‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 8 sur 185 · PRIÈRE D'UNE FEMME ARABE AU TO&IBEAD DE SON EP0I7X · texte numérisé non relu

PRIÈRE D'UNE FEMME ARABE AU TO&IBEAD DE SON EP0I7X

(Voy., sur les Fiinéraillf*s des musulmans, la Table dus dix premières anuée:».)

r<es Arabes récitent , devant les tombeaux , des prières consacrées par d'anciennes traditions; mais ils expriment aussi leurs souhaits pour les êtres qu'ils ont perdus dans des improvisations dont le caractère varie suivant leur sensibilité ou leur imagination. Rarement ils laissent éclater leur douleur; ils semblent plutôt s'étudier à la contenir : le sentiment qui domine dans ces épanchcments de leur âme est une confiance absolue en la volonté divine. Voici , comme exemple , quelques passages d'une prière que l'on a entendu prononcer ù une jeune femme.

oO Dieu puissant qui as créé la terre, les montagnes qui lui servent d'appui, et les sept cieux qui la couvrent; Dieu éternel qui as placé au firmament l'astre du jour et le flambeau de la nuit , qui as posé entre les deux océans d'eau douce et d'eau amère des barrières insurmontables; Dieu miséricordieux qui as créé l'homme avec l'eau, et qui, pour sa nourriture, fais couler la pluie des nuages, verdir l'herbe, germer le grain, croître la vigne et le palmier, mûrir la figue , l'olive et la grenade , prends pitié de ma douleur, ne permets pas que je blasphème. Louange à toi , Dieu unique et infini. Tu avais facilité à celui que je pleure le diemin qui conduit à la vie ; tu lui avais donné une forme agréable, une taille fine , un corps délié , le recueillement de l'esprit et la sobriété de la parole. Tu lui avais donné l'ouïe et la vue, et, bien qu'il vécût au milieu des pervers, la doctrine divhie ne l'a trouvé ni aveugle ni incrédule. Il a goûté la parole du prophète et les dogmes du Coran , merveilleux écrit sar la table gardée. Fidèle musulman, il n'a pas vécu avec faste an mUieu de sa famille , il n'a pas transgressé le divhi précepte qui défend le meurtre et l'infidélité ; croyant vertueux, il n'a pas nié la résurrection et détourné ses regards de la vie future ; serviteur du Miséricordieux, il suivait les Inspirations de l'esprit, et résistait aux séductions d'ails. Pnrâterné le , mathi, le soir et durant les nuits, il récitait dévotement les versets les plus saints de l'Évidence, dont la lecture procure l'indulgence et les faveurs du Seigneur. Il a désiré des en* fants qui lui inspirassent la crainte de Dieu ; il a secouru ses proches ; U a protégé l'orphelin , répandu l'aumône sur le voyageur et sur le pauvre ; il s'est interdit les délassements défendus durant les mois sacrés ; il a observé i'abstinenoe pendant le jeûne du Ramadan ; il a visité les saints lieux ; U a mérité la récompense de sa persévérance et l'accomplis»ment des promesses de l'Éternel.

» Dieu, tu as fait passer le juste de la vie IT la mort ; que la paix soit avec lui. Rends-lui si frais et si doux le tombeau où tu lui as commandé de descendre, qu'au jour de la sépa-

ration il croie n^ être demeuré qu'un matin ; quand Tiendra rinsunt du témoignage, que son âme , légèrement emportée et précédée de tes anges, revoie le tableau de sa vie, tracé dans le livre Aliin. O Allah, donne à cette Ame la Tie future, délicieiise et durable ; place le juste que je pleure dans le

septième ciel , près de Jonas et d'ÉUsée. Que sa tête soit teinte d'un éclat radieux, que la joie et la beauté animent son visage ; que , vêtu d'or et de soie , il soit servi par les êtres célestes, doniyla Wancheur égale en pureté la blancheur des perles; qu'il marche et se repose dans l'Éden, sous

I* PRAROETu

Jeune femme arabe au tombeau de son époux. — Dessin fait en Ëçjpte, dans un cimetière prés du Caire, par Karl GnAaoïr.

des ombrages frais et odorants , arrosé d*eaux jaillissantes; qu*il boive , dans la coupe de cristal , le vin parfumé de musc , mêlé à l'eau du Tesnim , dont la source précieuse coule près du trône sublime de l'Éternel. Que le regard du juste Jouisse sans cesse de ton royaume enchanté , Allah ! Que le Juste puise éternellement à la source du bonheur, et que mon cœur garde le souvenir de ses vertus , 6 seigneur des hommes , roi des hommes , dieu des hommes I a

ON SECRET DE MÉDECIN

(Suite.— Voy. p. a.)

Mais le mal avait déjà fait de tels progrès que les eflTorts de la science devaient demeurer inutiles. A travers ses alternatives de fièvres et d'anéantissements , le vieillard dédbait chaque Joor, et Foumier vit bientôt qu'il fallait abandonner tout espoir. Il renonça , en conséquence , à des remèdes devenus impuissants, et ouvrit un libre champ aux fantaisies de Duret. Gelui-d en profita pour exprimer mille désirs et former mille projets ; mais, au moment de l'exécution, l'avarice venait toujours arrêter le projet et éteindre le désir. Sentant vaguement que les sources de la vie se tarissaient en lui , il exagérait les nécessités de la prévoyance, afin de se faire illusion et de se croire un long avenir.

Quinze jours s'écoulèrent ainsi. Rose continuait à montrer la même, patience et la même abnégation. Pliée depuis dix années à ce joug de la pauvreté volontaire , elle Taccepiait ; révolte : elle plaignait son parrain au lieu de l'acCuser,

et n*avait jamais désiré la richesse que pour Ten faire jouir. Le jeune médecin découvrait, à chaque visite, quelque nouveau trésor dans cette âme, qui tirait tout d*elle-même et ne demandait aux autres que le bonheur de se dévouer pour eux. L'intérêt chaque jour plus grand qu'il prenait à la jeune fille se reportait sur le vieil huissier, seul ami qui lui restât dans le monde. Quelque dure qu'eût été sa protection , elle lui avait dû l'apparence d'une famille ; en ne voulant être que son maître , le père Duret avait été pour elle un appui. Mais qu'allait-elle devenir après sa mort , sans l%ssources et sans guide? Elle n'avait rien à attendre de la fortune de son parrain ; car celui-ci avait un cousin , Etienne Tricot , riche fermier établi dans les environs , et avec lequel il avait toujours été dans les meilleurs termes. Tricot , qui rendait de temps en temps visite au père Duret, afin de mesurer la distance qui le séparait de son héritage, arriva justement avec sa femme au plus fort de la maladie. C'était un de ces paysans madrés qui se font grossiers pour avoir l'air franco , et parlent bien haut pour faire croire à ce qu'ils disent.

A la vue du cousin mourant, il commença des lamentations auxquelles celui-ci coupa court en déclarant que ce n'était rien, et que dans quelques jours il n'y paraîtrait plus. Tricot le regarda de côté avec une hésitation inquiète.

— Vrai 7 dit-il; eh bien, foi d'homme I ça me fait tout plein de plaisir. . . Alors, vous vous sentez mieux 7

— Beaucoup, beaucoup! balbutia Duret.

— A la bonne heure l reprit le paysan, qui regardait toujours le malade d'un «air incertain ; faut pas que les braves gens soient malades... Le médecin est venu, peut-être ?

— Il vient tous les jours, répliqua le vieil hnissiejc. ^^ ^ T ^

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— Qu*il n'y avall rien à faire, que tout Irait bien.

— Ah ! ah ! voyez-vous ça! reprit Tricot déconcerlé ; au ' fait, vous êtes bâii à chaux et à sable , cousin : c*est quelque

fraii et chaud que vous aurez attrapé ; mais le creux est toujours bon.

— Oui, oui, dit Duret, qui tenait à persuader les autres du peu de gravité de son mal, afin de s'en persuader lui»>méme; il n'y a que les forces qui manquent, mais ça reviendra.

— Et nous vous apportons de quoi pour ça , interrompit Perrine Tricot, en tirant de son panier une oie toute plumée et trois bouteilles pleines ; voici une bête qu'on a engraissée exprès pour vous, cousin... avec un échantillon de notre plqueittu de raiiru'o; Hmi y goîlter, ça vous refera l'estomac.

Duret j*Ma itn n^giinl mr k'S bouteilles et sur l'oie. Séduit par ruhH> ù\m régal qui ne lui coûtait rien, il appela Rose, Lui nionlra ics provimous, lU Uccbra qu'il voulait souper avec le fermier rt Perrine» l,^ jeupu IHIe, accoutumée à une soumission pasMve^ cl forte <f iiilleurs de la liberté entière laissée jKir M. Fourrurr, obéit à sm parriân sans faire d'objections.

Bli'uiùt In p^iilum di* loii» rètic remplit la chambre du lïialttdtf H, dimi l'^slantac appauvri par de longues privations !h: »eriiii l'Sdtr par ci^» succuletiit^s effluves, il se ranima à L>s|mir du le^tlrt shiïs frais, fît dresser la table près de son Lit , Hi 11 nn^n dam fai rii ré de se.s appétits si longtemps inii«i.suuvi!^ un ru^te dt^ suifi-t de faim pour cette bonne chère loaiLenritJt'. 'ï'rlcoi remplit sou verre qu'il vida d'une main irt-iiiblaiiic pour h' faire ri^uipllr de nouveau. Le vin et la nourriture, loin d'accroUrç son mal au premier instant, semblèrent exalter ses forces brisées : il se redressa plus ferme ; une demi-ivresse fit briller ses yeux ; il se mit à parler tout haut de ses projets , à serrer les mains du tousin et de la cousine» en répétant que c'étaient ses vrais parents et en leur donnant des conseils sur ce qu'ils devraient faire de son pauvre hérilage. Tricot et sa femme pleuraient d'attendrissement. Enfin, lorsqu'ils laissèrent le vieil huissier pour quelques courses indispensables dans la ville , ce fut avec promesse de venir prendre congé de lui avant de repartir.

Fournier arriva au moment où ils sortaient. 11 vit le malade les suivre d'un regard narquois jusqu'au-delà du seuil , achever son verre, puis faire claquer sa langue avec un rire moqueur.

— Eh bien, voisin, il paraît que nous sommes mieux? dit . le médecin étonné.

— Mieux... bégaya Duret k moitié ivre; oui, oui , bien mieux , grâce k itur dîner... Ah l ah 1 ah l ils font Ip cour h ma succession avec des oies... et du vin nouveau t... J'accepte tout, moi... Faut toujours accepte^, c'est plus poli.

— Aiusi, vous croyez que leur générosité est un calcul? demanda ijpuruicr en souriant.

— Un placement, voisin, un placement à mille pour un... Ah ! ah ! ah I ils croient que je suis leur dupe , parce que je bois le vin et que je mange l'oie... élevée pour moi , comme dit la femme ! Ah! ah ! ahl nous verrons qui rira le dernier.

— Auriez- vous donc le projet de tromper leur espérance?

— Pourquoi pas?... le peu que j'ai m'appartient, je suppose... je pçux en disposer comme il me plaira ; et dans le cas où je voudrais favoriser une pauvre fille...

— Mademoiselle Rose ! interrompit vivement le jeune homme; ah I si vous faites cela, père Duret, vous aurea pour vous tous les honnêtes gens.

Le vieil huissier haussa les épaules.

— Bah ! les honnêtes gens , balbutia-t-il , que m'importe I ce qii m'amuse, c'est de tromper le gros... et sa femme.

A celte idée , Duret éclata de rire ; mais ce rire convulsif alla s'éteindre dans une sulfocatiou subite qui le lit retomber en arrière. Fournier s'empressa de lui donner tous les soins que réclamait un pareil acr.ideul. Il revint à lui, recommença h parler, et retomba bientôt dans un nouveau spasme i>lus inquiétant que le premier. I^ surexcitation à laquelle il venait de s'exposer avait usé cliez lui les derniers ressoris de

la vie, et, par suite, hâté la crise suprême. Le jeune médecin vit avec effroi que ces suffocations , de plus en plus rapprochées, se transformaient en agonie. Duret, dégrisé par le mystérieux presscmiment de la mort, commençait à s'effrayer.

— Ah! monsieur Fournier, je suis mal... bien mal , dit-il d'une voix entrecoupée... Est-ce qu'il y a du danger?... avertissez-moi, s'il y a du danger... Avant de mourir... j'ni un secret à dire...

— Dites-le toujours, répliqua le jeune homme.

— C'est donc vrai! reprit Duret égaré... Il n'y a plus d'espoir... plus aucun... Mon dieu! il faut renoncer à tout ce que j'ai amassé... avec tant de peine... tout laisser aux autres... tout... tout! *

L'avare se tordait les mains avec une rage désespérée. Fournier s'efforça de le calmer en lui parlant de Itose , alors sortie, mais qui allait rentrer.

— Oui , je veux la voir, murmura Duret ( se rattachant , 'comme tous les agonisants, à ceux qui lui survivaient, afin de se reprendre par leur moyen à la vie); pauvre fille l... Ils voudront tout prendre; mais j'ai fait sa pari... elle n'a qu'à chercher...

Il s'arrêta.

— Où cela ? demanda Fournier, penché sur le lit.

— Ahl il y a... encore... de l'espoir... soupira Duret... Dites... 'ce n'est... qu'une faiblesse...

— Où votre filleule doit-elle chercher? répéta le jeune homme, qui voyait les yeux du moril)ond se vitrer.

— Ouvrez... la fenêtre... bégaya l'huissier ; je veux voir... le jour... aller au jardin... là-bas... derrière le puits... le chapiteau...

La voix s'éteignit... Le jeune médecin vit les lèvres remuer encore quelque temps , comme si elles eussent essayé des paroles qu'on ne pouvait plus entendre ; un frémissement convulsif agita la face, puis tout resta immobile. Maître Duret était mort.

Rose revint peu après. Sa douleur, en apprenant la mort de son parrain , fut silencieuse , mais sincère. C'était le seul homme qui eût pris garde à son existence ; et , ne connaissant encore la pitié humaine que par ce dur bienfaiteur, sa tendresse s'était reportée sur lui, faute d'un plus digne.

Le cousin Tricot et sa femme la trouvèrent agenouillée près du mort, le visage appuyé sur une de ses mains qu'elle baignait de larmes. Ils venaient d'apprendre que la succession de l'huissier était ouverte, et ils accouraient, bien moins pour rendre leurs devoirs au défunt que pour assurer leurs droits sur ses dépouilles. Tous deux commencèrent par prendre possession de la maison en s'emparant des clefs cachées sous le traversin du mort ; puis Tricot laissa sa femme à la garde de l'Iiéritage, et courut remplir toutes les formalités nécessaires pour les funérailles. Ilose attendit vainement de la paysanne un mot de sympathie ou d'encouragement : on la laissa désolée près du mort , jusqu'au moment où l'on vint enlever sa bière.

La jeune lille eut le courage de suivre le convoi au cimetière ; mais lorsqu'elle revint, ses forces étaient brisées et son courage à bout. Arrivée près du seuil, elle hésita à le franchir. Tricot et sa femme , qui étaient déjà rentrés , avaient commencé l'inventaire de ce qui allait leur appartenir : les armoires étaient ouvertes , les meubles en désordre... Hosc sentit son cœur se serrer, et s'assit sur le^ banc de pierre dressé près de la porte.

I^s mains jointes sur ses geuoux et la tête baissée , elle laissait couler ses pleurs silencieusement. Une voix qui la nommait lui fit relever les yeux ; elle aperçut M. Fournier.

Celui-ci l'avait apcr(:ue en rentrant , et , louché de son abandon, il venait lui adresser quelques mots de consolation. La suite à la prochaine livraison.

MAGASIN IMTTOHESijLE.

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