DU MAGNÉTISME RAYONNANT
Le 25 août 1841, à trois heures après-midi, M. Gion, dont la puissance magnétique est remarquable, avait fait placer sur un divan deux malades qu’il se proposait de magnétiser en même temps ; l’un, M. Brasseur, frappé de cécité par suite d’amaurose, était accompagné de son épouse; l’autre, M. D... affecté d’une gastralgie chronique , était accompagné de sa sœur. Les deux dames $’étaient placées, l’une à gauche et un peu en arrière du magnétiseur, l’autre à sa droite et un peu en avant. À peine M. Gion eut il fait quelques passes dirigées alternativement sur ses deux malades, que madame Brasseur, placée à sa gauche, quitta le fauteuil qu’elle occupait et alla s'asseoir sur une chaise tout à fait derrière le magnétiseur ; elle éprouvait déjà quelques mouvements spasmodiques qu'elle croyait devoir faire cesser en changeant de place. Mais iln’en fut rien : les phénomènes s’accrurent à mesure que le magnétiseur continua d’agir sur ses malades, et à peine quelques secondes s’étaient-elles écoulées depuis que madame Brasseur avait changé de siége qu’elle revint s’asseoir dans le fauteuil où elle s'était mise d’abord et entra immédiatement en somnambulisme.
Pendant que cette dame éprouvait Les effets du magnétisme d’une manière si étonnante, la sœur de M. D...., à laquelle le magnétiseur ne prenait pas garde, s'était endormie tout doucement et sommeillait paisiblement.
Dès que madame Brasseur fut entrée en somnambulisme, elle balbutia quelques mots qui attirérent sur elle l'attention de M. Gion. Celui-ci cessa un instant des’occuper de ses malades. et adressa quelques questions à la nouvelle somnambule. 11 n’obtint aucune réponse. Après un moment d'attente, il vit les yeux de la somnambule s'ouvrir, les traits de son visage prendre une expression de noblesse et de bonheur indicibles : elle leva les mains et tourna le front vers le ciel, prit une attitude suppliante, et s’écria avec ferveur : « Dieu! ô mon Dieu ! il guerira. Merci, mon Dieu!» — Après une pose : « Monsieur Gion, vous le guérirez; Dieu me l'a dit : il vient de m’apparaître. Merci, Monsieur Gion.» Elle se laisse aller sur le dossier du fauteuil comme accablée e fatigue ;