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MONUMENTS FUNÈBRES DE L'ASIE MINEUKE

Dans l'introduction au premier volume de sa Description de l'Asie mineure, M. Texier fait observer que c'est surtout dans les tombeaux qu'il est possible de juger de la variété du goût des diflferents peuples asiatiques, et en même temps du scrupule avec lequel les formes primitives spéciales à chacun de ces peuples ont été respectées jusqu'à l'avénement du christianisme. Ainsi les toaibeaux des Phrygiens , quib aient renfermé les cendres d'un Romain ou d'un Grec, sont toujours sculptés suivant le type du monument qui passe pour le tombeau de Midas, fondateur de la monarchie phrygienne. Dans la Lycie , qui a été toujours régie par des lois particulières, les tombeaux de pierre imitent ces sarcophages de bois qui se retrouvent dans quelques hypogées d'Egypte. Les sépultures taillées dans le roc se distinguent en deux classes : celles qui paraissent être du style proprement lycien ou primitif, et dont la ressemblance avec certains tombeaux des anciens Perses n'est certainement pas due au hasard; et celles qui, également taillées dans le roc , sont dues évidemment à des artistes grecs, et construites d'après les principes de l'architecture hellénique. Les magnifiques tombeaux de Telmissus sont de cette dernière classe. Les tombeaux des Cariens ne sont jamais taillés dans le roc, et sont composés de deux éuges. Dans les provinces du sud , on ne retrouve point les tumulte cette forme la plus antique des sépultures qui fut usitée dans W Pont , dans la Lydie , dans TÉolide et dans la Troade. Le simple sarcophage est le genre de monument le plus répandu.

Le grand nombre de sarcophages qui nous restent prouve que l'usage de brûler les morts devint successivement moins fréquent sous les empereurs romains, et principalement sous les Antonins. L'introduction du Christianisme le fit encore diminuer et l'abolit enfin entièrement On sait que l'osage d'hihumer les morts remonte à la plus haute antiquité, mais que celui de les brûler le remplaça d'abord entièrement chez les Grecs et chez les Uomalns. La plupart des beaux sarcophages conservés aujourd'hui dans l<s musées de l'Europe remontent aux troÎNième et quatriônie siècles de l'ère chrétienne. Cette date est probablement celle du saixophagc dont

nous donnons la gravure. Ce sarcophage porlc les statues des deux personnages doul il contenait les restes. Les basreliefs qui décorent les faces latérales de ce monument représentent im combat ; autre indice qu'il ne remonte pas à des temps très-anciens. On sait qu^ui sujet de ce genre se trouve reproduit sur le beau sarcophage de porphyre conservé à Rome , et qui , dit-on , servit de tombeau ù sainte llélène, mère de Constantin. Les nombreux sarcophages trouvés dans ie midi de la France, et qui paraissent du cinquième et du sixième siècle , offrent aussi celle image des combats, tandis que sur les sarcophages beaucoup plus anciens, et qui rcmonient aux beaux temps de Tari, on trouve rimage du repos sous les formes les plus gracieuses. Le marbre de Paros dont sont faits beaucoup de ces monuments prouve qu'ils ont été travaillés dans la Crècc, et que de ses ateliers ils ont passé dans rilalic ou dans les Gaules ; cVst la

raison pour laquelle on y trouve tant de sujets de la mythologie et de riiistoire héroïque qui u*ont point de rapport avec la destination de ces tombeaux. L*Asie mineure, si florissante sous les empereurs romains, ne dut point le céder, pour le luxe, aux provinces dont nous venons^e parler, et le grand nombre de iieaux tombeaux que M. Texier y a découverts , et dont il a rapporté des fragments, ouvre une nouvelle carrière aux recherches des archéologues'pour arriver à la connaissance des mœurs et des usages des anciens , et surtout pour Thistoire des arts. On sait qu*au moyen des sujets que représentent les sarcophages , les savants ont pu déterminer dans les statues, les pierres gravées et les médailles , beaucoup de figures isolées, copiées d'après les originaux , dans les bas-reliefs des tombeaux. Les artistes qui exécutaient ces derniers monuments n'étaient pas du premier ordre, mais ils copiaient ou imitaient tidèlemeutles chefs-d'œuvre de la pein-

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Musée du Loa\re. — Sarcoiilingc Je TAsic mmcuie.

ture et de la sculpture. Ils nous ont transmis ainsi plusieurs ouvrages célèbres, et nous ont mis ù portée de juger, sinou de leur exécution , du moins de la manière dont ils étaient composés.

JEAN liAUT.

Le 7 septembre i8/i7, Dunkcrque inaugurait avec déshonneurs extraordinaires la statue de Tillustre marin. Ce jour avait été choisi comme anniversaire, en commémoration du fameux triomphe remporté par Jean Bart , le 7 septembre 1G76 , sur une frégate hollandaise dont les forces étaient au moins triples des siennes. Lille, Turcoing, Bergucs, Saint- Omer, Calais, Gravelines et plusieurs autres villes voisines avaient envoyé des députations pour prendre part à cette fé(e vraiment nationale; une foule immense se pressait au pied de la staltje encore voilée , attendant avec impatience qu'on

la découvrit. Le marbre enfui apparut à tous les regards : de longues acclamations saluèrent l'œuvre de l'arUsle , où semble revivre ce hardi capitaine , une des gloires de la marine française. Le statuaire a représenté Jean Bart au plus fort du combat, à l'instant de l'abordage : l'épcc d'une main, le pistolet de l'autre, déjà l'intrépide corsaire enjambe un des canons du bord ennemi; il avance sans peur, la poitrine offerte ù tous les coups, et , dédaignant le danger, il tourne la iôte du côté des siens pour les animer du geste et du regard. C'est une noble iiftage, digne de celui qu'elle représente, digne aussi de la cité patriotique qui Pavait commandée au ciseau de l'artiste. La vie entière de Jean Bart , tout son courage, tous ses hauts faits sont réunis eu quelque sorte dans cette attitude héroïque de la statue, et ce marbre, animé par l'inspiration du talent , parle au cœur en même temps qu'aux yeux. — « C'est ainsi, disait le comlc Roger, alors député flc Dunkcrque, et qui fut l'orateur naturel de celte inauguration , c'est ainsi que les hommes illustres

doitent être honorés et produits aa peuple. Sous la gloire populaire il se cache toujours une leçon profonde et un grand enseignement. Vous tous qui m'écotiteii vous vous

assemblez ici pour saluer cette fière image» pour couronner cette puiâtante personniGcation du génie maritime ; gardes la mémoire des émotions de ce Jour; et al la paix dont yous

SUtue de Jean Bart à Dunlierque, par Darid d'Anger».

n^ï^n^V^^^^ «roublée. silesheuresdedangerreve. | qui pousse aux grandes actions, ce dévouement qui .es ■^^lîL ^^r^?. • T ^''"' ^*™" • J'^" ^"^*« ^^ «>"- *««P«r« • cc"c énergie qui les accomplit I... » î ^

Twun au passe, fidèles à vous-mêmes, montrer ce courage 1 Personne n'en doute; à riit-ure du danger, laFrancc n'auli^

ptt besda de (atre in>^ an conrage de ses marins. Dmikerqpe » Cherbourg » Saint-Malo , se vantent Justement de n Valoir paa été les moins utiles à la défense nationale, et il feut interroger les Anglais pour savoir quelle terrible guerre nos eonaires ont faite depuis deux siècles aux ennemis de la France.

Le corsaire « comme on sait , reçoit une lettre de marqué signée du minisure ; il arme lui-même son vaisseau pour la cotirse , il combat en volontaire , à ses risques et périls ; mais il n^en est pas moins au service de TÉtat et soumis au code maritime. Aussi ne peut-il être confondu avec le pirate. De toutes les nations qui ont une marine, nulle plus que la nôtre ne fut redevable à ses corsaires. Raynal a consigné , dans son Histoire philosophique, les services immenses que la course à rendus à la France pendant tontes les guerres de Louis XIV, et Vauban , qui personnifie en quelque sorte le génie de la défense , a écrit tout un mémoire pour démontrer la nécessité et l*avantage des armements de corsaires t « Il faut, dit-il , de toute manière faciliter la eonree tant que durera la guerre. »

Les noms de Jean Bart et de Du Guay-Trouin, rendus ilhistrès par unt d'exploits audacieux et unt de prises faites sur l'ennemi , disent assez de quel puissant secours les corsaires ont été pour notre marine régulière sons le règne de Louis XIV. Eux seuls suffirent à balancer tous les avantages remportés par les flottes alliées ; après le grand événement de la Ilougue, ils surent défendre victorieusement les côtes françaises et faire douter l'ennemi de l'avantage douteux qu'il venait d'obtenir contre nous. Jean Bart , pour ne parler que de lui, Jean Bart, fils d'un pécheur , ne montait encore qu'un petit bâtiment, tandis que, par les soins de Louis XIV, 4a bVance comptait 198 vaisseaux de guerre ; mais les défaites arrivèrent , les amiraux se firent battre , tandis que le fils du pécheur se signalait par des courses de plus en plus brillantes. Un Jour il se trouva le premier marin du royaume ; on le mena à Versailles, et quoiqu'on eût dit de lui qu't7 n'était bon que sur son navire , Louis XIV ne le nomma pas moins chef d'escadre. On connaît la belle réponse de Jean Bart : « Sire , vous avez bien fait. » Et il le prouva. Au lieu d'un seul navire, il en eut sept ou huit sous ses ordres ; devenu plus prudent sans rien perdre de sou audace ni de son bonheur , il fit toujours la guerre en voiontah-e , mais avec d'autant plus de succès que ses forces étaient plus augmentées. — En 1691 , il brûla plus de 80 vaisseaux ennemis et revint avec 1 500 000 francs de prises ; — en 1692, il prit seize navires marchands aux Hollandais ;-^ en 1693, il répara la défaite de la Hougue, en déuruisant ou capturant 87 navires ou vaisseaux des alUés. Et jusqu'à la paix de Riswiclc , sa fortune ne se démentit pas im instant; chacune de ses croisières fut signalée par de nouveaux exploits, et c'est par centaines qu'il comptait ses prises de chaque année.

Cent ans plus tard, lorsqu'une nouvelle coalition vint menacer la France , le souvenir de Jean Bart et des autres capitaines qui avaient partagé sa gloire de corsaire» devait électriser toutes nos populaUons maritimes. Aussitôt la guerre déclarée , les ports s'empressèrent d'armer pour la course. L'Assemblée législative , cependant , hésitait à délivrer des lettres de marque ; au nom de l'htimanité elle demanda à toutes les nations européennes d'abolir cet usage de la course; Hambourg et les villes anséatiques accédèrent seules à cette demande; l'Angleterre, la Russie, l'Espagne, toutes les puissances enfin refusèrent d'y adhérer. — Or voici, d'après les tableaux.du Lloyd de Londres , quels résultats la course avait donnés , du côté des Anglais et du nôtre , pendant les cinq premières aimées de la guerre : ces chiffres prouvent que la France n'était pas la plus intéressée à la suppression de la course , dont elle avait généretisement voulu prendre f IhlOative î

Prises tàlie» par ' Ui AnfUU. les Français.

1796. . 63 Uià

Totaux 375 2 266

Différence à noU-e avanttfç'e, 1 891 prises.

Dès la fin de 1797, la dette de la marine anglaise était déjà de 6 093 liiU livres sterling, soit 150 millions de francs. Que l'on calcule , d'après cette proportio^i , ce que durent coûter encore à la marine anglaise les dix-huit autres années de guerre, jusqu'en 1815, et l'on trouvera que nos corsaires ont aussi bien vengé les d(5sastres d'Aboukir et de Trafalgar qu'autrefois Jean Bart celui de la Hougue. .

Nous donnons ces chiffres afin de montrer comparativement ce que la France a pu devoir à ses corsaires sous le règne de Louis XIV, pour lequel les chiffres précis nous manquent. Il est certahi que dès-lors les cour^rs causaient infiniment plus de mal que nos flottes aux marines ennemies ; et Jean Bart aurait pu conseiller à Louis XIV ce qu*un de ses plus dignes successeurs, iiobert Surcouf, le corsaire de Saint- Malo , conseillait un jour à Napoléon : « Sire , à votr<> place , je brûlerais tousikiés vaisseaux de ligne, je oc livrerais jamais de combat aux flottes et aux escadres britanniques ; mais je lancerais ^r toutes les mers une multitude de frégates et de bfttimenta légers qui auraient bientôt anéanti le commerce de notre rivale et la mettraient ainsi à notre discrétion. »

Être bien logé, avoir de beaux jardins, grande suite, avoir des tableaux, être prince , paraissent des biens , et de grands biens, k ceux qui ne les possèdent pas. Demandez à ceux qui les possèdent s'ils sentent bien le plaisir de ces choses , ils vous diront que non. J'ai vu des princesses qui n'allaient pas une fois en dix ans dans un beau jardin qu'elles avaient derrière leur maison.

Ce qui trompe les petits dans le jugement qu'ils portent des cercles supérlem^ , c'est qu'ils ne jugent pas les biens réels, les plaisirs^ réels, les avanUges réels, et qu'ils mesurent ces avantages selon les idées qu'ils s'en forment et uon sur la réalité des choses. Combien une pauvre demoiselle de campagne, qui n'a point d'autre monture qu'un Ane, s'imagine-t-elle de plaisir à posséder un carrosse , de belles maisons , un grand train 1 à être honorée , à voir que tout le monde lui fasse place 1 En effet, qui transporterait cette demoiselle avec ces idées dans l'état des princesses , elle ne croirait pas qu'on pût ajouter à son bonheur. Mais laissez-l'y quelque temps , et vous verrez que cette idée diminuera : il ne lui restera que la réalité de ces biens, qui se réduit à bien peu de chose. Alors elle se forgera d'autres chimères , auxquelles elle attachera son bonheur et son malheur, en devenant comme insensible à tous les biens qui avaient fait le comble de ses souhaits. Nicole.

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