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— 62) — pourtant son extase n'avait duré que deux minutes. M. Gion alors la magnétise, afin de la soulager. Dès qu'elle parut remise, il l’engagea à remercier Dieu et à lui demander si l'on ne pourrait pas employer quelques autres moyens que le magnétisme pour aider à la cure de son mari; l’extatique se recueille quelques minutes ; sa physionomie exprime un profond sentiment religieux , elle s’'écrie : e Merei, Seigneur ! » Puis elle ajouta ; « Il faut appliquer à mon mari deux fers aimantés de force à enlever six livres chacun; vous les fixerez gontre les malléoles internes, et vous les laisserez seulement pendant la nuit. Il faudra continuer les magneétisations comme vous le faites ordinairement. 11 y aura encore autre chose à faire, mais je ne puis le savoir aujourd’hui ; demain , quand je reviendrai accompagner mon mari, je retomberai dans l'état où je suis à présent, sans que vous ayez besoin de me magnétiser directement. Faites en sorte que mademoiselle Virginie, l'excellente somnambule de M. Ricard, se trouve ici, on me dit qu’elle nous sera utile.» Elle retombe dans l'état de simple sommeil ; M. Gion calme l’agitation dans laquelle elle est restée, et la laisse dans le repos le plus calme.
» Lorsque le magnétiseur se tourna du côté de ses malades, il s'aperçut que la sœur de M. D... était aussi dans l’état magnétique. Il lui demanda si elle se trouvait bien. Après avoir reçu une réponse affirmative, il la pria de s'occuper de son frere; la somnambule fit un signe d’adhésion et demanda de la lais= ser à ses réflexions. Apres quelques minutes d’un silence soiennel, elle releva la tête et proféra ces mots : « Que c’est beau !... un ange! Le voyez-vous? il est là, il me sourit , il me tend les bras, il m’annonce la prompte guérison de mon bon frère, il me ditque dans douze jours sa cure sera complète; mais il faudra, quand vous le magnétiserez faire des insufflations chaudes sur le côté gauche et appuyer fortement votre main sur le ereux de l'estomac.
» — Est-ce tout ce que vous avez à me dire? reprit le magnétiseur.
« — Oui, c'est tout pour aujourd'hui, »
M. Gion révint à ses malades, les magnétisa conformément aux instructions qu'il venait de recevoir, et la séance terminée, tous deux accusèrent un soulagenient notable.
Le 26, à trois heures environ, après.que tout le monde eut pris les mêmes dispositions que la veille , madame Brasseur $ endormit comme elle l’avait'annoncé, Mademoiselle Virginie
se trouvait près d'elle tout evéilléé: € Mon Dieu! s’écria la dormeuse, Mon mari a mal à l’estomae, mais cela ne séra rien: c’est sa vue qui doit nous occuper le plus: Mon Dieu ! inspirezmoi! Oli, je lui dirai tout ce que vous me dites.,, Mademoiselle Virginie, souténez-moi.. Vous, mademoiselle, encore une consultation dé vous avéc moi, démain à deux heures, et dans unuuois il sera guéri... Ah ! tu me verras ; mon ami, tu me verras... Merci, mon Dieu, merci. A'demain, mademoiselle Virginie ; nous le guérirons. »
Pendant que cette scène se passait, la sœur de M. D...., qui s'était aussi endormie et de qui M. Gion S’occupait, fut comme la veille dans une softe d'extase, durant laquelle elle songed constamment à son frère ; une fois elle se plaignit que la main gauche du thagnétiséur, placée près de sa main droite à elle, lui faisait éprouver dans tout le bras une rigidité douloureuse dont elle demanda à être débarrassée: Satisfaite sur ce point, elle dit qu’elle souffrait de la tête et que M. Gion l’obligerait beaucoup s’il voulait être assez bon pour la magnétiser de façon à enlevér son mal. Une fois cette opération faite, elle déclara voir le même ange qui lui est apparu dans la séance précédente, et recueillir de lui les mêmes paroles qu’il lui a dites relativement à son frère. Puis elle tombe dans une sorte de révefie , pendant laquellè on l’enténdit proférer ces mots : « Voilà bien du monde, beaucoup dé monde qui se promène devant moi... Tiens, uné dame en noir: elle n’a pas l'air bon (sa figure exprime l’effroôi et la douleur): Allonsnons-en, Cela me fait mal.» Elle rentre un instant dans l’état de repos, revient à son extase prémière, et s’écrie { « Voici encore mon ange ; il me dit toujours que mon frère sera guéri à l’époque indiquée. Qu'il est beau cet ange! (Elle tend les bras vers le ciel.) Laissez-moi aller avec lui. » Après une pause : Je suis fatigüée de mon voyagé, monsieur Gion, réveillez-zmoi. »
Le 27, mademoiselle Virginie arrive à trois heures moins un quart ; elle trouve madamé Brasseur non endormie; on l’endort elle-même, et elle magñétise madame Brasseur, qui, en peu d’instants, est mise en somnaïnbulisme, Alors ellé ouvre les yeux, elle est haletante, et elle S’écrie, dans uñ état d’agitation et de tremblement général : == « Je vous vois, mon Dieu ! aidezsnous, aidés nous. »
Son émotion ‘augmente visiblement ; on la voit dañs üne anxiété extrême causée par l'inspiration qui sé fait attendre,
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qui même ne vient pas, dit-elle, à cause de l’inexactitude de mademoiselle Virginie, qui n’a pas pu se rendre à l'heure indiquée.
« Aidez, mon Dieu! mademoiselle Virginie.— Il m'abandonne ! il m’abandonne ! mon Dieu, aidez-la !
«— Venez un instant avec moi, dit mademoiselle Virginie, pensezavec moi et comme moi.— Vous voyez bien que nous devions être endormies à deux heures, et que nous ne l'avons été qu’à trois; nous sommes en retard; mais espérons! » ( Moment de calme.)
Mademoiselle Virginie reprend : € Il faut à votre mari des sangsues aux aines ! voyez-vous !
« — Rien encore ! » ( Nouveau moment de réflexion.)
Madame Brasseur se lamente de ce qu'IL ne lui parle pas. Mademoiselle Virginie entre dans l’état d’extase, et sa compagne y arrive pour ainsi dire avec elle.
« Aimant aux pieds, dit madame Brasseur, dix sangsues aux aines, grands bains tièdes.
« — D’eau de son, ajoute mademoiselle Virginie. — Prendre le bain souvent, mais pas trop long temps, une demi-heure chaque fois !
« — Oui, dit madame Brasseur.»
Mademoiselle Virginie, dont les yeux se sont ouverts Complétement après un instant de repos, s’écrie : « Je vois blanc, noir, plus clair, enfin, je vois tout à fait.— Voilà comme sera votre mari; mais il ne faudra pas qu’il se fatigue dans les premiers temps de sa guérison.»
Là finit ce dialogue ; les deux extatiques rentrent dans l'état somnambulique simple; mademoiselle Virginie réveille madame Brasseur, et est réveillée elle-même linstant d’après par son magnétiseur.
Les conseils des deux extatiques ayant été suivis, il en est résullé une amélioration déjà notable dans l’état du malade. M. Brasseur qui, il y a peu de temps, avait été jugé incurable par plusieurs médecins oculistes des plus distingués de Paris, notamment par le docteur Sichel, dont personne, je pense, ne contestera la compétence en pareille matière; M. Brasseur, qui, comme nous l’avons dit au commencement de cet article, était complétement aveugle, distingue, dès à présent, non seulement des obi'ets volumineux, mais encore des lettres imprimées de trois à quatre lignes de hauteur. Il a éprouvé tous les phénomènes que mademoiselle Virginie avait annoncés, et
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nous espérons qu'avec de la persévérance et la continuation des soins que reçoit ce malade dans notre établissement, tant des somnambules qué de M. Gion, son magnétiseur ordinaire, el de M. le docteur Villemain, il recouvrera dans peu de temps le trésor précieux dont il a été entièrement privé, et dans la possession duquel il ne fait que commencer à rentrer.
Quand à l’autre malade, il est actuellement en pleine convalescence. On peut regarder sa cure comme terminée.
Ce serait une erreur de prendre au pied de la lettre le langage figuré des deux somnambules qui ont fait le sujet de l’article qu’on vient de lire. Il est évident qu’elles revêtent des formes matérielles des êtres purement spirituels, et cela parce qu'il leur serait impossible de communiquer autrement des idées et des sensations qui ne sont appréciables que par l’esprit.
Quelle que soit la manière de voir de nos lecteurs sur les questions que soulève le phénomène de l’extase magnétique , nous demanderons à ceux dont la foi n’est pas très-vive en matière de religion :
Comment se peut-il que des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, dont les principes religieux sont souvent différents, quelquefois apparemment opposés, prétendent voir les mêmes choses de la même façon quand ils sont entrés dans l’état de somnambulisme spirituel ?
Comment se peut-il que les anciens comme les modernes de tous les pays, de toutes les religions, aient toujours pensé qu} existait des esprits supérieurs à l’homme, et un arbitre de toute chose, supérieur à ces esprits ?
Nous nous proposons de développer un jour dans un ouvrage spécial toute notre pensée sur un sujet qui est et qui sera encore sans doute l’objet de bien des controverses. Nous espérons que les lumières que nous ont procurées nos sujets magnétiques nous aideront à jeter une certaine clarté sur les points les plus obscurs de la psychologie.
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