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LES GROTTES D'ARCY-SUR-CURE

Département de T Tonne.

( Voy. la Table des dix premières années.)

Avant d'atteindre le village d'Arcy, la petite rivière de Qare contourne un promontoire ( fig. i ) dans lequel sont creusées des cavernes connues déjà depuis longtemps', car on y trouve des noms auxquels sont accolées des dates du treizième siècle.

Fîf.t.

Dorât a chanté les merveilles des grottes d'Arcy; Buffon les visiia en ilUO et 1759, et les décrivit , après les avoir dévastées pour orner de leurs dépouilles dos grottes artificielles qu'il se proposait de construire au Jardin des I>lanlcs de Paris. Le vandalisme et le mauvais goût régnaient sans partage pendant cette déplorable époque. Les magnifiques stalactites des grottes d'Arcy sont détruites et enlevées par ordre de M. le comte de Buffbn, pendant qu'à la cathédrale de Chartres on remplace une partie des admirables vitraux par du verre blanc, et on brise les denti^lles de pierre qui entouraient le chœur, pour bâtir à la place un mur de briques relevé de lourdes draperies en pierre flanquées de pilastres corinthiens.

Noms ne chercherons pas à peindre les apparences bizarres éi à décrire les objets réels ou fantastiques que l'œil découvre dans les stalactites qui pendent encore aux voûtes et dans les stalagmites qui s'élèvent du sol. La position d(^ spectateur, celle des torches qui Illuminent à peine ces vastes cavernes , prélent à ces concrétions des apparences changeantes que l'Imagination complète et rapporte à des objets réels. Tels sont ta statue de la Vierge , la Boucherie , la Draperie , la Tour de Babel, les Vagues de la mer, amas remarquables de stalactites et de stalagmites inscrits sur le |»lan éts grottes qui accompagne cet article ( fig. li ).

Notre but est d'examiner ces caverneit tous lé point de vue géologique. Elles méritent d'étfè étudiées avec soin, car on peut les considérer comme le type de la plupart des grandes cavernes et comme un des exemples où leur mode de formation se révèle de la manière la plus évidente et la plus intelligible. . .

le calcaire Jurassique : aussi quelques géologues allemands l*ont-ils désigné sous le nom de Hoehienkalkslein oa calcaire à cavernes. La longueur lolale des grottes d'Arcy, mesurée par M. Belgrand, ingénieur des ponts et chaussées, est de 876 mètres , et les figures 1 et 2 montrent qu'elles traversent presque toute la largeur du promontoire. Elles sont dirigées sensiblement suivant le méridien magnétique ou le nord 20* ouest Leur ensemble (fig. û) forme une série de chambres ou de cavités séparées par des étranglements ou des couloirs plus ou moins longs. Les passages portent les noms de passage de Madame , passage de Monsieur, pas de Babylone, pas du Défilé, trou du Renard. La plupart de ces couloirs sont étroits au point qu*on a souvent de la peine à les franchir. Le trou du Renard , en particalier, est si bas et si resserré qu'on ne peut y passer qu'en rampant à plat ventre. Les salles , au contraire, sont hautes et spacieuses : la plus belle ( la salle de Danse et celle des Vagues de la Mer, qui n'en forment réellement qu'une ) a 180 mètres de long sur AO dans sa plus grande largeur. Ces salles sont au nombre de huit ; l'une d'elles est occupée par un petit lac presque circulaire de 12 mètres de profondeur.

Toutes les grandes cavernes creusées dans les montagnes calcaires présentent cette alternative de chambres communiquant par des passages étroits : telles sont , en particulier, les célèbres grottes à ossements de l'Angleterre, de la Franconie et du Wurtemberg (1). De même, un grand nonsbre de cavernes renferment des lacs souterrains. Tout k monde connaît celle d'Adelsberg en Garniole (2), dont les eaux tranquilles nourrissent le singulier reptile que les naturalistes ont désigné sous le nont de Prolée,

Les géologues ne sont point d'accord sur l'origine de la plupart des cavernes. On peut néanmoins se rendre compte d'une manière satisfaisante du mode de formation de celles d'Arcy-rsur-Cure. Le promontoire qu'elles traversent présente une surface doucement inclinée ; mais lorsqu'on l'examine d'une certaine distance, c'est-à-dire du sommet de la moniagnc qui domine le village de Nailly, on reconnaît

( fîg. 3, c, d ) deux dépressions qui correspondent aux grottes principales et à deux autres ( Gg. 1 ) qui se trouvent à une certaine distance. Il est donc permis de penser que, dans ces deux points , les couches calcaires ont éprouvé une rupture ou une flexion accompagnée de dislocation qui a donné Heu à des cavités plus ou moins considérables. Mais , sans recourir à cette supposition, peut*être bien hasardée, on peut, par un examen attentif des localités, découvrir aisément la cause principale, incontestable, de l'existence de ces cavernes. Si l'on remonte le cours de la Cure à partir de l'orifice des grottes, on' trouve à quelques centaines de mètres de distance ( fig. 1 ) l'ouverture d'une autre série de cavernes qui s'enfoncent dans la montagne parallèlement à celles d'Arcy ; puis on arrive à une seconde ouverture , située au niveau de la Cure, et dans laquelle viennent s'engouffrer les eaux de la rivière : on a même été forcé de fermer celte ouverture par de forts piquets , parce que les bois flottés s'engageaient dans ces cavités, où ils disparaissaient. Les eaux ne se perdent point sous b montagne, mais elles sortent de l'autîe côté, près du village d'Arcy, où elles faisaient autrefois mouvoir un moulin. Ainsi donc actuellement encore une

(i)^oy. t. V(iS37), p. a66.

(a) Ibid., p. a 55.

partie des eaux dé la Cure , au lieu de comoumer te pr6montoire , le traverse en dessous. Jadis les grottes d'Arcy formatent un canal souterrain donnant passage à une portion des eaux de la rivière. Maintenant eUes sont ^ sec, parce que les éboulements successifs de la montagne en ont fermé rentrée. En effet, pour pénétrer dans les grottes* on s'élève d'abord de 5 à 6 mètres au-dessus du niveau de 1^ Cure ; puis on redescend environ de la même quantité dans la première salle jusqu'à l'entrée du lac II ne faut pas oublier non plus que , pendant les époques géologiques , tous les cours d'eau étaient 'plus considérables qu'ils ne le sont actuellement ; les cailloux roulés qui remplissent le bassin de toutes nos rivières jusqu'à une grande distance de leurs bords actuels en sont la preuve incontestable.

Le sol de la caverne porte encore des traces profondes du passage des eaux et des débris qu'elles y ont laissés. Si on perce le pavé de stalagmites qui les recouvre, on trouve au-dessous une couche épaisse de limon, et, dans ce limon, des cailloux roulés qui ne sont pas calcaires comme la montagne, mais granitiques. Or la Cure prend naissance dans les montagnes granitiques des environs de Château-Chinon. Elle seule a pu entraîner et arrondir ces cailloux de granité identique à celéii qui caractérise le groupe de Morvan. On a aussi trouvé dans le limon de la caverne des ossements , et en particulier tme dent d'éléphant, qui y ont été entraînés et déposés par le courant. Ce sont donc les eaux de la Cure qui, profitant de quelques anfractuosités préexistantes, ont creusé ces cavernes, qui leur servaient de canal souterrain. Depuis, la diminution du régime des eaux ou l'obstruction des deux orifices l'ont forcée à contourner le promontoire et à abandonner la voie plus directe qu'elle suivait autrefois. Si un changement dans la quantité annuelle des pluies rendait à cette petite rivière son ancien volume d'eau, elle se frayerait de nouveau un passage à travers les grottes. C'est un phénomène dont sont témoins chaque année les riverains du Mis-*^ sissipi, près de la Nouvelle-Orléans. Ce fleuve décrit, au milieu des sables, de grandes sinuosités dans lesquelles il revient , pour ainsi dire , sur ses pas , en laissant iw isthme étroit entre deux points de son cours plus ou moins éloignés l'un de l'autre ; si bien que le soir, après un jour de navigation, un navire se retrouve souvent en vue du village qu'il avait quitté le matin. Dans ses grandes crues, le Mississipi coupe ces étroites langues de terre et suit le chemin direct. Les Américains désignent sous le nom de cut-off ces lits nouveaux improvisés par le fleuve.

Peut-être notre explication du creusement des grottes d'Arcy laisse-t-elle encore subsister quelques doutes dans l'esprit de nos lecteurs. Ils disparaîtront si l'on veut bien réfléchir que les grottes, les cavernes, les gouffres, font partie d'un système d'hydrographie souterraine dont le réseau est aussi compliqué que celui des cours d'eau superfir ciels. Les sources très-abondantes , telles que celles dfe Vancluse, du Loiret, de la Touvre, de l'Orbe^ de la Birse, les kephalovriti de la Grèce , ne sont que les orifices de sortie de ces canaux souterrains. Les travaux du chemin de fer d'Orléans à Vierzon ont montré que la source du Loiret était d«e à une dérivation souterraine de la Loire , formant une série de cavités qui suivent à peu près la ligne du rat(way. Pour s'en assurer d'une manière plus positive , les in^ génieurs ont jeté du sulfate de fer dans une de ces cavités, et l'eau du Loiret, qui n'avait donné aucune trace de fer aux réactifs avant cette injection, en contenait, au contraire, notablement deux ou trois heures après. Les kephalovrisi ou tètes de sources de la Grèce correspondent à des entonnoirs appelés kaiabothranj dans lesquels s'engoufTrcni les eaux pluviales pendant la saison humide. Ge^ entonnoirs communiquent avec des cavernes formant un canal souterrain dont l'orifice inférieur verse les eaux abondontes qui ont fait donner à ces fontaines le nom de têtes de sources. ^

A ces preuves tirées de Tar.alogie on, jg^tf^^er^jouter é^au^^

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très. AiDsi « par exemple, 11 n'est pas rare de voir des cavernes parcourues par des cours d*eau réaliser sous nos yenx la supposidon que nous avons feite pour les grottes d'Arcy. La Lalbach , en Carinthie , s'engouffre dans la grotte d'Adelsberg, puis reparaît, pour disparaître de nouveau et se perdre enfln dans la caverne de Reirnitz, près de la ville de Laibach.

Aux portesdeTrieste il existe un cours d'eau souterrain que Ton a cherché à utiliser pour la ville. Dans le département dtr Jura, la Cuisance sort des grottes de Planchcr-sur-Arbois; la Seille, de celle de Baume - les - Messieurs. Dans celui de Tlsèrc, la Sassenage s'échappe des grottes du même nom , et la grotte de Balme est parcourue par un ruisseau. On ne peut pénétrer qu'en bateau dans la caverne de Frédéric, en Wurtemberg; et dans celle de Dunold (Lancasliire), en Angleterre, une cascade tombe du plafond et en forme d'autres avant de sortir de la grotte.

On le voit, les cavernes en général , et celles d'Arcy en particulier, sont des canaux Souterrains qui ne sont plus parcourus par les eaux qui les ont creusés; et il serait facile de montrer qu'on trouve tous les passages , toutes les nuances entre une simple cavité creusée par une rivière dans les roches qui la bordent, et les systèmes de grottes et de cavernes les plus comjdiqués. L'action est la mCIne; elle est lente, insensible , mais tons les faits géologiques sont d'accord pour nous prouver ce que peuvent les agents les plus faibles lorsque leur action se continue pendant les milliers de siècles qui correspondent aux âges géologiques de notre planète. En effet , c'est bien avant l'époque historique que les grottes d'Arcy formaient un canal souterrain à la Giu-e.

U est aisé de le démontrer.

Le plafond et le sol sont couverts de sulaclites et de stajagmites énormes qui se sont formées avec une extrême

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lenteur, car elles sont l'œuvre des gouttes d'eau qui suintent de la voQte et s'évaporent en déposant la faible proportion de carbonate de chaux qu'elles tenaient en dissolution. La grosseur et la hauteur de ces stalactites dénotent donc ime action prolongée pendant des centaines de siècles; or il ne se forme pas de stalactites dans un canal traversé par un cours d'eau, et, en effet, le pavé de stalagmite recouvre partout le limon et les cailloux roulés. Il faut donc se reporter bien au delà des temps historiques pour arriver à la période où les grottes d'Arcy étaient remplies par une rivière souterraine. Mais si Ton se demande à quelle époque ses eaux ont commencé à dissoudre et à désagréger lentement la pierre calcaire, l'imagination trouve encore des centaines , peut-être des milliers de siècles , entre le moment où la rivière attaquait le rocher et celui où elle remplissait les vastes cavités qu'elle a délaissées depuis.

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