ET CEUX DE LA RÉALITÉ
On a débité bien des fables sur le Vampirisme. Une foule d'auteurs, sur de simples bruits populaires, ont publié, en les donnant comme vraies, les choses les plus étranges, et en ont induit des conséquences tellement conjecturales, qu'il n'y à point d’imprudence à les taxer de ridicules.
Cependant, au milieu de ce fatras des fausses chroniques inventées par la superstition, il doit y avoir quelque vérité cachée, dont la pénétration du philosophe peut au moins soulever le voile.
Vox populi, vox Dei, dit un vieil adage.
Sans accepier absolument cette formule, essayons de la jusifier, en ne lui accordant toutefois qu’une extension restreinte dans les limites de la raison.
Il serait difficile de déterminer en quels lieux, en quel temps l’idée du vampirisme a pris naissance. Selon les uns, les Arabes auraient, les premiers, accrédité cette faculté imagimaire dont certains individus posséderaient le secret épouvantable. Selon les autres, ce serait en Europe qu’aurait été faite d’abord cette supposition absurde.
Il paraît cependant que cette chimère ne s’est accréditée en Grèce qu'après l'établissement du christianisme, et que, de là, elle a été portée en Autriche, en Pologne, en Hongrie surtout, et jusque dans les provinces du nord de la France, notamment en Lorraine,
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Quant à nous, peu importent les discussions relatives à l’origine de cette idée. Notre but n’est pas de la rechercher dans la nuit des âges, à travers les diverses contrées de la terre. Nous voulons, tout simplement, travailler à détruire une rêverie qui n’a que trop jeté de profondes racines dans les esprits faibles; et signaler, autant que cela est en notre pouvoir, ce qui a dû produire dans l'imagination un si vain fantôme. Nous dirons quels phénomènes ont, selon nous, causé de telles idées, et l’on concevra, sans doute que, vus à travers le prisme d’imaginations exaltées, certains faits sont d’autant plus exagérés que la raison de ceux qui les ont aperçus était moins éclairée par la science.
Enfin, nous dirons quels sont les véritables Vampires, et le lecteur comprendra aisément. la différence qu’il y a entre le vampirisme réel et le vampirisme imaginaire.
Mais d’abord, pour ceux de nos lecteurs qui n’ont lu ni Tournefort, ni dom Calmet, ni aucun ouvrage sur les Vampires, disons comment on définit ces êtres fabuleux :
Le Vampire est l’homme ou la femme qui, après sa mort, conserve toute sa fraîcheur corporelle, ressuscite dans le tombeau, s’y engraisse aux dépens de la vie des personnes jeunes et robustes, sur qui est tombé son criminel dévolu. Le Vampire, sortant la nuit de sa demeure souterraine, pénètre par des moyens magiques jusqu'au lit de la victime qu’il a choisie, s’attache à une veine , comme une sangsue affamée, suce tout le sang qu'il peut obtenir, s’en gorge même à satiété, de façon que le liquide absorbé transude à travers les pores de sa peau, et déborde même souvent par la bouche, le nez et les oreilles. C’est ordinairement contre les individus doués de beauté et de gràce qu’il dirige son action infernale, en s’attachant plus particuhèrement à ceux dont il fut épris ou qu'il affectionna le plus.
En peu de temps le vampirisé s’étiole, dépérit, et meurt de consomption dans un marasme désolant.
Un seul Vampire détruit ainsi successivement tous ceux qui ont le malheur de convenir à ses appétits monstrueux.
Le pays dans lequel se trouve un Vampire n’a, pour se délivrer du tribut de sang que celui-ci prélève sur les habitants, qu’un seul remède à employer : c’est de lui enfoncer un pieu dans la poitrine, de le traverser de part en part, de lui couper la tête, de lui arracher le cœur et les entrailles, de brûler son
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corps, et de rémettre ses cendres dans le tombeau qui lui servait d'asile.
La plupart des individus qui ont été vampirisés deviennent Vampires à leur tour ; à moins que l'on n’ait usé du remède indiqué, immédiatement après leur inhumation.
Quelques Vampires ont assez de puissance pour se guérir des blessures graves, des lésions profondes dont ils auraient pu être atteints au moment de leur mort, et pour rentrer au bout d’un certain temps au milieu de la société, dont ils continuent à décimer les membres.
On prétend que le vampirisme est, le plus souvent, un Chàtiment auquel est condamné celui qui possède celte atroce faculté, en punition des crimes qu’il a commis sur la terre durant sa vie ordinaire.
Voilà, en résumé, l'opinion erronée de ceux qu’une ignorance aveugle rend crédules au point d’ajouter foi au vampirisme. Passons à présent à lexposé que nous nous Sommes promis de faire, et voyons, s’il se peut, quelles choses singulières ont probablement donné lieu à de telles croyances.
IL y a des terrains, tout le monde le sait, dans lesquels les matières animales se conservent parfaitement. IL n’est nullement besoin d’embaumer les corps pour empêcher leur putréfaction. Les caveaux de Saint-Michel, à Bordeaux, par exemple, ont cette propriété conservatrice des chairs.
Cette remarque des terrains conservateurs a été faite dans diverses contrées du globe, et remonte à l'antiquité la plus reculée. En Egypte, dans l'Inde, en Grèce surtout, une foule d'observations ont prouvé que des corps non préparés étaient mieux conservés après des siècles d’inhumation, que les momies arrangées avec le plus de soin ; et, il est reconnu aujourd’hui que certaines veines de terre, assez communes même en France, sont aussi bonnes protectrices des cadavres que le procédé simple et admirable dont M. Gannal a démontré la supériorité.
Cette première considération posée, mettons en évidence les anomalies relatives aux individus ; nous montrerons après les phénomènes qui ont dû jeter dans les esprits la perturbation fantastique d’après laquelle l'imagination a créé tant d'illusions.
Dans certaines conditions, rien n’est plus difficile que de reconnaître si un individu mort, apparemment, a, en réalité, cessé de vivre.
À notre époque, bien que la médecine semble beaucoup plus
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avancée, du moins quant à la physiologie, qu’elle ne l’était dans les temps reculés, il est cependant peu de médecins eapables d'apprécier justement l’état d’une personne chez qui, toutes les foncüons ayant cessé, la vie paraît absolument anéantie. Les familles sont, d’ailleurs, encore trop esclaves du préjugé, qui fait considérer comme une profanation coupable les opérations auxquelles chaque individu devrait être soumis avant l’inhumation, pour qu’on puisse s’assurer de la cessation ou de la persistance de la vie, alors que la putréfaction n’est pas encore évidente.
Il n'y a malheureusement que trop d'exemples de trépas apparents. Combien de personnes ont été rendues à la société pour plusieurs années, après une exhumation providentielle!
Un Rouennais de nos amis, chroniqueur fort spirituel, dont l'humeur est tant soit peu gasconne, nous a cité une petite anecdote, dont nous ne saurions garantir l’authenticité, mais qui, à cause de notre sujet, ne nous semble pas devoir être déplacée ici, Nous allons essayer de la reproduire dans les mêmes termes qu'il nous l’a donnée :
« La femme d’un fermier de la Haute-Normandie ayant succombé à une longue et bizarre maladie, fut ensevelie selon l’usage, et, après le délai légal, enfermée dans une bière de bois blanc d’une faible épaisseur.
Le mari de cette femme, paysan vaniteux et aisé, voulut lui faire rendre les derniers honneurs avec toute la pompe que pouvaient fournir les ressources de la paroisse,
On vint enlever le corps cérémonieusement pour le porter à l’église et de là au lieu de repos.
Les chants funèbres, commencés, dès le matin, retentirent sous les voûtes du temple ; la messe fut célébrée.
Le mari en grand deuil alla à l’offrande; la famille et les assistants l’imitèrent.
Bientôt le cortége fut réglé et se mit en marche dans l’ordre convenu.
En tête de la troupe, marchait fort gravement le frère sonneur dont chaque main était armée d’une clochette. Après lui, à quinze pas de distance environ, venait le porte-bannière, puis le porte-croix ; ensuite l’antique, l’échevin, le prévôt. Derrière cet officier les quatre porteurs du corps et les quatre portechandeliers , suivis des clercs, dont l’un tenait un bénitier d'une main, de l’autre, un goupillon, puis les chantres; enfin le curé, suivi du frère pleureur. Le fermier, la famille, les
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amis venaient après. Un grand nombre de femmes ferriént la marche, complétaient le cortége.
Pouf aller au cimetière, situé à plus de mille pas de Féglise, il fallait suivre un chemin rocailleux, traversé de ravins, mas laisé. On avait parcouru déjà les deux tiers de la route, quand l’un des porteurs s’étañt heurté la jambe contre une pierre énorme, tomba lourdement et fit éprouver au fardeat une secousse aussi forte qu'imprévue. Ses confrères, surpris, laissè= rent choir le corps. Soudain, partant du cercueil, un éri plaintif se fait entendre.
D'abord aü milieu de là confusion générale provoquée par l'accident arrivé aux porteurs, chacun croit s'être mépris sur l'auteur du cri entendu. L'ordre, un instant troublé, se rétaz blit promptement ; on avise au moyen dé reprendre la marche ; mais, à prodige ! un nouveau eri part de la bière, ét est biéntôt suivi de longs et bruyants soupirs !
Plus de doute, alors, la fermière vient de ressusciter !
Les assistants, frappés de stupeur, s'interrogent des yeux pour décidér du parti qu'il convient de prendre. Cependant où écoute. en silencé, appréhendant d’être en proie à une illu= sion ; énfin les plaintes se renouvellent, et l’on convient d’ou- Vrir lé cércueil, Le curé , présidant l'assemblée, fait placer à sés Côtés l’antiqué ét Féchevin, prejette sur le cereüeil uné eroix d'eau bénite, et ordonne aux porteurs de déclouer la bière. Ceux-ci, à l’aide dé couteaux, de cailloux , de bâtons parvienhént à peine à faire céder les planches supérieures. Le suaire paraît. Le corps est découvert. Aussitôt des mouvements convulsifs Se manifestent, les cris plaintifs sont répétés, le cadavre n’est plus mort!
Alors le curé, homme courageux et instruit, improvise un lit avec les manteaux des assistants, y fait placer la malade, lui frictionne le corps et lès membres, tire de sa poche ün flacon dé vinaigre acétique, dont il était habituellement pourvü, lappliqué sous le nez de là fermière, qui respire à présent, et la fait transporter chez elle avec précaution.
Un médecin appelé arrive promptement près de Ia malade, lui donne des soins assidus, et lui procure au bout de quelques jours une santé parfaite.
Quand la fermière fut guérie , le docteur V'interrogea , afin de savoir si, durant là crise d’où elle avait été tirée si miraculerrsement, elle avait eu quelque conscience de l’état dans lequel elle s'était trouvée,
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Elle lui dit :
Je n’ai point souvenir de ce qui se passait autour de moi, au moment Où je suppose que la crise m’a envahie. Mais je me rappelle qu'ayant perdu connaissance pendant un temps dont Je ne saurais apprécier la durée, je compris que j'étais dans une sorte de sommeil singulier qui me permettait de voir, de sentir, d'entendre tout ce qui pouvait m’intéresser, je n’avais conscience ni du lieu où Je me trouvais, ni de la position de mon corps, ni des besoins physiques auxquels nous sommes assujettis dans la vie ordinaire. J’eusse seulement désiré de pouvoir parler; car je sentais bien qu’une puissance invincible me tenait bouche close et sans mouvement. Ce désir fit place à la peine la plus affreuse, lorsque j’entendis la garde-malade dont j'étais assistée, dire tout haut à mon mari et à mes parents que je venais de rendre le dernier soupir.
Je voyais très-distinctement tout le monde de la maison, soit dans ma chambre, soit dans les autres appartements.
J'avais entendu mon mari commander qu’on allât quérir M. le curé, Mon attention s’étant portée sur celui-ci, je le vis chez lui, lisant son bréviaire, avant que l’envoyé de mon mari n’y fût arrivé. Je vis cet envoyé à son entrée au presbytère, et Je distinguai parfaitement qu’il dit à notre bon prieur : « M. le « curé, Je viens vous prier de venir tout de suite à la ferme, « Je crois que notre maîtresse và mourir. » Je vis M. le curé prendre ses dispositions pour se rendre près de moi, se nantir de divers objets, et je le suivis jusqu’à son arrivée ici. Je vis et entendis encore tout ce qui se passa; je sentis très-bien M. Le curé m’appliquer sa main sur la poitrine, la porter ensuite devant ma bouche et mon nez, d’où il approcha aussi un miroir qu'il avait demandé. Après le départ de M. le curé, j'ai continue de voir, d'entendre, de sentir jusqu’à la moindre des choses m intéressant ; mais le plus étrange, c’est que, une fois déposée dans l’église, je vis mon spectre à côté de mon mari, priant pour mon salut. J'étais donc double, alors, active et passive en même temps. Néanmoins, je ne puis me rendre compte de l’opération simultanée de ma duité, et il me serait impossible de dire si J'ai par moi-même la conviction d’avoir été enfermée dans le cercueil, plutôt que d’avoir assisté à l’office, debout et agissante. Quoi qu’il en soit, je n’ai cessé de voir, d'entendre et de sentir tout ce qui se faisait autour de moi, dans la bière, el sous mes yeux, hors du cercueil, J'ai vu en même temps, de
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vont AE et mon étroite prison, ma personne allant à l’offrande, et, de mon état libre, ma personne étendue dans la bière. Un m0 entendait les chants dont on honorait mes funérailles, tandis que l’autre moi chautait, en déplorant ma mort.
Cependant, je ne pouvais ni parler ni agir, et je comprenais très-bien qu’on allait m’enterrer vivante.
Cette pensée me faisait eprouver les plus cruelles angoisses. En partant de l’église pour aller au cimetière, Je n'avais point cessé d’être double. Je me sentais porter au milieu du cortége, et je le suivais en marchant; enfin, vers les troisquarts du chemin, une voix, dont je ne pus voir l’auteur, me cria: « Tu n’entreras point dans la tombe aujourd’ hui, l'heure « dernière de ton séjour sur la terre n’est pas encore venue ! » Au même instant, je ressentis un Choc violent qui me tira de cet affreux cauchemar, et me rendit la faculté de faire entendre ma voix : aussitôt tout disparut comme un fantôme vain. J’étais fort mal à l'aise. Je me sentis setouée, froissée; et, comme je cherchais à me rappeler ce qui me semblait être un rêve, je vis en réalité M. le curé et les frères de charité qui, s'empressant autour de moi, me prodiguaient leurs soins. Vous savez le reste, docteur. »
Cette anecdote, si elle n’est pas vraie, à du moins, selon nous, un certain air de vraisemblance.
C’est un mérite dont sont dépourvus bien des romans. N’a-t-on pas vu, en Angleterre, un des plus savants médecins, professeur à la Faculté, qui, ayant été enseveli sous les yeux de ses confrères, jeté dans la tombe en présence de ses amis, de ses élèves, tout en pleurs, fut tiré nuitamment de la tombe par des fossoyeurs avides, et vendu aux carabins comme sujet d’études anatomiques ; ne l’a-t-0n pas vu rappelé à la vie d'un coup de scalpel, alors qu il était étendu froid et sans mouvement sur une table de dissection, et cel exhumé n’a-t-1l pas exercé longtemps encore l'art de l'imperfeetion duquel il avait failli être victime ?...
N'y a-t-il pas eu, à Poitiers, une dame qui, ayant été mise dans le cercueil avec ses joyaux les plus riches, revint à la vie au moment où l'individu qui l'avait ensevelie, d'accord avec le gardien des sépultures, lui coupa le doigt annulaire pour s ap proprier une bague d'un grand prix qu'elle y portait depuis longtemps, et cette dame w’eut-elle pas plusieurs enfants après son retour au monde :...
Au surplus, qui wa entendu raconter par des personnes di- : +}
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gnes de foi, qui n’a lu dans les auteurs les plus véridiques, des récits de faits semblables ou analogues ?..;
Nous avons dit que rien n’est plus difficile que de reconnaitre si un individu, mort apparemment, à, éñ réalité, eessé de Vivre.
C’est qu’en effet, il est des cas où l'œil le plus exercé, lé plus habile, ne saurait pénétrer le secret ressort du prinéipe vital,
Dans la éatalepsie, par exemple, ne semble4-il pas qué les parties du corps qui en sont frappées aient cessé pour toujours d’être sous l'empire de la volonté? N’obéissent-ellés pas automatiquement aux forces étrangères qui agissent sur elles, ét ne demeurent-elles pas, aussi longtemps que duré là crise, dâns la situation où on les a mises, quelque difficile à soutémr qüé puisse nous paraître la position actuelle ?
Si, comme des philosophes le prétendent, l'âme, généralement étendue dans tout l'organisme sans être divisée, jouit dé la propriété de se retirer des extrémités dans lés centres, comme de franchir là périphérie du corps, par üne éxtension plus ou moins grande, en restant cependant liée à là matière, dont sa séparation absolue détermineraït aussitôt la mort ; si, comme Hippocrate lui-même en était persuadé et l'a écrit, l’âme, pendant le sommeil du corps, se dégage, en quélqué sorte de ses liens charnels pour prendre connaissance des choses lointaines que l'esprit doit Savoir; Si, comme nous le pensons nous-même, les facultés de l'esprit peuvent s’exéréér, dans certaines conditions, sans la participation de l'organisme proprement dit ; si tout cela est vrai, nous pouvons désormais expliquer d'une manière satisfaisante pour la raison les phéñô= mènes qui paraissent le plus étranges.
Cette prétention, fort hypothétique sans doute 4ux yeux dé bien des gens, semble justifiée par la nécessité même.
Sans son aéceptation, la plapart des faits dont les causes doi vent être cherchées en dehors du cercle des connaissances vulgaires, mé sauraient ètre exphiques ; eñ laccéptant au contraire nous parvenons à nous rendre compte des choses hypérphysiques touchant au mystère le plus impénétrahle,
Delà, ce dilemme : faut-il abandonner les études métaphy= siques pouvant conduire à la science la plus sublime, parce qüé lindifference, la paresse étant le partage de la majorité, les hommes sont généralement dédaigneux des choses étrangères a leur intérêt matériel ; ou bien vaut-il mieux travailler inces-
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er er samment à découvrir, à comprendre les forces latentes du mécanisme universel, afin de s'élever, s’il est possible, à la bauteur nécessaire pour conquérir dès ce monde le bonheur spirituel réservé pour la vie future à tout ami du juste, du vrai et du beau ?
Nous laissons à chacun de nos lecteurs le soin de choisir,
Quant à nous, dont les opinions sont arrètées dès longtemps, poursuivons la tâche que nous avons entreprise el reprenons notre sujet,
Qu'un individu soit eru mort alors qu’il n’est que tombé en >atalepsie, en léthargie, en syncope, comme on voudra ; et que,
. après son inhumation, il recouvre dans sa bière, assez de force pour exercer sa volonté avec énergie, ne lui viendra-t-il pas probablement à la pensée, qu’il est victime d’un crime ou tout au moins d’une imprudence coupable ; et n’atiribuera-t-il pas l'horreur de sa situation aux êtres mêmes qu'il a le plus aimés, qui lui ont témoigné le plus d'affection, et ne lui sera-t-il pas bien pardonnable, à lui qui n’a plus conscience de l'état d'où il sort, de supposer que toutes les attentions, tous les égards dont il était l’objet pendant son séjour sur la terre n’étaient dictés que par la jalousie, la haine et l'intérêt déguisés sous des semblants de candeur, de noblesse, de vertu, eachant l’hypocrisie la plus noire?
Au milieu des angoisses auxquelles il est en proie, cet individu animé de l'esprit de conservation propre à tous les êtres, ne luttera-t-il pas de tout son pouvoir contre la mort qui l’étreint si horriblement ?
Dans cette situation, quelque désespéré que lui paraisse son retour sur la terre, ne cherchera-t-il pas encore à retenir la vie prête à lui échapper ?
L'amour de soi est certes trop dans la nature humaine pour qu’on ose répondre négativement à ces questions.
Le vivant inhumé désirera donc ardemment survivre à ses funérailles, Une lueur d’espérance, si faible qu’elle soit, brille encore à ses yeux, malgré l’étroite et sourde prison où il est retenu, malgré l'absence de tout moyen capable de rappeler sur lui l'attention des hommes, L’état où il se trouve actuellement est un horrible tourment au milieu duquel l’asphyxie arrive plus ou moins lentement, et éteint plus ou moins vite les forces du patient, Néanmoins, il dirige, par une secrète inspiration, toutes ses pensées, toute sa volonté, vers les êtres qui lui étaient le plus familiers. Songeant aux rapports intimes
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qui ont existé entre eux et lui, il essaie instinctivement d’en prolonger la durée, et, par une action toute naturelle, absorbe à son profit une portion du fluide: vital dont ces êtres sont pos- SeSseurs.
La possibilité de cette action absorbante serait-elle con- Lester.
Nous répondrions alors que, de tout temps, chez tous les peuples, elle a été prouvée, réconnue.
Si nous voulions citer tous les faits consignés dans l’histoire, il nous faudrait former des volumes. Cependant, pour la satisfaction de ceux qui lisent, sans chercher à les pénétrer, les ouvrages les plus sérieux et auxquels on dot avoir le plus confiance, qu’il nous soit permis de rappeler ici ce que la Bible nous apprend du saint roi David : Le roi David, est-il dit, (livre des Rois), étant devenu vieux et sentant ses forces défaillir, fit chercher une belle fille afin qu’elle habitât avec lui. Ce fut la charmante Abisag qu’on lui trouva pour compagne, et dont la vie robuste autant que suave alimenta celle du roi d'Israël.
Tout le monde sait qu’il est nuisible aux jeunes gens de vivre dans l'intimité des vieillards, comme il est avantageux à ceuxci d’être habituellement dans la société de ceux-là.
Or, si par un simple contact, par un simple enveloppement de la même atmosphère, l’équilibre des forces vitalés tend incessamment à s'établir entre deux individus dont l’un est affaibli par les ans ou par quelque maladie, tandis que l’autre
jouit de l’intégrité de la puissance conséquente de la jeunesse
et de la santé, serait-il raisonnable de nier l’action à distance d’un individu sur un autre?....,
Remarquons ici une chose importante : dans la plupart des cas où les vieillards se nourrissent au préjudice des Jeunes gens, la volonté n’agit attractivement que peu ou point du tout. Si, néanmoins, il s'opère constamment, sous d'influence du milieu dans lequel ils vivent ensemble, un échange des fluides entretenant la vie de chacun, et par conséquent une transmission réciproque des qualités morbides ou sanitaires dont ces fluides sont essentiellement pourvus , combien plus aisément ces phénomènes n’auront-ils pas dieu si l'intention de l’un est dirigée par une volonté fixe et énergique sur l’autre qui, n’étant point en défiance contre l’acte dont il est l’objet, reste et s’endort paisiblement dans une passivité absolue ?,..,
Pour nous faire mieux comprendre, il n'est peut-être pas superflu de dire quelques mots sur le fluide vital même :
Le fluide vital est l’agent qui entretient la vie. Il parcourt le trajet des nerfs. Il peut, par la volonté, être poussé du centre vers les extrémités, ou attiré de la circonférence au centre. Il peut, selon les physiologistes les plus considérés du monde savant, tels que Cabanis, Gall, Georget, Virey, Rostan, franchir les extrémités organiques et se communiquer à des individus éloignés de celui qui en était tout à l'heure possesseur. 11 n’est point besoin pour cela de conducteur matériel. Il peut être attiré de même, el absorbé ou rejeté. De là, les forces d'attraction et de répulsion ; de sympathie et d’antipathie ; d'absorption et d'émission ; d’imprégnation même.
Ce fluide subtil, impondérable comme la lumière, parcourt l’espace avec la même rapidité qu’elle, Il est, comme le fluide lumineux, probable par ses effets ; mais non démontrable à priori. Ainsi personne ne songe à nier la réalité des influences qu'exercent si évidemment certains animaux sur d'autres; et s’il se trouve des gens doutant de ce pouvoir chez l'homme, c’est qu’ils n’ont pas été à même d'observer certains faits concluants, en faveur de cette prétention, ou que, pour juger de la valeur de ces faits, en ayant été témoins, il leur manquait un sens.
Céla entendu, il est bien plus rationnel d'admettre que le vivant inhumé, agissant ainsi que nous l’avons dit, parvienne à s'alimenter de fluide vital, en épuisant, dans la proportion de son absorption, l'individu sur qui se sera portée Son action, il est bien plus rationnel disons-nous, d'admettre cette hypothèse que de croire à toutes les puissances attribuées sottement au prétendu vampire, par les esprits faibles et supertitieux.
Que des vivants inhumés, exerçant l’action absorbante dont nous avons parlé, soient donc encore appelés vampires, nous le voulons bien ; mais alors, qu'on nous permette de donner cette même qualification à bien des gens vivant parmi nous; car il n’est pas difficile de démontrer que le plus grand nom bre de ceux qui exercent le vampirisme, loin d'être couchés sous la pierre tumulaire, marchent, droits et arrogants, au milieu de notre société.
N’est-il pas Vampire , ce major-valet qui, non content de l'espèce d'autorité qu'il lui est accordé d'exercer sur ses épaux, diminue le salaire de chacun d’eux pour augmenter le sien !
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