INITIATION
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Depuis quelque temps , l'artiste était décidément pris par le goût et l'étude du mystère. Stell trouvait à la recherche des causes occultes un plaisir sombre qui allait bien avec l'état de son ame. Sous cette fantaisie, il y avait un singulier caprice de cœur. Sf.ell , croyant
toujours que Marie avait aimé ie magicien, s'était dit vaguement que la magie devait être alors quelque chose d'adorable et de suprême, et il s'y était jeté avec passion. Le statuaire s'en aperçut lui-même : — Oh ! dit-il , j'ai beau vouloir m'éloigner d'elle , je la retrouve en tout ce que je fais ; de quelque côté que je souffle , elle a des épis dans mon vent.
Ab-Hakek s'était chargé d'être le maître de Stell et de l'initier au secret des secrets : or, ils montèrent ensemble , ce soir-là, sur une des collines de Meudon , où grimpait une procession d'arbres et d'où l'on découvrait, au loin, une grande perspective; quoique cette campagne ne fut guère distante que de quatre lieues de la ville, la main de Paris y était complètement effacée. Le soleil se couchait : une molle lumière émoussait les angles durs des rocs ; des tapis d'herbe piqués de fleurettes se déroulaient mollement ; de blondes moissons laissaient moutonner au vent leurs flots d épis ; des pigeons et des tourterelles attardés revenaient par bandes; des collines portant des villages en croupe semblaient fuir dans les ho-
rizons bleutés de fonds opaques et solides; des monts plus abruptes laissaient pendre à leur sommet des forets et des chèvres , et nouaient , autour de leurs côtes , la Seine onduleuse et lustrée , comme un ruban. Quelques uns avaient même des formes humaines : on eût dit des géants au repos. Stell avisa unProméthée, dont un nuage aux ailes étendues rongeait le flanc. Les bois, avec leurs troncs bruns et courbés, semblaient des temples de feuilles soutenus par des cariatides de marbre noir. Il y avait répandus sur tout cela des traînées de lumières blondes et tièdes , de larges pans d'ombre, des fugues de jour singulières à travers les massifs. Dans le ciel, de grands nuages prenaient, au souffle du vent, mille formes boréennes; c'étaient des vieillards à barbe blanche et floconneuse , de jeunes filles dont la robe légère se déchirait aux rameaux des arbres, des Eolesboulïis, des Temps armés de faux , des Amours éventés de leurs ailes diaphanes, des Titans lançant des blocs de vapeurs à la face du ciel, et toute une mythologie aérienne qui abîmait Stell en un ravissement muet. Tout cela se fondait dans un ensemble et comme
dans un être unique, fait de brises , de ciel , de verdure et d'onde, qui semblait avoir une ame et une voix.
Ab-Hakek et Stell restèrent quelques instants en contemplation et en silence.
« Maître , » observa enfin le jeune homme , « pour devenir un grand mage et avoir la clef de tous les secrets , vous ne m'avez pas encore dit quel livre il fallait étudier?
— Celui-ci, » répondit Ab-Hakek.
Et il lui montra la nature.