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cttur et d'une haute intelligence , faisant une patrouille de r.uit aux environs de TUôiel de ville comme garde national, pénétra avec quelques camarades dans la maison d*un lo* Kcnr, à la poursuite de meurtriers surpris en flagrant délit. Voici le récit que Je lui ai entendu faire de cet incident.
a Nous mon lûmes à tfttons un escalier an fond de Tallée; la baïonnette en avant , nous suivions le bruit des pas qui fuyaient. Il nous fallait tournoyer en spirale dans une épaisse obscurité , colorée plutôt que dissipée par quelques lueurs venues du dehors à travers une ou deux meurtrières. C'était comme une ascension dans un tuyau de poêle ; Iç mur nous cernait. Arrivé au haut, j'entendis le claquement d'une porte, puis rien, plus de passage. Il fallut nous arrêter, appeler ie propriétaire de la maison , et le sommer de nous éclairer et de nous conduire. L'homme, par sa lenteur, protégeait ses hôtes. Il parut enfin avec son bougeoir. J'aperçus une porte , la seule qui fût sur le palier, je la poussai de la crosse de mon fusil , et reculai en voyant , au bas de plusieurs marches , une sorte de goulïre d'où s'exhalait une >'apeur fétide qui obstruait ma reHpirnttou, olTusquait ma vue, et pâlissait la flamme de la chandelle , qui vacilla , prêle ù s'éteindre. Il fallut du temps pour que l'air devînt respirable , pour que nos yeux parvinssent à distinguer quelque cliose dans cet amas confus de membres humains , de haillons, de paille, de fange. l*oules les têtes se cachaient , et la tourbe qui croupissait dans ce putride, cloaque dormait ou feignait de dormir. Lorsqu'on examina les locataires , hommes, femmes, enfants, un à un, il fut impossible de discerner les coupables. Tous étaient à demi vêtus des mêmes dégoûtants lambeaux , tous se montraient assoupis, hébétés ou cyniques , tous proferaient les mêmes dénégations brulu'cs , tous offraient les mêmes stigmates de vices et de dégradation physique et morale. »
Dans tous les grands centres de population , h Lyon , à lille, à Bruxelles, h Birmingham, h Londres, même agglomération, mêmes plaies ; et partout l'on retrouve ces repaires où vont se perdre la santé , les épargnes et lu moralité des classes industrielles. Le mal est enfin devenu tel qu'on a fait, ]>our y apporter remède, quelques tentatives insuflisantes qu'il appartient ù la France de poursuivre , des essais qu'il est de notre devoir de compléter. Ost h Londres que le mal était le plus grand ; là aiLssi plusieurs associations ont été (ondées dans le but d'améliorer la condilion des classes laborieuses.
11 ne s'agissait pas seulement d'établir des logements sahis, commodes, pourvus d'air, de lumière et d'eau ; il fallait qu'ils fussent préférés aux repaires que peuple rattrait d'un bon marché apparent (six sous par nuit, cl la septième gratuite ) , l'appât d'un dîner donné gratuitement aux pratiques à la Noél , d'im bal à deux sous tous les dimanches ; enfin le funeste plaisir qu'offrent de nombreuses réunions où tous les âges, tous les sexes , les vagabonds à l'esprit aventureux, les voleurs à l'existence dramatique et pleine d'incidenls, opî>orleut une fièvre incessante et des émolions de tout genre.
Les premières malins fondées par la Société des amis de l'ouvrier l'ont été dans Khig-Street et Charles-Slreet, Drury- Lane. La locahté ne pouvait être mieux choisie : c'est le quartier le plus populeux et le plus mal habité de Londres ; c'est l'immédiat voisinage de nombre des odieux réceptacles qu'il s'agissait d'expulser. Ces deux établissements modèles logent, l'nn vhigt-quatre , l'auu-e quatre-vingt-trois locataires, distribués dans des chambres d'inégales grandeurs. Chaque personne, pour ses huit sous par Jour, y a droit ù un lit propre, pour elle seule, dans un dortoir aéré ; a sa place, jusqu'à l'heure du repos , dans une salle commune bien chanflée et bien éclairée ; a son tour au feu de la cuishie , IKHir y préparer, à sa guise , son dîner et son souper; chactin , avec de l'eau en abondance , a tout ce qu'il lui faut pour sa toilette de propreté ; et , pour don aous de supplé- ^nent, oo baio diaud s'il le désire.
Le mari et la femme condei|^ de chaque maison répon^ dent du matériel , reçoivent les loyen qtiotidiens, toojoort payéi d'avance , admettent on repoussent les poatnlanl^t cl protègent les locataires contre toute violence et toute rte. L'ivrognerie, le tumulte sont strictement interdits, et l'on ne tolère la pipe et le cigare que dans des cabhiets destinés aux fumeurs. Enfin iw rapport périodique est présenté au comité qui, en outre, fait inspecter ses agents.
« J'assistais, dit l'auteur du rapport anglais, au dîner gratis de Noël de la maison de King-SUreet. Ses vingt-4ept habitants entouraient un substantiel repas de bœuf rôti et de plnmpudding. C'était plaisir de voir disparaître les énormes piècen de viande ; mais la tenue , la conduite , la conversation des convives me donna une salisfaclion mieux fondée. Tous avaient bon air; beaucoup paraissaient avoir vu de meilleurs jours. Après dîner, je les priai de nous dire librement quels avantages la maison leur offrait sur les autres locations du même genre. Le premier qui parla me confia qu'élevé au collège , il avait été destiné à l'état ecclésiastique : une excursion dans son liistoire personnelle le conduisit li nous faire part des malheurs qid, le jetant sur le pavé de Londres, l'avaient forcé ù errer de logeur en logeur, dans la plus misérable des conditions. 11 n'avait trouvé de repos et conquis un chez lui que depuis qu'il était admis dans cette maison modèle.
» Je causai longtemps aussi avec un ancien maître de mathématiques, devenu commis voyageur, plus tard sans fonctions, la débilité de sa santé l'ayant cliassé de métier en métier, de misère en misère. Maintenant heureux , grâce à la maison modèle , il gagne sa vie en vendant un ouvrage iugénieux de mathématiques qu'il a composé.
» Vu l'affluencc des candidats, on pourrait multiplier ces maisons modèles , centupler le nombre des lits sans courir le risque d'en avoir de vacants. La crainte du renvoi suffit pour ranger tous les locataires à la stricte observation d'un règlement fort sage qu'ils ont eux-mêmes formulé, n
Ce n'est pas là une œuvre de pure philanthropie ; elle offre aux capitalistes un intérêt raisonnable et sûr. Ce loyer, en apparence si modique parce qu'il est morcelé , s'élève pour chaque locataire à 124 fr. environ ; ce qui forme un total annuel de près de 3 000 fr. pour la petite maison qui ne contient que 2U personnes, et de plus de 10 000 potir celle qui en héberge 83.
Qu'est-ce alors que l'effroyable impôt prélevé sur les pauvres entassés , à quatre sous par tête , dans d'afl^*eux galetas qui contiennent chacun une cinquantaine de malheureux? Ces dégoûtants greniers sont loués plus clier qu'un somptueux appartement, et chaque chambre d'ime de ces masiuts délabrées rapporte de trois à quatre mille francs par an.
Nombre d'esprits judicieux , de nobles cœurs , s'occupent depuis plusieurs années des moyens de faire disparaître ces abus lionteux. De si profondes misères ont remué d'Individuelles et généreuses sympathies. Un travail fort remarquable sur l'architecture domestique et économique à l'usage des ouvriers, dounait en 18/i5, dans la Revue de l'arehi' iecture et de$ travaux pubUcSf un résumé de tout ce f|«i s'est projeté en France et dans les pays voisins à ce sii|ct. Tout récemment, l'auteur de ces articles. M, Daly, propose d'élever, dans chacun des quatre quartiers les plus populeux de Paris, un étabUssement destiné à recevoir environ quatre cents ménages d'ouvriers , distribués dans de petits appartements distincts. Le chauffage , l'éclairage , les achats de provisions , seraient faits en commun. 11 y aiu*ait un four onmibiis , une crèche , une salle d'asile , école, salle de lecture, cour. Jardin, bains, buanderie; bref, à chaque lamille son huiépendance , à toutes les bienfaits de la communauté.
BUREAUX D'ABONNEMERT ET DE TEBtSt
rue Jacob, 30, près de la rue des Petits-Augustins.
Inprhnerie de L. MAftToiiT, riM Jacob, 3o.
SALON DE i8/i8. — PEINTURE.
DNB PAIIILLB TURQUE EN VOTAGB.
Salon de 1848. —Tableau par Gbacaton.
Les Tares ont un profond éioignement poor les Toyages. Us n^ont Yoyagé que les armes à la main, jadis, quand Ils se faisaient une loi de soumettre à la religion du Coran les peuples étrangers. Maintenant qu'ils ne sont plus en état d'entreprendre une conquête, qu'ils ont bien de la peine à conserver ce qui leur appartient, ils ne demandent qu'à rester paisiblement à leur foyer natal. Us ne connaissent point cette curiosité inquiète ni cet amour de la science , noble mobile de tant de courageuses explorations , ni ce fatal ennui qui conduit inutilement de région en région tant de touristes désœuvrés. Pour le Turc , le monde entier se concentre aux lieux où il a reçu le Jour, où il s'est marié , où il gère en paix ses affaires. Il n'ignore pas qu'il y a par delà les rives de la i^Iéditerranée , de la mer Noire , des peuples industrieux qui parlent une autre langue et professent une autre religion que lui ; mais il ne se soucie point d'aller les chercher sur leurs nuageux parages. Il attend leurs marchands et leurs denrées, nonchalamment assis sur son comptoir, les pieds croisés sur un tapis , et le chibouk à la main. Pour le déterminer à s'éloigner de son bazar, de sa maison, il faut de graves motifs ; pour qu'il s'aventure seulement dans l'hitérieur de l'empire musulman, il faut une raison de commerce ou une raison de famille déterminante. Et le fait est que la façon de voyager en usage dans ce pays n'est pas encourageante. Là, ni routes, ni voitures publiques, et pas d'auUreS hôtelleries que les caravansérails , où l'on est tenu d'apporter avec soi son lit et ses provisions; car le caravansérail n'offre le plus souvent à ceux qui y cherchent un asUe nocturne , que ses quatre murailles nues et quelques cruches d'eau. Un homme seul peut ToMiXTI. — Juilt.it 1848.
encore braver sans trop de crainte toutes ces difficultés ; mais s'il doit emmener avec lui une famille , quelle complication de difficultés ! quelle misère 1 Une ruine complète , une persécution redoutable , sont les causes ordinab-es d'un tel déplacement. Le pauvre Turc part alors avec son plus proche parent , son frère peut-être ; place sa femme et tout ce qui lui reste de plus précieux sur un chameau , dans une espèce de corbeille vacillante qu'un tapis protège contre l'ardeur du soleil. 11 abandonne son cheval à son compagnon de voyage, et, monté sur un de ces vigoureux ânes d'Orient , dont nos ânes d'Europe ne sont qu'un grossier simulacre, il guide lui même, de concert avec un jeune esclave, le patient animal du désert qui porte toute sa fortune. 11 s'en va ainsi par les campagnes désertes , par les collines arides , par les sables brûlants. Au lever de l'aurore il est debout, et tout le Jour il continue sa marclie pénible, jusqu'à ce que, le soir venu, il s'arrête, s'il ne trouve pas quelque caravansérail, entre des broussailles où il fera paître son chameau, où il fera bouillir sur un feu de bruyères une tasse de café pour son souper ; puis s'endormira sur la terre , la tête enveloppée dans son manteau. Tandis que , le long de la route , sa femme et sa belle-sœur s'abandonnent au l>alancement régulier de la marche du chameau et se laissent aller à une douce somnolence , tandis que ses enfants regardent avec de grands yeux curieux le vaste espace qu'ils vont parcourir, l'humble Turc songe avec douleur aux lieux qu'il vient de quitter, et avec inquiétude à ceux où il va chercher un nouveau gtte. U songe à l'injustice qu'il a subie, à celles qu'U doit peut-^tre subir
encore ; Il élève ses regards vers le ciel,
l'/d'b^yXSt^ôfle
MA(;AS1.N IMTiOKRSQlJE.
corde , l« secours d'AlIab. Puisse Allah le proK'ger et le défendre !
Mon enfant, un des plus sûrs moyens de bonheur est dV foir sa conserver Testime de soi-même, de pouvoh* regarder sa fie entière sans honte et sans remords , sans y voir une ] action Tile , ni un tort ou un mal fait à autrui et qu'on n\iit | pas réparé. Coït dorcet.
GANG-IIOLL.
tuile. — Voy. p. ao5, aïo.
Le soin que semblaient prendre les Normands d'annoncer leur arrivée était trop contraire à leur tactique babituoUe pour ne pas exciter la surprise et la défiance du mactiern. A.ttfiai« après le premier moment de confusion , se hâta-t-il de donner tous les ordres nécessaires pour la défense de la Ker, Luimême se mit ensuite à la tète de ^elques serviteurs acmés, aûn d'aller reconnaître Tennemi dont 4a corne avait cesséde se faire entendre.
I^ petite troupe se dirigea silencieusement wt» Ita mer , protégée par les genêts qui la dérobaient aux regards, et par les bruyères qui étouffaient le bruit des pas. En tète marchait Galoudek avec ses fils ; den*lère ceux-ci 'venaient Aourken et , Andgrhn. ^L'oqihflUne avait suivi le mactiern d'inspiration ;, comme le diien suit le maître qu'il aime , et le iNormand s'était laissé eAnHoer sans y penser, ^nr cilla seul que sa place lui scmblaH près de la Jeune pastour.
La petite trompe eut bientôt atteint le point du coteau où la baie se laûsalt apercevoir tout entière. La décision du mactiern avait «été si subite et si promptement exécutée qœ le soleil n'avait point complètement disparu lorsqu'il arriva avec ses gens au bord de la mer. De mourantes lueurs rougissaient encore les flots et éclairaient les grèves. Tous les regards parcoururent rapidement les sinuosités du rlrage, puis s'arrêtèrent sur un objet de forme singulière qui flottait contre les récifs les plus rapprochés. Galoudek reconnut au premier aspect le prétendu monstre décrit par Aourken: c'était un navire qui Tenait d'amener sa grande voile et dont on voyait alors clairement tous les détails. Andgrtm les fit remarquer à l'orpheline qui s'était arrêtée saisie, non de ce qu'elle apercevait , mais du souvenir de ce qu'elle avait cru apercevoir.
— Aourken voit maintenant que son dragon est conduit par des matelots, dit-il à demi-voix. Ce qu'elle a pris pour la tête du monstre n'est qu'une proue sculptée ; les douze nageohres étaient douze rames vertes , et ces grondements qui l'ont effrayée venaient du toit de cuir qui se dresse près du ra&t ; qu'elle prête i'oreille, elle entendra encore la voix de la CamereHe.
Un sourd murmure , mêlé à des sifflements entrecoupés , s'élevait en effet par rallies de l'étrange navire. La Camerette , ainsi qu'Andgrim l'avait appelée , était, dans la marine du Nord elle-même , une exception bizarre empruntée , si l'on en croyait son nom , aux mers africaines. Sur le toit de cuir arrondi, qui lui donnait l'aspect d'un court serpent marin , s'élevait une double émhience percée d'ourertures obliques par lesquelles la brise pénétrait dans un dédale de reji^ d'où elle ressortait STec mille retentissements. SingtH lier af pareil qui remplaçait sur les flots le bruit des cymbales ou des clairons, et qui préparait la victoire en Jetant d^atance l'effh)! au cœur des ennemis 1
Ainsi que nous Pavons dit , le navire se trouvait à l'ancre prêt des rochers. Les rames avaient été rentrées, et Ton aper-
cevait ù peine quelques rothras (1) couchés sur leurs bancs* Le mactiern ne savait que penser de cet abandon , lorsqu'il lui fut explique par l'apparition d'une troupe de Normands qui gravissaient le coteau. A leur vue , ses compagnons tan- . dirent leurs arcs ; mais Galoudek leva vivement la main et murmura ;
— Un enfant î
Tel est le respect des Bretons pour l'être faible qui naît è la vie, que la haine nationale elle-même demeura un instant su^ndue. Tous venaient, en effet, d'apercevoir à la lêle de 3a troupe une femme richement vêtue, qui tenait dans ses aras un nourrisson dont les cris plaintifs trahissaient les souffrancefi. Près d'elle marchait un homme de haute taille, armé d'une de ces massues à pointes d'acier, connues sous le nom dV/oilef du matin , mais dont l'attitude et les regards n'avaient rien d'hostile. Il se tournait fréquemment vers la mèce éplorée, qu'il s'efforçait de calmer par de douces paroles, puis regardait autour de lui avec une impatience inquiète.
<jonme il allait atteindre le sommet du coteau , le fourré de ^nêt qu'il avait Jusqu'alors côtoyé cessa tout à cx»up , et il se trouva en face du mactiern et de ses gens.
J)l y eutdes deux côtés un premier cri , suivi d'un brusque mouvement : les deux troupes avaient reculé en préparant leurs armes ; aais le chef normand arrêta les siens du geste , fit im pas vers les Bretons en baissant sa massue , et leur adressa vivemeat la parole.
Attdi^im , qui s'était approché , poussa une exclamation de joie è ces sons cbers et connus !
— Tu Je comprends 7 demanda le mactiern.
~ C'est la langue du Westfold , répéta le jeune homme avec ra:rlBsemeBt
— Et ^ue 4it-ll ? i-eprit Galoudek.
— Il avertit le mactiern , répliqua le jeune homme , que lui et les siens ont abordé ici comme des hôtes, et non comme des ennemis.
— Dis-lui que nous n'avons pas de place à nos foyers pour les visiteurs qui lui ressemblent, répliqua vivement Galouddt, et que s'il avance plus loin , nous le recevrons comme les taureaux reçoivent les loups.
Andgrim n^eut point le temps de traduire cette derniète réponse de Galoudek. La Jeqne mère avait suivi leur rapide dialogue avec tme anxiété haletante ; bien qu'elle ne comprit point les deux interlocuteurs, l'accent du chef breton lui fit deviner un refus. Elle changea d'abord de visage ; puis, par un de ces élans inattendus dont les femmes seules ont l'audace , elle souleva son fils avec un cri éploré , courut I Galoudek et le posa à ses pieds.
11 y eut parmi les Bretons un mouvement général de surprise ; le mactiern lui-même semblait hésiter sur ce qu*U devait fah*e ; mais la jeune pastour, qui avait tout vu des derniers rangs où on l'arait repoussée à l'approche des ennemis , écarta brusquement ceux qui l'entouraient , cotirot à l'enfant et le prit dans ses bras.
Galoudek, dont la défiance combattait l'émotion , la rappela vivement
— Laissez cet enfant, Aourken, s'écria*t-il ; laissez-k, stnr votre tête 1 C'est encore une ruse des Wikings. Gardez votre pitié aux fils de TArmor, et ne la dépensez pas pour l'enfant d'une païenne.
— Sur mon salut ! celle-ci ne mérite pas un tel nom , interrompit l'orpheline en montrant la Jeune mère penchée vers son fils , car elle porte au cou la croix du Christ.
Le mactiern regarda l'étrangère , et fit un geste de surprise,
— C'est la vérité , dit-il , et son costume même n'est point celui des femmes du Nord.
— Aussi n'y est-elle pohit née, fit observer Andgrim , qui
(f ) Rameurs.
av^t contlDtté à entretenir le chef normind. Popa est fille dn seigtiettr de Bayeux.
«— Le comte Bérenger I s'écria Galoudek ; ce n*cst pas un Inconnu pour moi 1 Nous nous sommes atUrefois rencontrés chez le comte de Pohcroù nous avons cliassé avec les mêmes chiens, dormi sous la même couverture et communié de la m^me hostie I Mais Je veux m'assurer si le Wilcing a dit vrai.
il iKiissa sonépée, ftt un pas vers l'étrangère, et lui adressa la parole dans la tangue du Bésin.
U jcvne fienraie qui , au premier mot , avait tressailli , joignit les mains.
— Aht vous pouves m'entendre! s'écria-t-elle ; que la mère de Dieu soit bénie l Vons ne repousserez pas mes prières.
— Est-ce bien la fille en seigneur de Bayeux que je retrouve dans les rangs des païens ? reprit le mactiern.
Les yeux de l'étrangère se remplirent de larmes.
— Héliisî le faible ne choisit point sa place, dit-elle trisletenient. Les hommes du Nord sont arrivés avec la marée sur nos grèves ; ils ont tné tous les guerriers qu'ils ont rencontrés, puis se sont emparés des chevaux de lal)oiu* pour en fairo des coursiers de guerre. Un matin que nous étions sans crainte, nous avons vu paraître, tout à coup, à l'horizon, lin nuage de flamme et un nuage de poussière. Le nuage de flamme était llncendie , le nuage de poussière, les Normands !
— Kt personne n'a songé à se défendre 7
— Les plus braves serviteurs de mon père l'ont essayé ; ruais toas sont tombés l'un après Taatre , et lal-méme le dernier. J'allais périr également lorsque Gaunga m'a sauvée.
— Pour vous faire son esclave ?
— Sa compagne , mactiern ; car il a toujours été bon pour moi ; il m*aime , il est le père de cet enfant.
Et ainsi ramenée i Tobjet de ses inquiétudes , elle reprit le nourrisson des bras d'Aourken.
— Voyez , continua-t-«lte en mouillant de ses pleurs les joues marbrées de l'enfant ; il soulTre , il se meurt 1 tou^ les charmes des scaldes ont échoué contre le mal qui le tue ; mais 111) pécheur de la baie pris ce matin par la CttmereUe a parlé des miracles qui s'accomplissaient à l'abbaye du grand Val , et naonga a consenti à essayer les prières des prêtres du Christ. Ce sont elles que nous allons chercher, mactiern 7 Si vous avez jamais aimé quelqu'un , vous ne nous ôlerez pas ce dernier espoir, et vous laisserez la route libre.
— Je voudrais pouvoir accorder cette grâce à la fille d'un seigneur chrétien et ami, répondit Galoudek, mais le vaillant Ëven m'a confié cette terre à défendre ; je dois être son bouclier; et qui peut répondre de Vavenir quand l'épée de l'ennemi a passé entre la corps et la cuirasse !
— Vous craignez quelque plége l s'écria Popa ; faites suivre nos pas , prenez des otages , imposez vos conditions ; mais faites vite, car l'enfant soulTre, et Gaunga s'irrite de l'attente ! Ne le forcez pas à faire lui-même sa route avec la hache.
Le mactiern n'avait pas besoin de cet avertissement pour comprendre les dangers d'une lutte contre des hommes que riinbitiide du succès rendait plus redoutables. L'expérience avait amorti chez lui la fougue de la jeunesse en Ini donnant le tranquille courage qui ne craint ni ne cherche le combat. La visite du rot de mer au grand Val était d'ailleurs sans péril , car rien ne pouvait tenter Pavarlce de Venfant det An$e$z\xtt ces humbles solitaires qui , selon les chroniqueurs du temps , « célébraient le saint office sur des blocs de granit , et buvaient le sang du Christ dans des calices de hêtre. » Voulant seniement prévenir tout désordre et tonte quereUe » Galoudek exigea que les Kœmpes retournassent à bord de la Cameretle^ où ils resteraient surveillés par un poste breton. Ces coniUlions furent exécutées sur-lcjcliamp , et le chef des Wikings prit la i-oule de rabl>:»y.» a\eo Popa et quelques compagnons.
Lorsqu'ils y arrivèrent, la nuit était close, et l'humble monastère leur apparut à la clarté des étoiles. Ce n'était point un seul édifice solidement bâti de pierres, mais une réunion de logettes construites avec les arbres de la forêt et les gazons de la vallée. Sur les faites d'argile de leurs toits de chaumes, se dressaient des croix de bois auxquelles pendaient les couronnes de fleurs de la dernière fête d'été. Vers le milieu, on apercevait la chapelle aussi humble, mais plus vaste , et qu'enveloppaient les lierres et les chèvrefeuilles ; enfin les cliamps cultivés par les religieux occupaient le penchant du coteau, tandis que plus bas s'étendaient quelques prairies qu'encadraient des touffes d'aunes ou de saules argentés.
La troupe conduite par le mactiern franchit Fcnceinte de branches enlacées qui défendait les moines contre les attaques des bêtes fauves, et se trouva enfin à l'entrée de leur saint campement.
Bien que riiciire du repos fût venue pour les plus diligents, toutes les logcltcs étaient éclairées et retentissaient du bruit du travail : on entendait le traquet des moulins â bras qui broyaient le blé , les coups du marteau qui forgeait le fer , les grincements de la scie qui préparait le bois , le battement des métiers qui façonnaient le lin mêlé à la toison des brebis. Mais au milieu de tous ces bruits , les voix des moines s'élevaient dans une commtme prière ; ils répétaient un chant grave et doux qui semblait l'expression harmoniease de kNis ces instincts de zèle et de sacrifice qui se révélaient par \t travail sous la grande inspiration dtt Christ. La tuUe à la prochaine Utraiam.