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HYGIÈNE DU SOMMEIL

Le Magasin pittoresque reçoit de ses abonnés un grand nombre de lettres. Lear objet est varié : ce sont des encouragements , des éloges , quelquefois des critiques bienveillantes; souvent des questions, des indications de sujets que le correspondant dëstrerait voir traités par les rédacteurs.

Quelle doit être ta durée du sommeil? quelle heure fhut- 11 adopter pour le IcVer et le coucher ? Tel est Tobjet de Tune des lettres les plus récentes.

Ces questions ne sont pas oiseuses; elles touchent aux règles les plus imporiames de Thygiène domestique , c'està-dire de l'art de conserver notre santé et de prolonger notre vie. lA^ gens du monde ne savent pas assez combien

des écarts de régime même légers deviennent funestes lorsqu'ils se reproduisent souvent. Pour un homme sain et doué d'un bon estomac, manger une fois plus qu'il n'a besoin, sans qu'indigestion s'ensuive , n'est pas même une imprudence. Ilippocrate permettait un excès par mois ; mais dépasser tous les jours, ne fût-ce que d'un dixième, la quantité d'aliments nécessaire à la réparation des forces, c'est s'exposer infailliblement à voir tôt ou tard les fonctions digesiives profondément troublées. L'insuffisance de l'alimentation produit des résultats différents, mbis qui ne sont pas moins désastreux. Veiller une nuit, se livrer pendant quelques jours à \m travail excessif, soit dos membres, soit dn cerveau , ce n>st pas compromettre sa santé ; mais des veilles prolongées, une contention drsprit habiliiolle, soutenue sans relâche pendant des mois entiers , un travail manuel incessant, sans intervalle de repos, sont des excès qui nliércront infailliblement avec le temps la constitution la plus vigonrcnsc. Ces préliminaires établis , on comprendra que les poinis d'hygiène que nous allons traiter ne manquent ni d'importance, ni d'utilité.

Les alternatives du jour et de la nuit sont indispensables à la santé de l'homme. Dans les régions polaires, où le soleil luit sans interruption pendant les mois d'été , tandis qu'une nuit d'une longueur égale règne pendant l'hiver, le sommeil est incomplet, agité dans ces deux saisons. Les insoiTinies sont également cruelles en hiver et 'en été : en hiver, les habitants cherchent à prolonger la veillée ; en été , ils ne se couchent qu'à la dprnière extrémité, car le sommeil fuit leur paupière, soit que le soleil brille toujours au-dessus ou qu'il reste caché an-dessons de l'horizon. L'imagination n'a aucune part à ces insomnies, les petits enfants y sont sujets comme les grandes personnes, et souvent Ton est obligé de les enVoyeV dans des régions plus tempérées. Ces faits nous apprennent suffisamment que les allci-nntives du jour et de la nuit doivent nous guider dans ta distribullon de fa veille et dn sommeil. Veiller la nuit, dormir le jour, est un régime évidemment anti-hygiénique. Maïs il est également évident que nous ne saurions nons couchel- et nous lever toujours avec le soleil ; nous dormîilons trop pen en été, trop longtemps en hiver. En moyenne , sept heures de sommeil sont suffisantes pour un adulte. ïl est des hommes qui peuvent se contenter de six heures; il en est d'autres dont la santé en exige hait. La longueur du sonlmeil doit être, en général , proportionnelle aux efforts et aux fatigues de la journée. Que cette fatigue soit le résultat d'efforts intellectuels ou d'un travail physique, la conséquence est la même. Après un sommeil long et réparateur, l'homme de lettres et le manœuvre sont également bien disposés à faire de bonne besogne. Alors seulenient Tesprit est présent et les membres sont dispos. Il n'est aucun de nos lecteurs qui ne connaisse un de ces liommes qui se piquent de se lever avec le soleil en été, et avant lui en hiver, après quatre à cinq heures de sommeil. •Pour peu qu'ils soient immobiles , assis ou même debout, dès que leur attention n'est plus fortement excitée , on voit leur paupière se fermer, leur tête s'incliner et leur intelligence s'engourdir, tandis qu'ils cherchent instinctivement à dissimuler aux yeux des assiâtants la torpeur qui les gagne, et à ressaisir de loia en loiu le fil de la conversation quileor échappe. Ne pas dormir un temps suffisant, c'est se condamner à n'être jamais bien éveillé, c'est renoncer également aux bénéfices du sommeil et aux avantages de la veille. Que cliacun donc satisfasse à ce besoin dans les limites que comporte sa constitution ; qu'il cherche à abréger les heures de sommeil, tar c'est ajouter du temps à sa vie; mais qu'il ne se propose point pour modèle des natures exceptionnelles et des exemples souvent peu authentiques. C'est en employant judicieusement le temps de la veille , et non pas en le prolongeant sans utilité,* qu'on laissera le souvenir d'une vie utilement remplie..

Il est difficile de tracer des règles générales sur les heiun. les plus convenables pour se lever on se coucber»^ Le çenre

4*occupatioa , les nécessités de la profession de chacun , ses forces, sa constitution, certaines dispositions particulières des habitudes contractées dès l'enfance , tpodifieront nécessairement tout ce que nous dirons h cet égard. Nous nous bornerons donc à des indications générales dont chacun pourra faire son profit en les accommodant à son individualité. En été, il est bon de se lever de bonne heure , entre quatre et six heures, afin de profiter de la fraîcheur du malin , car c'est le moment du jour où elle est le moins forte. On se prépare amsi quelques heures de repos pour le milieu du jour, où Tesprit et le corps sont également impropres ai^ travail. Toutefois nous ne sommes pas partisan de la sieste ; BOUS ne croyoïvs pas qu'il soit sain de dormir au milieu de la journée, du moins dans nos climats; ce sommeil est peu réparateur, et suivi le plus souvent de malaise, de pesanteur de tète , d'amertume dans la bouche , etc. Le soir on ne prolongera pas la veillée , sans quoi l'heure du lever se trou- Yerait nécessairement reculée. En hiver, nous adopterons une règle complètement différente. (\ien de plus déraisonnable, selon nous, que de se lever sans nécessité absolue avant le jour pendant la saison froide. D'abord il faut s'éclairer avec une lampe ou une bougie ; les yeux passent brusquement de l'obscurité la plus profonde à une lumière dont l'éclat les blesse à cause de la proximité du foyer, et dont l'insuffisance les fatigue du moment que ce foyer est plus éloigné. L'homme riche seul se lève dans une chambre échauffée ; les hommes de classes moyennes et inférieures passent brusquement de la chaleur du Ht à une température relatiyement beaucoup plus basse. Ce contraste est d'autant plus seasible que pendant le sommeil la circulation est moins active, et que l'estomac est encore vide. De là ce sentimelit de froid si pénible, ce frissonnement qui s'empare de tout le corps. L*bomme dans la force de l'âge , l'ouvrier énergique qui veut remplir une longue tâche dans un temps limité, le négociant surchargé d'affaires, le savant qui poursuit un problème, l'homme de lettres dominé par une pensée, peuvent braver ces petits inconvénients ; mais Tenfant, l'adolescent ne le peuvent pas, et tous les gens sensés, tous les médecins devraient s'élever contre cette coutume barbare qui force des enfants, dont la croissance n'est pas achevée, à se lever avant le soleil dans les journées froides de l'hiver. Reste des habitudes monastiques qui servaient de règle dans les collèges du moyen âge, cet usage absurde s'est perpétué jusqu'à nous par droit de routine. Qu'il me soit permis d'invoquer ici les souvenirs de tous ceux qui ont reçu l'éducation universitaire. Quel travail utile peut-on attendre de malheureux enfants réveillés pendant la nuit , se levant tout transis, puis se rendant dans une classe encore froide, où la lumière douteuse des quinquets, mêlée à celle de l'aube, produit un jour blafard? A peine éveillés, à peine réchauffés , le cœur sur les lèvres , les yeux lK)u(fis et larmoyants , qu'espère-i-on leur apprendre , lorsque leur corps est souffrant , et leur intelligence engourdie? J'en appelle également aux maîtres et aux enfants sur l'inutilité parfaite de cette classe du matin ; j'en appelle aux médecins sur les causes de certaines ophthalmies rebelles, de diarrhées chroniques, de fièvres intermittentes légères, de rhumatismes, de coqueluches obstinées, dont certains enfants sont affectés. A quoi bon d'ailleurs les habituer h un régime que les usages du monde les forceront à changer. Si l'on ne vent pas allonger le^empsdu sommeil, où serait l'inconvéniiMU de les faire veiller une heure plus lard, et de les couc.hor à dix heures au lieu de neuf. Mais il faut que la routine soit bien invétérée, puisqu'on soumet à cette règle même les élèves des écoles normale et polytechnique , qui tous , à coup sûr, désireraient prolonger la veillée , au lieu d'interrompre leur travail au moment où l'excitation salutaire du cerveau leur en faciliterait rachèvemenl.

La chambre à coucher doit être aérée , le plafond élevé ; si le lit n'occupe pas un angle de mm*, il est bon de l'entourer de rideaux en hiver. Les personnes qui ne sont sujettes

pi aux catarrhes ni aux rhumatismes, peuvent coucher dans une chambre froide. Toutefois, il est bon qu'en hiver sa température ne descende pas au-dessous de lO'* centigrades. Le lit sera légèrement incliné, de manière que la tète sôit plus haute que les pieds. Un matelas de laine en hiver, de crin en été , sont préférables h toiit autre coucher. U est bon que la tête soit un peu élevée, et (es hommes livrés à\x% travaux de l'esprit devraient toujours préférer les traversins et les oreillers remplis de crin , à la plume qui détermine Tafflux du sang vers la tôte.

Nous ne parlerons pas ici de l'intervalle qui doit séparer le sommeil des repas du soir ou du malin. Ce sera le sujet d'un article sur Vhygiène ^8 repas. Nous nous feornerons à une seule prescription , c'est qu'il est éminemment malsain de se coucher immédiatement après avoir mangé. Nos pères soupaient , et les médecins étaient souvent dérangés pendant la nuit pour des indispositions qui n'avaient point pour cause la quantité ni la qualité des aliments ingérés , mais cette détestable habitude de se coucher immédiatement après souper. Le matin, on ne doit pas rester longtemps à jeun ni prendre en se levant un repas substantiel. Du reste , nous chercherons à donner quelque règle à cet égard dans l'article que nous avons annoncé.

Un prince qui veut être aimé de ses sujets doit remplir les principales charges et les premières dignités de son État de personnes si estimées de tout le monde qu'on puisse trouver la cause de son choix dans le mérite. Tels gens doivent être recherchés dans toute l'étendue d'un État, et non reçus par importunités , ou choisis dans la foule de ceux qui font le plus de presse à la porte du cabinet des rois ou de leurs Tavoris. Si la faveur n'a point de lieu aux élections, et que le mérite en soit le seul fondement , outre que l'Étal se trouvera bien servi , les princes éviteront beaucoup d'ingratitudes. Le cardinal de Richelieu.

La. tolérance pour ce qu'on condamne est un commencement de dépravation ; c'est la preuve que notre cœur s'acclimate dans les atmosphères impures. On a beau envelopper sa froideur des beaux noms de patience et de charité : qui ne hait plus beaucoup le mal a déjà cessé d'aimer assez le bien.

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