‹ Le magister: comédie en un acte en versChapitre 6 sur 19 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MOLIERE, qui l'a éctuté avec surprise.

Très-bien, maître Pinel !... je vous donne un bonsoir... Adieu!...

Il tourne les talons.

PINEL, le rattrapant par l'épaule.

Par Jupiter!... venez donc vous asseoir Et réécouter, monsieur...

MOLIÈRE

Non, pas de sermon, maître, Sur ce point-làj je suis sourd autant qu'on peut l'être ; Je serai, malgré tout et tous, comédien, Et cent mille discours ici ne feront rien...

PINEL, le tenant par le collet.

Comédien ! — Corbleu, l'enviable carrière !

Mais fou, regarde donc un instant en arrière ! Pense à ce que, là-bas, tu laisses pour jamais. Vois la maison honnête et riante où tu mets Le déshonneur plus rude encore que la peine ; Où tu romps méchamment l'antique et forte chaîne Faite par le travail et par la probité Dont chacun des tiens fut un anneau respecté ! Vois, dans cette maison, le soir, ta place vide Qu'un vieux père au front pâle où se creuse la ride, Contemple avec des yeux que les pleurs ont brûlés. Vois tes frères, ta sœur, ces doux inconsolés, Regarder à leur tour d'un œil timide et triste

Le siège abandonné par l'ingrat Jean-Baptiste...

Où sera-t-il alors, ce vagabond sans cœur >

Il sera, tout meurtri par le destin moqueur,

Au revers d'un fossé, mourant de faim sans doute.!...

MOLIÈRE, riant.

Bah! — J'ai peu d'appétit.

Sérieusement.

— Non, je suivrai la route Que je me suis tracée, et d'un cœur sans effroi !

PINEL

Tapissier, et valet de la Chambre du Roi !

Comme ton père, et riche ! et bourgeois de la ville !

Salué d'un chacun d'une façon civi'e,

Tel est le sort heureux qui t'attend si tu veux

Renoncer à l'objet de tes absurdes vœux !...

Allons, c'est entendu... C'était une folie? ^

La tempête est passée, et voici l'embellie...

MOLIÈRE

Le dessein que j'ai pris nul ne le changera : Comédien veux être, advienne que pourra !

Mais que parliez-vous donc de déshonneur, mon maître? Quel que soit son métier, l'homme ne peut-il être Ferme et droit dans le bien, s'il le veut ? et pourquoi N'aurait-il pas, — fût-il un acteur comme moi, Si dans le bon chemin son pas n'a rien d'oblique,

Page 1