LE BENEDICITE DE CBARDUC
UMAAVr.U.
D*aprcs Giiardin.
U est une partie du siècle de Louis XV qui nous serait restée presque inconnue sans le pinceau de Chardin. Né dans la bourgeoisie ouvrière (son père était menuisier), élevé par elle « vivant au milieu d'elle , il s'est phi h retracer les simples images de sa vie de tous les jours : scènes d'ordre et de calme, mœurs douces et pourtant sérieuses, honnêtes, d'une classe complètement à parfde cette cour brillante , légère , dont les faiblesses et les fautes ne nous ont été que trop fldèlement transmises. Chardin a écrit en sa langue de peintre , de poète « avec son doux coloris , son imitation exacte , consciencieuse , une tout autre histoire, celle qui se passait sous ses yeux, celle qui charmait sa vie ; histoire véritable du pays, non celle d'une noblesse dégénérée.
Id nous pénétrons avec lui dans l'intérieur d'une chaste bourgeoise. U est midi ; de sa main blanche , laborieuse » la T(fiii XTI. — Mai 1848.
jeune mère a servi le repas apprêté par elle ; appuyéo sur Ja table, elle dicte à ses deux enfants le Benedicite; la com«2ttc bien mise, le mouchoir posé avec goût, les longues m anchf:ttc» de mousseline, le soulier ù rosette, ne trahissent-ii&pas In caractère de cette jeune femme? La netteté de ses vêtements ne fait-elle pas pressentir l'ordre digne et modeste d^ sa vie ? Elle conserve dans sa maison les traditions d'Ipnneor, de pf été, les nobles instincts, le saint respect de la famille ; du luxe d'en haut , elle n'a pris qu'une chose : le bon goût. Elle est le type de ces milliers d'autres femmes auxquf^lles les hommes rigides, honnêtes, conGent leur honneur, le ar Joie» leur nom, leurs enfants, et dont la présence est une bénédiction pour le seuil qu'elles ont une fois passé.
Chardin s'est complu à révéler ces obscures et méritantes vertus, à ks fixer pour toujours sous nn radHeux rayon de
soleil; son âme débordant à pleins bords a reproduit sans cesse, partout, celle souriante vie du devoir; en vain , sous ses yeui^ maçquiq^, d^J/mf^ çavçM^ foot wiroili»: leur soie; en vaip les pluo^es ooduleai , eu valu se balancent les .é?enuilà,é^ vain a^ penchent k^ cous gracieux; sMl lui arrive d'être oblige <le traivei-ser ççi ftol dor^ à coquettes oaanièr^, % gâtant^ propos , ^ ^rit fin , musqué , c'es^ pour rentrer i^y^ ua nouveau bôahcvir, un nouveau respect dans Tempire <ie ces dignes ménagères, pour admirer avec un calm^ ]oyeux Jeun^ dk^u? mouvements, leurs paisibles visages, leurs robes de laioe si propres , si bi^u ajustées |
A Uatltau k^ d^^i<?uytt^ siiir l'herbe, les promenacles au clair de ^une, la capridett^c bciiuK^ du jour avec l'élégant cavalier df fon ttiyU* i*. !!i 4^U5e*i mm h (e.uUlée 4e berg(îres e^ bergers Xliréi\ iû;*i> k iAurdiw l'honnêle et paisible intérieur, I4 ^»i'ru^\fiî)n^^'.' nu»l)vtd*,!Soi^ ftls avant de Teovoyer à Véatk^ h iyir« ^ppivumu ^ bégayer le nom de Pieu à sa peUie çouv^H:. SI WM k cAm^ avec calme, la joie avec joie, la dlgitlvd avec Uignité, 11 arinble qu'un siècle ne puisse contenir deux liisUUre* si dlitércnics ; cependant elles se côtoient Chuame a r.n mm hhmki^ , tous deux hommes de géniiv Lu brillant ^ihatui^meï*! du \taiiean a trop souvent éclipsé la douce clarté (fe Chardin. Ébloui par i*agaçame coquciteriç de la marqtuse , i i>elne ^'arréte-t-on devant Thumblc bourgeoisie ; Qt pourtant quel plus profond , quel plus doux mys^çç que celle suave peiuture renfermant le$ vrais trésors de la vie humaine : fionneur* ordre , économie l
m $PI$ODE PE l\ VIE DE NEW'IX»(.
Newton n'était ^;é qœ de quarante-cinq ans lorsqu'il publia, en i6S7, \i première édition de son immortel ouvrage des Principeii mathémQtiques de la philosophie naturelle. Il est ^ remarquer que dq)uis cette époque, ce génie profond, ipf^tigable jusqu'alors , pe donna plus de travail nouveau sur aucuQQ f^rtiedes sciences ; qu'il se contenta de faire connaître ce qu'U avait composé longtemps auparavant , en se l)ornant i le compléter dans les parties qui pouvaient avoir besoin de développements.
Une circonstance a^ssi singulière dans la vie d'un gr^ip^ homme est de mature ù exciier l'attention. Cependant elle semble avoir échappé ^ f ontenelle lorsqu'il prononça l'éloge de Newton défaut Tàcadéipie des sciences qui avait choisi |e géomètre anglais, en 4699, pour l'un de ses associés étrw gers. Mais elle frappa vivement un savant illustre qui, après Fonlenelle, est le seul aiiîeur français d'une noijcç sui* newton. Gtiargé de la rédaction de celle notice pour l^ UiQ^rmphie universelle , M. Biot soupçonna que l'élraug^î Interruplion survenue dans les travaux de Newton pouvait tenir à une altération des facultés mentales, suite du chagrin violent que lui avait causé la perte fortuite de manuscrits précieux. Ce fait, si déplorable, de l'anéantissement presque complet d'une lies plus sublimes inlcllÎKences qiii aient honoré l'espèce hun laine, ce fait ignoré jusqu'alors, confirmé aux yeux de iVf. B|Ot par beaucoup d'inductions, fut bientôt complètement dé(.nou'4'é par une note manuscrite d'Uuygens, retrouvée par M. Van .Swinden, et communiquée à M. BioU a On trouve, dit \M. Van Swinden , dans les manuscrits du célèbre Huygens un petit ia-folio» qui fait une espère de journal dans iequel Huygens avait coutume de noter différentes choses ; il es^ coté ç n* 8 dans le catalogue de la biblioihèque de L.ey4 le, p. 112. Voici ce que j'y ai trouvé écrit de la propre Ànain de Huygens, qui m'est parfaitement connue par le nombt e de ses manuscrits et de ses lettres autograpiies que j'ai U.U l'occasion de lire. « Le 29 mai lû94» M. Colm, Écossais, ni'a ra&^nlé que l'illusire M. Newton est tombé, il y a dix-luiit moi:^, en démence, soit par suite d'un trop grand excèa de tra>^ail, soit p^j^ la douleur qu'il a eue d'avoir vo consume^* par ui\ Incendie son laboratoire de chiuiie et
plusieurs manuscrits importants. M. Colm a ajouté qu'à la* suite de cet accident, s'étant présenté chez l'archevêque de Çan^?id{;e, et ayant tenu des discours q^i montntteQti'alitoatiôn de son esprit, ses aitiis se sont emparés de lui, ont (înlrepria sa cure, et l'ayant tenu renfermé dans son appartement, lui ont administré, bon gré, mal gré, des ren^ôdcs dit çnoyen desquels il a recouvré la santé ; de s^rte qu'en ce moment il reconjuïence à comprendre son livre des IVincipes. » .
Il existe à (^imbridge un journal manuscrit écrit par un certain Abraham de la Pryme, qui élaii ^lèvf^iie l'iipiversiié pendant que Ncwlon avait le grade de jFe{(9H> î^u çollégf^ de la Trinité. Voi»i une nole^ui en ^\ çxlriiie:
« 1692. Février 3. Je dois raronler ce que j'ai oatondu aujourd'hui. U ^ a ici un M. Newton , fellow du collège de la Trinité, que j'ai vu souvent, et qui e^\ très-renommé pour son savqlç, étant m très-excellent mathématicien, physicien, théologien, etc., etc. De tous les livres qu'il a jamais écrits, il y en avait \\\i $\\\: la luuiière et les^ couleurs, fondé des milliers d'expérience? qu'il avait été vi^gt ans à faire, cl qui lui coûtaient bien çles çei) laines de livres sterling. Qet ouvrage qq'il prisait lai^j, ^ dont on faisait tant de. discqurs, h eu le mateiir de pèvj^, ^l rt**ll'e eniièrçmenl perdu, jusîpweni lor^ue le sâY^|f( auteur allait y mettre la dernière main. Cela arriva de là manièfe suivante : Dans une iqalinée d'hiver, M. fiçwlon H^issa cet ouvrage sur la table de s*)» cabhiet, parmii çl*aulre^ papiers, pendant qu'il allait à la chapelle, La boqgle, ajie malheure Msemei^t il avait laissée là aussi saps l'élelndr^'^^uma, on ne saH cqmmenl, quelques papiers, d'oil^ le ^il gagnant le susdit livre le consuma entièrement avec d'a\Hce^ écrii§ précieux ; ei, ce qui est tout h fait étonnant, il ne fit aucuo dutrq domma^ lU^ quand M. Newton revint gje W chapelle , et vji ce qi^i était arrivé, chacun crut qu'il de^fiêqdr^it iou* |) en &|i* ^^i troublé qu'i! ne revint pas à lui peadant up inoisu,, »
Si l'on se rappelle que, iqsqu'eq i752, l'année légale anglaise commençait le 29 mars, e( qi\et pà^ CMn^,<f<^ent la vérilable date de l'écrit cité est I6OS1 , les termcii méiiaes de cet écrit prouvent que l'événemeut avaH u4 arriver an moins un mois et guère plus de dewx piois ai^parayanl. O* document concorde doqç de la m^inlvre |a plus rcipairquable avçe le p^nusçrlt de iluygens, qui, Iç ^^ mai ittà, fait rÇi«opi^ Qel «ï^»ewe«l ^ enviroq'çli^-huiç mois aupa- ^vant.
Suivant uue tradlttea m a Wru k M. Biot assez vraisembteble , ce serait UU F"! Ç^*^!^ appelé Diamant qui, en renversant la bougie allumée sur le bureau, pendant l'absence de Newton, aurait iHé la cause de l'incendie ; cl dans le pre: mier saisissement d'une si grande perle, lilewlou ^ serait •contenté de dire; « Oh î Diamant, Diamaui, lii çie sais pas le mal que tu m'as fait! » Mai terrible, en elTet, d'abord pour la science qui a perdu là des matériaux qu'elle ne possède peut-être pas tous encore aujourd'hui môme : ensuite pour l'iiomme illustre qui, fléchissant bientôt sous le poids de sa douleur , ne se releva jamais complètement do coup qui lui avait été porté.
M. Biot , auquel nouf empruntons ces curieux détails, a réuni, à ce sujet, une quantité de preuves que l'on pourrait trouver surabondantes si, par une aberration singulière, certains savants anglais n'avaient pas cru l'honneur de leur nation intéressé à repousser toute possibilité de démence dans la vie du grand Newion. Citons quelques-unes de ce» preuves.
Dans ses œuvres imprimées en 1693, Wallis annoncé qu'il a appris qu'un écrit de Newton sur la rectification des courbes, vient dé périr dan^ les flammes.
Mais ce qu'il y a de fort curieux, c'esl que M. Brewster, cé^ lèbre par ses travaux sur l'optique, allègue, pour comBaltre l'opmion de M. Biot, des lettres écrites par Newion en 1693, lettres qui prouvent de la manière la plus évidente im dé-^ rangement des facultés mentales. Or^ maitdta^|^wtoq
MAGASIN PITTOIIKSQUK.
ayanl commencé en di^cembrc 1692 et s'élant prolongée assez longtemps pour qu'il ne rcprll rinteîligence complcle (té SCS principes que dix-huit mois plus lard, c'est--à-dirc vers le milieu de 169/i, les lettres appartiennent précis<rmenl à l'époque fatale dont il s'agit. Ainsi d'abord, le 13 septembre 1G93, Newton écrit à M, I»epys, seci-étairc de l'amirauté, dans des termes si singuliers que M. Pi^pys ne s'y trompe pas, «i, pensant que Newton est devenu fou, s'enqtilert du fait avec beaucoup de ménagements. Newton Iui>mâpie apprend à M. Millington, l'intermédiaire cliargé de cette mission délicate, qu'il a écrit une étrange lettre à M. l'epys et qu'il en est très inquiet ; qu'il était dans im étal de maladie qui avait fort aiïecté sa tète, et qui l'avait tenu éveillé depuis cinq nuits consêctilivcs ; qu'il demandait pardon en assurant qu'il ôfait irès-lionteux d'avoir été si brutal... Le docleor Brewsler tiit que .M. Pepys fut pleinement rassuré par la réponse de Millington contenant, en substance, toutes ces choses, a Nous Cl oyons, ujoute M. Biot, que peu de Jeclcurs seront de cet avis... »
Deux lettres adressées à Locke, les 16 septembre et 5 octobre* 1693, sont du même genre et conduisent aux m^es conclusions. Locïte, frappé de l'étrangeté de la première, répondit pourtant , et sa réponse est empreinte de tous les sentiments que pouvait faire naître l'annonce d'une si triste ^ituation. Ce fut celle réponse qui provoqua la seconde lettre de Newiou, ainsi conçue :
llonsieur^
« L'hiver dernier, en dormant trop souvent près dexnon feu, j'ai fini par déranger mes habitudes de sommeil ; et une maladie qui, l'été dernier, a été ici épidémique, a porté ce dérangement au point que, lorsque Je vous écrivis, je n'avais pas eu une heure de sommeil depuis une quinzaine entière, et pas une minute depuis cinq jours. Je me souviens que je vous ai écrit; mais pour ce que J'ai dit de votre livre, je ne m'en souviens pas. Si vous voulez m'envoyer imc copie de ce passage, je vous l'expliquerai si je puis.
» Je suis votre très humble serviteur,
Js. Newtow.
p Cambridge, octobre 5, 1693. »
a En voilà assez , en voilà trop sans douie , poursuit M. Biot , pour constater ce point d'histoire littéraire. Il n'y a pas un de ces documents qui ne s'accorde à montrer Tinfortuné Vrwlon dépouillé de cette sublime intelligence qui l'avait éle\é au-dessus des autres hommes, et souffrant, dans la plus noble partie de lui-même , les communes afflictions. On voudrait ici détourner ses regards, et se borner à méditer un ici exemple de la faiblesse de l'homme... »
Qu'on nous permette ici quelques réflexions. Newton , (Uns tout le cours de ses travaux , parait avoir' eu un soin tout particulier de cacher ses découvertes , tant qu'il n'en a%àit pas tiré loi-tïtéme toutes les conséquences possibles. C'est ainsi qu'après avoir imaginé, avant 1665, le calcul des fluxiom qui lui fournissait des moyens nouveaux pour résoudre des questions inabordables jusqu'alors, il mit ce trésor on réserve. En 1676 seulement, la correspondance de Leibnitz lui ajant Indiqué que le savant hanovrien possédait de son côté une analyse semblable , Il s'empresse de transmettre à son rival lui-même un anagramme qui caclie le fondement de la sienne. L-eibnilz , au contraire, répondant à Newton le 21 juin 1677, n'emploie ni anagramme rti détours ; il expose simplement et franchement sa méthode, et, moins de sept ans après, la publie dans les Actes de Leipzig : plus désireux d'enrichir la science d'un instrument nouveau, qui devait profiter à d'autres qu'à lui , que de garder pour lui îicul un secret qui devait lui faire partager avec Newton une incontestable supériorité sur tous leurs rivaux.
Pense- 1 -on maiiiieiiant que les vingt-huit années qui •'Ôaient écotdées entre la (hW ouvii le du e.ilcul des fluxions
et l'incendie causé par la maladresse du chien, eussent été nécessaires pour la mise au jour de résultats impoiiants, autres que ceux qui étaient consignés dans les Principes 7 N'cst-il pas probable que, dans ces précieux manuscrits, produit de tant de veilles , de si laborieuses recherches , de tant d'ingénieuses expériences, il y avait bien des découvertes scientifiques parvenues depuis longtemps à maturité, et qu'il eAl été utile de publier plus tôt 7 \a perte eût-elle été aussi grande si Kewton eût livré à la publicité, sans craindre de fournir des armes à ses contemporains, les découvertes qui pouvaient en engeùdrer d'autres? Ce n'est point ainsi que procédait notre Dcscarles, toujours soucieux de préparer des voies nouvelles à l'esprit humain , et comprenant si bien qu'on a plus de droits à la reconnaissance de la postérité lorsqu'on cherche à l'éclairer que lorsqu'on cherche à l'éblouir d'un trop vif éclat.
Si ces réflexions étaient fondées, nous trouverions la perte funeste qui troubla la raison du grand Newton plus triste encore par les causes premières tenant à l'imperfection de caractère du savant , que par les effets qui déprimèrent si fort la puissance de cet incomparable génie. Le malheur qui le frappa n'aurait alors été qu'une juste punition de l'avarice avec laquelle il gardait pour lui seul les trésors de science que la nature lui avait dépards. Nul n'a le droit d'exploiter uniquement à son profit les avantages ou les dons quMl tient de la providence : or le génie est le .pUis précieux de ce avantages, le plus rare de ces dons.
LA SALLE DES ANCÊTUES DE THOUTMÈS Hl,\;^pG^ A. LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.
Thoutmès Ili est un des plus illustres pharaons dé la dixseptième dynastie. Son règne, qui commença vers Tan 1700 av. J.-C, et qui dura trente-quatre ans, a laissé des traces glorieuses dans toute l'Egypte et la Nubie ; sur cette terre si riche de souvenirs, son nom s'associe à un grand nombre de monuments importante : Iléiropolls, Gopfos, Ëtéthya, Apollonopolis, Memphis, Ombos et Éléphantine ont tour à tour attiré l'attention du pharaon , et lui rendent aujourd'hui en renommée ce qu'il leur donna Jadis en splendeur.
Bien que les divers édifices qu'on trouve répandus en Egypte et en Nubie aient tous leur mérite et leur perfection, l'œuvre la plu» célèbre de Thoutmès IH est le TAoïcimoséium , appendice important dont il dota le palais superbe des anciens rots de iMi«ra!m (1) , autrefois debout an milieu des temples fastueux de Thèbes, aujourd'hui couché dahs la poussière des décombres de Kamac.
Le ThoHlmosHumiXbilL spécialement destiné an culte domestique et à quelques antres nécessités d'tm intériettr royal. Outre d'autres parties dont il serait oiseux de faire Ici \k description, on y voyait un vaste promenoir aboutissant piar son extrémité sud à plusieurs petites salles parmi lesquelles se trouvait la salle des il nc^trei. Ce sanctuaire, long d'ettviron huit pieds sur autant de large , est décoré de quatre rangées de bas-reliefs superposés : chaque rangée renferme qidnze figures assises et de profil, dont huit sont tournées d'un c6té et sept de l'autre , de manière à se trouver, à chaque extrémité, lace à face avec une réprésentation colossale de Thoutmès III, coiffée du claft , revêtue d'une shantei^ et otfrant à l'auguste assemblée des tables chargées de victualHes et de Heurs.
On sait que les Égyptiens professaient une très-grande vénération pour les morts. En quittant la vie humaine les rois de l'Egypte montaient au rang des dieux , et leur image recevait les honneurs d*un culte de second ordre dans le tem-
(i) Nom que les lixres niotft donnent i rÉ^l-ple, et d%m c>l déri.é le mol A/a#r. pir lequel 'f)jAf,»»>«^^^|^'|[^J^^^^
pie de quelque divinité plus puissanlc. L'acte de d(3votion royale représenté par la salle des Ancêtres n'a donc rien d'extraordinaire , mais 11 est caractéristique. 11 semblerait que Thoutraès III , non satisfait de ce souvenir pieux et de cette muette adoration, avait fait élever au milieu de son oratoire basiléol&trique un petit autel de granit rose , et qu'il y déposait des offrandes véritables ; car, en faisant des fouilles sous l'aire même de la salle des Ancêtres , on a trouvé des fragments de cette pierre accusant la forme d'un autel , de fort petite dimension.
Dire comment le sanctuaire et le palais sont tombés de leur gloire jusqu'à servir de matériaux pour bâtir les salpêlricres de Aléhémet-Ali, serait écrire l'histoire du pays. Us ont eu le sort de Thèbes ; et , sans qu'un tremblement de terre ait éteint ses foyers et fait fuir ses habitants, sans que la lave l'ait comblée toute vivante comme Ilcrculanum et Stable , sans que la cendre des volcans l'ail étouiïée comme Pompél, Thèbes, frappée par des causes morales comme par une foudre invisible , est restée debout longtemps avec ses temples, ses palais et ses édifices de toute espèce, implorant vainement de ses dieux détrônés une population, une Ame, afm de reprendre son rang parmi les merveilles du monde.
Il y a un demi-siècle à peine que la plupart des monuments de cette ville magnifique pouvaient encore être restaurés complètement, ainsi que l'atteste l'ouvrage public par la commission française ; mais on serait bien douloureusement surpris si , arrivant en Égyplc l'esprit plein de l'image brillante religieusement conservée par les savants français , on se trouvait face 5 face avec la réalité actuelle ! l/i Thoutmoséiiim, comme le reste du palais pliaraonicn, a été trans-
I fondée que des pierres gigantesques , à peine soutenues par des murs vingt fois séculaires, devaient inspirer aux Fellaîhs» inaccessibles d'ailleurs, comme on le pense bien,^ tout hu
La Salle des ÀDcétres, & Ktrnat.
formé en une sorte de carrière à Heur de terre ; et si la salle des Ancêtres ne s'était point trouvée protégée par sa menaçante arcliitraTe qui promettait d'écraser le profane dévastateur, ses sculptures disséminées , brisées , emportées loin de là , auraient été entièrement perchies pour la science , sans avoir comme beaucoup d'autres une place étemelle dans le recueil entrepris par les ordres de Bonaparte.
Notre première gravure donnera une idée de l'état où était cette relique archéologique, et expliquera la crainte très
Purlrait de Thouinics III.
timenl de vénération pour les augustes débris de la vieille Kgyplc.
Le premier dessin de la salle des Ancêtres fut publié en 1825 fwr M. J. lîurlon {Exerpla hicroglyphica). Après lut , Wilkinsoii ( Exlracls from several hieroglyphical subjects), nosellinl (Monumenli slorici)^ et enfin Lepsius {Atiswahlder WichligsUn Urkunden)^ en parlèi^nt et accompagnèrent leur description de planches plusou moins exactes ; les moins mauvaises sont celles du savant allemand. Toutes ces reprocluctions signalent une lacune qui tient la place d'environ quinze cartouches. M. Prisse d'Avennes, à qui nous devons les dessins dont nous.donnons ici Pexpli-
Cartouche renfermant les noms et prénoms de Hiontiièf lU.
cation , voulant compléter une page aussi intéressiuite de l'histoire égypUenne, fit exécuter, en t838^(^fo]|IVçi4aili
l*ialérieur et autour de la saHe des Ancêtres , et dui se coniraincre» d'après sa prq>re expérience , de rinuiilitc de toute recherdiesubséquente ; néanmoins 1^ monument était encore assez beau et assez intéressant pour mériter l'atiention du monde savant, et le voyag;ettr archéoloi;ue s'en éloigna bien à regret Plus d'une fois sans douifi^ il était reYenu dans les
palais de Karnac pour saluer l'oratoire de Thoulmès , lorsqu'en i8/i3 il apprend que Méhémet-Ali a imposé la surfaoe entière de TÉgypte d'un quintal de pierre par feddan : la destruction du tabernacle pharaonien loi parait imminente » et il se décide à l'enlever secrètement L'entreprise n'était pas a^i fodlequ'on pourrait le croire :
i»i''irA>t fiÂKHï.