdpleB déréglés du Caravage , reproduisaient dans leur peteture Textrème matérialisme de leurs mœurs. La réaction que le Poussin , pendant son long séjour à Rome, détermina contre Técole caravagesque ne s'arrêta pas à la peinture ; elle s*élendit Jusqu^auï habitudes morales. Nos peintres ne se mi- TtQt pas sans doute à vivre avec Taustérité dont ce maître leur avait donné Pexemple ; toutefois quelque choft de la sévérité de ses principes passa dans leur vie , et Ton fut plus assuré désormais de les trouver dans les musées que dans les hos^ Uries, Pendant ce temps, la tradition italienne dégénérait. l'Italie épuisée ne produisait plus de peintres, et Ton y fai- TomkXYI. — AvRii. XB48.

sait déjà plus de catalogues que de tableaux. Les œnvreâ de ses maîtres dégénérés continuèrent cependant à exercer sur les nôtres ime fascination singulière et peut-être fatale ; mais comme, en définitive, Tidée n'était pas le côté brillant de Part italien, son influence se réduisit peu à peu à une question de forme ; on vint encore en Italie pour y apprendre à peindre , mais non à vivre et à penser. C'est pourquoi, depuis le Poussin, nos artistes italiens n'ont jamais cessé de se préoccuper de la France et de se réunir dans un but de patriotisme. On s'est toujours assemblé dans quelque établissement public pour s'y entretenir non des œuvres de l'Italie, mais de ce que la France disait et pensait. Avant le Cercle des Arts, le Caffe Greco était le rendez-vous habituel des artistes français & Rome. Comme il était en possession de cet honneur depuis un temps assez long, il est peu de peintres de notre époque qui n'aient été ses hôtes plus ou moins assidus. Pour ne parler que de ceux qui ne sont plus , citons Léopold Robert qui

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venait y oublier ses doutes ei sa mélancolie, cl Sigalon qui s'y reposait de ses luttes contre Michel-Ange. Le Caffe Greco n'était guère décoré que de ces souvenirs ; suivant un témoin oculaire , « c'était une salle en forme d'omnibus , ornée de petites tables semblables à des tabourets, qu'on portait 5 bras tendus, on qu'on faisait circuler sur le bout de ses pieds. * Faute de mieux, c'était là qu'on venait être Français, mais jusqu'à neuf heures seulement. « A neuf heures , le garçon de rétablissement arrivait comme le couvre-feu , et balayait indistinctement les tables , les bancs , les bouts de cigares et les consommateurs. »

La fondation d'un cercle où Ton pût être Fi-ançaîs tout à son aise était devenue h la fois une question de nccossiié et d'amonr-propre. Outre qu'il était difficile de s'en tenir ant agréments surannés du Ca/fc Grecà , il était humiliant de rester, en fait de nationalité, en arrière de l'AÏTemagne qui avait déjà son cercle à Home, cercle composé de quatre -cents membres à peu près, mais véritablement tr(?s-tuclesque ; car on ne peut y être admis qu'avec un certificat de germanisme en bonne forme.

Sur la proposition de M. Moore , amateur distingué, et de quelques artistes , un cercle français ftit donc înauj^uré à Home , le 22 janvier 18^6, dans un local modeste. \^n an plus tard, ce local était devenu aussi insuffisant que le café Grec lui-même; et la socI«'té avait reçu de si nombreuses raarq\ie8 de sympathie qu'elîe dut songer à chercher un plus Vaste théâtre. Pour i^rtbvenir aux frais d'iTnsiaîlatîoti une exposition fut tésoloé , et la plupart des artistes français alors résidant à Rome s'empressèrent d*y contribuer. Celle exposition produisit 5 000 fr. GrAce à ce trésor , h Société s'installa définitivement au rei-de-chansséedu p'alaîs Wgnonelli^ place d'Espagne, dans Te quartier de Home le plus fréquenté de là ville moderne.

Le rez-de-châussée se cortiposc de quatre pièces : un vestibule , une salle de lecture , une salle de café et im s^Ton de musique. Là Société y reçoit tous les journaux et tontes les revues. La salle dé lecture est eVi même temps urtc ^tle d'exposttiolfi permanente: Le chiffre des ventei k'e^ élevé Tannée dfefti^ré à plus de 10 000 f^. i c'est beaucoup si l'on conSdère qiVe l^n n'achète plus guère que des àquarelTes et des dessins dans la patrie de Raphaël. Le règTemcntdu cercle est llB^érâl tomme Tesprît de la FYancV. Nos artistes n'ont pas /ugé i^ùlt fui boiil de s'emprisottner dans sa natibUiMité ; ils ont voûlà se Montrer hospitaliers jusque sur le sol étranger. A qtoqûe pa^s qu'on appartienne ; on est admis dans la Société; i^trt-Vu 'èû'on lui ^oit présenté pai' l'un de ses mén^lÂ'ês. Un articie du rèçlerhent, remarquable à d'autres litres, ^ celui qui Interdit les jeux de hasard. L'abonnement au Cercle est d'une ïJîastrc (5 fi'. 50 cent. ) par mois , on siic piastres ^V aft. four l'artiste Tannée ne dure guère que six mois à Rome, de septembre à mars ; après quoi Ton rassemble se3 études et Ton repasse les Alpes. Gomme le disait DaYid dans Tun^ de ses lettres , Tltalie est une terre qu'on ne peut plus éponger.

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