‹ Le magnétiseur praticienChapitre 2 sur 42 · LA LECON DE MAGNÉTISME À M°° LA DUCHESSE DE · texte numérisé non relu

LA LECON DE MAGNÉTISME À M°° LA DUCHESSE DE

Je fus mandé un jour au palais d’une très-grande dame qui me pria de lui consacrer toute ma journée du lendemain, pour l’instruire du Magnétisme, sur lequel elle avait déjà lu-quelques ouvrages dont son esprit positif était peu satisfait. Elle désira en même temps que je fusse accompagné dans ma visite

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de mademoiselle Virginie, des facultés de qui certains personnages lui avaient donné un aperçu.

Le lendemain mademoiselle Virginie et moi nous nous rendîmes chez la duchesse, qui nous reçut aussitôt. Elle me demanda de lui exposer succinctement mes idées sur le Magnétisme et le Somnambulisme. Je le fis en ces termes :

« Je définis le Magnétisme : la manifestation de la faculté que possèdent tous les individus d’agir les uns sur les autres, soit Sympathiquement, soit antipathiquement, et chacun sur soi-même.

« L'action qui résulte de cette faculté est plus ou moins puissante, selon le degré d’énergie auquel est monté l'individu agissant. Elle est plus ou moins ressentie par le sujet, selon qu'il est dans des conditions plus ou moins favorables à l’absorption du fluide magnétique, et qu’il se soumet avec une passivité plus ou moins complète.

« L'agent magnétogène n’est autre chose que le flüide qui entretient chez nous la vie, et que l’on a appelé fluide nerveux. Ce fluide même est une forme du calorique qui est, selon moi, le vrai et unique principe de tous les fluides impondérables, diversement appelés à cause de leurs modes divers de manifestations.

« Le moyen d’action est la volonté. C’est par la volonté qu'on met en jeu le principe, qu’on l'envoie, avec plus ou moins de force, du centre vers les extrémités. C’est par la volonté qu’on dirige ce principe, qu’on le fait franchir les extrémités organiques, et qu’on en imprègne les corps dans lesquels on a désiré le fixer. Les gestes connus sous lé nom de passes ne sont que des auxiliaires ; auxiliaires utiles, mais non indispensables. Ces opérations ne sont pas probables à priori d’une manière absolue ; mais elles le sont incontestable ment d’une manière relative.

« Je vais faire en sorte de vous rendre plus évident, par quelques comparaisons, ce que je viens d’avoir l’honneur de vous exposer.

< Si un homme veut soulever d’une main un poids qu’il suppose très-lourd, il enverra, par sa volonté, dans les nerfs qui doivent forcer les museles de son bras à la contraction nécessaire, toute la puissance dont il pent disposer ; et, à moins que le poids ne surpasse ses forces, il l’enlèvera de terre. Mais si cet homme suppose que le même poids soit extrémément léger, il n’apportera dans son désir de le soulever qu’une

volonté faible, et alors il ne l’ébranlera seulement pas, quelle que soit sa force musculaire habituelle, Dans le premier cas, il aura voulu envoyer des centres nerveux à l’une de ses extr émités le principe d’action; dans le second, sa volor té trop faible n'aura fait parvenir à cette extrémité qu'une portion insuffisante de ce principe.

« Si l’on se met en contact avec une torpille ou tout autre poisson électrique, on éprouvera un engourdissement sensible, dû an dégagement du fluide. Alors le principe aura franchi la périphért ie du corps de l’animal pour imprégner l'individu qui l’aura touché,

« Si un homme doué d’un grand courage est froissé par un lâche, son regard suffit pour paralyser son pusillanime adversaire. Alors, encore, le principe franchit l épanouissement du nerf optique et imprègne celui sur lequel il à été dirigé, même à l'insu de son détenteur.

« En un mot, si tous les philosophes ont reconnu la réalité des sympathies et des an tipathies, il est impossible de trouver l'explication de ces phénomènes sans admettre comme base fondamentale de leur production, comme cause déterminante, précisément ce même principe du Magnétisme.

« Voilà le Magnétisme, son principe, les effets les plus ordivaires qui en résultent : passons, à présent, aux conditions du sommeil naturel, aux différents états qui se présentent dans cette crise, et voyons si le sommeil magnétique n’offre pas des oies indubitables avec ce sommeil naturel.

« Dans mon opinion (et'en avançant l'hypothèse qui va suivre. je ne crains point de commettre une hérésie scientifique); dans mon opinion, dis-je, le sommeil naturel ne nous envahit que lorsque le système que j'appelle cérébro-nerveux a été surexcité, niet fatigué par un travail quelconque ou par des agents de nature à déterminer l excit: tion, la fatigue. Ainsi, soit qu’ on ait beaucoyp marché, travaillé,’ lu, pin: ou pensé, soit qu'on ait bu avec excès des boissons al cooliques, qu on ait pris des narcotiques sous une forme quelconqué, qu'on ait mangé outre mesure, ou au contraire quon soit en proie aux tourments de la faim (ear les deux extrêmes produisent également les mêmes résultats) ; soit, enfin, qu’on subisse quelque affection eataleptiforme, hystérique, ete., le sommeil vient s emparer de la machine organique, des facultés sensibles, et les asservit irrésistiblement. Pour les individus qui sont dans un état normal de santé ou qui rapprochent de

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cet état, et qui suivent les habitudes sociales des Européens, ce sommeil est périodique. Cette périodicité est la conséquence forcée de l’uniformité de conduite ; mais elle subit des perturbations aussitôt que les habitudes sont dérangées, Eh bien! si les causes que je vous ai indiquées (et à mon avis cela est incontestable) déterminent le sommeil ordinaire, pourquoi n’admettrait-on pas que l’accumulation, la surabondance, la superfluité, si lon veut, du principe magnétique, dans l’organisme d’un individu, puisse produire un effet identique ?... 2. Quelques physiciens ont prétendu, je le sais, que le sommeil provoqué magnétiquement n’était dû qu’à l’espèce de monotonie dans laquelle on ensevelit, selon eux, le pauvre patient, à l’ennui occasionné par les gestes, à la faiblesse de l’imagination, à l’éréthisme de la peau, etc. Je ne nie point que cela ne puisse avoir une certaine influence, dans quelques cas, sur la production des effets magnétophœnes. Je reconnais même que l’état de l'atmosphère, la qualité de l’air ambiant, les courants électriques, aident l’action ou nuisent à son développement; cependant, comme on peut magnétiser un individu placé dans un milieu différent de celui où l’on se trouve soimême au moment de l'acte; comme on obtient, sans faire aucune passe, exactement les mêmes phénomènes qu’en gesticulant, et qu’enfin, on produit ces ‘effets à de grandes distances, Sur des animaux, sur des enfants, sur des personnes ignorant qu'on agit sur elles, je ne saurais accorder que les prétentions de nos dissidents soient fondées.

€ Et si l’on ne veut pas comprendre que l’agent magnétogène puisse provoquer le sommeil, cComprend-on dont mieux que chacune des autres causes que nous avons énoncées ait une vertu somnifère ?... Ou nousdevons nous en tenir à l’acceptation des faits purement et simplement, sans chercher à en trouver l’explication, ou nous devons, par le raisonnement, aller du connu à l’inconnu, de ce qui est admis pour tous, à ce qui n'est accepté que par un petit nombre, ou même par personne encore.

« Jusqu'ici, Madame, je suis resté dans le champ de la physique, de la physiologie; mais en abordant les phénomènes curieux que l’on observe dans le sommeil dit naturel, je suis forcé d’entrer dans le domaine de la psychologie ; car, vous le savez, la matière ne pense point; le-corps n’est qu’un automate obéissant au ressort caché dont l’être suprême a voulu qu'il fût temporairement pourvu.

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« Dans le sommeil non magnétique, tout le monde le sait, on voit apparaître le Rêve, le Songe, la Somnoloquie, le Somnambulisme, le Mensambulisme, quelquefois l’'Extase.

« Voici comment je distingue ces différents états :

« Le Rêve est un jeu bizarre d’une imagination en délire,

« Le Songe est une vision, une sensation, une prévision, une intuition, quelquefois tout cela ensemble; et il ne saurait y avoir d'erreur que dans l'interprétation des images, des allégories, des synrboles qui s’y rencontrent assez fréquemment.

« La Somnoloquie est un babil erronné, quand elle dépend du Rêve ; quand elle dépend du Songe, au contraire, c'est un discours tantôt monologué, tantôt dialogué, tantôt polylogué, dont toutes les parties sont en parfait accord et d’un ralionalisme admirable.

« Le Somnambulisme est l'obéissance de l'appareil locomoteur à l'impulsion d’ambulance que lui communique le système cérébro-nerveux.

« Le Mensambulisme est une promenade d'esprit pendant la station du corps, l'absorption momentanée des organes matériels.

« L'Extase est un état supérieur que j'ai examiné et décrit dans mon Traité du Magnétisme. C’est la contemplation des choses hyperphysiques, dans un but d’utilité morale, religieuse ; c’est l’état dans lequel l’homme encore hé à la terre recoit de véritables inspirations célestes.

« IL me serait impossible, Madame, de vous développer ici toute ma théorie de cet immense sujet : un si long exposé nous prendrait trop de temps.

« Je vous ai dit les phénomènes qui apparaissent dans le sommeil naturel, je vous ai dit les différentes formes que présentent ces différents ‘états. Eh bien ! toutes ces choses se reproduisent dans le sommeil dit magnétique. Ainsi, le magnétisé comme le dormeur, ou.en d’autres termes, et pour parler un langage plus généralement compris, le somnambule artificiel, tout comme le somnambule naturel, peut voir dans les ténèbres les plus profondes, à travers les corps opaques, à de erandes distances, et même outre-mer, les objets sur lesquels il fixe son attention ; il sent, goûte, touche et entend, par une immense extension de ses facultés de l’état de veille, ce qu'il veut sentir, goûter, toucher, entendre, soit de près, soit de

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loin, quant au présent, au passé, à l'avenir ; car le temps et l'espace n’existent point pour le somnambule. Or, il a la faculté d'apprécier le degré de santé ou de-maladie de chaque individu qu'il examine, et celle de discerner Les moyens à mettre en usage pour guérir non-seulement les corps malades, mais encore les âmes souffrant en ce monde. Et il ne faut pas croire qu’il y ait là du surnaturel et que les magnétistes doivent être frappés d’excommunication, Rien au contraire n’est plus naturel, rien n’est moins hétérodoxe, quelque étrange que cela puisse sembler au premier aperçu. Vous ne verrez donc à présent aucune impossibilité à ce qu’une consultation soit donnée par un somnambule à Paris, pour un malade à Pétersbourg, alors même que ce somnambule n’entrerait en contact avec aucun objet pouvant faciliter son rapport avec la personne qu’il doit explorer :

Dans le consentement , les âmes se conjoignent.

« Îl me reste à vous dire quelques mots du Magnétisme appliqué comme agent thérapeutique. Je ne vous répéterai point ma définition de ce principe et de son mode d'action en général, je vous soumettrai simplement ce dilemme : si les animaux peuvent produire, par une vertu inhérente à leur nature, des perturbations plus ou moins grandes dans l’organisme d’un individu vers lequel ils dirigent leur action, est-il déraisornable de croire que l’homme, le roi des êtres vivants, puisse opérer chez autrui, par une puissance qui lui est propre, des révolutions salutaires ou nuisibles, selon la direction qu’il donne à cette puissance ?.... Je pourrais ajouter que si deux métaux acquièrent par une disposition particulière la propriété de foudroyer un bœuf, d’atténuer, de guérir certaines affections, je ne saurais comprendre qu’on refusàt de reconnaître que l’agent magnétogène soit pourvu d’une vertu curative.

« Maintenant je me résume : la magnétisation peut provoquer le sommeil ; l’individu magnétisé peut voir à distance, connaître les moyens de traitement pour le malade qu’il a exploré. L'agent magnétogène a une propriété curative. En un mot, LE MAGNÉTISME EST UNE VÉRITÉ DÉMONTRÉE, et, par cela seul, une chose utile! »

Cela dit, je magnétisai mademoiselle Virginie. Dès qu’elle fut entrée en somnambulisme, madame la duchesse l’interrogea sur des choses particulières, et se montra ravie de la

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justesse avec laquelle ma somnambule avait répondu à ses questions, et surtout des éclaireissements qu’elle lui avait donnés sur des choses de la plus grande importance pour elle.

Mademoiselle Virginie n'étant pas (rès-fatiguée, madame la duchesse qui, pensé-je, avait lu quelques jours auparavant certains contes de vampirisme , demanda à la somnambule ce qu’elle pensait des prétendus vampires.

J'ai recueilli le fond des opinions qu'émit alors sur ce sujet mademoiselle Virginie, et, le soir même, j'écrivis comme note à conserver les lignes suivantes :

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