‹ Le magnétiseur praticienChapitre 25 sur 42 · LE MAGNETISME AU MAVRE · texte numérisé non relu

LE MAGNETISME AU MAVRE

C'était quelque chose de bien nouveau que le magnétisme au Havre, lorsqu'un magnétiseur nommé Laurent vint, il v à huit mois, nous l’offrir en spectacle. On était au moment de la foire d'Ingouville, à cette époque de l’année qui nous ramène périodiquement tous les genres de spectacles. Pour le gros du publie, le rapprochement se trouvait tout fait, entre les curiosités du magnétisme et les tours de prestidigitation qu'il voyait chaque jour (1). Aux yeux du grand nombre, M. Laurent n’était qu'un

(1) Était-il possible qu'il en fût autrement? N'est-ce pas déplorable de voir de soi-disant apôtres du magnétisme commettre de pareilles inconvenances? Ne verrons-nous jamais venir l’époque où des gens réellement instruits s empareront du maguétisme pour l'arracher à de pareilles profanations ?

æ e CRT EE = PRE = lt = me ne DR or 7 — te — =!

ne ER RS eh nd

Les RAT

faiseur de tours plus ou moins habile, selon que ses expériences répondaient aux annonces affichées du programme, Telle était la position du magnétiseur à son début, position difficile, équivoque et pleine de périls pour la chose comme pour l’homme, qu’on accusait déjà tout haut d’imposture. Mais, grâce à la présence de quelques hommes éclairés, amis du magnétisme, M. Laurent trouva quelque appui et put continuer en paix le cours de ses expériences.

Les trois sujets que le vigoureux magnétiseur mettait à la fois en œuvre étaient on ne peut plus remarquables. Entre autres, se trouvait cette demoiselle Prudence dont le somnambulisme devait plus tard obtenir quelque célébrité en passant par la plume de M. Frapart. Selon nous, il n’y a pas d’expériences qui ne puissent être tentées avec cette précieuse somnambule, dont nous avons été à même d'apprécier les qualités magnétiques. Qui, bien vu, bien observé, le somnambulisme de mademoiselle Prudence pourrait à lui seul convaincre tous les incrédules, voire même les corps savants, si l’on pouvait espérer de trouver chez tous patience, sincérité et bonne foi. Il serait superflu de reproduire ici toutes les expérimentations auxquelles nous fit assister M. Laurent, pendant ses deux mois d'exercice chez nous. Jamais on ne vit rien de plus hardi de la part d’un praticien, ni de plus concluant de la part des somnambules. Nous qui savions le peu de certitude que l’on a de réussir à une heure marquée, nous ne revenions pas de notre surprise de voir reproduits si heureusement des faits de cette nature devant une assemblée de deux ou trois cents personnes en état d’incrédulité, et cela encore en tenant tête aux objections violentes et souvent déloyales. Les témérités du magnetiseur toujours couronnées de succès nous paraissaient autant de tours de force.

En dépit des préventions et des clameurs de toutes sortes, les phénomènes magnétiques ainsi présentés, on pourrait dire prodigués, ne pouvaient manquer d'attirer des partisans au magnétisme. Nous ne craignons point -de Le dire, beaucoup d'hommes éclairés ont remporté une conviction qui vivra autant qu'eux. Le moyen, en effet, de ne pas se rendre à une évidence qui vous crève la vue ou vous transperce ? Pourtant, il y a des esprits réfractaires sur lesquels les puissantes manifestations de la vérité ne peuvent rien; on dirait que, doués de je ne sais quel pouvoir absorbant, ils ne sauraient réfléchir le moindre rayon de sa divine lumière, Ceux-là, nous ne devons

pas en tenir compte; plus tard sans doute ils se nourriront du pain de la vérité, en attendant, ce ne sont pas eux qui sont chargés d’en faire croître le froment. Nous laisserons encore de côté quelques hommes instruits, voués aux préjugés de la science, qui, de la pleine autorité de leur raison, nous traitent d’absurdes, et chez lesquels, il faut le croire, les idées anciennes remplissent tellement les moindres portions de la masse cérébrale, qu'elles n’y laissent pas place pour une idée nouvelle.

M. Laurent avait ce malheur ou ce défaut, c'était de ne fournir aucune notion tant soit peu théorique à l’appui des effets singuliers qu’il produisait. Le public payant se croit en droit d'exiger qu’on lui donne quelque raison de ce qu'on lui fait voir, sans cela il se eroit frustré. « Voilà des faits, disait notre praticien, je n’en sais pas plus que vous, faites-en ce que vous voudrez. » Un pareil langage serait à sa place devant des académiciens, parce que si les faits sont énigmatiques, à eux plus qu’à d’autres il appartiendrait d'en découvrir la cause,

IL en est qui ont accusé M. Laurent de supercherie, et cela n’est pas surprenant : pour qui ne croit à rien du magnétisme, tout magnétiseur de profession est nécessairement un charlatan. Ainsi font à l'égard des médecins ceux qui ne croient pas à la médecine. J-J. Rousseau avait aussi ce travers d'esprit.

Si, montrer des faits à profusion et se mettre à la discrétion du public en accédant à tout ce qu'il demande; si, donner à chacun des réclamants non seulement les moyens de vérifier ces faits alors qu’ils sont flagrants, mais aussi d'opérer sur les somnambules séance tenante ; si, confier ses sujets aux mains de ceux qui en particulier veulent essayer sur eux le pouvoir de leur propre volonté, puis recevoir de ces nouveaux expérimentateurs des témoignages de satisfaction en gratitude de ce qu'ils ont fait par eux-mêmes et dont ils proclament l'authenticité, on appelle cela du charlatanisme, alors M. Laurent est un charlatan, un charlatan comme serait le médecin ainsi qualifié qui aurait guéri ses malades.

Voulant une bonne fois pour toutes rendre hommage à la vérité, nous irons plus loin sur le compte de cet homme qu’on a si indignement calomnié. Ce n’est pas par des allures de charlatan que ce magnétiseur risque de se faire tort dans l'opinion des assistants, c’est par l’exeès de sa franchise, par la vivacité brusque de son caractère, aussi bien que par l’ardeur de ses convictions. Qui ne sait que devant un public défiant et soup-

Eee ; — PE Em ppm

gonneux une droiture toute naïve ne peut vous sauver? qu’elle prèle toujours des armes à ceux qui se posent comme adversaires. Une certaine circonspection est nécessaire, celle au moins de ne pas laisser déchoir sa propre cause, de la tenir au niveau de ce qu'elle est véritablement, Sous ce rapport, M. Laurent manquait de cette adresse suffisante qui dans ce cas est indispensable et conservatrice. Cependant après son départ la parte pratique de notre science n’a pas laissé que de prendre un certain essor, grâce aux faits extraordinaires produits, tant par les anciens magnétiseurs qui aceueillirent M. Laurent que par d’habiles élèves de celui-ci, tous se vouant aux expériences avec ardeur et conviction.

Il était réservé à un homme célèbre d’asseoir sur une base plus solide la vérité du magnétisme au Havre et d’y créer encore de nombreux partisans, à l’aide d’un cours où la logique s’alliait aux lumières de la science. Il ne fallait pas moins pour y meltre le magnétisme en honneur que l’enseignement et les belles expériences de M. Ricard. Tous ces faits restés bruts, mexpliqués, qu’on avait recueillis des séances de M. Laurent, sont devenus pour nous intelligibles dès que le savant professeur est venu par sa parole leur donner une existence scientifique. Finalement, il se peut que le magnétisme ne soit pas constitué comme science, toutefois il n’en est pas moins un art qui à ses procédés, sa théorie qu’il faut connaître. Quelle que soit la foule des mécréants qui nous entourent et nous pressent, le magnéüisme s’est fondé parmi nous, il vivra en dépit des attaques de ceux qui se prétendent forts contre lui. Et comment pourrait-il périr quand on sait les hommes éclairés et respectables qui ont suivi avec persévérance les cours de M. Ricard, et qui tous en étudient les merveilleux effets.

Nous avons parlé de Prudence, là somnambule de M. Laurent; mais que n’aurions-nous pas à dire des facultés plus qa'extraordinaires de cette excellente mademoiselle Virginie, admirable sujet de M. Ricard. Ce que nous avons vu d’elle surpasse tout ce qu'on pourrait imaginer, et la raison se trouve confondue en présence de pareils prodiges. D’où viennent ces facultés intuitives qui sont là comme pour arracher à la nature ses plus impénétrables secrets? Au lieu de s’appliquer à écrire de gros et lourds factum pour prouver la non-existence de ce qui existe, des savants ne feraient-ils pas un meilleur emploi de leur temps s'ils voulaient plutôt se donner la peine d’observer ce singulier état et d'en rechercher les causes? Comment! la

Se 87 — .

propriété la plus insignifiante de quelque parcelle de matière appellera l'attention du physicien, le.corps le plus inerte et le plus vil qui frappera pour la première fois les regards du chimiste sera pour lui un objet de recherches et d'analyses réitérées, et un être vivant, une portion de l’humanité, qui, dans les dispositions particulières d’un changement d'état, offre les phénomènes les plus surprenants, ne sera pas soumis, lui, à l’analyse scientifique, aux investigations curieuses du médecin philosophe! Le fond de notre nature physico-physiologique est-il donc si peu digne d’intéresser la science, que les savants doivent toujours invoquer l’ordre du jour? En vérité cela est incompréhensible.

En venant au Havre, M. Ricard a rendu un vrai service aux partisans du magmétisme ; il les a relevés dans l’opinion, car jusque-là ils n’ étaient que ridicules aux yeux de leurs antagohistes, qui ne leur épargnaient pas les railleries. Maintenant on peut dire qu’il y à tolérance et que la doctrine de Mesmer y jouit du droit de cité.

Nous ne terminerons pas sans dire un mot d’un autre magnétiseur, M. Lafontaine, et de son étonnant sujet. Ce magnétiseur, qui passait en Angleterre, n’a pu donner qu’une seule séance publique. Son sujet est un Jeune homme de vingt ans, sans aucune espèce de lucidité, mais présentant des faits de catalepsie vraiment bien curieux. Une forte détonation de la bouteille de Leyde est sans effet sur les parties qu’on a rendues insensibles. On lui fiche sur la tête, sur le visage, sur les mains autant d’épingles et d'aiguilles qu'il plait d’y en planter, qu’il w’en éprouve pas la plus légère sensation, encore bien que le sang jaillisse de chaque piqûre. IL y a plus, lorsqu'on l’a éveillé, il lui reste encore assez de facultés magnétiques pour qu’on puisse le paralyser à volonté dans telle ou telle partie du corps qu’on veut bien désigner d'avance, et cela même à distance et lorsqu’il marche. C’est bien extraordinaire ! Que les savants viennent done s'inscrire en faux !

La pauvreté de la discussion sur le rapport de M. Magendie prouve une chose aux yeux du monde, c’est que les savants, malgré tout le respect qu’on leur doit, sont tout aussi ineptes que le commun des hommes sur les choses qu’ils ne connaissent pas; 1ls ont de plus le tort honteux de ne pas chercher à conuaître ce qu'il ne leur sera bientôt plus permis d'ignorer. Attendront-ils que le magnétisme vienne tenir un lit de justice dans le sein de leur assemblée pour y faire enregistrer, le fouet

= —— = 2 = ont: ms Dr:

eme ES — ge QE |

CE

de la vérité à la main, les édits auxquels la grande généralité des hommes se sera depuis longtemps soumise ?

Laisné, du Havre.

Page 1