‹ Le magnétiseur praticienChapitre 15 sur 42 · DD · texte numérisé non relu

DD

y peut lire tout aussi bien la réponse. Ainsi ; pour rendre ce que j’avance plus sensible par un exemple, il est évident que si vous lui dites : « Mademoiselle, qu'est-ce que mon état a présenté de particulier il y a deux, trois ou quatre jours? » il vous est impossible en posant cette demande de ne pas vous retracer dans l’esprit le fait sur lequel vous voulez éprouver sa lucidité ; c’est ce qui me porte à croire qu’en l’interrogeant de la sorte, vous lui dictez vous-même la réponse. Quoi qu’il en soit, il n’y a là qu’une présomption, car, dans ces sortes de choses, si les conjectures sont permises, les assertions énoncées sur le ton de la certitude sont assurément plus que téméraires.

« Je‘prie donc le lecteur de se rappeler que pour la consultation dont je vais me faire le narrateur fidèle, c’était moi, moi seul, qui avais la parole , moi seul qui étais en rapport avec la somnambule, et que j'ignorais entièrement le genre d’affection dont était atteint le malade absent, et dont la somnambule, par le Seul contact d’un vêtement porté par lui, évoqua devant elle l'apparition, non-seulement pour l’extérieur, mais encore pour ses plus secrètes sensations.

« Elle signala un jeune homme mélancolique, maigre, aux cheveux noirs, âgé d’une trentaine d’années, et, chose remarquablé , elle s’écria : — « Mais il marche ! — En effet, il n’est point alité.

« Elle spécifia que son mal avait une cause morale. Malheureusement ce genre d’affections, qui n’a rien de honteux en lui-même, est une de ces maladies sur lesquelles je ne puis m'expliquer ouvertement dans un journal plus répandu parmi les gens du monde que parmi les médecins, bien que nous comptions beaucoup de ces messieurs au nombre de nos abonnés. Je dirai donc qu’elle entra à cet égard dans des détails tellement circonstanciés, que le jeune homme qui était là à écrire sous la dictée de cette jeune fille, restait bouche béante et frappé d’étonnement.

c=— Voyez, me dit-il, si elle tombera aussi juste pour un fait arrivé tout dernièrement et sur lequel nous-mêmes n’avons pu nous éclaircir, Que s'est-il passé de particulier dans la maladie de ce jeune homme tout récemment, il y a cinq à six jours ?

« Je pose la question moi-même à mademoiselle Virgine, qui se recueille un mstant :

«= Ah! ah!mon Dieu! dit-elle, mais il a eu un accès de folie ! Quel trouble, quelle confusion dans mes... dans ses idées ! fl avait donc une fièvre chaude ce jour-là ? il a couru toute la

> till. : ee Es

Tee EE er ms = "

. 2- À mehr RE LR TA Pen, » de. 1 : D EE ne RE ET ee æ- - Eh le TN M rncmtotapns MPÉRÉTES nr PS PE re qe a

journée et n’est rentré que le soir.—Oh! vite, vite, Monsieur (c’est à moi qu'elle s'adressait) , ôlez-moi ça de l’idée, je souffre trop, je deviendrais folle aussi !

« Je la magnétisai avec la ferme volonté de chasser de son esprit les images qui l’obsédaient, et tout rentra dans l’ordre.

« Or, -— et en cela j'espère que peut-être on ne suspectera pas ma bonne foi, —<’est ainsi que les choses s'étaient passées. … J'avouerai bien que, familiarisé avec les phénomènes magnéliques, je ne fus pas moins étonné que celui qui les observait pour la première fois sans doute.

« Jene parlerai pas de la prescription médicale qui, parfaitement rationnelle (je suis compétent pour le dire}, n’a pas encore eu le temps de produire des effets assez marqués; or, toute médication ne peut être jugée que d’après les résultats ; nous attendrons donc pour nous prononcer à cet égard. On nous saura sans doute gré de cette réserve, car si nous argumentions par l’analogie nous pourrions invoquer pour nous bon nombre de faits ‘où les prescriptions de nos somnambules ont guéri, parfaitement guéri, des affections délaissées par la médecine. Hélas ! nous sommes une sorte de refuge où trop souvent l’on ne se jette qu’en désespoir de cause.

« Cette consultation est fort remarquable en ce que celui qui posait les questions ne savait d'aucune façon ce que pouvait être l'affection du malade, et que, malgré cette difficulté, — si c'en est une... — elle a révélé des détails renversants.

« Etonnante chose que le somnambulisme!!! Jusqu’à présent je m'étais dit : — C’est extraordinaire sans nul doute, mais ce ne l’est pas autant qu’on se l’imagine..….. une fois ce fait admis que la somnambule, le rapport étant établi, est une sorte d’instrument qui vibre à l’unisson du vôtre, aussi bien pour les choses qui sont du domaine de la matière que pour celles qui sont du domaine de l'intelligence, une partie du prestige s'évanouit, il y a transposilion de sensation et rien de plus ; c'est comme les objets qu’on croit voir au fond d’une glace, tandis qu'en réalité les corps polis ne font que renvoyer les rayons lumineux sur la surface de la rétine, le somnambule s’imagine lire en dehors de lui, ce qui en réalité n’existe que dans lui par une sorte de rayonnement qui s’établit entre son individu et celui qui l’interroge. C’était consolant pour moi, ma petite vanité de philosophe raisonneur était pleinement satisfaite , et voilà qu'une observation irréfragable à mes yeux vient renverser d’un seul coup le frêle édifice de ma théorie

sm NE

échafaudée à grands frais de syllogismes.….. Me faudra-t-il faire comme messieurs de l’Académie, nier parce qu’il ne m’est plus donné de comprendre? Non, car ce serait absurde: je m'inclinerai donc le front dans la poussière en face de l’inamité des sciences humaines ; je m’inclinerai confondu par une des lois les plus imexplicables de la nature, que Je ne saurais comprendre, et qui n’en existe pas moins pour cela...

« C’est donc vfai! je l’ai vu par moi-même! un somnambule, sans autre guide que cette prodigieuse aie qui embrasse à la fois le présent, le passé et l'avenir, peut connaître même ce qu’ignore celui qui l’interroge. Oh ! c’est bien le cas de s’écrier avec les philosophes :'Nous vivons et nous pensons en Dieu ! c’est de lui que nous tenons cette sublime faculté, c’est de lui, de l’Etre des êtres ! Alors quelles limites assigner à une puissance qui découle du Tout-Puissant, et de quoi sommes-nous en droit de nous étonner, quand, pour : ainsi dire, dégagée des entraves matérielles, l’âme surgit à plein vol dans les régions du monde spirituel ? »

Page 1