‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 69 sur 185 · Portrait d*Aiitoine à rextrémité tapérleure de Tacros · texte numérisé non relu

Portrait d*Aiitoine à rextrémité tapérleure de Tacros

tUiOlIL

A* Denier d*argeat d*Âuguste et d^Agrippa, portant la téie laurée d*Auguste avec cette légende : avgvstvs cos. XI (Aoguste , consul pour la onzième fob). Au revers la t£te d' A grippa poitant un rostre dt navire à Tavant de sa couronne murale. ii« agrippa, cos. m. cos. lentvlys (Marins -Agrippa, consul pour la troisième fois, Lentulus, consul }•

LE MOMT DORE,

Département du Puy-de-Dôme» j

Le point culminant de la France centrale est le picde Saiicy^ montagne volcanique comprise dans le groupe du mont Dore ; cette chaîne occupe le sud-ouest du département du Puy-de* Dùme. La belle vallée qui commence au pied du pic de Sancy» et qui a donné son nom aux montagnes qui Tentourent » était

'-ricj.i^H.Ù£j^

uoMncjtEui.

Village et vallée du mont Dore. — Les chiffres de U Icgeade ci-dessou iudiquent le nombre des oiseaux placés comme sigaes

de renvoi dans la gravure.

X, grande cascade (dans le ravin].— s, roc du Cuzeau, 1737 mètres.— 3, puy de Cascadogne, 1798 mètres. — 4, pan de la Grange» 17S3 mètres ; et puy Ferrand, 1857. — 5, pic deShnoy, 1889 mètres. — 6, le Capucin et son prisme basaltique, 1473 mètres.

déjà célèbre du temps des Uomams. Les ruines d*un temple ornent aujourd*htii la promenade du village des Bains , et Tune des sources thermales porte encore le nom de puits de César. Pour entrer dans cette vallée , on passe au pied du puy de Dôme, au-dessus du village de la Barraque, et on quitte la grande route pour côtoyer les puys de Lamoréno , de Laschamps , de la Meye , de Lassolas et de la Tache « dont le vaste cratère a 53 mètres de profondeur. Au pied de ce volcan éteint est la propriété de Randanne» diarmant domame qui semble un oasis au milieu de ce désert.

A partir de Randanne, on aoit on vaste plateau où Ton ne rencontre que des huttes dont Taspcct misérable serre le cœur; la plupart ne sont même pas des chaumières: elles sont couvertes en gazon. C'est à ce hameau de Pessade que coaimence , à proprement parler , le groupe du mont Dore. En sortant du village, on aperçoit dans les gorges des montagnes de vastes flaques de neige qui, au mois de Juillet et d*août, hidiquent la hauteur où Ton s'est élevé insensiblement. La première montagne que l'on rencontre est le puy Baîadon ou puy Plat ; la route qui passe à sa base même a dans cet endroit 1^37 mètres de hauteur : aussi n'estelle fréquentée que pendant les deux mois de juillet et d'août. En effet» la Croix-Morand, vaste plateau marécageux qu'elle traverse ensuite, est célèbre par de nombreux accidents. Les

écirs ou tempêtes de neige s'y renouvellent très-souvent dans la mauvaise saison, et les tourbillons de poussière glacée qu'elles soulèvent engloutiraient ppomptement l'hnprudeht voyageur sous des amas de neige qui ont souvent 15 et 20 pieds de profondeur. On aperçoit les puys de la Croix- Morand (1522 mètres), de Guéry, au pied duquel un lac occupe la cavité d'un cratère éteint. Sur les flancs de Dyanne se trouve le hameau le plus élevé du mont Dore ; il est situé à 1 3/iil mètres d'élévation absolue. On descend ensuite très- rapidement au milieu de la forêt de sapins qu*on nomme bois Chaneau jusqu'au village de Prendê- Vy-garâe , au-dessus duquel le puy Gros (1 IM mètres) semble surplomber. Les arbres dérobent à la vue de la route la cascade du Quereilh dont on est si rapproché » et celle du Rossignolet qui touche presque la route. Ou tourne au village de Prends-t'y-garde, et l'on entre dans la vallée du mont Dore.

C'est un magnifique spectacle que cette déch^ure pro* fonde dont les bords taillés à pic sont argentés de tant de cascades, et dont les cimes gigantesques du Sancy et les gorges de l'Enfer ferment l'extrémité méridionale, tandis qu'au fond la Dordogne serpente au milieu des prairies. Le village est adossé au puy de l'Angle; il est composé d'une centaine de jolies maisons pour la plupart converties en hôtels. Les toitures y sont d« pierres épaisses de couleur bleuâtre ; l'éta^^

DltiSéiUènt lYîérnral ~ est une conslrucRoh sdïïdc aoril Tarchitecturc séfère s'harmonise bien avec les majeslueuses et farouches beautés âe Ja naiurc environnante. Une peliie promenade circulaire, ornée de ruines romaines, s'ouvre à Textrémité de la principale rue. On a devant soi le Capucin, <«orme rodier flanqué d'une aiguille basaltique dans laquelle l^hnagiMtioi» des habitants veut bien voir la forme- d*uQ reUgieux. O*' traverse la Dordogne sur un pont suspendu peur atteindre le bois de sapins qnt se trouve à sa base. Les ^ovrce^UmontlDore sont aa nombre de huit. Vofcl, d'après le docteur Bertrand, médecin de l'établissement, leurs noms, leur température et le volume de leurs eaux par minute :

Source SaiDte-Marguarite ,

froide.

Source du Tambour,

froide.

Fontaine Caroline,

^5* cent.

43 litres.

Bains de César,

Grand-Rain,

Bain Ramond,

Source Rigny,

la

Fontaine de la Madeleine,

lOO

Toutes ces sources se ressemblent assez par leurs qualités : elles sont incolores, onctueuses au toucher et inodores; leur Sel vt 111 fsi ûiibmd acidulé , puis salée ; exposées à Pair cl en fpos, eîiea se couvrent d'une pellicule frisée et nacrée, iioinposéc (le silice , et déposent un sédiment jaunâtre assex ajjondant.

Aii^l^sâiis du village, la grande cascade du mont Dore fouihe du liaiu a an rocher dans une espèce de cirque qui Mi angle renUaiU dans la vallée. La hauteur de la chute n*esi que de M mètres ; mais le ruisseau roule encore le long tl^% rocherÊ ei continue à former ainsi une immense cascade jitâque d^n^ la Dordogne, Derrière la nappe d'eau est une va&le câternc où l'on peut aller s'asseoir presque sous le torrent ; un pe Et plus loin est le ravin des Ëgranu, formé par rébouU'ment d^une montagne qui s^est précipitée dans ki vallée. Oit pa^ eMulie an pied du we de Cuaeau , et l'on arrlvt? en f^et de la jolie enNide da Serpent si bien uommée ] on t<i prendrait pour un serpent d'argent qui (glisse à travers les arbres ec les fleurs. De l'autre côté, à droitQ^ ne dressent le Capucin e( le puy de Cliergue; puis, à côté de quelques burons, espèces de chalets où. on fabrU que des fi*omages, on découvre le vallon de la Cour. Les rochers du Portail et des Fernes le séparent des gorges d'Enfer, immense chaos de colonnes basaltiques qui s'élèvent d'un ra- Tin profondoù le soleil ne pénètrequ'à peine, etoilt Ton trouve me neige qui ne fond jamais. C'est en face de ces ravins que finit la vattée du mont Dore, et que l'on commence à gravir les flanc» du puy de Cascadogne et du pan de la Grange. OU arrive à une espèce de marais oà s'élève un tas de neige épais, et qui fond rarement. Un ruisseau sort de dessous une arcade formée par la glace et se précipite en cascade dans la vallée, en laissant entre ses eaux et le rocher une cavité où se trt>nve une mine d'alun inexploitable par sa position. Ce torrent se nomme la Dure: elle donne son nom à la montagne du mont Dore, et se réunit, immédiatement après sa chute, à tin autre ruisseau également tombé des flancs du rocher , et appelé ht Dogne. Leur réunion forme ht Dor-Dogne. n est assez rare que les neiges éparses sur ce plateau par masses qui ont souvent 5 et 6 piedit d'épaisseur fondent complèteitient ; même au milieu de l'été on peut franchir à cheval l'arcade glacée d'où sort la Dore. C'est à côté de ces neiges que se dresse le Sancy; ses pentes émaillées de fleurs, couvertes d'^ne végétation Tigoureuse , contrastent singulièrement avec les marais glacés qui l'eniottrent. A sa base souffle un vent si violent que, dans certains moments, il serait imprudent de le braver; on serait renversé de l'arête que l'on suit après avoir abandonné ses chevaux, et Ton pourrait tomber da côté du 8udK>uest d*une hauteur presque perpendiculaire de 1000 mètres. Les pentes du Sancy sont très-escar-

pées ; il faut quelquefois s'afder des mains pour arriver à son sommet.

Arrivé à cette hauteur, on est sur le point le plus ^\M de la France -centrale ; le regard domine les cimes arrondies du Puy-de-Dôme erles âpies sommets du Cantal. La vue s'étend, d'un côté jusqu'à Wevers, de l'autre jnisqu'à Monianban; elle se perd, à l'ouest, dans un horizon sans fîn ; à l*est , elle traverse plusieurs ondulations de terrain et ne s*aiTétc qne devant un vaste rideau qui Vélève à une distance immense: ce sont les Alpes. Autant on a souffert du vent et du IVoid pour atteindre l'élroil plateau où l'on se trouve , aatant on souffre de la chaleur du soleil lorsqu'on y est parvenu ; mais lorsqu'on la brave pour rapprocher ses regards sur les objets environnants , on est surpris de voir que les montagnes qu'on admirait de la vallée s'efl^acen' et se confondent. On volt de distance en distance des cratères éteints et remplis de l'eau bleue et limpide des lacs Chauvet, î^vin et Estivadon. Le lac Charabon apparaît au loin à l'extrémité de la vallée de Chaudefour; une montagne cache aux regards la ville de Besse et le village de Vassivièrc, célèbre par sa chapelle et ses côtelettes de mouton ; au-dessous on voit béantes les gorges de l'Enfer, bien dignes de leur nom , et la vallée où l'on redescend enchanté , avec l'étonuement de ne point rencontrer un plus grand nombre de touristes dans cette contrée si pittoresque.

Il y a deux mondes : l'un où Ton séjourne peu et dont l'on doit sortir pour n'y plus rentrer; l'autre où l'on doit bientôt entrer pour n'en jamais sortir. La faveur, raulorilé, les amis, la haute réputation , les grands biens , servent pour le pre« mier monde ; le mépris de toutes ces choses sert pour h second. Il s^aglt de choisir. La BifTiRi.

CASIMIR DELAVIONS.

Jean-François-Casimir Delavigne naquit au llatre eo 1793. Enfant indolent et timide, ses premières années ne furent poinld'un brillant augure ; il étudiait avec répugnance, il apprenait difficilement et semblait condamné d'avance à la médiocrité. Tandis que son frère aîné faisait l'orgueil de la famille par ses succès de collège et qu'on révaii dé}k pour lui de hautes destinées , le jeune Casimir servait d'ombre au tableau : « Toi , — disait son père , toi , mon pauvre Casimir, lu continueras "mon commerce de faïence, » Singulier pronostic, que le poéie se rappelait en souriant, lorsqu'il l'eut si bien démenti ! Delavigne ne fut donc rien moins qu'un enfant sublime: « Je voudrais qn*on médise, demandait Johnson , ce qu'ils deviennent tous ces petits génies de douze ans, dont personne ne parle plus ensui:c »

Cependant M. Delavigne le père n'avait pas voué tout de suite son fils Casimir au commerce de la faïence ; il l'envoya avec ses frères achever ses études à Paris et eut lieu bientôt de se féliciter de l'heureuse métamorphose opérée dans l'esprit de son second fils. A mesure qu'il avançait dans ses études , le jeune Casimir prenait un goût plus vif pour le travail littéraire; déjà se développaient en lui If*^ premien germes de ce talent qui devait porter de si beaux fruits. En rhétorique, il obtint de brillants succès, et composa, à l'occasion de la naissance du i-oi de Home , un dithyrambe qui fut remarqué de l'empereur. Le Moniteur Ht même h celle pièce de vers l'honneur de l'insérer.

Au sortir du collège, Casimir Delavigne obtint un emploi modeste dans radminisl ration des douanes. Mais sa vocation poétique était déj(i décidée; sa muse, encore inconnue, n'attendait qu'une occasion propice pour se révéler avec éclat. — L'empire touchait à sa ririne; trahie plutôt que vaincue, la France voyait l'étranger envahir le sol sacré de la patrie. Ce fut une immense douleur nationale, et ceux

cPcntfe nous qui ont élé liJmoins de celle grande défaite, se rappellent encore avec colore la présence de Pennemi victorieux campé au milieu de nos villes , dans les palais et les jardins de Paris. Comme Béranger, le jeune Delavipne s'inspira du deuil public et tout à coup il joignit ses généreux accents à ceux de notre immortel chansonnier ; il osa aussi lui, on face des vainqueurs, réveiller les nobles souvenirs de la patrie ; sa première Messénimne était une hymne funèbre i Thonneur des glorieux vaincus dç Walcrloo :

Oil dit qu'en IfS voyant COndics sur là pr)iissiére , D'un r«»p«cl douloureux fi^pité {Uir tant d'exploits, L'cDiieini* ruril fixé sur Imir feicc guet-nére» Les regarda sàiu peui* (M^ur U première fuis.

Les applaudissements de la France entière répondirent à ces admirables slroplies. Un tel succès (devait doubler Pinspiratiou du jeune poêle. Delavigne se mit tout entier au service de la cause liijérale et patriotique ; il évoqua les tradilions glorieuses de notre histoire , il appela les bénédictions du ciel sur les drapeaux de Pllalic et de la Grèce qui se levaient cil armes contre leurs oppresseurs; il dressa dans ses vers Un motiument à la ménfioirc du héros de MIssolonghî, il pleura Pcxité de Sainte-Hélène ; enfin il fut rinterprète de toutes les sympathies françaises, Pharmonieux écho de toutes les espérances, de toutes les nobles émotions qui , pendant ces quinze années , firent battre le cœur de la patrie. — Au théâtre son premier essai avait été un véritable triomphe; Pauteur des Mésêéniennes apportait sur ia scène la même inspiration qui avait animé jusque-là toute sa poésie ; c'était encore Pamour de la patrie et de de la liberté qui respirait dans sa tragédie des Véprei siciliennes^ et, à part le mérite littéraire de la pièce, les passions politiques du temps furent pour beaucoup dans ee succès vraiaient prodigieux.

A cette époque , la révolution qui allait se produire dans notre iiuératuie se faisait déjà pressentir; elle ne tarda pas à éclater avec une extrême violence. L*empire avait été le dernier âge de Pimitation classique ; à en juger même par ses œuvres les plus brillantes. Pécule impériale ne devait pas laisser d'héritiers ; Part vieilli trahissait uu véiitable époisèment; les règles n'étaieot plus qu'un procédé stérile $ la langue, enfin, Pidiome de la poésie et de Péloquence, la langue noble^ comme on Pappelail encore, semblait une source tai ie , ou plutôt un instrument usé qui languissait sous la main du talent. Une telle décadence appelait nécessairement une régénération. Aussitôt que la paix eat ramené les .'yp; Us vers le culle des lettres , les novateurs se présentèr«?f.i y-n foule ; il prétendaient réformer Part tout entier et s*a.tHqnaient aux principes les plus respectés jusqu*alors. « Iieox siècles d'imitation classique, dfsaient-ils, ont dû suffis: & î'esprit français pour s*approprler Pœuvre entière de Pautlquité. Aujourd'hui nous sommes appelés vers d'autres conquêtes. '1 andis que la France imitait les anciens, ailleurs se dételoppait librement le génie moderne : PAngteterre , l'Italie , PKspagne , PAllemagne s'enrichissaient de productions originales; Sltakespeare , Dante, Gcethe, Cervantes ouvraient des routes nouvelles à l'imagination et à la poésie. Essayons donc de nous délivrer de cette trop longue servitude littéraire ; brisons les barrières qui nous enferment dans une imitation exclusive, et, sans répudier notre passé, greffons sur Parbre classique les vigoureux rameaux de Part moderne; que notre génie , d'exclusif qu'il a été jusqu'ici , devienne sympathique ; qu'il cherche une poissante origina-lité dans l'union de tous^ ces éléments divers, qu'il forme enfin un art suprême en fondant , les uns avec les autres, tous les procédés, tous les systèmes, tous les principes, ' toutes les poétiques anciennes ou modernes , étrangères ou françaises.»

Tels étaient le sens et la portée de cette grande réformation littéraire, justifiée sans doute et par la di^cadence de

Part classique , et par les nouveaux besoins de l'espr^i français. Qu'iraporte que les novateurs eux-mêmes, lorsqu'ils passèrent de la théorie à la pratique, aient outré leuir propre système , méconnu tout le passé de notre littératurg, et substitué uniquement PimiUtion étrangère^ anglaises espagnole ou allemande, à Pimitation classique? ^oqs lie regardons ici que le principe même de la rénovatioix Uitér raire, principe qui aurait dd consister, non pas ^ déposséder le génie français de ses anciennes conquêtes , mai^ seulement à lui en assurer de nouvelles, non pas à le dénaturer compter tement, mais à le rajeunir conformément à sa propre nature. Tandis que les chefs du romantisme poussaient toutes choses , à outrance, Delavigne, élevé dans l'école classique, disciple de Delille qu'il a chanté, redevable enfin de ses premiers succès à celte imitation classique désormais proscrite, Delavigne qui savait communiquer avec son temps par l'esprit aussi bien que par le cœur, s'ouvrait sans résistance à la nouveauté contemporaine. Il se plaçait entre les deux écoles rivales, subissait cette douîîle inHuence et h faisait tourner au profit de son talent ; (1 accueillait li^ iano va lions heureuses qui venaient rajt^unir ta vieilles^ de Pan , il puisait volontiers à celte source de Jouvenc**; mais il ne divorçait pas avec les anciens mûfif!le.i ; surtout IL se renouvelait avec mesure et craignait d'olTi^tiser par un excès de hardiesse le génie de notre littérature ei celui de tiotre langue. C'est là l'originalité incon testai) k de ^on oiutre poéUqu(^. Delavigne offre un premier essai, timide sa&s doute, de celle conciliation des deux arts rivaux que doit réaliser Pavcnir.

Mais le poète, se plaçant ainsi entre les deux camps, devait s'attendre à trouver des ennemis de Pun et de l'autre côté. Les uUra-classiques , qui considéraient toute nouveauté comme une hérésie , ne pardonnèrent pas à Delavigne ses tentatives, sages et mesurées pourtant, d'émancipation littéraire , et l'auteur de Louis XI ne put échapper au crime de témérité, dont Voltaire lui-même avait été si souvent accusé par les amateurs exclusifs des règles et des traditions. D'autre part, l'école romantique ne voulait voir dans Delavigne qu'un classique déguisé; à ses yeux, le poète n'avait rien fait tant qu'il lui restait quelque chose à oser , et les partisans extrêmes de l'innovation ne pouvaient s'accommoder de cette demi-hardiesse, de celte audace prudente qui distinguaient l'œuvre poétique de Delavigne. Aussi la jeune critique épuisait-elle ses traits contre lui{ elle le prenait sans cesse en flagrant délit de classicisme , et l'accusait de faire toujours en arrière autant de pas qu'il en faisait en avant; bref, comme dans cette école des réformateurs l'originalité, l'invention, la poésie, le style même étaient au prix d'une abjuration complète du passé et d'un parti pris constant de tout sacrifier à la nouveauté , peu s'en fallait qu'on ne refusât à Casimir Delavigne les plus vulgaires qualités de Vécrivain , je ne dis pas du poé'te , car Ce titre était réservé aTec jalousie aux chefe de la nouvelle littérature.

Aujourd'hui les passions littéraires se sont bien calmées, et la postérité, déjà commencée pour Delavigne, a fait justice de ces critiques odieuses à force d'être exagérées. Au lieu de reprocher au poète sa timidité , sa réserve dans ce genre mixte qu'il eût la gloire d'inaugurer, n'est-il pas plus juste d'applaudir à la nouveauté réelle de son entreprise poétique et au pressentiment du vrai qui poussait Delavigne dan^ une route que nul autre, avant lui, n'avait frayée?

Que si, d'ailleurs , nous cessons de considérer le rôle que Delavigne a pu Jouer comme novateur littéraire, pour ne plus regarder que son talent en lui-même , abstraction faite des mfluences et des théories contemporaines, nous nous aceor- * derons tous à louer la beauté de sentiments., la noMasse de pensées, laF dignité d'esprit et de cefeur qui aninaeat et hono^^ rent Pœuvre entière de Delavigne ; nal ne nous contredira' non plus lorsque nous vanterons son haMIeté scéniquef Vin*' gétticux usage qu'il savait faire de tout les nK^ens de la comédie et du drame, les Inspirations pttliéllq«ia ^rÉll|£

MAGASIN IMTTOPiESQUE.

trouvées dans Louis XI , dans les Enfants d'ÊdowÉrd-^ dans Marina Faliero; les excellentes peintures de mœurs qo^fl a tracées dans les Comédiens et dans VÉcole des meillards ; la sensibilité et la verve spirituelle , l'énergie et la gaieté qu^il a déployées tour à tour dans la tragédie, dans le drame et dans la comédie ; les qualités enfin de son style toujours élégant et pnr avec une aîbondance naturelle , un goût parfait , et une grande variété de nuances. Delavigne avait dû son premier succès à la générease inspiration de patriotisme et de liberté ; sa musc ne cessa jamais d'être fidèle au culte de Thonncur, tt la religion du devoir ; elle sut parler le langage de la vertu , exprimer les sentiments les plus nobles et les plus délicats cl rester pure de celle fausse morale dont la nouvelle littérature avait infecté le roman et le drame. Chez Delavigne , le talent conserva toujours sa

Cisimir Delavigoa.— Buste par David d'Angert.

dignité» méprisa les tristes succès da scandale, et, dans les jours de trafic littéraire , se respecta trop lui-même pour • s^abaisser aux œuvres basses. Gomme écrivain, Tauteur des Meuéniennes continuait les modèles de nos deux siècles classiques « sans s'asservir à euT, mais les imitant pour être original à son tour. Selon lui , la réforme littéraire devait au moins respecter la langue, et il demandait avec Boileau que la langue fût toujours sacrée même dans les plus grands excès de rinnovatiou, La langue, en effet, est esclave de ses

origines ; elle a des racines profondes dans le passé , dans les mœurs, dans les coutumes ; de là son caractère exclusif, sa force de répulsion qui s'exerce envers toute nouveauté qui ne s'accorde pas avec elle-même et que ne réclame pas, d'ailleurs, la nécessité du jour. La plupart des grands écrivains de notre époque n'ont pas eu assez égard à cette résistance invincible de la langue; ils ont abusé souvent du néologisme , sans y rien gagner , en somme , qn\in succès de surprise.

Après avoir eâfuissé les principaux traits dn talent de Casimir Delavigne, il nous reste à* dire quelques mots de sa vie et de ses ouvrages : c'est une suite de dates à donner simplement. I^ bonheur, a-t-on répété souvent, n'a pas d'histoire ; Delavigne fut un de ces talents heureux , tout entiers à l'étude, au travail , et dans l'existence desquels il n'y a d'autres événements que le succès de leurs œuvres. Après son premier triomphe dramatique , Delavigne composa ses Comédiens^ peinture ingénieuse et piquante.

L'année suivante (1821), le Pana vint mettre le comble à la réffiitatlon du jeune auteur. Delavigne , admis alors sur notre première scène, y fit représenter son excellente comédie de VÊcoU des Vieillards, Talma remplissait le r61e de Danville , et Paris ne l'avait jamais vu jouer un personnage de comédie. liC succès dépassa l'espérance publique, neçti avec acclamations au sein de l'Académie , Delavigne vit pâlir un instant sa fortune dramatique : la Princesse Aurélie n'obtint qu'un demi-succès; il y a pourtant beaucoup d'esprit et de grâce dans cette pièce ; mais elle est plutôt faite pour la lecture que pour la scène. En 1829, Marina Faliero marque brillamment le premier pas de Delavigne dans la voie des innovations où l'attendent les grands succès de Louis XI (1832), des Enfants d'Edouard (1833), et de don Juan d'Autriche (1835). A partir de ce dernier ouvrage , le talent du poète semble se refroidir et perdre de sa vivacité ; une Famille sous Luther , la Fille du Cid, la Popularité ^ avec :-es qualités éminentes encore, n'eurent p<<s le même bonheur au théâtre de leurs alné*:s.

Déjà la santé de Delavigne était menacét»; l'écrivain se sentait gagné, avant l'Age, par la vieillesse et la souffrance, il partit, accompagné des siens , avec l'espoir de retrouver la santé sous un climat plus doux ; mais tout à coup les forces lui manquèrent au milieu de son voyage , et il s^éteignit sans avoir eu le temps de confier au papier le secret de sa dernière tragédie , composée tout entière dans sa mémoire.

Voici bientôt quatre ans que les lettres

ont perda Casimir Delavigne ; son nom a

reçu cette consécration suprême que la

tombe seule peut donner an talent; il est

Inscrit glorieusement dans notre Panthéon littéraire , et il

nous restera deux fols cher, parce qu'il rappelle l'alliance

si rare d'un beau Ulent avec un caractère pur, d'un esprit

d'élite avec un noble cœtir.

BUREAUX D'ABOIfllEMENT ET DE VENTE,

rue Jacob, 30, près de la rue des I^tits-Augustlnsi Imprimerie de L. Maktiivit, rue JwoO^LC

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