I. HISTORIQUE DE LA DECOUVERTE
Le gouvernement ayant jugé utile d'établir un consulat à
Mossoul, choisit pour occuper ce poste M. P.-E. Botta, qui
partit au commencement de l'année 18/i2. Ce fonctionnaire,
qui déjà avait visité divers pays de l'Orient, se promettait de
faire des recherches sur la rive orientale du Tigre, en face de Mossoul, dans ces lieux où les auteurs anciens et les traditions, confirmés par des traces encore évidentes, s^accordent à placer Ninive, l'antique capitale de la monarchie Assyrienne.
Suivant le voyageur anglais Rich, Tenceinte de Ninive, qui embrasse une étendue de terrain d^environ deux tiers de lieue de large, sur une lieue un tiers de long, est formée de deux murs séparés par un fossé encore bien conservé ; dans Tespace que renferment ces fortifications, construites en blocs immenses, des fouilles ont fait retrouver quelques substructions , parmi lesquelles étaient des briques et des dalles de gypse, les unes et les autres chargées de caractères cunéiformes. On avait aussi découvert, dans la partie nord-ouest de Tenceinte , à un endroit où la muraille est plus haute et plus épaisse que partout ailleurs, un immense bas-relief reprélentant des figures d'hommes et d'animaux. Tous les habitants de Mossoul allèrent examiner ce curieux éclianlillon de l'art assyrien, qui fut ensuite mis en pièces.
M. Botta songea d'abord à faire exécuter des fouilles dans le monticule sur lequel est bâti le^ village de Niniouah, situé dans l'enceinte qui vient d'être décrite et qui est le dernier reste de la ville célèbre dont il a conservé le nom. Mais le nombre et l'importance des maisons qui couvrent ce monticule ne permettaient pas défaire des travaux que repoassaient d'ailleurs les préjugés religieux des habitants. Là en effet est construite la mosqué de Nabi-Iounes, qui, suivant une tradition locale, renferme, comme son nom l'indique, le tombeau du prophète Jonas ; c'est un lieu sacré aux yeux des musulmans.
M. Botta dut donc porter ses recherches sur un autre point, et il choisit pour commencer ses opérations le monticule de Koyoundjouk, situé au nord du village de Niniouah auquel il est joint par les restes d'une ancienne muraille en briques crues. Celte vaste éminence est ime masse évidemment artificielle et, suivant l'opinion du savant consul, elle a dû supporter autrefois le principal palais des rois d'Assyrie. A la face occidentale et près de l'extrémité méridionale de cette colline , quelques briques de grandes dimensions, liées avec du bitume, semblaient indiquer le site de constructions antiques, et c'est là qu'au mois de décembre de 18/i2 les fouilles furent commencées.
Les ouvriers mirent au jour de nombreux fragments de bas-reliefs et d'inscriptions ; mais rien de complet ne vint encourager M. Botta, qui, malgré les dépenses que lui occasionnait cette entreprise et en dépit des apparences défavorables, n'en continua pas moins pendant trois mois ces reclicrches presque infructueuses.
Cependant ces travaux attirèrent Pallention, et un habitant de Khorsabad apporta deux grandes briques avec inscription ciméiforme, uouvées auprès de son village, offrant à M. Botta de lui en procurer autant qu'il le désirerait.
Trois mois plus tard , c'est-à-dire vers le 20 mars i8/i3, notre consul, fatigué de ne trouver dans le monticule de Koyoundjouk que des débris sans valeur, et se rappelant les briques de Khorsal>ad, envoya dans cotte localité quelques ouvriers pour tàter le terrain. Trois jours après un des ouvriers vint dire que l'on avait trouvé des figures et des inscriptions.
Le village de Khorsabad est situé à environ seize kilomètres au nord-est de Mossoul, sur la rive gauche de la petite rivière nommée Khausser, qui vient se jeter dans le Tigre en traversant l'enceinte antique de Ninive. Il est bâti sur un monticule allongé de l'est à l'ouest; l'extrémité orientale se relève en un cône que l'on croyait moderne ; l'extrémité occidentale se bifurque, et c^est sur la pointe septentrionale de cette bifurcation que les ouvriers de M. Botta firent leurs premières découvertes.
On mit à nu d'abord la partie inférieure de murailles parallèles, qui semblaient déterminer im passage d'environ
trois mètres, au bout duquel se trouvait une salle dont les parois étaient couvertes de bas-reliefii représentant des combats. M. Botta ayant foit creuser un puits à quelques pas plus loin, on trouva immédiatement trois bas-reliefo qui offrirent les premières figures complètes. Ce fut dans cette exploration que M. Botta découvrit deux autels et les restes d'une façade qui dépassait le niveau du sol.
Les premiers mois de 18/i3 furent employés à poursuivre des fouilles qui avaient produit d'aussi intéressants résultats; M. Botta en adressa la relation circonstanciée à M. Mohi qui a^empressa de la communiquer à l'Académie des inscriptions et belles lettres. Bientôt, sur la demande de MM. Vitet , Letronne et MohI , une somme de 3 000 francs fut mise par M. le ministre de l'intérieur à la disposition de M. Botta qui put dès-lors donner plus d'activité et d'étendue à ses travaux.
Il fallait cependant triompher d'obstacles sans cesse renaissants ; l'insalubrité du climat, causée par le voisinage de terrains marécageux , avait mis en danger la vie du consul et des ouvriers qu'il occupait , mais la mauvaise volonté de l'autorité locale opposait des empêchements bien plus difficiles à surmonter ; ce fut une lutte de tous les jours, des négociations sans cesse à recommencer. Malgré cela les travaux furent menés jusqu'au mois d'octobre, époque à laquelle Mehmcd, pacha de Mossoul, interdit formellement la continuation des fouilles. Avec sa permission expresse, M. Botta avait fait construire à Khorsabad une petite maison dans laquelle il logeait quand il allait visiter les ruines. Le pacha prétendit que cette habitation était une forteresse élevée pour dominer le pays, et il informa la Porte de celte circonstance, affectant de considérer les excavations arcbéologiqu&s comme leà fossés de cette citadelle imaginaire.
M. Botta écrivit alors à M. l'ambassadeur de France à Constantinople, pour l'avertir de ce qui se passait, et en attendant qu'un ordre du gouvernement turc le mit à même de terminer les fouilles , il acheva la copie des inscriptions déjà découvertes et fit transporter dans la cour de sa maison tous les bas-reliefi qui lui parurent dignes d'être envoyés' en France.
M. Botta avait adressé à Paris des dessins fort exacts d'un certain nombre de bas-reliefs, mais en même temps il avait exprimé le désir d'être secondé par un artiste qui pdt copier toutes les sculptures qu'il serait impossible de transporter en France. L'Académie des inscriptions et lielles lettres appuya cette demande et choisit M. Flandin, peintre qui avait déjà rempli une mission en Perse. Par décision des 5 et 12 octobre i8/(3 , MM. les ministres de l'intérieur et de l'instruction publique ouvrirent un nouveau crédit affecté à la continuation des recherches ; ils décidèrent en outre que toutes les sculptures que leur état de conservation recommanderait à l'attention seraient expédiées en France, et qu'une publication spéciale ferait connaître au monde savant cette précieuse découverte.
Grâce à l'insistance de l'ambassadeur de France, la Porte finit par accorder l'autorisation de poursuivre les travaux. Les habitants de Khorsabad reçurent la permissioa de vendre leurs maisons et d'aller s'établir momentanément au pied du monticule. Les fouilles purent être reprises à la condidon de rétablir, lorsqu'elles seraient achevées, le terrahi dans son état primitif afin que le village pût être rebâti sur le même emplacement. Enfin un commissaire turc fut envoyé à Mossoul pour prévenir de nouveaux empêchements. Toutefois ce ne fut que le li mai i8M que M. Flandin , arrivant de Gonstanthiople, put apporter à M. Botta les firmans qu'a réclamait depuis sept mds.
A la même époque un grand nombre de chrétiens nestoriens, chassés de leurs montagnes par les Curdes, vbirent se réfugier à Mossoul et dans les villages des environs. M. Botu voulut soulager leur misère en utilisant leur travail, et ces hommes robustes et dociles lui apportèrent im concours d'autant plus précieux , qu'il était difficile de se proctircr
dans le pays le nombre d^ouvriere nécessaire. Tous les obsudes étant levés, il fat possible, vers le miliea da mois de mai iUA» de recommencer les fouilles si longtemps aban-
données forcément , mais qui cette fois purent être conduites jusqu'à la fin d'octobre sans interruption. Pendant quelque temps, près de trois cents ouvriers furent employés à dé«
Une salle du Musée assyrien nouvellemeut fondé au Louvre.
blayer le sol auquel chaque Jour on arrachait d'inappréciables dépouilles. M. Flandin dessinait les bas-reliefs à mesure qaHls sortaient de terre, mesurait toutes les parties du moi et recueillait les diverses notions qui lui permettront
d'en réublir le plan primitit En même temps M. Botta copiait , avec non moins d'activité, les nombreuses inscriptions cunéiformes qui couvraient les murailles, on découvrit »«cce«lve.nm .oui «^q^u^^lgjf^
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l^i^i^imqn'k, ce qu'oa (lU arrivé k ua point où U ix*exi$tait JAif^ ^uç cks m mailles de briques privées , depuis une 6(M><|ue li;ès-reculéc probablement , des dalles de gypse sculptées dont elles avaient été revêtues. A la fin du mois d*octobre 186Û, l'exhumation du palais de Khorsabad pouvait être considérée comme achevée , et M. Botta mit un terme aux travaux.
Conformément aux ordres du gouvernement, les morceaux de sculpture les plus remarquables et les mieux conservés furent choisis pour être envoyés en France. M. Botta avait à les faire transporter à Mossoul , puis à Bagdad. Il s'agissait d'effectuer ce transport et de franchir les seize kilomètres qiti sépartint IChorâsUi^a^ de Mossoul. Cette.opéra- Uon ét^it d'autâftl plu-^ pétiibk y ne des pluies continuelles avaieni d^trcïopu k' çl^emUi ; ïm roues d'un chariot qu'il avciiï fallu cuja^lruke eiitmç;iieni dans la boue jusqu'au;^ essieux, s&îp 11 th4ri5*î ih Ulot^ <i< gypse dont quelques-uns pèsent ^yu^e ttûik kikpgï-imuio»* U avait été impossible de faîre cnM^tniiiv i[<s *.jhstis a-si>«.iE solides; on recouvrit l.a surfit f'\kîii avt i; des poutres, reliées par
des i ^ ^ lie buJJî correspondantes placées
contre liv i)à0 pusitéi iearc. Ça mojin a parfaiicmeni réussi et les mûin^in'-f'f^ ^*mi uvïMa h, l<^ar destination sans avoir
M. iiolt'i, u«.' ij^j'ou^t se procmcr un nombre suffisant de bulût^dc Iruil, ^iitl lecoui'^î aux bras des nesioriens, et ^es eftons 0uak t^ti lieax Oinu honiiïï'S suffirent à peine pour Ixaînci' çci^^^ bl^cs; le^ (lUis diOiciles à mouvoir étaient auislli^ 1»^^ iméf estants , ç^csià-ilireces magnifiques taureaux k ^^ h^uiaiue doîit |>tim*loi dans la construction des portes Ç5tu|n tiattcaiaciiiri^tkue^erarchil^çture assyrienne et perse ^\pyez"p. 133).
11 était iç^bé, peadaut r^ûver de iSkk à 18/i5, très-peu de neige dans les montagnes ; aiissi le Tigre fut loin d'alieindre sa hau^eiu' p^diuaire, et même il commença à décroître bien arant i'épo^qt^e accoutumée, il était donc urgent de profiler des hautes çaux pour envoyer ^ Bagdad le.> caisses destinées au Musée, car lei^* dimension exigeait des radeaux d'une grandeui- iç\\^itée, ^nl la préparation ( à Mossoul , les kekks ou ra^aiu^ $onl formés de pièces de bois fixées sur des ou ires ) jii^i^vait cntratuer \m ii lard qiU eût (ait ajourner le départ ^ Y'^W^''*' .iMtvant4\
tliiTm î ^ix uiuU de juin Wih. l.uit mois après l'achèvement d«îs fouaiit^s , itîs iiçulïi[ur*t.^ rtvali nt été amenées sur le bord du (Iftive, vU mi n^Oî^^îi tl'uii plou i œliné pratiqué dans la berge, embarimr^r^ ^ui ks kikka. \ li fin de mai, les monuments eiiraH* du imiulJcuW tii? kUul^ai id étaient déposés à Bagdad, cbes le cuusiil de Fiarit!e, \\. I îwc-VVeimars, qui pendant près^'unc auuée les eut sous sa garde; car le^ nécessités du servlcç ne pet min at pas plus tôt l'envoi d'un bâtiment de Pttâi, Cl ce ne lut qii'au mois de mars IS/iG que la gabare k CarW^aa aj nva a Bassora. M. Lœve-Weimarsprille soia de felçfi conduit c ks caisses sur le. Tigre, jusqu'au lieu où le Da?îi:^ W^^^ ¥^ attendre , et au comuieucenient de juin elles pactatcm pout ^ tVancc,où elles arrivèrent au wois de déceuibrp, Apii'c ivuir ^l^uché à Brest, te CormoV^jn vint au Havre ou V**n débarqua la ^iueuiière collection ije grands monuments assyriens qui eût encore él(i apportée eu Lurope.
Par ordre de M. le ministre de rintérieur , M Bo.lta était allé surveiller le transbordement des sculptures sur le chaland destiné à les faire remonter jusqu'à I^aris, où elles ont été déposées sans accident au mois de février 1847.
Le 7 mai 18Z|6, M. Crémieux présenta à la Chambre des députés un rapport très-circonslancié sur le projet de loi qui d^ait sanctionner les dépenses déjà faites et ouvrir un crédit extraordinaire pour la publication des dessins de MM. Boiia et Flandin. On sait que les chambres accordèrent les crédits . Béccssaircs pour assurer à notre pays la possession de monuments d'un art inconnu jusqu'alors, fournissant ainsi aux artlstas et à tous ceux qui s'occupent du monde ancien un
sujet fécond d'observatio;is et d'études, ^ous doQO?ro||9 dans un second article un aperçu de ce que renferme actuellement le Musée assyrien du Louvre.