S 1. INSIGNES MILITAIRES
Bétes fauves. Sanglier, — Les Germains et les Gaulois , ainsi que les Romains , se servaient d'enseignes militaires et les tenaient en grand honneur. César raconte que, lors d'une levée de boucliers dont les Carnutes prirent Tiniliative , les chefs gaulois, stipulant pour chacune de leurs tribus, firent réunir les enseignes selon la coutimie usitée dans les conjonctures les plus graves , et qu'ils délibérèrent en présence de ces gages sacrés. Chez les Germants, ces enseigues , au rapport de Tacite, consistaient en images de bétes fauves, qu'ils tiraient de leurs forêts sacrées chaque fois qu'ils entraient en campagne. Valerius Flaccus , dans son Argonautique , nous montre les Coralles arborant , entre autres symboles guerriers, «le sanglier à la crinière de fer. ^ Il paraîtrait que cet animal fut également employé pour le même usage, c'est-àdire comme enseigne militaire , par un grand nombre des peuplades, d'origine si diverse et pour quelques-imes si lointaine,* qui vinrent successivement habiter le sol de la Gaule. C'est ainsi qu'on le voit' figurer sur une multitude de monnaies , sur les sculptures de l'arc de triomphe d'Orange , et ailleurs encore. Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs (fig. 1) le dessin d'un sanglier de bronze autrefois enchâssé sur ime hampe, et que l'on croit généralement une enseigne gauloise. Ce monument , décrit par Grivaud de La Vincelle, se trouve actuellement dans le cabinet de M. Dupré.
Chape de saint Martin, — Lorsque le christianisme eut remplacé les religions barbares , la chape de saint Martin devint la principale enseigne militaire des rois francs. Il n'est pas facile aujourd'hui de déterminer exactement la forme et même la nature de cet insigne célèbre. Les biographes de saint Martin racontent que lorsque cet apôtre, se rendant un Jout à l'église, eut donné à un pauvre sa tunique, il ne garda sur lui qu'un vêtement court et grossier nommé chape. Du Cange pense que c'est ce vêtement qui fut conservé en l'honneur de Tapôlre, et qui, religieusement gardé parmi les plus précieuses reliques , accompagnait partout les rois francs , soit dans leurs palais pendant la paix , soit dans leurs camps ou même ai\ milieu de la mêlée pendant la guerre. Selon le père Daniel, le nom de chape de saint Martin ne doit s'ap-
pliquer qu^à la châsse qui contenait, avec d'autres dépouillea vénérées , le vêtement en question , et qui se portait efiecti^ vement à la guerre. Quoi qu'il en soit , l'histoire nç noua fournit plus de trace de la chape de saint Martin après la fin, de la race mérovingienne.
Drapeaux d'élofft. — Du temps de Charlemagne, et pen* dant toute la durée de sa dynastie » les symboles militaires, n'étaient vraisemblablement autre chose que des drapeaux d'étoffe , qui furent employés généralement dans le même but par tous les peuples et à toutes les époques.
Qriflamme, — Mais dès le onzième siècle , sous le règne de PhiUppe I*', un nouveau signe se substitua dans la vénération publique à la chape de samt Martin et servit à rallier les combattants de nos armées : ce fut l'oriflamme, dont il a été amplement parlé dans ce recueil (voy* la Table des dix premières années, et i8/i5, p. 375).
Ajoutons qtte le sohi de porter cet étendard était toujours confié h l'un des capitaines les plus distingués de l'armée et constituait tme charge si importante qu'on vit un' maréchal de France préférer h cette éminente dignité celle de porteoriflamme. Le chevalier h qui cet honneur insigne était dévolu devait jurer en recevant ce drapeau, de ne point s'en séparer , même par doute de mort ou autre adcenture. Plus d'une fois ce serment fut rempli avec une héroïque fidélité ; témoin cet Anseau de Chevreuse qui, à la bataille de Mons-en-Pevelle (130/i) , fut trouvé mort, l'oriflamme entre ses bras.
Rappelons aussi que le roi Charles VI, de funeste mémoire, fut le dernier qui leva l'oriflamme. A partir de celle époque, elle disparaît de la scène de l'histoh-e sans que l'on sache avec précision comment elle fut détruite , ou perdue , ou ramenée à Saint-Denis.
Bannière royale CorMlle blanche, ~- Indépendamment de l'oriflamme , il y eut , pour ainsi dire de tout temps, diverses enseignes militaires flottantes connues sous les noms de bannières, fanons et étendards du roi, ou d'autres chefs de guerre. Nous compléterons ici , sans nous répéter , les notions que nos lecteurs ont déjà trouvées sur ce sujet dans nos colonnes. L'étendard particulier du roi subit, en suivant le cours des siècles et le goût personnel des princes, de nom* breuses variations. Ainsi , dans une mosaïque fort ancienne citée par Du Cange, et publiée par B. de Montfaucon, Charlemagne est représenté tenant k la main un drapeau bleu semé de roses rouges. Charles VII à son entrée dans la ville de Rouen , l'an iiiix9 , avait un étendard de satin cramoisi orné de soleils ou fleurs de souci d'or, etc. etc. A Bouvhies en 1214 9 la bannière royale était bleue semée de fleurs de lis d'or. Plus tard , la couleur blanche fut consacrée pour celle du champ, et c'est ainsi que se composait l'étendard royal dans les derniers temps du règne de la branche atnée de la maison de Bourbon.