L'EDUCATION D'UN PÈRE
Fio.— Voy. p, f8$.
— C'est que ppur lâ premK^fe fols, reprit \p colonel, je descendis dans mon im ^t y IMp* Jusqu'alors Je n'avais jamdi# réfléchi sur Woit Homme d'actioUt j'agissais , je n'analyiais paii Mbull 91 qualité» poussaient pêle-mêle et à leur faniailie d^ni m viyoHreuse mais rude nature. Les mille analyses des ounseieitees délicatei qui s'étudient pour se rendre m^ili^uroiii 1^ i^v^re» eiam^ns des ^mc? réfléchies qui veu- IprI se reformer, tQUte cette p^rt d'Influence enfin que nous livpni d^ns k lormatinn d§ notre cceur, m*étaicnt aussi iaennnus qu'impossible. J'iitais bon comme j'étais colère, parce qufi je raidis, et sani que je fisse plus pour cultiver ma vertu qtt« pour ^ombiilire mon vice. yuWk l'ignorance où j'avais
V^eu lur moi-m#m(¥ jusqu't la scène du poker ; mais alors la tendr*^f»iîe paternelle me servant de conscience m'éclaira sur moi et Kur mi Ali^ i on ruse avec ses défauts, jamais avec ceux de mn enf^nL Jq vit ee que j'étais, parce que je vis ce qu'elle «erail, #1 j^lH frdmi»; m^is, en homme habitué aux résolulinRldéoisivee« je pris vite mon parti. Je me réformerai, me dis-JQ, puur te refermer, et dès le jour même je me mis k l'œuvrft Malbeureiisem^nt on nu le iépar« pas «ans peine d^un vieil ami de trenip-»i« ansi mon prqjet n'était rien molM
3u'b4roiquii) m9i« un ItéroINme chronique est chose bien iAdle, ei ringrate vous dira, mon cher Gusiuve, combieo depuis e« moment elle 1 ri souvent de mes efforts surhumains pour me çorrifer,
^ fit ee n'tfidil pp eine «njet, reprit ntemeit Merle. On parte d^unsage qui disait snpt fais ^alphabet ebaque foia qu'il se sentait près de s'emporter ; mon- père avait imaginé de iKure un verre d'eau ( le moment des repas était'l'heure habituelle de ses emportements) aussitôt que l'orage grondait au dedans de lui ; mais quelquefois les verres d'eau se succédaient si rapidement qu'il manquait d'étouCfer, auquel cas Hmpatience le prenant , il jurait, brisait tout et perdait en un moment le fruit de quinze jotu-s d'eiforts sur lui-même.
— Heureusement ma tendresse pour elle me vint encore en aide. En vérité , toutes les vertus sont, je crois, dans un seul mot , aimer. Pendant que je travaillais plus énergiquement qu'lieureusement à me corriger, ce petit démon se corrigeait par enciiantement; U lui avait sufli pour cela de voir pleurer sa mère au récit de sa faute.
— El de voir que mon père étouffait de chagrin, dit Marie.
— Est-ce bien vrai que j'y ai été pour quelque chose ?... Allons, ne me jette pas ces regards de reproche ; tu sais bien que je feins de ne pas croire à cette bonne parole pour que tu me la répètes. Toujours est-il qu'elle se corrigea ; mais il advint qu'à mesure qu'elle s'éloigna de ce vice , elle le jugea ; la colère lui apparut telle qu'elle est réellement (car elle m'a désillusionné sur la violence ) , une faiblesse et non une force , une cruauté singeant l'énergie, et elle la prit en dédain comme en haine ; de là à me blâmer, il n'y avait qu'un pas ; me blâmer, c'était me considérer moins ; me considérer moins, c'était me désaimer.
— Oh l mon père !
— Oh ! il faut dire ce qui est , tu te déuchas de mol ; on père ne se trompe pas là-dessus , sache-le bien. Ne fallait-Il
tn^embrasscr ? Tu ne savais plus serrer ma léte dans tes mains avec les mêmes étreintes , et lors même que tes lèvres me répétaient tes anciennes paroles de tendresse , ton cœu^ sincère corrigeait, malgré toi , le mensonge innocent de ta I>oudie par je ne sais quel accent glacé qui me navrait. Chacun de mes emportements , surtout quand il tombait sur ta mère, brisait un lien entre toi et moi. Ma douleur fut profonde , atroce ; me voir presque indilTérent an seul être que j^easse aimé réellement, je crus en devenir (bu. Alors...
— Je veux achever le reste , s'écria Marie. Alors , mon ami , dit-elle à son fiancé , alors mon père alla trouver ma mère et lui dit : " Ma fille ne m'aime [Hùs ; cette enfant me voit emporté et me croit crue) \ elle me croit bourreau parce qu'elle me voit despote ; elle a ses raisons peut-être , mais je ne puis résister à son indiiférence , j'en mourrais ; je veux me corriger, je me corrigerai. Malheureusement, à moi seul, je ne le pnîs pas ; je viens à vous^ aidez-moi. Je vous ai fait bien souffrir, mais vous êtes meilleure qnt moi , et je suis malheureux ; aidez-moi. » En parlant ainsi, sa voix tremblait d'émotion ; ma pauvre mère, qui entendait pour la première fois sortir de sa bouche des paroles affectueuses, s'écria pleine de joie : « Vous vous trompez, mon ami, elle vous aime toujours, elle ne serait pas ma fille si elle vous aimait moins.— Je ne me trompe pas, mon amie, et mon châtiment est juste; je vous ai méconnue; mais nous sommes Jeunes encore. Je compte sur vous : chaque fois que vous verrez paraître les signes de mon emportement, et vous devez les connaître, pauvre femme , diies-moi ces seuls mois : Jlfon amt^ et je m'arrêterai aussitôt... Merci. » Mon père, après ces paroles, la serra avec force sur sa mâle poitrine*, et ma pauvre mère accourut près de moi en me disant avec ivresse : « Ah ! chère, chère enfant, je te dois le premier beau jour de mon mariage, cours embrasser ton père. » Depuis ce jour tout changea ; mon père était trop homme d'honneur pouf qn'une fois ridée de devoir atuichée à ses égards pour ma mère, il pût y manquer ; ce devoir devint bientôt m plaisir, ces égards de la tendresse. J'avais neuf ans , le moment de mon éducation était arrivé. Ma n^ère savait beaucoup...
— Je lui avais souvent laissé le temps d'apprendre , dit le colonel , et elle s'était instruite, comme les femmes s'instruisent presque toujours, par désespoir.
— Je ne venx plus que vous m'interrompiez.
— J'obéis.
— Quand je commençai à grandir , ces connaissances , amassées tout en pleurant , lui devinrent chères, parce qu'eHe put me les communiquer, commanication pleine d'intérêt pour mot ; car la tournure particulière de l'esprit de ma mère prêtait une grâce piquante à tout ce qu*elle avait appris, et le faisait pénétrer dans l'esprit de qui Técoutait par je ne sais quelle pointe insensible. Tel narrateur, tel auditeur: elle racontait trop bien ponr que je n'écoutasse pas volontiers j j'écoatais trop bien pour ne pas retenir ; mes progrès furent rapides avant même que mon père soupçonnât que ma mère m'instruisit. Un jour il m'entendit faire récit â ma gouvernante d'un trait d'histoire assez peu connu. — a Qui t'a appris cela , mon enfant ? — C'est ma mère. — Ah l » Une autre ibis, il me voyait ranger des fleurs séchées dans un livre. — « Que fais-tu là, ma fille ? — Je range mes graminées dans mon herbier. — Herbier , graminées ? mais c'est de la botanique, je crois ; est-ce que tu sais la botanique ? — Ma mère me l'apprend. — Ta mère sait donc la botanique ? — Sans doute, et nous devons commencer demain l'histoire naturelle. » A ce moment, ma mère entrait : « Est-ce que vous savez Fblstolre naturelle ? lui dit-il. •
— Ur peu, mon ami ; pourquoi ?
— Vous ne me l'avez jamais dit,
— Des clioses plus sérieuses vous occupaient.
— Quand donc l'avez- vous apprise ?
— Pendant votre seconde campagne d'Allemagne.
^ Ah î ouï , lorsque je restai un an «ans vous écrire... Et
un nuage de tristesse passa sur sa figure ; puis il ajouta : — Je suis heureux de me sentir si jeune ; j'aurai le temps de vous dédommager de tout le mal que je vous ai fait.
En effet , notre vie devint la sienne , et il assista à toute mon éducation. Ma mère parlait peu dans le monde, et presque toujours à demi-mots; sa pensée se laissait deviner plutôt qu'elle ne s'exprimait ; mais quand elle prenait pour moi le rôle d'institutrice, son langage était à la fois si simple, si fin et si poétique, qu'aucune parole ne m'a jamais touchée davan^ tage. Mon père , tout fier d'atoh: une telle femme , et tout surpris de ne s'en être jàttinH douté , ne tarissait pas d*exclamations. Il commença de l'aimer et pour elle et pour moi , pour ce qu'elle savait et pàêt ce qu'elle m'apprenait. Un homme moins simple de cœur eût pu souffrir du mérite de sa femme si soudainement révélé, et n'eût pas consenti de bonne grâce à quitter ou du moins à partager ce premier rang dont les hommes font si volontiers leur place naturelle ; mais lui, avec sa naïve él forte nature...
— Assez , assez , dit le colonel.
— Je vous ai défendu de ^'Ittfef rompre ; pour vous punir, vous aurez un éloge de plus. ~ Avec son âme simplement grande, il ne voyait là qu'une injttstice à réparer, et surtout le bien de sa fille, l'amélioration de sa fille. Si je faisais quelque progrès, si je répondais avec jusfe^e : a Vous êtes un ange , » disait-il à ma mère; et un jour l'émulation s'em parant de lui, il arriva en médisant : *t Je veux aussi l'apprendre quelque chose ; mais quoi ? Voilà le diÉcile. Je l'enseignerais bien à enlever une redoute , mais ce rf est pas ton affaire ; Il n'y a pas un meilleur pointeur que rticH dans toute l'armée; mais ce n'est toujours pas ton affaire. Voyons, je veux le montrer la géographie ; non pas cette géographie que l'on enseigne sur de grandes feuilles de papier avêé de petits points noirs pour montagnes et de petits zig-zai ^ur rivières, mais la vraie géographie , celle qui s'apprend itec les semelles de souliers. J'ai couru toute l'Europe; noW Voyagerons ensemble. » El il commençait par avance ses descriptions. Et que d'heures se sont ainsi passées dans cette tAïambre que vous voyez d'ici, auprès de ma peiile table de fràVrfil, mon père à droite . ma mère à gauche, moi an milieu, è< ^ndant plusieurs heures de la journée ces deux êtres si cfht§ *e ri^unissant pour donner fout ce qu'il y avait de bon ènf êttx à cette petite fille dont Dieu se servait pour les récontîfféf, et qui lui en a bien rendu grâce depuis ! La leçoY» finie i a âHéz jouer, enfant, me disait mon père ; et pour eu?t , ris restâtéèt là, ayant chacun im bras appuyé sur cette petite tafMê/ ti Causant, de qui? Toujours de moi , s'aimant poi^ mol , s'a^^ant en mol , et désormais inséparablement unis... if
— Et c'est ainsi , rèprîï fe éè^el , que j'ai été métamorphosé. J'étais dur, je suis bon , éë moins je l'espère ; j'étais violent , je suis juste ; Je' lyratinîsafi , j'afme ; je ne jure plus, je ne bois plus, je ne frftee pttsf^e pWfr... Que dirait mademoiselle ? Ah I celui cjuî est lù-hafûi sait bien ce qu'il fait en nous donnant des enfants ; nous troySHÊ ne recevoir en eux que de» êtres à adorer, et ils ftotfe élèvent... Venez m'embrasser, mon précepieur. »
Marie se pencha sur le front déjà m¥ peu ehauvè dn colonel, et le baisa tendrement; le jeune fiancé,- tes Regardant tous deux àf*ec des larme* dan* les ^eux; se dit tout bas : Diec^ m'a b^ni.
J'ai mis tous mes eiïorts à former ma vie.
MOHTAIGRE.
COIXWSNES MONUMENTALES DR LA BARRIÈRE DtJ TIKWB ACHEVÉES EX 1845.
En 1783 , les fermiers généraux , voulant prévenir plus sûrement la contrebande el soumq^éQ ftyi^clroits d'octi^
un plus grand nombre d'habitants , oblinrcnt du ministre Galonné de reporter le mur d'enceinte de Paris au-delà des boulevards neufs , et d'élever à chacune des nouvelles enti ées des construcU'ons destinées aux bureaux et logements
Une des deux colonnes de la barrière du TrÔDe, à Paris.
des commis préposés ft ce service fiscal. L'architecte Ledoux fut chargé de cet important travail dans lequel il devait trouver l'occasion de se livrer à tous les caprices d'une imagination malheureusement déréglée. Préoccupé sans doute de
caractériser les entrées d'une grande capitale par des constructions d'un aspect monumental , cet architecte affecta de donner à des bâtiments d'une utilité vulgaire l'apparence de temples ou de monuments somptueux. Gomme correctif à cette magnificence déplacée, Ledoux adopta un style d'architecture plus bizarre qu'original, sans précédent aucun, et qui, grâce au goût public , est resté sans imitateur. Ge style , contraire â tous les principes de la l)onne construction , fui uniformément appliqué à toutes les barrières qui , quoique au nombre de cinquante-cinq, étaient toutes différentes de forme et de disposition.
Parmi ces bafrières, celle dite du Trône, élevée à l'entrée du faubourg Saint- Antoine, mérite d'être distinguée. L'étendue même de l'emplacement qu'il s'agissait de décorer parait ici avoir influé d'une manière heureuse sur la disposition adoptée par l'architecte, et l'on ne peut qu'approuver le parti qu'il a pris de décorer cette entrée , l'tme des prhicipales et des plus belles de Paris, de deux colonnes monumentales de grande dimension. Mais ces colonnes ne furent pas achevées, et les projets conçus par Ledoux restèrent ignorés. Lorsque dans ces dernières années il fut question de terrahierou pour mieux dire de commencer la décoration de ces colonnes, l'architecte chargé de cette tâche dut foixémenl s'assujettir aux bossages de pierre qui avaient été ménagés dès l'origine pour recevoir de la sculpture ; et de plus il fallut entreprendre d'importants travaux de consolidation devenus nécessaires par les dommages qu'avaient occasionnés à la construction les incendies de 1789 et de 1830. Ges travaux commencés en 18^2*t)résentaient de grandes difficultés, ils furent exécutés avec beaucoup de soin. L'évfdement laissé dans l'intérieur de chaque colonne , ét^it primitivement destiné à recevoir un escalier en hélice en pierre ; on y substitua un escalier en fonte dont la combinaison avait l'avantage de ne pas fatiguer la construction du fût de pierre. La largeur de cet évidement est de 1", 75. Le diamètre du fût de chaque colonne est à la base de 3", 30 et de 2*", 8/i au-dessous du chapiteau. La hauteur du soubassement des colonnes est de 7", 50 ; l'ensemble de la colonne, compris la base et le chapiteau, est de 23", 02 ce qui donne comme hauteur totale de 30", 50 , non compris la statue et le piédestal qui la supporte (voy. 1841, p. 178, le parallèle des principales colonnes monumentales }.
Le fût des colonnes est cannelé dans les deux tiers de sa hauteur, le tiers inférieur est décoré de figures allégoriques, de trophées et de guirlandes de fruits qui s'enlèvent en relief sur un fond de feuilles de chêne. Les figures sculptées sur les faces opposées de chaque colonne , représentent du côté de Paris, l'industrie et la Justice, par M. Simart ; et du côté de l'avenue de Vincennes, la Victoire et la Paix, par M. Des- Ixcuf. Ges figures sont d'un bon style et bien conçues pdnr la place qu'elles occupent, de manière à ne pas nuire à l'ensemble des colonnes. Seulement on serait fondé peut-être à reprocher aux artistes de ne pas avoir suffisamment caractérise le sens allégorique qu'elles ont la prétention d'exprimer, et si ce n'étaient les trophées qui sont placés au-dessous, on ne saurait voir dans ces figures que des renommées , ou des génies ailés sans aucune expression particulière. Ges myriades de feuilles de chêne qui enveloppent la partie inférieure du fût, et qui peuvent être appliquées avec bonheur sur des colonnes de petite dimension , nous paraissent tout à fait déplacées sur des colonnes monumentales de la dimension de celles-ci.
était moins vaslc. — La dépense totale des travaux de restauration cl d'aclièvement des deux colonnes de la barrière du Trône s'est élevée environ à la somme de 250 000 francs.
Le nom de barrière du Trône prend son origine du trône qui fut élevé en cet endroit pour Louis XIV et Marie-Thérèse lors de leur entrée dans Paris, le 26 août 1660. Ge fut éga-
r»arrière du Trône.
lement sur cet emplacement que Perrault projeta le fameux arc de triomphe sur lequel nous avons donné quelques détails (voy. iW, p. 326).
MÉMOIRES DE GIBBON
(Suilc— Voy. p. x5x.)
J'arrivai à l'université d'Oxford avec un fond d'érudition capable d'embarrasser un docteur, et un degré d'ignorance dont un petit écolier aurait eu honte.
Le voyageur qui visite Oxford et Cambridge est surpris et édifié de Tordre apparent et de la tranquillilé qui régnent au séjour des muses anglaises. Dans les plus célèbres universités de Hollande, d'Allemagne et d'Italie, les écoliers qui y arrivent en essaims de divers pays sont négligemment dispersés chez les bourgeois , dans des logements particuliers^ ils s'habillent suivant leur fantaisie et leurs moyens; et dans les querelles qu'amène l'eiTcrvesccnce de la jeunesse et du vin , leqrs épées, quoique plus rarement aujourd'hui qu'au commencement du siècle , se rougissent quelquefois de sang. L'usage des armes est banni de nos universliés. L'habit uniforme des étudiants, le bonnet carré et la robe noire, sont adaptés aux professions civiles et même ecclésiastiques, et depuis le docteur en théologie jusqu'au dernier gradué, les degrés d'âge et de science se distinguent à des marques extérieures. Au lieu d'être semés dans une ville, les étudiants d'Oxford et de Cambridge sont réunis dans des collèges; il est pourvu à leur entretien , ou à leurs dépens , ou à ceux des fondateurs ; et les heures réglées pour les salles et la chapelle rappellent la discipline des communautés régulières et religieuses que ces établissements ont remplacées. Les yeux des voyageurs sont attirés par la situation ou la beauté des édifices publics, et les principaux collèges
ressemblent à autant de palais qu'une nation libérale a élevés et entretient pour l'habiiation des sciences.
Mon entrée à l'université d'Oxford ouvre comme une ère nouvelle dans ma vie; et, à quarante ans d'intervalle , je me rappelle encore mes premières émotions de satisfaction et de surprise. Dans ma quinzième année, je me sentis élevé soudainement de l'état d'enfant à celui d'iiomme. Ceux que je respectais comme mes sup(;rieurs en âge et par leur rang classique , m'accueillirent avec toutes sortes de marques de poUtesse et d'attention ; et le bonnet de velours et la robe de soie qui distinguent l'étudiant d'un rang supérieur de celui du peuple , flattèrent ma vanité. Une somme honnête , plus d'argent que n'en a jamais vu un écolier, fut mise à ma disposition ; et je pouvais user auprès des négociants d'Oxford d*une latitude de crédit indifinie et dangereuse* On me mit dans les maius une clef qui me donnait la disposition d'une bibliothèque savante et nombreuse. Mon appartement au collège de la Madeleine était composé de trois pièces élégantes et bien meublées ; et les promenades attenantes, si elles eussent été fréquentées par les disciples de Platon , auraient pu se comparer aux ombrages attiqucs des bords de iUlissus. Telle fut la brillante perspective de mou entrée à l'université d'Oxford. Mais ce n'était là qu'une illusion.
L'expression de la reconnaissance est une vertu et un plaisir. Un cœur iionnête se plaît à chérir et à célébrer la mémoire des auteurs de ses jours ; et nos maîtres d'instruction sont les pères de notre esprit. J'applaudis à une piété filiale qu'il m'est impossible d'imiter; car je ne saurais avouer une dette imaginaire pour usurper le mérite d'une rétribution juste ou généreuse. Je ne me reconnais redevable d'aucune obligation envers l'université d'Oxford, et elle peut me renoncer d'aussi bon cœur pour fils que je suis prêt à la désavouer pour mère. J'ai passé au collège de la Madeleine
quatorze mois, qui sont bien les quatorze mois les plus vides «t les plus inntiics de ma vie. Le lecteur peut prononcer entre Técolier et Técole ; mais je ne saurais feindre de me regarder comme incapable de toute connaissance littéraire. L'excuse spécieuse , et qal se présente d'elle-même, de mon âge tendre , de ma préparation imparfaite et de mon départ précipité , peut sans doute être alléguée , et je ne veux rîen lui ôter de sa valeur. Cependant je n'étais pas, dans ma seizième année , dépourvu de capacité ou d'application ; mes lectures d'enfance elles-mêmes avaient développé pour les litres un penchant précoce quoique aveugle. C'était , si l'on veut » on torrent égaré , mais on pouvait lui apprendre à couler dans nti canal profond et à prendre on cours réglé. Sous la discipline d'une académie bien constituée , sous la conduite de professeurs habiles et vigilants , J'aurais pu graduellem<fnt m'élever des traductions aux originaux, des classiques laffins aax grecs , des langues mortes à la science vivante : mes heures auraient été employées à des études utiles et agrélffclM^ k§ écarts de l'imagination réprimél, et j'aurais échappé Ml lentartions de paresse qui fmalelnent précipitèrent mon âépHti d'Oxford.
Les éeo^ ê'Othrâ et de Cambridge furent fondées dans l'iîgfe lénébrerfi de la fausse et barbare sdelice , et portent encore Tempt dw<«f de» vices de letfr origine. Leur discipline pàttiMie M âéàptét à l'édncatioa Aïonastique. Les découverte»^ ks léêes mmvelfetf, saisies avee tant de vivacité par la coffccrrrence de la liberté , soïrt reçues avec une répugnance chagrine dans ces corporations orgueiUefises , placées art-dessus de la crainte de la rivaUté et au-dessous de l'aven àt Terreor.
iGUiàm^k h MfHe de dfsiemffneftts re!%ie«s «Mre son père ti Itrf , ftrt etttojé en Snîsse ponr J acheter se» éioâts. Voici ce qu'il écrit sur celle partie de sa jeunesse : )
Nous quittâmes L.ondres le 19 juin , traversâmes la mer de Douvres à Calais , courûmes la poste à travers plusieurs provinces de France par la route directe de Saint-Qnenthi , noims, Langres, Besançon , et arrivâmes le 30 à Lausanne, oà je fus aussitôt mis dans la maison et sous la tutelle de M. Pavilliard , ministre protestant.
U rapldiié du mouvement du voyage , la nouveauté et la variélé des scènes dn continent , et Ja politesse de M. Frey, homme de sens qui n'<*fait étranger ni aux livres ni au monde, avaient tenn en activité mes sens et mes esprits. Mais après que M. Frey m'eut laissé aux mains de M. Pavilliard, et que je fus établi dans ma nouvelle demeure , j'eus le loisir de comempler l'étrange et mélancolique perspective qui s'ouvrait devant mol. liCs premiers désagréments que j'éprouvai tinrent â nrtbn ignorance de la langue. Dans mon enfance , J'avais nn moment étudié la grammaire française, et je comprenais imparfaitement la prose aisée qui traite des choses simples et familières ; mais jeté ainsi tout â coup sur une terre étrangère , je me trouvai privé à la fois de l'usage de la parole et de l'ouïe , et incapable pendant quelques semaines , non seulement de jouir des plaisirs de la conversation , mais encore de faire aucune question sur les choses les plus communes de la vie , et d'y répondre. Il n'est pohit d'Anglais , élevé dans son pays, qui ne soit blessé de tout nouvel objet , de tonte noutelle coutume ; mais il n'y a personne, de quelr que pays qu'il pût être, que le premier aspect de ce logement, de cet ameublement n'eût repoussé. A la place de mon élégant appartement du collège de la Madeleine, c'était une rue étroite, sombre, la moins fréquentée d'une ville qui n'est pas belle, nne maison vieille et incommode, une petite chambre mal bâtie, mal meublée, qui, aux approches de l'hiver, au lieu d'un feu qui fait société, était destinée à recevoir la chaleur invisible d'un poêle. Je tombais de nouveau , de l'état d'homme , â te dépendance d'écolier cl d'enfant. Mes dépenses réduites infiniment , étaient réglées par M. Pavilliard. Je n'avais à ma disposition qu'une somme très-médiocre que je recevais chaque mois; et liors d'élat de me servir, et mal-
adroit comme j'ai toujours été , je n'eus plus la jouissance du secours mdispensable d'un domestique. Ma situation me semblait aussi dénuée d'espérance que de plaisirs.
Mais tel est le bonheur particulier de la jeunesse , que les objets et les événements les plus désagréables font rarement sur elle une impression profonde et durable : elle oublie le passé, jouit du présent et anticipe sur l'avenir. A l'âge flexible de seize ans, j'eus bientôt appris à supporter, et, par degrés, à adopter les nouvelles formes d'une situation assujettie. Le temps usa ce qu'elle avait de véritablement pénible.
IjC français est d'usage dans le pays de Vaud , et on l'y parle avec moins d'Imperfection que dans la plupart des provinces reculées de France. Je fus fbrcé par la nécessité , vivant autant que je le faisais dans la famille Pavilliard , d'écouler cl de parler; et si je fus découragé d'abord par la lenteur de mes progrès , au bout de peu de mois je fus étonné de leur rapidité. Ma prononciation se forma par la répétiiioa assidue des mêmes sons ; la variété des mots et des idiomes, les règles de la grammaire et les distinctions des genres s'imprimèrent dans ma mémoire. J'acquis par la pratique l'aisance et la hberté ; et y avant mon retour en Âtigleterre, le français, dans lequel je pensais in volontaire nnent , était plus familier â mon oreille, à ma langue, à ma plume, que l'anglais lui-même. Le premier effet de celle acc|i!M(lon naissante fut de ranimer mon amour pour la lecltfre ^ que le 9éjour d'O-tford avait glacé , et ftm bienrfM A^fèversé la bibliothèque de mon Mentor. Ces ame^mietti» eurent un avantage réèf. Mon Jugement et mon goût avaient acquis dès lors quêfqtfe maturité. De nouvelles formes de style , une liltéraf ûte nouvelle s'olfraient à mol ; la comparaison des manières et des opinions étendait mes tue» , redressait mes préjugés; et un extrait volontaire et vohnfnfneux que je fis sur l'histoire de l'Église et de l'Empire de Le Sueur, doit être regardé comme tenant le milieu cuire mes études d'enfance e( celles de la malurilé. Aussitôt que je fus en état de parler avec les personnes de la maison , je commençai à me plaire à leur compagnie ; ma gauche limidilé se polit et s'enhardit; et pour la première fois, je. fréquenta i des a&»eml>lées d'hommes et de femmes. La connaissance de la famille Pavilliard me prépara par degré à celle de sociétés plus élégantes. Je fus reçu avec bonté et indulgence dans les meilleures maisons de Lausanne, dans l'une desquelles je formai une relation intime etsoulenue avec M. Dey verdnn, jeune iiomme d'un aimable caractère et d'un excellent jugement Quant aux talents de l'escrime et de la danse , mes succès , il faut l'avouer, furent médiocres , et Je consacrai bien inutilement quelques mois au manège. Mon inaptiiude aux exercices du corps me rattacha à la vie sédentaire, et le cheval , ce favori de mes compatriotes , n'a jamais conlribué aux plaisirs de nia jeunesse.
La reconnaissance ne me permet point d'oublier les obligations que j'ai aux leçons de M. Pavilliard. Il était doué d'un entendement net et d'un cœur chaud; il était aaisonnable, parce qu'il était modéré. Dans le cours de ses éludes, il avait acquis une connaissance juste, quoique superficielle, de plusieurs branches de littérature. Une longue pratique l'avait formé à l'art d'enseigner , et il s^appliqua avec une patience assidue à connaître le caractère , gagner l'afleclion . et ouvrir l'esprit de son pupille. Aussitôt que nous commençâmes à nous entendre réciproquement, il me fit passer avec art de ce goût sans choix pour la lecture auquel fêlais livré dans la route d'une véritable instruction. Je consentis ave€ plaisir à ce qu'une portion de mes heures du malin fût consacrée à un plan d'histoire moderne et de- géographie , et à un examen critique des classiques français et latins; et à chaque pas , je me sentais fortifié par rhabitude de l'application et de la méthode. Sa prudence réprima et dissinàola quelques saillies de jeunesse. Le compte favorable qu'il rendit de ma Conduite et de mes progrès , m'obtint par degrés quelque lalilude de liberté et de dépense, et il dé-
«ira lui-même adoucir ks désagrëmenU que J'éprouvais par »iiiie (le la manière dont j'éuis logé et meublé.
La iuUe à la prochaine livraison.