‹ Le magicienChapitre 8 sur 22 · LE SABBAT · texte numérisé non relu

LE SABBAT

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Or, Stell n'était plus le pauvre et obscur statuaire que nous avons connu; son talent avait fini par se faire jour, et, comme il arrive d'ordinaire, la fortune lui était venue quand le bonheur pour lui n'était plus possible. Des statues et autres ouvrages de marbre qui, trois ans aupara-

vant, avaient à peine rapporté quelques sous parisis à leur auteur , se vendaient désormais un prix immodéré. L'artiste avait ses entrées à la cour, où Catherine deMédicis le distinguait entre les meilleurs et lui faisait le plus gracieux accueil de reine. C'était donc, aux yeux des jeunes statuaires du temps, un artiste bien heureux et bien favorisé que le Stell; mais, sous toutes ses prospérités soudaines, il était pâle : on devinait, à le voir, un de ces hommes qui ont reçu en duel une blessure au flanc, mais qui cachent leur mal sous un blême sourire jusqu'au moment où, le sang et les forces venant à leur manquer, — ils tombent morts.

Les orages d'amour sont les plus violents : celui-ci avait remué Stell au point de donner un cours différent à toutes ses idées. En religion, en art, en politique, il voyait tout avec des yeux nouveaux. Le catholicisme, que Gabriel avait trouvé beau quand il aimait Marie, lui semblait maintenant absurde , odieux, intolérable; il le quitta. Il avait cherché jusque-là dans l'art une idée immatérielle et divine, désormais il ne rêva plus que la forme. Le musée de statues que Stell

portait en quelque sorte dans sa tête fut entièrement renouvelé; l'artiste descendit de leurs bases toutes les madones, et les remplaça par des Dianes demi-nues, de folâtres nymphes, de belles Vénus aux reins onduleux et à la gorge dure. Avant d'aimer Marie, l'artiste, comme tous les jeunes talents qui luttent dans l'ombre et la misère, et auxquels la société oppose une barrière d'égoïsme, avait en haine les heureux et les puissants. La blonde comtesse de Quéluzne tarda pas à réconcilier Stell avec la noblesse, et même avec toute la société de son temps. Les chaînes qu'il avait jusque-là repoussées lui semblèrent douces à subir , du moment qu'elles étaient offertes par une telle main. Il vit le monde dans les yeux de Marie ; et , comme elle les avait très beaux, le monde fut à son gré. La royauté même ne lui montra plus, désormais, les dents que dans le sourire de la jeune fille ; et, comme celle-ci les lui faisait voir très blanches et très perlées, il s'y prit d'amour. Il était, au reste, si heureux à son ombre, qu'il s'inquiétait peu des luttes civiles qui troublaient, autour de lui, le royaume de France; mais, dés que

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cet amour lui eut menti, Stell sentit renaître, avec des mouvements insensés , sa haine des grands ; et dans cette longue lutte qui , sous le masque des catholiques et des huguenots , s'engageait dés lors entre le pouvoir et la liberté , le statuaire se rangea du côté du peuple.

Ses relations avec la cabale et maître Auréole Ab-Hakek qui en était le chef développèrent en lui ces tendances séditieuses. Le mage, dont le rêve était d'entasser sur son front toutes les couronnes du monde, avait toujours détesté les rois. Les dernières luttes , d'où il était sorti vainqueur du prêtre, n'avaient pas laissé que d'ébranler son pouvoir à la cour, et Ab-Hakek avait juré de s'en venger. Nous devons encore avouer que , chaque jour, une des colossales chimères du savant s'écroulait sur lui avec fracas et le couvrait de décombi es et de poussière : cet homme, quoi qu'il fit, était plein d'éboulements; la science elle-même commençait à lui mentir. La vieille somnambule qui l'initiait, depuis dix ans , aux secrets les plus impénétrables était morte ; cet œil, que le mage tenait ainsi ouvert sur l'avenir et les choses invisibles, le laissa

bien sombre en se fermant. Seul , morne , silencieux , trompé dans toutes ses ambitions , tombé du haut de tous ses rêves , las de science et de désirs, maître Auréole Ab-Hakek souffrait, et la souffrance mène à la révolte.

11 avait, du reste, une telle puissance d'attraction, que Stell, malgré tout le mal que le magicien lui avait fait, lui resta soumis : cela tenait-il à la beauté sculpturale du savant, qui avait toujours saisi et retenu le statJiaire , ou à ce que chaque homme a dans le monde une force magnétique qui l'attire, etselon Ab-Hakek, son serpent.^ je ne sais; mais on eût dit, à les voir ainsi s'enfoncer désespérés et sombres dans les ténèbres de la science, deux astres qui, emportés par une force fatale, vaguaient, solitaires et déviés, à travers les solitudes du ciel.

Le souvenir d'Amalthée, de cette fille ambitieuse , échevelée et farouche , remua encore , dans Stell, de nouvelles et fougueuses passions; il avait voulu épouser la société dans une femme; il courtisa, dans une maîtresse, la révolte.

Depuis quelque temps, l'artiste allait au sabbat. Ces clubs mystérieux et profonds , sur les-

quels l'autorité essaya toute la ligueur des lois , servaient alors de repaire à toutes les opinions excentriques et les protégeaient sous ombre. Ces assemblées se tenaient toujours de nuit, dans des lieux inconnus et sauvages, au fond des bois , sous de noires futaies, au bord de nappes d'eau silencieuse et morte, à l'ombre de rocs désolés ou dans des cloîtres déserts, des chaumières vides, des églises abandonnées, des chv^teaux en ruines. C'étaient des orgies monstrueuses; les femmes qui en sortaient grosses n'osaient pas offrir leur enfant au baptême , et l'étouffaient d'ordinaire entre deux matelas, comme un fruit de Satan.

Or, Ab-Hakek avait averti le statuaire que le sabbat aurait lieu , rue d'Enfer , dans une maison abandonnée et évitée des passants , parce que, dit Sauvai , on y entendait, la nuit, des cris et des bruits qui n'étaient pas humains. Ce soirlà, Stell s'y rendit. La lune semblait une morne tête de prêtre qui , sous la chape noire du ciel semée d'étoiles, entonnait, dans le bruit du vent et des feuilles, un sombre dies irœ.

Chaque adepte , en entrant , se faisait recon-

naître par des signes; on lui bandait les yeux et après quelques épreuves on le conduisait à une chambre tendue de noir et éclairée à tous ses coins de chandelles de cire qui brûlaient dans des têtes de morts. Ces lanternes-là faisaient un effet sinistre; elles avaient l'air de mâcher la lumière avec leurs dents déchaussées et de la rejeter au dehors livide et froide. Sur une table voilée d'un drap funèbre, il y avait deux poignards croisés et une Bible ouverte : il fallait faire serment de ne jamais révéler ce qu'on aurait vu. On était alors introduit dans une autre salle où trônait sur une escabelle en bois doré un grand bouc qui figurait monseigneur le Roi, et portait, entre les deux cornes , une couronne : on le saluait avec des marques d'honneur dérisoires, et l'on étendait sur lui la main comme pour en faire le bouc émissaire sur qui devaient retomber tous les maux et toutes les colères du peuple.

On passait ensuite dans un long caveau dont la voûte s'appuyait sur un pilier central, et où un banquet était dressé. De rares flambeaux étoilaient une profonde nuit. Les convives devisaient à voix basse; ils avaient presque tous des

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masques et des travestissements' de démon qui* faisaient à l'œil un effet fantastique. Quoique Stel! fût déjà initié à ces sortes de sabbats nocturnes, il ne put envisager celui-ci sans effroi, -tant la surface en était ténébreuse et morne. N^ul ne sembla s'occuper de sa venue, et l'artiste s'assit au hasard autour du banquet là où il vit une chaise et un couvert vides. Le cordoii des côn'-r vives commençait à serrer étroitement la table. Toutes les viandes et tous les mets qu'on servait étaient noirs ; quelques uns étaient soufflés de vent, et , au moment où l'on y enfonçait la cuiller ou le couteau , ils s'évanouissaient , ce qui provoquait à l'entour un rire bruyant. L'orgie commençait , du reste, à devenir joyeuse ; mais c'était une joie funèbre. Stell alors remarqua qu'il avait, à côté de lui, une femme masquée, dont les seins étaient nus et les mains très blanches ; il y en avait une pour chaque convive. Quelques couples commençaient déjà à se surprendre dans de longues caresses et de rouges baisers : ce n'étaient plus , dans l'ombre , que bruits luxurieux. Quelques femmes penchaient toutes déchevelées sur le sein des honmies ; les

fleurs et les masques tombaient à terre ; les mains s'égaraient sous les robes inutiles ; les yeux étincelants d'ivresse et de désirs éclairaient la salle mieux que ne faisaient les flambeaux ; quelques couples buvaient, la tête renversée, au même hanap , ou bien les femmes versaient , avec des grâces de sirènes, le vin dans la bouche de leurs amants. Jamais orgie n'eut plus de souffles chauds , ni de frissons de chair ; et si un rayon de jour était venu la surprendre dans sa nuit , je crois que , voyant toutes ces bouches ivres de vin et de baisers , tous ces rires de nuit, tous ces flancs humides, toutes ces gorges dures et pâmées , tous ces raies d'amour, toutes ces frénésies de volupté sourde et lubrique qui se cherchaient à tâtons dans cette ombre, le ciel se fût repenti d'avoir brûlé Sodorae.

Stell ne se sentait point à l'aise avec sa commensale ; elle avait, comme nous l'avons dit, les mains singulièrement blanches; et, quoique masquée , elle était belle. Ceci semblera étrange, mais rien de plus vrai; une belle femme se devine et, pour ainsi dire, se sent à travers un voile ou un masque; il y a lout

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autour d'elle un rayonnement qu'on ne retrouve pas autour des autres femmes, et il en est de son voile comme des gazes, des satins ou des globes de cristal dépolis et mats, qui, posés sur un flambeau, laissent toujours passer un peu de lumière. Cette beauté avait, au reste, des caresses formidables et des baisers royaux qui terrifiaient Stell; elle gardait un silence obstiné et ne répondait que par des étreintes fiévreuses d'amour aux questions de l'artiste : celui-ci s'accommodait assez bien de ce langage, et, excité parle souffle chaud de cette femme, sentait, avec délire, sous sa main, tourner les plans d'une gorge ferme , redondante et magnifique. La femme, de son côté, semblait affolée de Stell.

Cependant , au moment où la fête éclatait en bruit, en rires et en baisers, l'un des convives observa tout haut : — « Savez-vous, mes frères, qu'on dit que le diable en personne vient souvent à ces convenlicules de nuit? »

Il y eut un long ricanement qui découvrit toutes les dents des femmes.

« Riez tant qu'il vous plaira , » reprit-il ; « mais l'on n'a pas enroro là-dessus de preuves

contraires très certaines. Luther a bien vu le seigneur Satan en air.e et en cornes, lui qui n'était pas un sot.

— Eh bien ! qu'il vienne ! » reprit un des buveurs.

« Mais il vous rôtira, « observa une jolie brune dont les prunelles étaient deux braises d'enfer. (( Qu'il vienne ! » crièrent tous en chœur. Au même instant , on entendit frapper à la porte trois fois.

Tous les convives s'entre-regardérent avec des yeux errants ; ce bruit les avait heurtés au cœur. Les femmes surtout étaient pâles et criaient : N'ouvrez pas !

On frappa de nouveau.

(( Qui est là .'' »

Une voix du dehors : — « Ap-raman ! » A ce mot , il se fit dans la salle un silence funèbre, et la porte s'ouvrit d'elle-même.

Un spectre entra, et quel spectre! une morne face de bronze , un colosse sombre , sinistre, démesuré , qui frappait les dalles sonores de ses talons d'airain et qui avait , sur tous les autres fantômes, l'avantage de n'être ni une chimère ,

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ni une apparence, mais bien une horreur réelle, solide et palpable, qui vous prenait rudement aux entrailles ; son ombre passa lente et froide sur le front des convives. Il s'arrêta vers le milieu de la table , promena sur les convives des regards livides , se versa lui-même à boire dans un gobelet de plomb qu'il vida tout d'un trait, et souffla sur tout ce banquet comme pour en éteindre la joie. A ce souffle, les lumières pâlirent, les roses se fanèrent dans les cheveux des femmes , les masques tombèrent , et les fronts devinrent lugubres : c'était, en effet, l'homme du magicien.

Auréole Ab-Hakek se leva.

(» Voici ce que cet homme d'airain vient vous dire : Arriére, hommes mous et voluptueux, vous n'êtes pas de vrais adeptes : arriére ! Regardez-moi en face si vous pouvez ! Je ne suis pas né d'une nuit d'amour ou d'orgie, moi le fils de la science, car le ventre d'une femme ne m'eût pas fait de bronze comme je suis! Vous n'êtes bons, vous autres, qu'à baiser les n)ainsdes courtisanes et les pieds des rois ; car votre cœur se laisse amollii' ou intimider; la science veut des

cœurs de plomb et des yeux de licorne î il lui faut des entrailles comme les miennes où rien ne remue. Ai-je jamais aimé, moi? Quel est celui de vous qui m'ait surpris à des baisers de nuit? Aussi suis-je libre ! Je ne dois rien aux femmes et à Dieu , moi qui me suis fait ! — Que venezvous ici , vous autres qui avez peur d'un homme, parce qu'il est de bronze ? »

Quelques lames de poignards brillèrent dans l'ombre et répondirent au magicien. Il reprit :

« De beaux conspirateurs , en vérité , qui chancellent ivres autour d'une orgie! »

En même temps , Auréole Ab-Hakek prit un flambeau et se dirigea vers un enfoncement plein de ténèbres , d'où l'on vit sortir une image en cire du Roi Charles neuvième, qui était à genoux et la tête nue, avec une grande chemise blanche, comme l'on en met aux parricides; Auréole étendit vers elle la main avec solennité :

(f Charles , Roi de France , la cabale te condamne à faire amende honorable de tous tes crimes, la tête nue et les pieds déchaux, une torcbe du poids de sept livres à la main , les reins ceints d'une corde , et à mourir de la mort

des criminels de lése-nation, — d'un coup de poignard au cœur ! »

A ces mots, il dépouilla l'image de tous ses ornements royaux, alluma une torche aux mains du condamné, et lui enfonça jusqu'au manche une lame de couteau dans le flanc.

Alors trente pointes d'acier au bout desquelles la lumière mettait du sang s'agitèrent dans l'ombre, et un seul cri sortit de toutes les bouches:

(( Mort au tyran! mort à Charles IX!

— Frappez donc ! » dit Ab-Hakek.

Au même instant, tous les couteaux entrèrent dans cette majesté de cire. Si les croyances de la cabale ne sont pas des fables, Charles IX dut sentir au cœur le froid de l'acier et tomber dès lors à la renverse frappé d'un coup mortel.

Alors une femme qui s était tenue jusque-là immobile fendit la foule, arracha son masque et cria d'une voix tonnante : « Vous m'avez oubliée, mes maîtres! »

A sa vue, tous les regards retombèrent atterrés ; il y avait une sueur froide sur tous les fronts , et un faible murnuire lit le tour des conjurés ;

« La Reine-Mère ! ))

C'était , en effet , Catherine de Médicis.

(( Vous conspirez sans moi, c'est très-mal ( et une légère ironie rida ses lèvres )! C'est une félonie , mes maîtres , c'est haute trahison ! Mes gardes vous entourent : je vous tiens !

Les conjurés s'entre-regardèrent avec terreur.

(( On assassine ici : j'en suis Vous ne

m'avez seulement pas donné de poignard , messeigneurs. Fouillez dans vos ceintures, je vous prie, et m'en trouvez un. — Vous n'osez pas? Oh! l'homme de bronze disait vrai, vous êtes des lâches ! ))

Stell sortit du groupe consterné des convives , et remit son poignard à la Reine :

c( Voici le mien.

— A la bonne heure, jeune homme ! Maintenant, il me faut la victime... »

Stell découvrit son sein :

« La voici , frappez ! »

Le visage de la Reine était ardent : on la savait ordinairement vindicative et cruelle; tout le monde détournait déjà les yeux pour ne point

voir rouler à ses pieds l'audacieux jeune lioiinne. Elle agita le poignard avec furie; et, au moment où l'artiste s'avançait au devant du coup , elle enfonça la lame jusqu'au manche dans l'image de cire du roi Charles IX. Il y eut stupeur.

(( Cela vous étonne , mes maitres ! — Vous ne m'avez donc jamais comprise ? Quoi ! depuis plus de dix années que je travaille au milieu de vous , vous avez méconnu mon œuvre ! Suis-je donc une insensée et une téméraire ? Ai-je donc affaire à des aveugles ? — Ne savezvous pas que toute votre vieille noblesse de France m'a , comme un aspic qu'elle est , mordue au talon? Eli^ien ! moi, j'ai juré de lui écraser la tête ! Elle a dit : la Florentine ! la Médicis ! comme on dirait d'une fille de joie ! Elle s'est ri de ma famille qu'elle a prétendue sortie toute noire des ruelles de Florence et de l'échoppe d'un charbonnier, du nom de' Medici, qu'elle me dit tenir d'un de mes ancêtres, vil médecin ; de mes armoiries , dont elle soutient que les tourteaux sont des pilules... — Par le ciel , vous les mangerez , messeigneurs ! — Elle a soulevé ma robe de reine pour découvrii

aux yeux la femme nue et déportée; elle a fouillé dans mon lit pour en tirer des amants et les souffleter an grand jour... Je la hais ! Je voudrais marcher à deux pieds sur le ventre de cette noblesse étendue à terre. — Croyez- vous donc , mes maîtres, que vos visages ne sont pas de verre devant mon regard , et que, si je n'avais pas détesté les grands , j'aurais favorisé la cabale ? En vérité , je vous le dis , je suis des vôtres ! En abattant les Montmorency, les Condé , les Biron , j'ai essayé sur le cou des nobles une hache qui, je vous le prédis, doit trancher un jour la tête des rois ! — Le Roi ! oh ! ce mot m'est plus odieux qu'à vous , mes maîtres ! On me croit heureuse, parce que, mère d'un prince malade et imbécille , je gouverne à ma fantaisie les choses du royaume ; on a tort. Je suis la Reine ; mais il Y a toujours une tête au dessus de la mienne : il y a le Roi. Oh ! cette idée-là me rend la toute-puissance amêre et vaine ! Frères ! plus on approche du sceptre et plus il vous fait d'ombre : maudite la loi qui nous exclut du trône , nous autres femmes , et qui nous condamne à n'avoir éternellement sur

le front que la couronne d'un autre! — Maîtres, je n'ai jamais eu d'autre religion que la vôtre. Que me font à moi les catholiques et les huguenots? Si je les ai poussés les uns contre les autres avec démence, c'était afm de casser, dans ce choc , les nobles et les grands , de heurter ces hommes d'argile à des hommes d'acier. Si j'ai secoué une grande vengeance de nuit sur la ville, c'était afin qu'elle atteignît, comme la foudre, les plus hautes têtes, et que, prise dans mes colères de femme , cette vieille noblesse en sortît toute tronçonnée! Le jour viendra où l'on comprendra Catherine de Médicis , et où les peuples en guerre contre les Rois lui rendront justice : en attendant, une faction qui vous est contraire menace de dominer à la cour ; Charles m'échappe; l'édifice que j'ai, depuis si longtemps, élevé de mes mains laborieuses et royales menace encore une fois de crouler au souffle d'un prêtre et d'une jeune fille : aidez-moi , frères ! »

Tous :

« Vive Catherine ! vive la Reine !

— Si mon fils , le Roi Charles IX , mourait ,

et que les grands voulussent se soulever, me soutiendriez-vous ? »

Tous, étendant la main :

« Nous le jurons !

— Vous me répondez du peuple.

— Oui, » dit Ab-Hakek, « si vous lui êtes fidèle. »

La Reine après un silence :

(( Dans six semaines , le Roi de France ne se nommera plus Charles IX, mais Henri III! »

On éclata en cris de joie : un Roi qui meurt fait toujours plaisir au peuple.

Or, la Reine, seule et à part :

(( Henri III et non Catherine de Médicis ! — A quoi bon alors tout ce que je fais! — Oh ! que lie suis-je née homme! »

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