‹ Le magnétiseur praticienChapitre 16 sur 42 · DE M. RICARD · texte numérisé non relu

DE M. RICARD

« L'Institut magnétologique, établissement destiné à des cours de magnétologie et à des consultations Somnambuliques, a rouvert ses salons le 16 novembre 1841. Un discours improvisé du directeur a prouvé aux assistants que le magnétisme est aussi digne d'étude que quelque science que ce soit, et que les phénomènes si surprenants du somnambulisme n’ont d’étrange que leur sublimité, tout insolites qu'ils paraissent. Après avoir fait ressortir avec bonheur combien la médecine magnétique est supérieure à la médecine ordinaire, combien la clairvoyance des somnambules vraiment bons est supérieure aux conjectures des médecins, l’orateur a abordé les points les plus ardus de la philosophie, il les a discutés avec une logique sévère, consciencieuse; et, arrivé au summum des difficultés, à la question religieuse, il a prouvé par des raisonnements, qui, un peu plus tard, devaient être appuyés de faits positifs, toutes les vérités du christianisme. Ainsi, conciliant la magnétologie avec les saintes écritures, il a amené dans les

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esprits sceptiques une croyance, faible encore sans doute, mais qui, avec la réflexion que comporte un examen plus sévère, ne saurait manquer de se raffermir,

« La somnambule, ou plutôt l’extatique qui fut soumise à la magnétisation, est une jeune personne frêle, délicate, maladive, d’une affectibilité telle que ses amis l'ont surnommée la Sensitive. Au risque de prêter à rire à certains lecteurs, nous ne passerons sous silence que les détails minutieux dont le souvenir hous est échappé.

« Une fois entrée dans l’état magnétique, mademoiselle Virginie élève son âme vers l’Etre-Suprême, puis elle anonce qu'elle est disposée à examiner quelqu'un; Car, répètet-elle fréquemment, Je veux bien donner des avis aux malades, mais je ne veux point faire des expériences de curiosité, La première personne qui s’approcha de la dormeuse était un médecin, qui demanda si l'on pouvait lui dire l’état de la santé de sa femme, alors à la campagne. — « Oui, dit mademoiselle Virginie, je vois bién votré dame, elle est enrhumée, mais cela n'aura rien de dangereux. Elle est actuellement dans une chambre située à côté du salon ; » et là, elle détailla très-minutieusement les meubles de cette pièce, en indiquant leurs positions respectives, été. Ce dernier point fut déclaré sur-le-champ conforme à la vérité; quant à la santé de la dame nous n’en avons eu depuis aucune nouvelle. Un monsieur de distinction succéda au docteur, et demanda à la somnambule si elle voulait décrire son logement. — « Où demeurezvous ? lui dit-elle, — Ruëé des Martyrs, n°... — Attendez, j'y suis; je vois un homme malade chez vous, ui homme jeune, il a la fièvre. Ah! mon Dieu, il a la poitrine gravement compromise. C’est votre domestique. Pauvre homme! Tiens, voilà une femme qui lui donne à boire. Mais c’est sa femme ; elle ést donc aussi chez vous? Oh! pauvre femme, comme elle est affligée ! elle a d’autant plus de peine qu’elle est enceinte (1), et pas très-avancéé dans Sa grossesse. Ah! mon Dieu, comme ce serait malheureux Si elle venait à perdre son mari; mais je puis lui indiquer ce qu’il faut faire pour guérir, et je le ferai, » Pendant que mademoiselle Virginié parlait, la stupéfaction de l’interrogateur était peinte sur soh visage : il

(1) « L'interrogateur n'était instruit lui-mêmé qué de la veillé de la grossesse de cette femme. »

ie 00 des était venu simplement pour complaire à sa dame, il s'en allait convaincu que le magnétisme est une vérité.

« Pour délasser la jeune voyante, un professeur de musique vocale qui jouit d’une grande célébrité, quoiqu’au-dessous de son mérite réel, voulut bien se mettre au piano et chanter un air italien dont toutes les beautés grandissaient à l’envi en passant par le luth de notre Orphée moderne. Là, eut lieu une scène que la plume ne saurait rendre : la jeune somnambule fut plongée au dernier degré de l’extase. Nous ne recommencerons pas ici la description d’un état dont nous avons déjà retracé plusieurs fois les différents caractères à nos lecteurs; nous nous contenterons donc de dire que jamais on ne vit se présenter avec une majesté aussi imposante l’exaltation spirituelle et religieuse à laquelle est sujette mademoiselle Virginie.

« Enfin, cet intéressant sujet fit un autre soir une vue à distance des plus curieuses. M. Foyatier, célèbre statuaire, s’approcha de la somnambule et lui demanda de se transporter chez lui, rue Madame. Elle s’y rendit en un clin d'œil, désigna la couleur de la porte d’entrée, et une fois introduite dans la maison, pénétra dans une vaste chambre à gauche qui

.se trouvait être un atelier. Alors se passa une scène fort extraordinaire. La jeune fille, avec une mimique des plus expressives, représenta tour à tour la pose et l'expression des statues nées sous l’ébauchoir de l’habile artiste. De toutes les vues à distances dont nous ayons été témoin? c’est la plus convaincante selon nous ; car 1ei ce n’est plus la banalité des chaises, 'des tables, des fauteuils qui se rencontrent dans toutes les maisons possibles ; c’est quelque chose de tout à fait précis, ce sont les sujets si variés qui composent l'atelier d’un statuaire. Tous Les spectateurs étaient émerveiilés, et franchement on l’eût été à moins!

« La haute société continue à se donner rendez-vous dans les salons de M. Ricard. Mademoiselle Virginie, cette jeune et intéressante somnambule dont tous nos amis ont été à même de vérifier l’étonnante lucidité, sent se perfectionner en elle de jour en jour cette faculté surhumaine aux yeux de bien des gens.

€ Parmi les faits les plus frappants qui se sont passés dans cette dernière quinzaine, nous citerons celui-c1. Des personnes haut placées dans l'aristocratie allemande désirèrent être témoins d’une vue à distance. Mademoiselle Virginie se trans-

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