RUYSDAEL
ÏPy. 1846, p. aog.
Miii»ce du Louvre. — Le Buisson, tableau de Ilu}sdael.
Tous les maîircs de l'école hollijndaisc se trouvent dignement représentés dans notre Musée du Louvre, et nous possédons sans doute la plus riche collection des chefs-d'œuvre de la peinture flamande. On n'y compte pourtant que cinq toiles de Ruysdael, mais si variées de compositions, de sentiment et d'exécution, et si parfaites en leur diversité, qu'elles suffisent pour faire comprendre tout le génie de ce maître et le placer au premier rang des paysagistes.
Ruysdael est le paysagiste hollandais par excellence; il n^est jamais sorti de Hollande; il s'inspire uniquement de la nature qu'il a sous les yeux : ce sont les sites , les eaux , les campagnes , le ciel de son pays ; rien ne sent chez lui rimitatlon étrangère , et son talent est plus pur encore de tout alliage que celui de son maître Berghem, si fidèle cependant et si national , mais qui conserve malgré lui , de SCS voyages en Italie, certaines réminiscences de la nature méridionale. Les sujets choisis de préférence par Ruysdael ne sont toujours que divers aspects ou divers accidents de la campagne flamande : de vastes plaines traversées par une rivière , de légères collines avec quelques chutes d'eau, une cabane au bord d'un grand chemin et entourée d'arbres , des dels obscurcis par des nuages que perce un rayon de soleil , un bois épais coupé par une route sur laquelle s'acheminent bergers et troupeaux , des voyagturs, des villageois, des ports et des rivages de mer, où des digues, des jetées et le moif vement des flots rompent seuls l'uniformité de l'horizon sons un ciel nébuleux, etc., etc. — Prenez les titres de ses TumbXYI.— Junr 1848.
principaux tableaux, ilsexprinicnt bien celte inspiration constante du peintre qui s'applique uniquement ù reproduire la nature inégaie, froide et pluvieuse de son pays : c'est tantôt un*" coup de soleil , ou un e/fet de soleil après la pluie^ tantôt une tempête soulevée contre les digues , ou une forêt coupée par une rivière , dans laquelle des bestiaux viennent s'abreuver.
Le Buisson , que nous reproduisons ici par la gravure , — est une des toiles les plus célèbres et les plus caractéristiques de Ruysdael. Comme fidélité d'exécution et comme sentiment intime de la nature, ce tableau nous donne l'expression parfaite du talent du peintre. L'effet en est triste et sauvage, impression ordinaire des œuvres de Ruysdael ; la lumière qui éclaire le tableau est voilée, et de gros nuages chargent le ciel , poussés par le vent qui courbe les arbres et les hautes herbes. Un sentier de sable jaunâtre, montant et aride, mène à de pauvres cabanes isolées ; il traverse im terrain hérissé de bruyères et d'ajoncs. Dans le lointain, une plaine avec un clocher ; sur le premier plan, un buisson qui résiste au vent et se penche sur le revers de la colline. Puis , pour animer ce site solitaire , un paysan , accompagné d'un grand chien noir , qui gravit le sentier ; il semble faUre des efforts contre le vent et le sable; il a hâte d'arriver , avant l'orage, aux cabanes qui bornent l'horizon... — C'est la nature prise sur le fait , la nature de ce pays, dans toute sa vérité et sa tristesse ; ce sont les terrains et le ciel de la Flandre, vus par un temps gris et froid, et si admirablement rendus que la réalité
même semble ensuite moins vraie que la copie faite par le peintre.
L'aspect général de ce )ableau est sombre et verdâtre ; bien des tons ont disparu pour laisser Voir le fond qui est bituminem ; \» M sali et jauni par les vernis devait être au^ paravant d'une couleur très-fine. Les arbre» n'offrent presque plu» de ton* verts et le lointain a perdu Uiute sa vérité primitive, Gomme les autres lableaux du même peintre et coinmfi beaucoup d'autres de la galerie, le Buiison est loin d'être aussi bien conservé que la plupart des bonnes toiles flamandes que possèdent les musées étrangers. — Getie dégradation , causée par le temps , altrisic d'abord les yeux et nuit à Te^t du lableau ; mais en Teiamlnant avec atlentiop, vous relrouvei tous les secrets de.ce merveilleui^ talent, et l'oeuvre du peintre , par sa vérité , vous donne une de ces émotions simples et iiénétranies comme celles que vous éprouvez devant |a nature elle-même. Uuysdael n'a point cherché k embellir ce ciel , ce sentier , ce buisson ; il les 9 peints fidèlement tels qu'ils lui apparaissaient , mai9 j| les a vus aussi ^vec les yeux de l'âme, et il semble que aoi) piopi^ senMmenI vive dans ç^tie image de la nature exMrieurei In^ sensible et inanimée. Qui t|e nous n'a ressenti une impr^QR de mélancolie étrange, ^^$ sorte de vague afflictiqn an piN courani, spui, p?r un jour sombre, une plaine aride? fj'avqnfnuu!i pas arrêlé nos yeux avec tristesse sur quelque^ |)eri)§li, chargées de gouttes de pluie , frissonnantes au squffle dtt ve|)|f fAi bien I ee que Puysdael a peint ^vec g^ni? 1 ee ne sqnl pas les objeU mêmes* c'est Témolion que leur ym UUHI causait et |e «entiment que nous y attachions ; il a Çi%é sur li toile npn pas seulement le site offert à ses yeux, m^ilt pour ainsi dire , rilme de cette n^iure solitaire et méia^iquef n'iutres, non moins fid^lei matériellement, MipRiHIt ta
nature d§ns toys ses Ir^i8 \ H R§ manque rien i leur 90^% I
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19 PIMRT Wm hh MO^TASNli.
On parle aoovani de déserta, et Ton ne peint qu» d^s lieui où la nature a répandu le mouvement et la vie. L'esprit se repose encore sur les sombres forêts où le sauvage poursuit sa proie , sur les sables que traverse le chameau, sur ies rivages où se vautre le phoque et que visite le pingouin : mais ici pas d'autres témoins que nnus du lugubre aspect de la nature, L^ soleil éclairant ces buteurs de sa lumière la plus vive , n'y répandait pas plus de joie que sur la pierre des tombeaux. D'un côté, dea roçbers arides et déchirés qui menacent incessamment leurs bases de la chute de leurs cimes ; de l'autre, des glaces tristement resplendissantes d'où s'élèvent des murailles inaccesaibles; à leurs pieds un lac immobile et noir i (orce de profondeur, n'ayant pour rives que la neige, le roc ou des grèves stériles. Plus de (leurs ; pas un brin d'berlie : durant huit heures de marclie , je n'avais recueilli que les restes desséchés de l'anémone des Alpes , et citait h l^ montée de la br^^e. Hien de vivant désormais dïins ces régions Inbahiiables. ^s izards avaient cherché les gazons où l'automne n'était pas encore descendu. Dans les eaux pas un seul poisson; pas même une seule de ces salamandres aquatiques que je rencontre jusque dans les lacs qui ne dégèlent que trois mois de l'année. Pas un lagopède piétant sur ces chamj^ de neige ; pas un oiseau qui sillonne de son voi la déserte immensité des deux. Partout le calme de la mort. Nous avions passé plus de deux heures dans cette silencieuse enceinte , et nous l'aurions quittée sans y avoir VU mouvoir ^utre chose que nous-mêmes, si deux frêles papillons ne m»tta avaient ici précédés; encore n'éuient-ce pas les Pilons des montagnes ; ceux-là sont plus avisés, ils se coRftnent dans )es vaUoBf où ils pompent le necur des
plantes alpestres , et jamais je ne les vols s'aventurer dans ies périlleuses situations. C'étaient deux étrangers : le souci et le petit nacré , voyageurs comme nous et qu'un coup de vent aVàit sans doute apportés. L.e premier voletait encore autour de son compagnon naufragé dans le lac... Il faiit. avoir vu de pareilles solitudes , il faut y avoir vu mourir le dernier insecte , pour concevoir tout ce que la vie tient de place daqs la nature.
ItiMOvo, Voyageg au mont Perdu,