‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 63 sur 185 · VA · texte numérisé non relu

VA

Fig. :.

» Ce sera dans Tun de ces quadrilatères , et peu importera lequel, que nous placerons la terre habitée, partout environnée de la mer, et semblable à une lie. Les sens et la raison , comme nous Pavons déjà dit , nous assurent qu'elle est telle.

^^teJ Z#/»r T^rri^* JJJia4€Uèf€ -••\lettr

Fig. a.

» Sa plus grande longueur, terminée presque parlonl par une mer où Ton n*ose naviguer parce qu'elle est trop vaste et qu'on y serait privé de tout secours, n'est que de 70 000 stades (11 111 kilomètres), et sa plus grande largeur se trouve bornée à moins de 30 000 stades (4 762 kilom.) par les climats que le froid ou la chaleur rend inhabitables. »

Slrabon démontre alors avec détails les raisons sur lesquelles sont basées ces dimensions, et il termine eu disant : « Ainsi , la longueur de la terre habitée est plus que double de la largeur.

« Nous disons que sa figure ressemble a une hhlùmyde (1), parce que lorsqu'on la parcourt en détail , ou trouve eiïeclivement que sa largeur se rétrécit beaucoup vers ses extrémilis, surtout dans sa partie occidentale. »

Pytbias parait avoir été, dans ses excursions vers le Nord,

(i) Espèce de manteau des anciens Grecs. Strabon revient plusieurs foi» sur celte idée qu'il affectionne, et c'est pour l'avoir oublié que GotseHn, qui a cependant donné le meilleur trace de •on système géographique (voy. 1846, p. a45;, ne lui u pas conserré sa forme véritable , telle que nous Tavons rétahUe dans la petite mappemonde ei«de5sii«i. T^ farte de juillet 1S46 nous a été allrîbtiée par erreur

josqu>n Islande, qu^on appelle ThuU, «Mais, dit Strabon » je pense que dans cette partie les bornes septentrionales de la terre habitée ne sont pas , à beaucotip près , si reculées. Les relations modernes ne parlent d'aucun pays plus septentrional qu'Iemc ( Érin , l'Irlande ) , lie située au Nord , mais proche de la Bretagne , et où le froid est si rigoureux , qu'à peine est-elle habitée par quelques peuplades absolument sauvages et misérables. C'est donc là , suivant mol , qu'H faut fixer les bornes de la terre hat>itéc. »

Quant aux limites australes , il les fixe au parallèle de la Cinnamophore (TAbyssinie méridionale), « que nous savons, dit-il, être la plus méridionale des contrées habitables, ce qui fixe le commencement de la zone tempérée , ainsi que celui de la terre habitée , à 8 800 stades ( 1 /iOO kilomètres ) de l'équateur. » Ces limiter sont indiquées sur la petite carte, fig. 1, et sur la grande, fig. 3, par les lignes ponctuées a,a,b,h,

u La terre que nous habitons et que partout la mer extérieure environne, embrasse un grand nombre de golfefvque cette mer forme sur les différentes côtes qu'elle baigne.

» Parmi ces golfes , il y en a quatre qui sont fort grands : l'un, et c'est le pi as septentrional , s'appelle tantôt mer Caspienne, et tantôt mer Ilyrcanienne ; deux autres, savoir, le golfe arabique et le golfe perslque, formés par la mer méridionale , se trouvent presque directement en face , celui-ci de la mer Caspienne , celui-là du Pont-Euxln ; le quatrième, bien plus considérable encore que les trois premiers , est-ce que nous appelons la mer intérieure ou notre mer. Celle-ci , commençant du côté de l'ouest, au détroit des Colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), après s'être prolongée vers Test dans une largeur inégale , finit par se diviser elle-même en deux golfes , ou plutôt en deux mers, dont Tune s'enfonce sur la gauche et se nomme le Pont-Euxin ; l'autre se compose de la mer d'Egypte , de la mer de Pamphylie et de la mer d'Issus. •

» Ces quatre pran(b golfes, formés par la mer extérieure , ont tous une entrée assez étroite; mais surtoiU le golfe Arabique et celui qui commence au détroit des Colonnes d'Hercule ; l'entrée des deux autres n'est pas aussi ressnrrée.

» La terre qtii embrasse tous ces golfes se divise en trois parties.

» De ces trois parties l'Europe est rolle dont la confi^^uration est la plus irrégulière : la lâbye est celle dont la ligure offre le moins d'irrégtilarilé» ; TAsie , sous ce rapport, garde en quelque sorte le milieu.

» Ponr toutes les trois parties, l'irrégularité plus ou moins grande de leur configuration provient de celle des côtés intérieurs des mers qui les baignent. »

Ici commence une description fort étendue de la mçr Méditerranée, dans laquelle Slrabon indique les limites et les étendues précises des différentes parties de ce vaste bassin.

« Maintenant , ajoutc-til ensuite , il faut décrire les pay.ç qui l'entourent , et nous commencerons par le côté d'où nous sommes pards pour la décrire elle-même.

» En entrant par le détroit des Colonnes d'Hercule (le détroit de Gibraltar) , on a sur sa droite la Libye jusqu'au Mi , et sur sa gauche, à ropposilc, l'Europe jusqu'au Tanals (le Don ou Tane).

» Et l'Europe et la Libye se confondent toutes deux avec l'Asie.

» Nous parlerons d'abord de l'Europe, tant parce que cette partie de la terre est celle dont la forme est la plus variée , que parce que son climat est plas favorable à l'industrie et à la civilisation des peuples, et qu'elle communique aux deux autres la plus grande partie de ses propres avantages.

» En effet, l'Europe est partout habitée, excepté dans cette petite portion qui reste déserte à cause de l'excès du froid ; je parle des contrées voisines (la Uussie septentrionale) des pays qu'occup(*nt les peuples nomades, sur les bords du Tanaîs, du Palus-Maiotide et du Borystliène. Parmi les contrées habitihles, cpIIos qui sont froidcg)iQ^t)îi(^a'b^>k!îï<05@^iC

par levr nature se refuser à de bons établissements ; toutefois, pat de sages institutions, la ?ie la plus sauvage et les mœurs mêmes des brigands s'adoucissent. Ainsi a-t-^n vu les Grecs, par leur sagesse en fait de gouvernement , par leur aptitude aux arts et leur intelligence dans tout ce qui contribue au bonheur de la vie , transformer en habitations florissantes les montagnes et les rochers qu'ils occupaient ; ainsi a-t-on vu les Romahis , après avoir soumis des nations d'un caractère

naturellement féroce, parce que PApreté du sol, le défaut de ports ou d'autres causes pareilles rendaient leur pays presque inhabitable, établir des rapports de société entre des peupies jusqu'alors insociables et civiliser les plus barbares. Dans la position de l'Europe , où le pays est ouvert et le climat tempéré , la nature même des lieux contribue à procurer tous ces avantages. Et comme les habitants de meilleure pays sont portés à la paix , tandis que ceux de pays

9kti*QÇmTh^

Fig. 3. La GauU de Straboa et des Romaini du temps d'Auguste. — Dessinée d'après le texte de récrivain grec par O. Mac Carthy.

moins bons sont tous vaillants et guerrière, les uns et les autres se fournissent des secours réciproques, ceux-ci par leurs armes, ceux-là par leur industrie, leurs arts et leure institutions. S'ils ne s'aidaient mutuellement, ils ne pourraient manquer de se nuire ; et sans doute , dans cette lutte, les peuples guerrière l'emporteraient par la force , à moins que les autres ne fussent en état de les accabler par le nombre. Or, à cet égard , l'Europe est assez favorablement disposée : partout entrecoupée de plaines et de montagnes, elle

offre aussi partout le génie cultivateur et politique à côté du génie guerrier; mais les peuples pacifiques y sont les plus nombreux ; c'est le goût de la paix que l'on y voit dominer, ce qui est dû en partie à la prépondérance successive des Grecs, des Macédoniens et des Romains.

» Ainsi donc l'Europe, soit dans la paix, soit dans la guerre, se suflit complètement à elle-même , puisqu'elle ne manque ni de soldats , ni d'habitants , ni de citoyens fixés dans les villes. Mais son principal a^D^i»^?||jj»gytî^-^^

nents nécessaires à la fie» c'eslp rfiurope qui produit les meilienrs ; des métaux» elle possède tous ceux qui sont utiles ; elle n^a besoin de chercher ailleurs que les parfums et les pierres précieuses dont la Jouissance ou la privation ne fait rien au bonheur de la Tie. Ajoutons qu'elle abonde en béiail , et nourrit peu d^animaux féroces.

» Telle est, en général» la nature de ce continent dont nous allooi détailler les différentes parties.

» La première» à partir du couchant, estribérie (l*EspiSB^. Sa forme ressemblant à celle d*un cuir de bœuf, nous pouvons dire que sa tête, tournée vers Torient, se joint k la Geldque (la France) ; les monts appelés Pyrénées servent de limites entre les deux pays. Du reste, Tlbérie est entièremenl baignée par la mer : savoir, dans hi partie méridionale Jusqu'aux Colonnes d*llercule , par notre mer, et de là Jusqu'à rextrémitésepteutrionaledes Pyrénées, par la mer atlantique.

J&iffinJt^

Fîg. 4. Carte rectifiée de U Gaule du temps d'Auguste, telle que Strabon eût pu la deuiner. -^ Dressée par Oi Bfae Cartliy.

» Après ribérie vient la Celtique qui s'étend vers l'orient Jusqu'au Rhin. Ce qui borne le côté septentrional de cette contrée , c'est le détroit Britannique (la Manche, à laquelle les Anglais ont conservé son nom antique, BritUh Channel). Quant au c6té oriental , il est tracé par le Ithin, dont le cours est parallèle aux Pyrénées. (Strabon croyait que cette chaîne courait du nord au sud. )

> Le côté méridional est borné en partie par les Alpes qui Joignent le Rhin, en partie par la mer intérieure (Méditer-

ranée). Ce côté renferme le golfe appelé Galatique ( golfe du Lion) , sur lequel sont situées les villes si célèbres de Marseille et de Narbonne.

a A la pointe de ce golfe, il y en a un autre nommé pareillement Galatique (golfe de Gascogne), et tourné vers le nord , ainsi que vers la Bretagne. C'est dans l'espace qui sépare les deux golfes que la largeur de la Celtique se trouve le plus rétrécie. L'isthme a moins de 3000 stades (U76 kilomèures) , mais plus de 2000. Au "«iW^» ^%ce.tJ^mi^i|^5(Ç5^

ui

MAOASIN PITTORESQUE.

«ne chaîne de montagnes perpendiculaire aux Pyrénées, laquelle se nomme le mont Kemmene (tes Cévennes) , et «e lennine prèdsémenl au milieu des plaines de la Celtique (1). » Les Alpes, monUgnes fort élcTées, tracent une courbe dont la conrcxité est terminée vers les plaines de la Celtique ( Prance ) et vers le mont Kemmene ; la concavité regarde îa Llgystlque (comté de Ntce et duché de Gênes) et Tltalle.

» L'Apennin est une chatne de montagnes qui , traverdanl -4'4lftliedan8 toute^e longueur du nord au sud, aboutit au détroit de Sicile.

» Les premières terres de Tltalie sont les plaines qui , du pied des Alpes, s'étendent jusqu'au fond du golfe Adriatique et aux pays voisins (le Piémont et la Lombardie ) ; le reste forme une presqu'île longue et étroite que l'Apennin , comme nous venons de le dire, traverse d'un bout à l'autre.

» Aprèrla Celtique et l'Italie, le reste de l'Europe s'étend vers Test et se trouve divisé en deux par Tlster (le Danube) qut coule de l'ouest à l'est , et va se rendre dans le Pont- Euxin. Il laisse à gauche toute la Germanie (l'Allemagne) qui commence ^u Illiin, tout le pays des Gètes (Valakie), ainsi que celui des Tyrigètes, des Bastarues, et des Sauromates jusqu'au Tanaîs (Don pu Tane) et au Palus-Maiotide (mer d'Azov : Moldavie, ancienne Pologne et Russie sudouest), à droite loule la Thrace (Bulgarie , lerné, Roumlli), riilyrie (Illyrie moderne et Bosnie), la Macédoine, et enfin la UeUade ('l'bessalie, Albanie, Grèce).

» Asie, Au Tanaîs et au Palus-Maiotide commence la partie de l'Asie située en deçà du Taurus , après laquelle vient immédiatement la partie de ce même continent située au delà du Taurus ; car l'A«ie étant coupée en deux par la chaîne des montagnes du Taurus , que l'on voit s'étendre depuis les caps de la Pampbylie jusqu'aux rivages de la mer orientale, habités par les Indiens, et ceux des Skyihes qui les avoi- Binent , les Grecs ont dû naturellement appeler Pays en deçà du Taurus , tout ce qui est au nord de ces montagnes , et Pays au delàfiu Taurus, tout ce qui est au midi.

» Dans la première de ces deux vastes régions sont les Maiotes, tribu sanromate, les Sauromates eux-mêmes , les Skyihes, les Akhaiens, les Zighes, les Iléniokhes, qui sont répandus entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne; puis les montagnards du Caucase [Tcherkesses, Lesçhis), les Ibères, (lesGéoigiens), les Albanes (Daghistdné) ; à Test de la mer Caspienne les Hyrkaniens ( Mazanàerâne ) , les Parthyaiens (Khorassane) ^ les Baktriens {Balkh), les Sogdiens (la Boukharie); à l'ouest, la Colchide, l'Arménie, la Kappapokle , tous les pays situés entre le Halys et TArchipcl , l'Asie mineure en un mot.

» Après ces régions et ces peuples , viennent ceux qui se trouvent au delà du Taurus, Parmi ces peuples , les premiers sont les Indiens : de toutes les nations de l'Asie, ils forment la plus nombreuse et la plus florissante ; ils s'étendent jusqu'à la mer orientale et à la partie méridionale de la mer. atlantique (océan Indien).

» C'est dans celte dernière partie de mer, au point le plus reculé vers le nord , et en face de l'Inde , qu'est située la Taprobane (Ceyian) , lie non moins grande que la Bretagne.

» A l'occident de l'Inde, en laissant les montagnes à droite, on entre dans une vaste région mal peuplée , à cause de la stédiilé du sol (HAfghanifltane) ;. ^le est occupée par différentes nations absolument barbares, que Ton appelle Ariane, tt qui sont répandues depuis les montagnes jusqu'à la Gééroêïe (Baiouiehistém) ei k la Karmanie (le Kermâne).

» De là on trouve du côté de la mer les Perses , les Suûens, ioBabyloiieiis» placé», les uns sur les autres, sur les bords du 0olfe Persiqne, et divers petiu peuples situés aux environs de ceux-là; du côté de» nxHitagnes, les Parthyaiens, Mèdes

(i) On p^ut voir par ce qui précède combien \e% idées de Strabon sur la Gaute sont erronées. It les développe dans son livre ÏV, et non* \et avnm textuellement iradiittcs dans U carte ci-joinie. |

et Arméniens, dont une partie hâMte dans le sdn même dm montagnes différentes contrées Umttrophes de ces dernières»

«Vient ensuite la Mésopotamie, et après la Mésopotamie les pays situés en deçà de TEuphrate , savoir , toute l'Arabie heureuse, bom^ par le goHSe Arabique, pris en entier, et pàf le golfe Persique ; tout l'espace quV.cnpent les Skéiiiles (Bédouins), ainsi que les Phylarks (tribus soumises à un chef), vers TEuphrate et la Syrie.

» Depuis le golfe Arabique jusqu'au MU lialHtent des Ailhiopiens et des Arabes. A ceux-ci touchent les Aigyptiens , audessus desquels on rencontre d'abord les Syriens , puis les Cililiiens, et ensuite les Lycaonlens et les Pisidiens.

» Afrique. A l'Asie succède la Libye : elle tient à i'Égypte et à l'Aithlopie.

» Des différentes côtes de la Libye , celle qiri i)orde la mer intérieure, depuis Alexandrie jusqu'au voisinage des Colonnes d'Hercule , forme pour ainsi dire une Hgne droite , sauf l'enfoncement des Syrtes, sauf peut-être encore les sinuosités de quelques petits golfes et la saillie des caps qui masquent les golfes.

n La c6te qui baigne l'Océan , à partir de l'Ai thiopie, dans la longueur d'un certain espace, se prolonge dans une direction parallèle à celle de la côte de la mer intérieure ; mais ensuite les parties méridionales du continent se rétrécissent , et les deux côtes (peu à peu) :6e rapprochent : elles forment 4 la fin une espèce de promontoire aigu qui s'avance un peu au delà des Colonnes d'Hercule , et 4oune en quelqnc sorte à la Libye la figtirc d'un trapèze.

» Suivant toutes les relations, et d'après le réci( que nous a fait à nous-mêmes Cnelus Pison, qui a commandé dans le pays, ce continent ressemble à une peau de panthère ; car il est comme moucheté par des cantons habités qu'isolent des terrains arides et déserts. Les Aigyptiens appellent ces cantons Auases (oasis).

» La plupart des peuples de la Libye nous sont mal connus; il est rare que les armées ou même les voyageurs y pénètrent fort avant. Peu d'habitants de l'intérieur viennent commercer avec nous, et leurs rapports ne sont ni complets ni croyables ; toutefois voici ce qu'ils débitent

j> Les peuples les plus méridionaux s'appellent Aithiopiens. En remontant les principales nations que l'on trouve ensuite, on doit citer les Garamantes (le Fezzane actuel), les Pharuses ( grand oasis du Touâl ) , les Mgrites (oasis méridionaux du Sahara algérien), et plus haut encore les Gaitoules. Non loin de la mer, ainsi que sur la côte même, vers l'Egypte et jusqu^à la CyrénaTque, habitent les Marmarides. Au delà de la C}Ténaîque et de Syrtes, on rencontre les Idylles , les Nasamons et quelques tribus de Gaitoules , ensuite les Sintes et les Byzaciens, répandus jusqu'au pays de Carthage; pays vaste et qui touche à celui des peuples nomades ( l'Algérie) , dont ceux que l'on connaît le mieux sont les Massaliens et les Massaisyliens. Les plus reculés sont les Maurousiens (Marokains du nord).

» Depuis Carthage jusqu'aux Colonnes , le territoire est fertile ; mais dans cette partie les animaux féroces abondent , comme dans tout l'intérieur de la Libye. Selon toute apparence , telle est la cause qui a longtemps empêché quelques» . uns de ces peuples de se livrer à l'agriculture ; et de là on leur ^ura donné le nom de nomades, Aujourc^'hui , devenus singulièrement adroits à la chasse, et de plus aidés des Romains qu'anime un goût décidé pour les ihériomakhies (combats de bêtes sauvages) , ils ne sont pas moins habiles à détruire les animaux qu'à dominer la terre. »

Après Strabon, les connaissances géographiques des anciens ont peu gagné en étendue. Le vaste tableau tracé par cet écrivain peut donc être considéré comme représentant à, peu près le monde antique dans sa plus large expression. 11 avait 33 millions de kilomètres carrés, soixante-deux fois la grandeur de la France, la moitié au plus du vieux continent, le quart à peine de la surface des terres connues aujourd'hui.

MAGASIN PITTORESQUB

. . . ., LA SOURCE DE LA SEINî;.

Ce nVit ^otni à S^int^ Seine, eomme on 1^ imprtiné sotiTCtit , que la Seine prend sa source : c'est à deux tfeoes de Qianceâui , petit village de la Gôte-d'Or, sUoé sor la roule de Paris à Dijon.

On s'enfonce, à droite, dans llntérieur des terre», et «(près deux hetirês dé marche on parvient dans un chamant vallon resKsèrré entre deax montagnes, qni font partie d« la Ghalii€ des monts de la G6te-<l*0r. On suit une pente ossetf douce ; on s'arH^He , et là , sur le revers septentrional d'an pic co«* vert de bois , d^nn iwssîn formé de frtis de colonne» amlqti^s jaillit un mîsseàu qiri descend avec rapidité et s*unit à d^autrès nti^eatvx infériettiis aussi fialblc^ que lui (1) ; c'est la Seine. Ce mince filet d'ean mérite encore bien pen ce nom ; mais bientôt il va devenir un grknd fleuve qui, plus que tout autre, est un fleuve flran<;ais. La Seine ne naît pas sur une terre étrangère comme le Bhône ou comnte le liliin ; die ne va pas arroser nos voisins «ooime Tfiscaut ou comme la Moselle; elle parvient à TOcéan sans avoir traversé d'autres plaines, baigné d'autres villes, réfléchi d'autre ciel.

Son berceau , c'est la 13ourgogne avec ses riants coteaux de pampres; plus loin , i^ris la voit calme, majestueuse, quittant comme à regret les imposants mari^nniers des Tuileries. En passant , elle côtoie les solitaires ombrages de Sainl-Ger« main, les agrestes collines de Vernpn, Rouen, la ville de Rollon , les jardins de la Meilleraie , les ruines de Tancarville, etc. La mer l'appelle; elle court, elle volc,€Hc rejnillit, le flot l'étreint et l'enlève.

Voulez-vous des combats? La Seine est française ; le bruit des armes , le cliquetis des épées lui est familier ; le canon a Cait retentir autour d'elle les échos ; partout oô s'clèvo un site vit la mémoire d*un siège, d'une bataille. Bar-sur-Seiue \ous racontera sa lutte avec Troyes ; ChAtillon , Nogent , Corbeil , Pont-r Arche , vous feront souvenir de leurs glorieuses résistances , Rouen de ses assauts , les Andelys de son cliAleau Gaillard. C'est au pont de Montereau que la hache de Tanneguy du Châtel frappa Jean sans Peur ; c'est au pont du Louvre que le pistolet de Vftry abattit le maréclial d'Ancre.

En 1763 , on découvrit à l'endroit où s'échappe la source une petite galère en bronze, qui est maintenant au musée de Dijon. Le président RufTey crut voir dans ce relief im ex-voto anciennement placé dans nn petit temple élevé en l*hoimcur de la Seine. Des fouilles récemment faites ont prouvé que le savant archéologue ne s'était pas trompé. On a trouvé des pieds, des jambes , des torses, des fûts de colonnes et plus de trois cents médailles romaines.

A quelle religion appartenaient cenx qui rédiflèrcnt ce temple ? Nul ne le sait, et le doute est permis , car la Seine a son histoire fabuleuse aussi bien que sacrée.

La Seine, dit l'une, fllle de Bacchus et nymphe de Cérès, suivit dans les Gaules la déesse des blés, lorsqu'elle cherduit Proserpine par toute la terre. Un jour, en courant sur les bords de la mer, la Seine fut aperçue et poursuivie par Neptune. Elle invoqua Bacchus et Cérès , et aussitôt son corps se fondit en eau et fut changé en fleuve.

De païenne , la Seine devint chétienne; elle eut pour parrain le vénérable abbé de Safnt-Seine, qui fonda en 500 la célèbre abbaye de ce nom. En temps de sécheresse, des prières étaient adressées à saint Seine. Une messe éuiit lUte »a pted d'une Ci oix plantée à la source du saint patron. Aujourd'hui ik fte reste plus aucun veftdfe de la croix.

(ï) Une viuglaiiic de sources, et nou une seule, forment la Seine. î^ plus élevée est appelée communément la source de la Seine.

LETTI\ES b'ÀliTISTES, ' '* '

Voy. les Tublc» de I #45.

deox lettres OtT OOUINIQOm.

Domittiqoe Zampieri» pins coan^u sous la nçm du Domir mgiiài, était une de ces natures refléohieai tendres, ipgé^ nieu^ , capables de rappelef les plua boaux ouvragiea da l'art, dans les demiersjoiu^de son histoire. ;Êlève d'AMgo^llo Carracbe* il avaaété fofmé par, lui à Ja aubliliié. Mais pltps IMtient, el plus dé^cat à la fois que aoi) maUiOi il, pouvait plii3 obtenir du travail, et mia^ reiKcpn^rer dans son c^ur. U Communion de saint Jérôme était regardée con\me un chefd'œuvre do l'ait par le Potissin dont le jugement a été confirmé. Mais ce chef-d'œuvre même fut méconnu par le si^cle qui le vil produire; et 'c'est dan&am greuMr où on l'avait relégué qoe Poussin allait ^éludi^. Ije^Don^i^iquiOf ol^iet d« jalousie pour ses rivaux et de dédaUi pocur ses conlempo^ a-aioy, dtercliait des délasaunenta dopt il nous a laissé lui^ même la confidence, il écrit à i'Albane, qui s'est immortalisé eu i^épandant sous de beaux ombrages tous les petits dieux d'Ahacréon :

A Frunçois Albanie à Bologne.

M N'ayant aucune société, ni aucune dissipation, je me suis adonné il y a quelque temps à la musique, afin de me procurer un peu de plaisir; et, afin d'en entendre, j'ai fait quelques Instruuients, entre autres un luth et une cymbale ; je fais faire en ce moment ime harpe, avec tous ses genres, diatonique, cliromatlque et harmonique, chose qui, jusqu'à présent, n'a pas encore étÔ inventée, Mais les musiciens de notre siècle n'en ayant aucune idée , je n'en ai pu trouver auciui qui sache en tirer des sons harmonieux. Je suis fâché que M. Alessandro ne soit plus en vie. 11 avait dit que je n'en viendrais pas à l)out, puisque Luzzasco l'avait cherché inutilement. Le prince de Venosa et le Stella, qui passent pour les premiei^ musiciens de ce pays, sont venus à Naples, et ils n'ont pu s'en servir. Si je vais à Bologne, je veux faire faire un orgue de celte manière. »

DOBIUIIQUE ZAMPIERt.

Le Dominiqidn n'employait pas se^ilement l'inquiète curiosité de son esprit k faire des Instruments de musique, dont il paraissait ensuite impossible de se servir. Il avait tourné son intelligence vers les questions les plus ardues de la théorie de son art, comme on pourra le voir par la lettre suivante qu'il adresse à l'intendant du cardinal Aldobrandhii , sod bienfaiteur.

A François AngeUmi, à Rome,

« J'espérais recevoir* par l'arrivée de mess. Jean-Antoine Massani, le discoturs qu*écrivit Mgr. Agucchi, dans le temps que nous demeurions ensemble. Je m'occupais, dans ce temps-là, à distinguer les maîtres, à faire des réflexions sur eux, sur les manières des écoles de Home, de Venise, de la Lombardie, et de celles de la Toscane ; mais si les soins obligeants de V. d. ne viennent pas à mon secours, je désespère d'y réussir. J'avais deux ouvrages sur la peinture, de Léon- Baptiste Alberti, et de Jean-Paul Lomaxso; mais ils se perdirent avec d'autres objets, lorsque je partis de Rome. PailcsHBOi le plaisir de me les cherclier; et, si vous les trouvez, je votis prie de me les acheter.

■ Je ne sais si c'est Lomazxo qui éerit que le dessin «si la maHère , et la couiaur la (orme de la peinture. U mé parait que c^est tout le contraire* puisque c'eçi le dessin qui donne l'être aux olijets, el qu'il u'y^ rien qui ait une forme hors de •es contours précis. Je n'entends parler du dessin qu'aqtajit qu'il est une terminaison et la mesure de la quantité ; enfin^ la couleur aana deasia n'a aucune consistance^ et ne pourrail-

» n me parait aussi que c*est Lomano qui dit qa^on iKNniiie dessiné de grandeur naturelle ne serait pas connu par le seul dessin » mais bien en y ajontant le coloris qui lui est propre : mais cela est encore faux, puisque Apelles, à Taide d^un seul charbon, fit le portrait de celui qui Pavait introduit dans un repas donné par un roi , ce qui étonna prodigieusement le monarque. Ce que nous avons dit suffit pour la sculpture, qui n*a pas de cotileur. Le même auteur dit encore quei pour faire un tableau parfait, Adam et Eve suffiraient ; VAéltm ^leisbié par Michel-Ange , et colorié par le Tiiîen ; TÈvc dessinée par Raphaél, et coloriée par le Gorrégc. Voyez maintenant quelle chute (ait celui qui erre dans les premiers principes. »

Dominique Zampieri.

Voici enfin un grand peintre qui disserte et subtilise ouvertement à propos de son arL 11 a voulu renchérir sur les philosophes qui s'étaient rencontrés avant lui. Léon-Baptiste Alberii, élevé an quinzième siècle, au milien de cette école

académique qui s^étalt formée à Florence sous la suhveilUnoe des premiers Médicis, avait cherché à joindre, dans ime époque tout émdite , la théorie à la pratique. Lomazzo , Milanais , devenu aveugle de bonne heure, avait cherché & se dédommager par la pensée des Jouissances qOi'îi ne powalt plus demander an pinceau. Le Dominiquln les eommenlelMl en faisant des chefs^l'œuvre.

Du moins le Dominiquin relève-t-il avèC justcsi-.iai erreurs de ses pi^ecesseurs. C'est la philosophie d'^UfeMr qui a établi dans les choses la grande distinction de la matière, fonds inerte, et de la forme, principe de vie et de détermination des êtres. Cette distinction, mal. appliquée par Lomazzo au dessin et & la couleur, est parfaitement entendue par le Donf^lqiiin* Il a raison de dh-c que si la coulenr est la matière de la peinture, le dessin en est la l^meet la vie. il a bien ^ison encore de tourner en moqserie cette sorte d^amalganie imposaible que Lomazzo voulait essayer en accouplant datis le même tableau quatre manières aussi diiSérentes que celles de Michel-Ange, de Baphaél, dn Titien et du

liluiée du Loovre.— T^blMU du Doniiaiquin.

Omift. Si loin que r«c<Ae desIDtmtbe «H porté l*éekctteme, le Dominiquin comprend qu'on Bejpe«t le réduire à cette sorte de juxtaposition des styles les plus disparates, n Juge que c'est par la frasaeté de ses premiers principes que Lomazzo a été conduite cetteeitrème erreur ; il ne s'aperçoH pas qu'a partage lui-même les premiers principes de Tédec* tisme, et que s'il n'en admet pas les mauvaiset conséquenoen^ c*est qu'U est relenu à tmpt par le goÛt« plus puissant que

tous les raisonnements pour conduire les pehitres, et sujet à les tromper.

nomuux d'abohubiurt et de vEnTS* me Jacob, Sa, près de la rue des Petits-AuguatlM.

Impria

i de L* MAmnT|

Digitiz

^r/t*^§ie

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