‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 66 sur 185 · TÉMOIGNAGE DE SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DE SAINT THOMAS

SUR LK PEUFECTTUILITiS.

Ou attribue g^firialtniinit à Pascal les pi-emicrs principes de la dnrU'îne de Li piirfe<:lîbilitt^, qui, plus ou moins direclemont , jci^it diVn m.iis un si grand rôle dans les choses humaines. ir^coiuphiT in iîiîîie dos t^énérailons à un setd homme qui vjviiiit ionjinns, et qui» ne cessant de penser, s'élèverait Kins k sav*^r par un pr<^gH's conlinuel. Celle pensée si jusle Cl si prufonde a déjà été du^ediins ce recueil. Mais les i*adnc» de là perfeciibiliiL' smn ^l faciles h découvrir tant par ïa réflexion que pnr les ftiiis mèrnes dont Thistoire est remplie , qifil y aurflit lieu dr^ BVHoiiner que le moyen âge, qui a (rlli^mi m scnUé ion tes les Idées, n'en eût rien entrevu. Aussi cniynns-noiîs qifon lira avec intérêt sur ce sujet un pasiHige lire de la i?omiiiR de Niunl Thomas, et demeuré inconnu ^ h ce qu'il semble^ anv divers auteurs qui se sont occnprs tfaiiîi ce* derittirij Um^is des origines de celle grande doctriii(.\ Il iippatdi'iti à laquesiion 97 de la seconde division d(! la prrmihû pmm » question intitulée : Du changement des lois. A pi es avoir <:?tposé les objections peu valables de ceux qai preieudeiat que Ic.^ hm humaines doivent demeurer jji;ihrT.-d)!i'i*, il piend ce jimsamt de saint Augustin : « Là loi iinipon ]k% (|i(oij|tii' îimw, peut éuii justement changée selon les lemps ; m et, sur celle autorité , il établit le développement suivant qui, dans son double point de vue, contient , en effet, tous les principes de la doctrine de la perfectibilité.

«Je réponds, dit Pilluslre théologien, qu'il faut dire que la loi humaine est une concepiion de la raison par laquelle sont dirigés les actes humains ; et d'après cela, il peut y avoir deux causes |X)ur que la loi humaine soit justement changée; l'une vient de la pari de la raison , l'autre de la part des hommes dont les actes sont réglés par la loi.

» De la part de la raison , attendu qu'il parait naturel à la raison humaine de parvenir graduellement de l'imparfait au parfait. C'est ainsi que nous voyons dans les sciences spéculatives , que ceux qui oui philosophé les premiers ont enseigné diverses choses Imparfaites, qui ensiute ont été enseignées plus pai fallement par leurs successeurs. 11 en est de même dans les choses pratiques ; car les premiers qui se sont appliqués à trouver quelque chose d'utile à la communauté des hommes, ne pouvant pas tout observer d'eux-mêmes, ont institué diverses choses imparfaites, eu défaut sur une multitude de points , et leurs successeurs les ont changées et en ont Institué d'auli>es qui peuvent s'écarter à de moindres égards de Tutilité commune.

» r>e la part des hommes dont les actes sont réglés par la loi , la loi peut être changée avec droit en raison du changement des conditions humaines auxquelles , à cause de celte variation des choses diverses, elles deviennent convenables. C'est ce dont saint Augustin pose uu exemple au premier livre du Libre arbitre. Si un i^euple est grave et discipliné, gardien diligent de l'utililé commune, une loi peut être justement portée, par laquelle il soit permis à lu» tel peuple de créer

LF. PÈTKOLK ET LE NAPllTE.

ï.c pétrole est un des produits les plus singuliers du rùguc minéral. Comme l'indique Tétymologie de son nom, c'est une huile qui sort de la pierre. Elle est rouge-brun, lég«îremeut visqueuse, cl tellement combustible qu'un corps emflammé qu'on en approclie l'allume avant même de la toucher.

11 en existe une variété encore plus remarquable qu'on nomme le naphte. Celle-ci, encore plus fluide, puisqti'on la prentirait pour de l'eau, est parfaitement transparente et incolore. Elle est cependant plus légère cl surnage par conséquent à la surface de Teau. L'essence de térébenthine eu donne très-bien l'idée, et si bien que dans le commerce on commet souvent la fraude d'introduire dans le naphte une certaine quantité de celte essence.

Le pétrole est plus commun que le naphte. 11 y a des contrées où il est employé pour l'éclairage. Le plus souvent il joue dans l'industrie le rôle de goudron, c'est-à-dire qu'il est appliqué h enduire les bois et les câbles qid doivent être exposée à l'humidité. Quelquefois il sert à graisser les tcurillons et les engrenages des machines ; mais généralement, pour le rendre plus propre à cet usage, on le mêle avec un peu de graisse. Tel est en Fi*ance le pétrole que l'on tire de Gabian, dans le département de l'Hérault, et qui porte le nom de cette localité. Enfin l'on a prétendu que c'était avec du pétrole qu'avaient été cimentées les fameuses murailles de briques de Babylonc ; ce qui n'est peut-être pas bien démontré, bien que très-possible, puisque le pétrole est abondant aux alentours.

Le naphte h cause de sa rareté a encore moins d'usages ; on s'en servait autrefois en Europe poiu- la préparation de certains vermifuges, mais il n'a plus guère cours aujourd'hui que dans la pharmacie des Asiatiques. Les chimisics en tirent certains services dans les laboratoires ù cause de la propriété qu'il possède de préserver les corps de toute oxygénalioiv, attendu qu'il n'est qu'un composé de carbone et d'hydrogène. Dans les localités où il en existe de soince ou l'ulilise pour l'éclairage, comme le pétrole; et c'est ce qui a I lieu notamment à Panne au moyen d'une source assez alwudante découverte eu 1600 au village d'Amieno. Ou assure que le naphte entre dans la composition du célèbre vernis de la Chine connu sous le nom de laque, mais de quelle manière, c'est ce qu'on ignore. Suivant l'Encyclopédie japonaise, le pétrole sert à la fabrication de ces encres solides connues sous le nom d'encre de Chine : peut-être le naphte auraii-il un rôle colorant analogue dans la confection de la laque. liCS sources de pétrole les plus abondantes que l'on connaisse sont situées dans l'empire Birman, près do Tlraouaddi. Selon le rapport de Symes dans son ambassade à Ava, il existe dans une seule localité cinq cent vingt puits qui fournissent annuellement /lOO 000 muids de pétrole. Les principales sources de naphte se trouvent près de Bakou sur la mer Caspienne. On retire d'une seule de ces sources près de t>50 kilogrammes de naphte par jour, et le khan de Bakou retire annuellement du prodidt total des sources environ 180 000 francs.

11 est probable que ces deux substances qui, chimiquement parlant, ne sont que des bitumes liquides, proviennent de la distillation souterraine par des feux volcaniques d'anciens produits de la végétation enfouie par amas puissants. Le phénomène serait le même que celui qui, dans la distillation du bois, nous produit le i

■'6i§^i^e'5^vv^oogie

MAGASIN PITTORBSQUK.

MÉMOIRES DE GIBBON

Gibbon, autfnr ùt h célèbre Histoire de la décadence et de la chute de Vempire romain , a écrit sar 6a vie et surr ses écrits des Mémoires très - estimés. On les a traduits en Tan y.

« n nons paraît , dît le tradncienr, tjtÈ*'^ y a peu d'écrits pins faits que celui-ci pour être mis entre les mains des jeunes gens qui s'adonnent à la culture des lettres. Il est propre à diriger ceux qui se préparent k écHre, et à y faire renoncer peut-être ceux qui écrivent sans s'y être préparés. Non-seulement ces Mémoires enseignent comment l'on écrit et l'on compose , mais on y apprend comment on dort étudier, et même comment on doit Hrc. Gibbon dit quelque part avec effusion gu'iî ne changerait pas son goât pour la Fecturc contre tous tes trésors de l'inde. Tousses soins ont en la satisfaction de ce gotlt pour objet; il n''a jamais été véritablement occupé d*aulre chose. Sa biblioihèqne, ses livi*es, voflà sa grande afTaire. Cependant ce n'est pas un égoïste , c^est un homme sage qui applique ïa raison et les aitribuls de jugement et de prévoyance qui le distinguent , à afl^rmlr le terrain de la vie, et à le disposer de manière à y asseoir solid<^ ment rêdifice qull se propose d'y élever pour son usage. Sa vie est celle d'un homme qm* Ta réfléchie, qui l'a ordonnée, qoi'cfn a fait une affaire; en un mot, qui a vécu en y songeant, et non pas sans y songer, comme il est le plus Commun. Il a dirigé vers un seul but toutes ses combinaisons , aoit économiques, domestiques ou locales. Pour toute profession , cet accord doit être recommandé ; et le même fruit y est attaché. L'art de vivre se compose en très-grande partie de l'observation de ces règles. Noos ne combinons pas assez notic vie ; nous la laissons tout au hasard. Le Caraïbe , a-t-on dit, vend son lit le matin, né prévoyant pas qu'il en aura liesoin le soir. Mais h combien de Français arrive^t-il de songer même à -faire le lit de la vie ? »

Ces réflexions du traducteur donnent ime juste idée de Tutilité que l'on peutretirerde la lecture des Mémoires de Gibbon, et nous ne pouvions mieux faire que de les citer pour appeler l'attention sur les extraits que l'on va lire.

Je suis né, dit Gibbon, à Putney, dans le comté de Snrry, le 27 avril de l'an 1737, et je suis le premier enfant du mariage d'Edouard Gibbon , écuyer, et de Judith Porten. Mon lot pouvait être de naître esclave, sauvage, paysan ; et je ne puis réfléchir sans une émotion de plaisir à la bonté de la nature qui a placé ma naissance dans un pays libre et civilisé , dans un siècle de science et de philosophie, dans une famflle d'un rang honorable et décemment partagée des biens de la fortune.

rai été suivi de cinq frères et d'une sœur, qui tous ont été moissonnés dans leur enfance. Tai regretté profondément et sincèrement ma sœur, dont l'existence fut assez prolongée pour que je me rappelle de l'avoir vue aimable enfant. Ma constitution était si faible , ma vie si précaire, qu'au baptême de chacun de mes frères, la prudence de mon père fit répéter mon nom d'Edouard pour qu'en cas de mort de son flls aîné ce nom patronymique se perpétuât toujours dans la famille. L'attention la plus tendre suffît à peine pour conserver et élever un être si frôle ; et les soins de ma mère n'avaient laissé que de souffrir quelque interruption parla naissance succes- .sive des six autres enfants , et par la dissipation du monde dans lequel le goût de mon père et son autorité sur elle Tobllgeaient de se répandre. Mais les soins maternels étalent suppléés par matante miss Catherine Porten, au nom de laquelle je sens une larme de reconnaissance tomber sur ma joue. Ma faiblesse excitait sa pitié ; son attachement se Xortifiait par ses peines et par leur succès ; et s'il y a des personnes , comme j*ai la confiance de présumer qu'il yen a , qui se réjouissent de ce que je vis , qu'elles s'en tiennent pour redevables à celte chère cl excellente femmo. Elle a employé bien des jours pénibles et solitaires aux patientes tentatives de toutes les manières de me fortifier et de m'amuser ; elle a

passé bien dos nuits d'insomnie , assise au l)OPd deiBOIl tît ," dans la craintive attente qtie chaque heure fât iiia*d«i1itèhiL

Aussitôt que l'usage de la parole eut disposé à PihMril«tlMi»^ ma raisbn enfantine, on m'enseigna la* leclmre, Téwlraro^el^' l'arithmétique. J'étais distingué pour Lv pmÂtpmudeki^' laquelle je multipliais et je divisais, de tête séulètÉièut; dèt^" sommes de plusieurs chiffres. Après ces études YM^Itâlmiirêtt n faites à la rtaison ou à l'école die Putney, je ftHi retiMs.'à l^g«"* desept ans, auxmainsdeM. John KIrkby, qui reoipliti environ' ' dix-huit mois l'office de mon pi^éceptenr partfcuHên; îl éRrft^*^ père de famille et pauvre. Son savoir et sa vertu l*a valent Mt< accueillir par mon père. M^dheui^usetnetitun jOur^ M^ llSMlt ' les prîèiTsdans l'église de la paroisse, H oulblla te nom^du ' roi George. Mon père , sujet loyal , le renvoya atec qttelijuev regret ; et je n'ai jamafs réussi h sttvoir comment le fMtiPVrW^' homme avait fini ses jours. Ce n'était pas aisstifémcfllt ttA'^ précepteur ordinaire. Ma trop grande jeunesse e< son pMiTrnpt * ' départ m^empèchèrent de recueillir tout ^avantagé de ses' leçons; mais elles étendirent mes notions d'arilhmétlt)m<j''' et me laissèrent une connaissance nette des rudiments àvygl^ > et latins. .:.•....

Dans ma neuvième andêe, je fu»enToyé Ir Kingston ^stiv^'i la 1^mlse,'dans une école d^environ soixamendlx Jeunes ^i^' çons, tenue par le docteur Wooddesoti. Il n'y a ]^a»,'dtfns'le •cours de la vie , un changement plus rematquable^^uë 1er ^ passage que fait un enfant, de Tabondance et de la liberté d'une maison opuletitei à h diète iiugaie et à [""éiroïlc sU' boidinaticm d'une écok; de ta leudres^t dt^s partants, de lit soumls^^^ion des domostiqiies à U rude famil irrité de ses camarades « souvent k la tyrannie des plos avancés en âge, et à ta volonté absolue du maître» De telles épreuves peuvent fortifier l'esprit rt le corps contre les atteluîtes du sort ; mais ma réserve timide fut tHonnét^de la foule cl du lumuliede t'école. Le manque rie force €l d'ocllvlté m me rendait pas propre aux excrcires du corps aux^pieb î*e livrent les ciifaiîts dans leurs jeux , et je n'ai ps anbUé combieo de Um , en 17/i6 * j'ai été lïafoué ei tUrillé pmir les péeblii de m£5 drtcêtres toryg. Grâce fi là na^iùde d'insintrtiou t^rûiuëire alors , et au prix de quelques Eartnes et d'un peu de Hog» J^arrîvai h ta cnnnattv^^ance de la synU^^e l^itinft; bimlAt ipr^s oti me mit dans les mains tiri sale exemplaire de Cornélius ^^epDS ei de Phèdre, dont je lit péottïltrjtetit la coDstrtir iton , et que je parvins à compreudiV mmt confujiénieiin Le choia: de ces tutf^urs ifest pas saftS fttgemeot. Ues Vietdie 4j9rncliuîî ÎVeptis, l'ami d'Attiçua et de Ciféron , mni écrite» lio ,*iiyîe de Tâge le pliJTi pur; sa sUnj^kilÉ eil élé^Dt«,sa tnnèveté abondante. Il petni U'9 fmmmm ei tr^ mcçurs; et avec de wU éclaircîssemejii.^ , que tout pftifefsetir n'esi psi, à la vérité , propre ^ doiU)Pa% u*^ blograptie elaiiîqiie peut imiter un Jeune écolier à Thi^tuire de br*rte ^iûn Home. Vtmge des fables et d^s apolo^ne.'^ a en rapprt^h«lioa de toua tes âges depuis rinde encienne jii?^^ r£arope mod^^rne. Ils offrent sous de«^ imaps ramilières ki fériié") de h irmraïe et des exeni^ pies de pnidenL'c; ei rtnienderneol te moins avancé (pour prendre on coïmidéraïkm les scru|>o!ea de Bcmsscau) ne supposera ni que tes bêle? parlent, ni ne doutej îi guère ^ue le:^ hommes puiîkwnt mentir* La fable représente le véritable cardclère des loioiAui^ ; et un hatïIJe malire pf^ut lirer dn Hlne et de Ijulfiîji plirslcur» agréables teçoos d'iiî^tf^ire naïutelk ;

^ri fjfMlf nr A i.j, .

Mes émdes furent trop fréquemment interrompues par la mladie, et après deux années 4e résidence réelle ou supposée à l'école de Kingston » je fus déûnitivement rappelé à la suite de k mort de ma mère « occa^onnée , dans sa trentehuitième année , par la naissance de mon dernier frère. Je n^oubliend Jamais la scène de ma première entrevue avec mon père, quelques semaines après ce fatal événement : le silence imposant , la chambre tendue de noir, les torches en plein Jour, ses sanglots et ses larmes, ses louanges de ma mère, « une sainte dans les deux; » comme il m'acUura solennellement de chérir sa mémoire et d'imiter ses yertus , et la ferveur avec laquelle il m'erobfassa et me bénit comme le seul gage qui survécût de leur union. L'orage de la passion seeban^ea hisensiblement en une mélancolie plus cahne ; mais ses plans de bonheur furent détruits pour jamais. Il renonça au tumulte de Londres, à la maison trop fréquentée de Putney, et s'ensevelit dans la solitude rurale ou plutôt rustlquedie Buriton , d'où , pendant plusieurs années, il sortit rarement

^C'est à Putney, dans la maison de mon grand-père matefnel , que je passai la plus grande partie de mon temps pendant la vacance des écoles , pendant fe séjour de ma famille i Londres, et enfin après la mort de ma mère. Durant l'année i7/ii8, qui suivit cet événement , je jouis de la société de

Purtrait-iilhouelle de Gibbon. — D'après l'estampe placée en tète • de k Mémoires.

ma tante miss Catherine Porten, la véritable mère de mon esprit autant que de ma force physique. Son bon sens naturel était fortifié par la lecture des meilleurs livres anglais. Sa tendresse indulgente, sa franchise et ma curiosisé naturelle rapprochèrent bientôt les distances entre nous. Comme des amb du même âge , nous conversions sur toutes sortes de sujeu familiers ou abstraits; son plaisir et sa récompense

étaient d'observer l'essor de mes jeunes années. C*est à ses aimables leçons que Je rapporte mon amour précoce de la lecture, que je n^échangerais pas pour les trésors de l'Inde. Avant ma sortie de l'école de Kingston, j'étais familiarisé avec THomère de Pope et les Contes arabes ; deux ouvrages qui plairont toujours par la pehiture anhnée des mœurs des hommes, et les prodiges dont ils sont pleins. Je n'étais pas capable alors de discerner que la traduction de Pope est un portrait enridii de tous les mérites, excepté de celui de la ressemblance à l'original. Les vers de Pope accoutumaient mon oreille à l'harmonie poétique. La mort d'Hector et le naufrage d'Ulysse me firent connaître des émotions nouvelles de terreur et de pitié ; et je me disputais sérieusement avec ma tante sur les vices et les vertus des héros de la guerre de Troie. D'Homère à Virgile, la transition était facile ; mab je ne sais comment le pieux Énée ne s'empara pas avec autant de force de mon imagination ; et je lus avec beaucoup plus d'intérêt les métamorphoses d'Ovide , surtout la chute de Phaêlon et les discours d'Ajax et d'Ulysse. Dans la bibliothèque de mon grand-père, je feuilletai plusieurs auteurs anglais , poêles et voyageurs. Je dois noter cette année , la douzième de mon âge , comme la plus favorable à la croissance de ma stature intellectuelle.

( Le grand-père maternel de Gibbon, qui était commerçant, ayant perdu sa fortune, miss Catherine Porten, sa tille, fut réduite à ouvrir un pensionnat de garçons pour l'école de Westminster. Gibbon devint son premier élève, mais pour quelques années seulement. La faiblesse de sa santé ne permettait pas de le soumettre à la discipline commune. On l'envoya successivement aux eaux de Batii et en d'autres endroits où il prit quelques leçons de professeurs particuliers. 11 s'instruisait lui-même b^ucoup sans y prétendre, en donnant chaque jour un grand nombre d'heures à la lecture).

Toutes les fois, drt-il, que j'étais passablement quitte de douleur ou de danger, la lecture, une lecture libre et décousue y faisait l'emploi et le soulagement de mes heures solitaires. Par degrés , mon avidité en se calmant s'attacha de préférence à l'hbtoire, et je dois rapporter mon goût dominant à la lecture assidue de l'Hbtoire universelle , dont les volumes parurent successivement Cet ouvrage Inégal, et an traité d'Heame, le Guide hbtorique, me dirigèrent et me tournèrent vers les historiens grecs et latins , vers ceux du moins qtii étaient accessibles à un Anglais qui ne pouvait lire que dans sa langue. Tous ceux que Je rencontrai , Je les dévorai avidement , depuis l'Hérodote estropié de Littlebury et rest)mable Xénophon de Spelman, jusqu'aux pompeux in-folio du traité de Gordon , et un Procope mutilé du commencement du dernier siècle. Des hbtofiens anciens aux hbtoriens modernes, je ne fis qu'un saut : je lus avec ardeur Rapin , Mézerai , Davila , Machiavel , Peré Paul , Bower; et j'avalai du même appétit les descriptions de l'Inde , de la Chine , du Mexique et du Pérou... Je n'avais pas quinze ans , que j'avab éptdsé tout ce qn'on peut apprendre en anglab, touchant les Arabes, les Perses, les T&rtares et les Turcs. De telles lectures vagues et sans choix ne pouvaient pas m'enseigner à penser, à écrire, à me conduire ; et le seul principe qui Jeu un trait de himière dans ce chaos indigeste , fut une attention raisonnée et soutenue à l'ordre des temps et des lieux. Après tous ces travaux mal réglés. J'arrivai à l'université d'Oxford avec un fonds d'érudition capable d'embarrasser un docteur, et avec une ignorance de beaucoup de notions élémentaires qui eût fait rougir un petit écolier.

/xi suite à une autre livraiion.

BOREADX D'ABORREMElfT ET DE VENTE*

rue Jacob, 30, près de la rue des Petits- A ugusthis.

Imprimerie

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